Début de l’audience 9h50
S. est interrogé.
Avocate générale : « Je n’ai pas lu les pièces versées par la défense car elles ont été envoyées ce dimanche. »
Présidente : « Moi non plus. »
Avocate : « Ce sont les vidéos et les films qu’il a faits et auxquels il a participé. »
« Le parquet a versé des pièces ce jour ! »
La présidente entame son interrogatoire :
« S. a été arrêté le 8 décembre 2020, à son domicile, 8 auditions en GàV. 3 fois entendu au fond (par le juge d’instruction). »

Sur les explosifs :
« Vous vous trouvez à Paulnay du 13 au 17 février 2020. Quel est l’objectif de ce déplacement ? »
S. : « Se revoir, aller à la cave à vin, et je pensais qu’il était en mesure de m’apprendre à fabriquer des explosifs. »
Présidente: « Donc il y a bien eu une volonté de fabriquer des explosifs ? »
S. : « Oui. »
« L’un vient de Toulouse, l’autre de Paris, vous avez donc traversé toute la France. »
S. dit que c’est le terrain de F. c’était plus simple de couper la route en deux.
« Vous étiez-vous revus avant ? »
S. : « A Bollène »
« Après une manif ? »
S. : « Oui, une manif pour les retraites, sans relation avec le fait de se revoir après. »
« Vous vous êtes vus sur un terrain isolé, pourquoi là bas ? »
S. : « C’était une question de temps, je travaillais, je n’avais que 4 jours de dispo. »
« Donc ça coupe l’itinéraire en deux. Vous êtes venu avec l’idée de vous exercer ? »
S. répond que c’est une opportunité pour apprendre quelque chose qui peut être utile plus tard, c’est joindre l’utile à l’agréable.
La présidente retrace le trajet de S. lui et F. ont été surveillés jusqu’à Paulnay. Elle décrit leurs retrouvailles sur le parking, tout deux vêtus de noir.
S. : « Je suis toujours habillé en noir, ma garde-robe est noire. »
« Il y a quoi dans les sacs ? »
S. : « Des affaires de rechange, du matos pour le taf, du bordel. »
La Présidente reprend les perquisitions des quatre lieux en commençant avec la liste des armes : une 22 LR canon scié, une 22 LR mono coup, une Herstal calibre 12 et des katanas.
S., comme à l’audience du 6 mai, explique à nouveau que la première a été achetée au gars du caravaning pour chasser les nuisibles qui mangeaient les poules à Bollène, elle était cachée pour raison de sécurité car il y avait du passage dans la maison avec les personnes venant pour les travaux. La deuxième était dans un cabanon au camping où il était gardien, S. la garde tant que personne ne la demande. La troisième a été prêtée pour un tournage par son beau-père. Ce dernier veut la récupérer.
« Factuellement ce sont des armes, vous êtes moins itinérant que les autres, vous auriez pu les déclarer. Il y a une sécurité pour les explosifs, c’est pareil pour les armes. »
S indique qu’il ne connaît rien au milieu des armes, qu’il ne savait même pas qu’il fallait les déclarer.
« Les cagoules et les katanas ? »
S dit que le katana est toujours à sa place, accroché au mur. Il y en a un rouge et un noir, le rouge est un faux.
S. : « Des cagoules, y en a pas qu’une, y en a quatre ou cinq, en laine, en tissu, car je travaillais de nuit à Disney pour installer les feux d’artifice. C’est pour se protéger du froid. »
« C’est une cagoule comment ? Avec des petits yeux : c’est bizarre d’aller sur un toit avec ce genre de cagoule. »
S’en suit un débat lunaire sur les cagoules.
Présidente : « On a trouvé dans la maison des composants pour explosifs. »
La conseillère en lit la liste ainsi que les mentions des enquêteurs. La présidente et elle cherchent d’autres éléments. C’est long. Personne n’a bossé sur le dossier ?
La 2ème conseillère liste d’autres éléments : poudre noire, tissus, affiches du Rojava, piles, câbles, tubes d’artifice, pétards à mèche (onze) etc…
Présidente : « Qu’ avez-vous à dire ? »
S : « Sur quoi exactement ? »
« La poudre noire, les mèches, les dispositifs de mise à feu : ça vous sert à quoi, c’est dans quel objectif ? »
S. explique que les boutons poussoirs, les câbles, les piles, le matos de mise à feu, il en existe plein de différents, il s’adapte selon les artifices à faire. C’est son travail.
« Le matériel est sur place au travail, pourquoi en emporter ? »
S. explique que pour des projets perso (clips, concerts …), il doit être autonome, il amène son matériel.
« Parfois vous travaillez en indépendant ? »
S. : « Oui. Et il faut beaucoup, beaucoup de matos car plein d’utilisations différentes. » Les piles carrées, rien de foufou : cela sert aux adaptations pour des effets spéciaux. Les pétards c’est rien, c’est pour un coup de main pour un clip afin de faire voler de la terre. « Les mèches, je ne sais plus si elles sont usées ou pas, j’en collectionne des kilomètres. »
« Vous collectionnez ? »
S. explique les différentes mèches et leur utilité. Ce sont des déchets de chantiers.
« On peut faire des objets incendiaires avec des mèches. »
S. dit qu’avec une avancée de 10 mètres/seconde, ce serait suicidaire.
« On a compris que la réglementation est rigoureuse et qu’il faut respecter les précautions. Pourtant lors de la perquisition tout était en vrac. »
S. répond qu’il y a réglementation d’un côté et réalité de l’autre. La photo est une mise en scène de la DGSI.
« Les démineurs sont intervenus. »
S. répond que c’est normal, il est artificier, ils font leur taf.
La conseillère lit le PV de la perquisition du camion avec le témoignage du démineur.
Présidente : « Il y a la présence d’ANFO et une quantité importante d’autres produits. »
S indique qu’il faut contextualiser. Il a été contacté pour un clip dans lequel il devait faire des explosions de guerre. Il avait vu la recette de l’ANFO sur internet et voulait essayer. Il avait récupéré de l’ammonitrate de F., qu’il avait mis avec du fuel et devait tester quand il en aurait le temps.
« Pourquoi avoir gardé l’engrais ? Vous ne saviez pas ce qu’était l’ANFO si j’en crois ce que vous dites. »
S dit avoir essayé avec du sucre, à Paulnay avec F. Il avait gardé l’engrais avec l’idée que peut-être un jour ça servirait.
La Présidente fait la morale. Il y a eu AZF. L’ammonitrate est un produit dangereux et vous le gardez dans le camion.
S. dit qu’il ignorait à ce moment-là que c’était un produit dangereux.
« C’est difficile à comprendre. Vous dîtes que vous êtes passionné par votre métier mais vous ne saviez pas que c’était dangereux ? »
S. répond qu’il est artificier, pas chimiste et ajoute : « Maintenant je me dis oui c’était super dangereux. »
« Sans être chimiste, on sait que c’est dangereux. Ça me gêne, dans votre profession c’est vital d’être prudent ! On a du mal à comprendre. Vous n’êtes pas chimiste mais vous vous essayez à quelques expériences. »
S. explique qu’être en contact permanent avec des produits explosifs, ça fait moins percevoir le danger. Et le danger est avec les produits transformés, pas juste avec de l’engrais.
« Ça aurait pu très mal finir. »
S : « Oui complètement. »
« Une petite quantité d’ANFO peut faire de gros dégâts. »
S. explique patiemment qu’il y a beaucoup de manipulations illégales de produits chez les artificiers et qu’ils ne peuvent donc pas témoigner.
La présidente insiste : « Dans les professions dangereuses : les checklists, les protocoles de sécurités, la rigueur, les règles font partie intégrante du métier. Vous dîtes que l’habitude fait que l’on se relâche, on fait moins attention, ça ne fait pas très sérieux. »
S répond que le relâchement est avec lui-même, pas avec les professionnels autour et précise : « Je fais plein de tests des produits pour être sûr de ne mettre personne en danger. » C’est cela sa rigueur.
« La maîtrise professionnelle est un comportement normé qui s’applique tout le temps ! Vos réponses sont difficiles à comprendre. Vous voulez développer votre expérience pour être reconnu comme bon professionnel. »
S explique qu’il essaye de petites quantités sur de grandes distances. S’il avait été au bout de son test, il aurait réduit les distances de sécurité au fur et à mesure, jusqu’à trouver un ratio acceptable.
Sur le stockage, ça ne peut détruire que son camion et il sait qu’il n’y a personne dedans, il est au camping.
« Lors de la perquisition, on a trouvé du nitrate de potassium, pourquoi ? »
S. explique que c’est pour fabrique de la poudre noire, ils en ont besoin en artifice et effets spéciaux, « C’est ma matière première ».
« Les factures d’achats pour du matériel pyrotechnique c’est pour le travail indépendant ? »
S. répond que oui, il a dépensé beaucoup d’argent dans la pyrotechnie.
« On doit montrer un agrément pour en acheter ? »
S. répond qu’à l’époque non. Les mèches, les câbles, les consommables ne sont pas réglementés, d’autres matériels comme l’inflammateur ne nécessitent pas un numéro d’agrément.
La présidente affirme que dix feuillets de recettes de fabrication de mélange explosif ont été trouvés.
S. explique qu’il s’agit d’une recette de poudre noire sur Wikihow et d’une recette de l’ANFO sur Wikipédia.
La Présidente lit les feuillets.
« Pour finir avec les perquisitions : on a trouvé une arbalète, c’est un souvenir de voyage en Tchéquie ? »
S. : « Oui, elle est accrochée à la yourte. »
« Une machette ? »
S : « Oui c’est un cadeau de K de Kanaky. Je suis dég que les enquêteurs l’aient prise. »
« Un gyrophare bleu ? »
S. : « Récupéré sur un tournage. »
« Fusil à canon scié que vous avez dit avoir trouvé au caravaning, pourquoi l’avoir gardé ? »
S. : « Pour l’esthétique. »
« Pourquoi détenir un réducteur de bruit ? »
S. : « Je l’ai trouvée tel quel. ». Il donne un exemple de recherche-expérimentation : pour une commande d’effets spéciaux où des plumes devaient voler, il a essayé en tirant dans un oreiller à plume : ça n’a pas fonctionné.

11h00
« Que pensez-vous des transcriptions de votre séjour à Paulnay ? »
S. explique qu’à part passer un bon moment avec un pote, d’un point de vue professionnel, il a eu l’impression de perdre son temps. Il était persuadé que F. amènerait une recette du Rojava mais pas du tout, c’était l’ANSU.
« Preuve que l’on s’écoute parfois pas vraiment entre potes. » Il était venu faire de l’explosif pour apprendre une nouvelle technique et l’utiliser peut-être plus tard, pour engranger de la connaissance.
La Présidente aborde ce que l’expert a dit sur la sécurité.
S. explique longuement que tout le monde dans l’artifice fait des tests tout seul de son côté. C’est la triste réalité d’expérimenter en tant qu’artificier des effets spéciaux. Ils sont autodidactes, ils essayent. Ils savent qu’ils font des choses pas autorisées forcément un jour ou l’autre. Donc personne n’oserait témoigner.
« A Paulnay, ça n’a pas marché. C’est la qualité du produit qui est en cause ? »
S. : « Oui, c’était pourri. »
« Donc cela vous donne l’idée d’aller en voler à Gamm Vert pour une meilleure qualité d’engrais ? »
S. « Oui. »
« Vous n’avez pas participé au vol ? »
S. : « Non. »
« Pourquoi voler plutôt qu’acheter ? »
S. : « On s’est un peu monté le bourrichon. Ca s’achète à la tonne»
« C’était où ? »
S. indique le lieu où cela se trouvait.
« Ça fait loin. »
S. : « C’était sur le trajet de la cave. »
« Vous en faites des kilomètres ! Aujourd’hui avec le prix de l’essence… »
S. : « L’accès à ce Gamm Vert était facile. »
« Ça peut faire penser au fait de ne pas laisser de traces, ça rend encore plus discret vos essais à Paulnay car c’est très éloigné de ce lieu. Chercher un accès facile, ça fait très bizarre. Avez-vous la volonté de dissimuler ce que vous faites en allant chercher loin la matière première ? »
S : « Il n’y a pas eu de volonté de discrétion sur l’ANSUà Paulnay. »
« Aujourd’hui on vous reproche d’être accusé d’AMT. Notre travail est de voir si tous les éléments caractérisent ou non une AMT. Y-a-t-il une entente pour faire des explosifs ? Avec les actions de discrétions mises en place, on est en plein dedans. »
« Vous l’aviez repéré ce magasin pas surveillé ! Il est très loin de là où vous êtes donc il y a une volonté de discrétion d’aller chercher de la matière première si loin. »
S. répète qu’il n’y a pas de volonté de discrétion. Il a utilisé son portable. Il dit qu’il n’arrive pas à coller ensemble le vol, les explosifs et la discrétion.
« On voit que vous voulez faire plusieurs choses en trois jours : voir F., faire des explosifs, boire avec des potes. Des essais avec les résultats que l’on connaît. Vous repartez avec du matériel. F. repart où ? »
S : « Je ne sais plus s’il me l’avait dit. »
« Concernant la précaution numérique ? Beaucoup d’entre vous se sentent concerné.es. »
S. indique prendre plus de précautions sur ses conversations privées que sur ses recherches web qu’il fait en source ouverte. Il utilisait Signal et l’utilise toujours, ne souhaitant pas que sa vie privée, ses données soient vendues à des GAFAM. Il n’a pas une hygiène numérique parfaite, il n’a toujours pas changé de numéro depuis les arrestations.
La présidente cite les téléphones, cartes sim, lignes (une en clair, une en data), etc…
S. précise qu’il n’a pas envie que son opérateur connaisse sa vie privée. Puis il explique pour les téléphones il utilise une ligne classique avec trois numéros principaux et une ligne data reliée au congélateur à Bollène pour être alerté descoupures de courant.
« Vous accumulez un peu de tout… »
S : « Je récupère les poubelles de K (ordinateurs et anciens tel). »
« Et l’adresse proton ? »
S. explique que c’est une adresse chiffrée, ça permet une utilisation plus saine. Il ne comprend pas trop les protocoles, proton le fait automatiquement.
« Pour les mots de passe : quelle mémoire ! Vous dîtes aux enquêteurs que vous vous en souvenez. »
S dit que c’est facile, il prend les premières lettres des paroles d’une chanson.
« Quelles paroles ? »
S. prononce les paroles, précisant que c’est de l’humour noir.
« Signal est votre messagerie par défaut. »
S. confirme, il utilise Signal plutôt que Silence. C’est utile aussi pour les situations particulières comme quand K. était en Kanaky.
S’en suit une longue discussion autour de Signal, de Silence.
« Sur le fait que vous demandez à K. de poster pour vous sur Facebook en votre absence ? »
S. explique que F. est fiché S, que, forcément, les personnes qui reviennent du Rojava sont suivies, surveillées. Il utilise ce prétexte pour justifier auprès de K. qu’il ne pourra pas la joindre.
« On a compris l’idée. Pour F, suivi forcément par les services de renseignements : on n’est jamais sûr.e. Certains sont observés à leur retour puis ça s’arrête vite. Ça mérite que l’on s’y attarde.
N’y-a-t-il pas une forme de complotisme ? Médiapart a fait un article sur les revenants du Rojava mais sans être objectif. C’est un média connoté. »
S. répond que les renseignements sont une police politique d’État donc qu’il est normal d’en avoir peur. Comme il le craignait les YPG deviennent aujourd’hui les grands méchants et sont classés comme terroristes tout comme le PKK.
S. : « La crainte est totalement légitime de notre point de vue; C’est une crainte de la répression d’État prouvée par l’histoire. » S. précise qu’il n’aurait pas tenu 5 minutes au Rojava.
La présidente cite des questionnements du juge d’instruction, sur le fait qu’il aurait repris cette phrase soit disant prononcée par F. : « Je peux crever ou aller en prison. »
S : « C’est faux, je n’ai jamais repris cette phrase. On l’a démontré en 1ère instance. »
« Au juge d’instruction vous dîtes : »Ça fait longtemps que F. devait m’apprendre les explosifs ». Depuis quand exactement ? »
S. : « 2019. »
La Présidente lit la retranscription entre F. et S. sur le fait que K. doit poster sur Facebook. « Que pensez-vous de ça ? »
S. dit que c’était pour donner l’illusion d’une présence. F a l’air de s’en moquer un peu, il était énervé que K. n’ait pas posté, qu’elle n’y accorde pas assez d’importance.
Un peu plus tard dans la conversation, F. s’inquiète que K. parle. La présidente lit un extrait de la conversation.
« Sur la crainte que F. tombe, l’entreprise en lien avec une entreprise terrorisme : de quoi s’agit-il ? »
S. : « Il y a deux choses : le Rojava et le vol d’engrais. »
« En quoi le vol d’engrais a quelque chose à voir avec l’entreprise terroriste ? »
S. : « F. s’inquiète des répercussions par rapport au vol, moi je parle du Rojava. Le lien avec le terrorisme c’est le Rojava, pas le vol. »
S. rappelle son projet de concert de soutien pour le Rojava.
« Il y a une triangulaire dans ce passage avec K. Que vous lui dites revoir un copain c’est une chose ; mais pourquoi exprimez-vous à K. votre crainte du fichage ? Quel est le lien avec le terrorisme ? »
S. dit que K. connaît sa volonté d’organiser des concerts de soutien pour le Rojava. Il explique le projet de concert avec Roja Sor : faire de l’argent et l’envoyer au Rojava.
A ce moment-là déjà, les YPG sont devenus officiellement un groupe terroriste, donc S. craint de risquer de tomber « en lien avec une entreprise terroriste » en organisant ce type d’événements.
La cour n’en démord pas, elle a la certitude que cette phrase est liée au vol d’engrais et à la fabrication d’explosifs. Façon pour elle de justifier pourquoi on est là.
Les débats commencent à tourner en rond.
S essaye d’expliquer mais elles ne veulent rien entendre.
« Mais la conversation tourne autour de ce que pourrait raconter K. ! »
S. essaye d’expliquer.
La présidente reprend une phrase de la retranscription entre F. et S. : « »Elle connaît même pas ton nom ». Mais elle sait que F est fiché S ? »
S. : « C’est pas un inconnu pour elle, elle le connaît. On sait tous les deux qu’il revient du Rojava. »
« Elle est capable de se faire sa propre idée. »
S. : « Elle me connaît par cœur. »
« Elle doit se dire : « mais qu’est-ce qu’il me raconte ? » sauf si l’enjeu serait de cacher les activités à Paulnay, là il y aurait une cohérence. »
S. continue patiemment d’expliquer que non K. ne s’inquiétait pas vis à vis des explosifs, qu’elle le connaît, qu’il était dans l’optique d’organiser des concerts de soutien pour envoyer de l’argent au Rojava.
La présidente lui demande pourquoi dans ce cas il parle de « légalité ».
S. explique qu’il ne peut pas se permettre une mention dans son casier judiciaire, sinon il perd son travail. Les concerts qu’il veut organiser c’est quand même détourner de l’argent pour aider le Rojava.
La Présidente relit le passage de la transcription entre F et S.
S. réexplique que c’est pour l’aide au Rojava, le soutien financier, la peur de se faire attraper pour aider avec de l’argent et de se faire condamner. Il continue d’expliquer…
La conseillère à la droite de la Présidente propose de lire les retranscriptions. À la fin de sa lecture, elle ajoute : « La conversation dure 3 minutes, ça doit faire 3 minutes que je lis, donc je pense que l’on peut dire que les […] sont des pauses de langage et non des suppressions délibérées des enquêteurs, à mon avis. »
« On a l’impression d’une volonté de se voir régulièrement pour faire des choses cachées. »
S. : « Oui, c’est ce que je dis : pour détourner de l’argent pour le Rojava. »
« Après Paulnay, vous avez revu F ? »
S : « Oui, une fois à Bollène. »
« Le 10 juillet 2020, une conversation est captée dans le camion au sujet de la présence de policiers en vacances, de leur adresse. F. est à Bollène. »
S explique que c’est pour faire le malin devant F. Rien de sérieux.
« C’est curieux de faire tourner toutes vos plaisanteries, un peu morbides d’ailleurs, autour des policiers ?! »
S. répond que non, pas seulement, tout le monde en prend pour son grade. « On crache sur tout le monde ». Sur un CGTiste par exemple.
« Pourquoi ce n’est pas le même niveau d’insultes pour un CGTiste que pour un policier ? Pour vous les policiers perdent leur humanité et donc c’est une cible à combattre ? »
S. : « Non, je sais faire la différence entre idées et individus. On parle crûment. S’en prendre à un policier, ça ne va rien changer au système, à la machine. »
« Sur les actions contre le système régalien : quelles types d’actions prônez-vous ? »
S. dit que ça passe par une variété d’actions : manifs, blocages, sabotages et donne l’exemple des ouvriers pendant la guerre.
« Jusqu’où êtes-vous prêt à aller ? »
S. : « Je fuis la violence. Ma violence s’arrête au langage. Je n’ai pas les moyens physiques, ni mentaux. Il faut distinguer le relâchement de la parole et les actes. »
« En manif, il y a de la violence ! »
S. explique que toustes les manifestant.es ne sont pas violent.es, 90 % ne le sont pas.
« Que pensez-vous des black blocs ? »
S. répond que le black bloc est devenu la caricature de lui-même, il s’y trouve des gens non-militants, juste venu.es pour une dose d’adrénaline. Aujourd’hui le black bloc est obsolète, ça ne sert plus à rien. C’est du folklore.
La conseillère à la gauche de la présidente lit une retranscription évoquant Georges Besse [grand patron assassiné par Action Directe, NDLR].
S. explique que c’est aller dans la violence verbale pour se défouler, il y avait de la colère et aussi de la fatigue vue l’heure, précisant qu’il n’était pas en train de dire : « Viens, on va faire du mal aux flics. »

12h35 pause déjeuner jusque 14h
14h10 reprise
L’avocate générale prend la parole :
« Lors de la GàV « sous pression » [elle précise entre guillemets] on peut en déduire que les autres disent : « On ne peut pas résister à la DGSI ». Vous, vous n’avez pas parlé du fait de ne pas pouvoir résister à la DGSI.
S. : « J’ai eu la lucidité d’écouter mon avocate qui me martèle « ne rien dire ». »
« Dans le rapport judiciaire concernant la phrase « je peux crever ou finir en prison » : devant le Juge d’intruction vous dîtes : « J’ai peut-être dit les propos […] ». Vous ne contestez pas avoir tenu ces propos, or ce matin si. »
S répond que ces propos sont tenus par F. à sa mère, que ça avait déjà été vu en première instance.
« Tout ce qui a été dit en première instance est réduit à néant puisque nous sommes en appel. »
S : « Ce n’est pas moi qui aie dit cette phrase. »
« Concernant votre relation avec F. : en décembre 2019 vous convenez de vous revoir pour faire des explosifs. Vous avez dit qu’auparavant ça faisait dix ans que vous ne vous étiez pas vus. »
S : « 6 ans »
« Il vient à Bollène ? Il avait votre adresse à Bollène ? »
S. : « Oui. »
« Ce n’est pas chez vous à Bollène, chez vous c’est Vitry ! »
S. répond qu’il habite entre les deux, qu’il alterne.
« Vous avez trois points de chute : Vitry-sur-Seine, Bollène, le camping, et F. vient justement pile à ce moment-là à Bollène ! »
S. explique qu’ils sont réentrés en contact : il est à Bollène donc F. vient à Bollène.
L’avocate générale explose : « Ce matin vous dîtes que pour diversifier vos connaissances, vous reprenez contact en décembre 2019 ! »
S répond qu’ils se sont revus en décembre 2019 et ont convenu qu’un jour ils en feraient.
S. refait la chronologie.
« Lors de la perquisition, il y a une facture d’achats datée du 28 janvier 2020 : est-ce dans la perspective de ces essais ? »
S. répond que que tout ce qu’il achète, c’est pour le taf, ça n’a rien à voir avec F.
« Concernant les feuillets de recette du 7 mars 2020, après Paulnay, avant Parcoul, F. est-il intéressé par la recette ? »
S : « Il y en a 2, laquelle ? »
« Peu importe. »
S : « Bah non pas peu importe de quelle recette on parle. »
L’avocate générale cherche dans les cotes. Elle poursuit.
« Les 2 sont datées du 7 mars 2020 : l’ANFO et la poudre noire. »
S. répond que c’est bizarre, que pour la poudre noire ça ne l’étonne pas mais que pour l’ANFO c’est bizarre. Il n’y a aucun rapport avec F.
« Je suis très surprise pour ce matin : vous avez une formation aux normes de sécurité alors c’est un peu léger que vous exposiez au camping des matières explosives. C’est public un camping. »
S : « Non c’est privé, c’est une SCI. J’y suis tout seul l’hiver. »
« Les autres le savent qu’il y a des essais d’explosifs ? »
S. répond que oui, bien sûr et que les essais ne sont faits que l’hiver.
« Du matériel dangereux a été saisi à cet endroit. Y a-t-il la volonté d’acheter du matériel pour fabriquer des explosifs de manière illégale au regard de l’audition de M. C. ? »
S. : « ? »
« Vous n’aviez pas l’agrément, vous avez cherché à acheter certaines choses en passant par un tiers. »
S. : « Alors, pourquoi je fais appel à lui (M. C.) : je contextualise. »
S. explique que pour travailler sur le clip dans lequel il doit simuler une explosion de guerre, il lui manque un agrément. D’ailleurs il obtiendra cet agrément en juillet, alors que cet agrément est justement fait pour, entre autre, lutter contre le terrorisme.
M. C. et S. faisant le clip ensemble, quelle que soit la personne qui achète, ça revient au même.
« On va dire que c’est ça hein. »
Elle reprend la lecture d’une conversation avec F. : « Tout sortir… pyro… législation… Votre métier peut-il justifier les matières que vous transportez ? »
S. dit qu’à ce moment-là il enlève des trucs de sa voiture avant le vol.
« Oui, vous agissez en bon père de famille. »
Une vague de murmures d’offuscation s’élève dans la salle.
S. rétorque que si c’est pour recevoir ce genre de remarques, il ne répond plus.
« Ha, je n’avais même pas pensé à ça. »
A. Becker, son avocate, se lève, veut prendre la parole. La Présidente la coupe, demande le silence dans la salle et ajoute : « Moi aussi je n’aurais jamais pensé à cela. C’est un terme juridique, une expression ! »

La présidente suspend l’audience car il y a trop de désordre. La séance reprend rapidement.
L’avocate générale revient à la charge : « Alors il a eu lieu ce vol ou non ? »
S. répond que non, qu’il n’y avait rien à y gagner.
« Le vol n’était pas prévu avant que vous alliez à Paulnay ? »
S. : « Non. »
« Concernant les talkies-walkies : personne d’autre n’en a ! »
S. répond que ce ne sont pas les siens. Lui, il en utilise sur les lieux des tournages.
L’avocate générale lit la transcription du15 février par rapport aux talkies-walkies.
« Vol dans la nuit du 15 au 16 février : est-ce que vous êtes sûr de ne pas avoir participé au vol ? Et d’avoir mis en place un alibi avec votre compagne? »
S. : « Toujours pas, non. »
« Concernant l’argent pour le Rojava [elle lit une retranscription dans laquelle est fait mention de « détourner, détourner, détourner »], il s’agit de détourner l’argent des concerts ? »
S. répond qu’il a déjà expliqué que le projet était de détourner l’argent des concerts pour financer de l’équipement, de l’aide médicale pour les YPG. Il a abandonné ce projet pour financer directement une association humanitaire : Roja Sor. Ne pouvant pas se permettre d’avoir un casier, ça permettait d’aider le Rojava en restant tranquille.
« Il faut être honnête, le 15 février vous dîtes « détourner » ! Le financement c’est le nerf de la guerre. Le détournement d’argent : il y a beaucoup ça dans les dossiers terroristes. »
S. : « Il y a les paroles et il y a les actes. »
« Si c’est juste des paroles, pourquoi en parler ? Surtout à F. ? »
S. : « Parce que je suis une grande gueule. »
« Avez-vous envisagé de vous rendre au Rojava ? »
S explique que, dans la situation de post-attentat, ça l’a titillé à une époque où beaucoup de gens partaient combattre DAESH. Il voulait aider mais pas combattre. Il pensait finalement être plus utile ici en faisant des concerts de soutien.
« À quelle période vous avez envisagé d’y aller ? »
S. : « Je ne sais plus, fin 2016, début 2017, je sais plus trop. »
« Vous dîtes « j’étais en dépression » : en février 2020 c’est beaucoup plus tard que 2016, 2017. À partir de septembre 2020, il y a 400 recherches sur le Rojava depuis votre ordinateur. »
S. répond que ce sont des décisions qui ne se prennent en un jour, qui demandent une réflexion longue.
« Est-ce qu’en 2020 vous avez envisagé d’y aller ? »
S. répond que s’il a eu à un moment donné l’envie d’y aller, il ne voit pas le lien avec le terrorisme.
L’avocate générale demande au greffier de projeter une photo de combattant.es au Rojava tenant une affiche de soutien à la ZAD.
« Êtes-vous déjà allé en ZAD ? »
S : « Non. »
« Pourquoi êtes-vous en possession de ces images sur votre ordinateur ? »
S. : « Pourquoi pas ? »
« Ce n’est pas vous qui posez les questions ! Ce n »est pas la foire ! »
Puis elle fait un monologue sur la ZAD qui serait une zone de guerre, le Rojava qui serait synonyme de paix sociale, dit que les photos trouvées sur l’ordinateur lient les deux.
« La ZAD c’est l’affrontement contre les forces de l’ordre. Ce n’est pas un spectacle. Avec le dossier on cherche à connaître s’il y a un projet contre les forces de l’ordre, à comprendre le degré d’implication… Ce procès est une deuxième vue du ministère public. Ici on lie tout, ZAD et Rojava sont liés ! »
L’avocate générale poursuit.
« Vous dîtes n’avoir aucune appétence pour la violence mais dans les conversations avec F., il y a beaucoup de propos violents. Vous flirtez de manière dangereuse avec un potentiel fiché S, vous flirtez avec la légalité en disant vouloir un casier vierge, pourtant tous ces échanges sont violents ! »
S. : « Les mots dépassent la pensée. Y a la parole d’un côte, l’acte de l’autre, y a des paroles mais dans la réalité rien. »
« Avez-vous un compte Facebook avec un pseudo ? »
S. cite ses comptes Facebook.
« Et vos publications ? Cote 1426, des publications qui inquiètent votre compagne. Je mets en perspective avec la cote sur les responsables Disney : ils disent avoir gratté vos réseaux sociaux et ont trouvé des publications anti-police. »
S. explique qu’il n’y a pas de perspective. Il a deux comptes : un en lien avec sa vie perso et l’autre où il partage des articles de critiques du système, de la société. Si la DGSI ne s’y est pas intéressée, c’est qu’il n’y ont rien trouvé d’alarmant.
« Dans vos échanges avec F. il y a les expressions « ras-le- bol… » et « tu vas te manger une balle » qui apparaissent.
S. dit qu’il a déjà répondu à cela tout à l’heure : c’est une expression verbale.
« Un document sur les positions des forces de l’ordre a été trouvé. »
S. explique que c’est lorsque les manif partent en cacahuète, on s’en va. Ce document téléchargé informe sur les positions des policiers : tel rassemblement, avec positionnement de policiers à tel et tel endroit, cela permet d’avoir un indice de quand il faut partir de la manif.
L’avocate générale lit une transcription de conversation avec F. à propos de fumigènes de couleur. « C’est dans quel contexte ? »
S : « Ça part dans tous les sens à ce moment-là. Je lui dis que ce serait stylé si en manif les gens lançaient des fumigènes de couleur pour communiquer comme dans l’Attaque des titans. »
« Le 14 février dans la retranscription d’une conversation alcoolisée avec F., vous lui dites : « c’est bien d’avoir une réputation d’alcoolos anti-chasse ». »
S. explique que comme cela, s’il y a un boom, les voisins se diront que c’est les chasseurs.
« Sur la phrase : « on a l’adresse des flics » : pourquoi dire cela à F ? »
S. dit que c’etait une blague et que c’est risible d’imaginer deux anars en train de discuter avec deux flics, c’est ça qui était drôle.
La seconde avocate générale fait projeter une photo de la ZAD qui soutient le Rojava [l’inverse de la précédente].
15h20
Les avocats entament leurs questions.
Delorge, avocat de F. : « Vous avait fait de l’airsoft à Paulnay ? »
S : « Non. »
« La DGSI dit entendre des tirs en rafales. »
S. explique que c’est le bruit du patinage des roues du camion qui s’embourbait.
Delorge : « Le 13 février, vous êtes dans le camion ? »
S. : « Non. »
« Une retranscription dans le dossier dit qu’il y a une conversation entre F. et vous alors que la surveillance physique dit que vous êtes à Vitry et F. à Toulouse ! Donc il y a des incohérences dans le dossier. »
Lucie Simon, avocate de M. : « Que veut dire ZAD ? »
S. : « Zone à Défendre. »
« Donc pas zone de guerre comme le dit le ministère public. »
Souleil-Balducci, avocate de S., lit un texte sur « la mouvance de l’ultragauche ». « LA ZAD soutient le Rojava : est-elle étonnante cette solidarité ? »
S explique que non, c’est totalement logique. La ZAD porte intrinsèquement le rejet des frontières. Tant la ZAD que le Rojava portent l’internationalisme, l’écologie, la protection de leur territoire.
Souleil-Balducci : « Quelle est la source de ces photos ? »
S : « Je ne sais plus ? »
« Elle vient d’un article de France Culture. »
S. fait remarquer que si le Rojava n’est pas le problème, pourquoi passer autant de temps dessus ?
Souleil-Balducci : « Le Rojava est une tarte à la crème, on sort cet argument quand on est au bord du gouffre. Oui ou non avez-vous agi à un moment pour le Rojava ? »
S. répond qu’il n’a pas pu aller au bout de son action en organisant un évènement.
SMS entrant de S. le 25 septembre 2020 à 16h par rapport à l’organisation du projet de soutien au Rojava.
L’avocate reprend l’extrait : « …si je tombe […] lien entreprise terroriste […] je vais prendre très cher […] filière […] groupe courage… »
S. ré-explique : « On n’était pas dupes que les YPG allaient être classés en groupe terroriste par l’État à un moment. L’État s’est servi d’eux pour combattre Daech et il retournera sa veste contre et les qualifiera de terroristes. »
« Qui est le groupe courage ? »
S. : « Les YPG. »
Souleil-Balducci : « Du 15 février au 8 décembre 2020, avez-vous eu des sollicitations de F. ? »
S. : « Non, on se revoit une seule fois à Bollène. »
« Est-il question de projet d’explosifs ? »
S. dit que non, c’était pour des balades, des randonnées.
« Pourquoi avez-vous stocké des matières explosives dans votre camion ? »
S. explique que c’était l’ANFO, dans l’optique de maîtriser un explosif de guerre pour que ça lui revienne moins cher à terme dans son taf.
« Lors de la perquisition, 285 g d’ANFO ont été trouvés : l’expert dit que ça ne vaut pas le coup de faire des tests avec ça, il y en a trop peu. Concernant la poudre noire, le livret de formation d’artificier donne la recette. »
« Pour le travail, l’utilisation du talkie-walkie c’est principal ou secondaire ? »
S. répond que c’est principal, c’est un outil de base car ils communiquent tout le temps par talkies-walkies sur les tournage ; avec les téléphones il peut y avoir des problèmes d’ondes.
Souleil-Balducci : « Concernant l’ammonitrate et le sucre, l’expert dit que ce n’est pas le mélange qui est problématique mais le fait de le chauffer et d’en faire une pâte. »
S. : « C’est la même chose que le nitrate de potassium avec du sucre qui fait un fumigène. »
Souleil-Balducci : « Combien de temps avez-vous pris pour la fabrication d’explosifs ? »
S. : « 3 heures ? »
« Il faut que l’on croise les documents : le 15 février de 8h58 à 10h56 : 2 heures de tentative de fabrication d’explosif, à la fin RIEN, ça n’a pas fonctionné. F. dit « qu’est-ce que je vais faire de cette merde ». Et pour le Gamm Vert : quand en avez-vous eu l’idée ? »
S. : « Après l’échec. »
« Quand on n’accuse pas l’auteur, on accuse le produit. Vous avez vos cartes bancaires. Vous payez vos courses par carte bancaire ? »
S. : « Oui. »
« Sur la « discrétion » : vous y allez avec quel téléphone ? »
S. : « Le téléphone habituel. »
« Vous faites 3h30 de route ? »
S. : « Oui, ça va, c’est pas grand chose. »
Souleil-Balducci poursuit : « Vous avez pris un itinéraire particulier. »
S . : « J’ai mis Waze puis j’ai suivi F. »
« Si vous vouliez être dans la clandestinité, vous auriez pris votre téléphone ? »
S. : « Bah non »
Souleil-Balducci : « Sur la ligne data, c’est pour le congélateur connecté ? »
S explique que ce n’est pas un congélateur connecté mais juste une sonde qui est reliée à un boîtier wifi.
« Il y a un certain nombre de critiques sur l’enquête : sur une photo de votre téléphone on voit un colis, des tubes. Pour la DGSI c’est pour faire une pipe bomb. »
S. explique que c’était les éléments d’une étagère industrielle. Il a l’impression qu’ils n’ont pris que ce qui les arrangeait.
Souleil-Balducci montre deux photos de la vidéo de Paulnay.
S. décrit ce qu’on aperçoit sur la photo : camion de F, toilettes sèches, barbecue.
[précision : cette vidéo a été détruite par la DGSI. Les avocates, F. et S. disent qu’elles auraient été complètement à décharge]
Souleil-Balducci : « Il y a 2 mondes : la pyrotechnie très carrée et les effets spéciaux avec les expérimentations. »
S. explique le plan avec M.C. pour expliquer l’effet d’explosion aux comédiens, « l’effet fougasse ».
M.C. fait des simulations d’explosions avec le ministère des Armées. S. souhaitait acheter les produits avec agrément avec la carte d’identité de M.C.
Souleil-Balducci : « ‘’Bidouillage’’.c’est M.C. qui dit : « Il faudrait faire des essais dans un champ à l’arrache. »
S. : « En théorie je devrais faire une déclaration en préfecture pour chaque essai que je fais. Je ne le fais pas par facilité comme beaucoup de gens. C’est logique de tester mais il faut faire attention aux comédiens. La priorité c’est de préserver l’intégrité des personnes. »
« Toutes vos blagues sont sur les policiers ? »
S. : « Beaucoup mais pas que. »

Alice Becker, avocate de S. : « On peut voir les armes une fois que vous aurez les pièces que nous avons versées au dossier ? La Présidente n’est pas partante. L’avocate insiste, explique pourquoi. la Présidente accepte. »
Becker : « L’expression « bon père de famille » a été supprimée en 2014 car elle appartient au système patriarcal. »
L’avocate générale : « Je suis une magistrate âgée, je l’utilise encore. »
La Présidente : « Hihi, je vous rassure, moi aussi ! » [c’est gênant et énervant]
[ça zbeule un peu avec les avocat.es]
L’avocate générale dit à A.Becker : « Cette remarque était stupide et complètement déplacée. »
[re-zbeul des avocat.es]
Becker : « Lors de la garde -à-vue, j’ai fait des observations écrites dans lesquelles j’évoque la pression incroyable que mettent les enquêteurs en ‘’off’’. Quelles sont ces pressions ? »
S. répond qu’en off, on faisait pression sur lui en utilisant K., elle-même en cellule ; la DGSI lui chuchotait des mots à l’oreille, il était réveillé en pleine nuit …
« Les produits dans le garage ? »
S. : « C’est une mise en scène de la DGSI. Je ne sais pas faire de TATP. »
« Il y a une conversation avec l’agent de la préfecture en lien avec l’agrément et une autre conversation où S. craint de ne pas l’avoir par rapport à de mauvaises fréquentations politiques. Il craint aussi d’être fiché S. »
S. répond que l’agrément est en lien avec le terrorisme. Une enquête est faite pour être sûr.e que l’on peut donner cet agrément.
Becker souligne : « Vous avez les services antiterroristes sur votre dos à ce moment-là. Il y a un enquête antiterroriste qui doit être effectuée pour obtenir cet agrément. Et pourtant on vous donne l’agrément ! »
S. : « C’est un « pousse au crime ». »
« Il y a un dispositif à Paulnay qui est levé juste avant le vol. C’est curieux. »
16h35 : pause
17h10 : reprise
Témoin de la défense : K.
Présidente : « Il y a une difficulté : vous ne devez pas assister aux audiences hors vous étiez présente. »
K : « Ah non pas du tout. Je suis venue le midi devant mais jamais dans la salle. »
« Ce n’est pas ce que disent les gendarmes. »
– Salle pas contente –
Présidente : « SILENCE ! »
K. : « J’ai justement fait l’effort de ne pas venir. Ils m’ont probablement vue devant le portique. »
« On va attendre le rapport des gendarmes. J’ai peur que le jugement soit cassé si elle était là. »
Avocate générale : « On attend le rapport. »
Souleil-Balducci : « On va avoir des difficultés si le rapport dit qu’elle était là. Dans ce cas-là, on pourra faire citer des témoins dans le public, les conseils car ce n’était pas le cas. »
Présidente à K. : « En attendant, sortez. Prochain témoin. »
Souleil-Balducci : « On aura le rapport dans l’après-midi ? »
Présidente : « Je ne sais pas. Les procédures de gendarmerie peuvent être très longues. »
Méchin, avocat de F., dit qu’ils ont ajouté des pièces pertinentes par rapport au témoin : un document de la fédération d’airsoft et un extrait du guide du routard.
Avocate générale : « C’est tout à fait déplaisant de verser des pièces dont on va se servir juste après. »
La présidente liste les pièces ajoutées par l’avocate générale : une liste de pochettes d’albums de musique : P4, La Vermine, Pour un djihad de classe, etc …
suspension 17h20 – reprise 17h30
Témoin de la défense : Mr Caletti, psychiatre à St Anne, prête serment de vérité.
Présidente : « Les prévenus sont poursuivis pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes. C’est un témoin demandé par la défense de F., je vous laisse poser les questions. »
Coline Bouillon, avocate de F : « Au bout de combien de temps se manifestent les impacts de l’isolement ? »
Le témoin se présente, explique qu’il a exercé pendant 25 ans en milieu pénitentiaire. L’enfermement crée des troubles chez toustes, variables selon les personnalités. Plus l’isolement est long, plus c’est possiblement grave.
Bouillon : « Une personne placée à l’isolement a besoin d’un suivi psy ? »
T : « Oui, toute personne à l’isolement a besoin d’échanger. Ce qui n’est pas le cas. »
Bouillon : « Après 11 mois d’isolement, lorsque F. est entendu pour la première fois par le juge des libertés et de la détention, il évoque des troubles cardiaques, de l’anxiété, beaucoup de stress … Ce sont des symptômes de l’isolement ? »
T. : « On entend parler d’hantavirus. Je vois survenir des symptômes quasi de syndrôme post-traumatique du confinement. Pour comprendre l’isolement, il faut avoir envie de le comprendre. Dans une prison : 9m2 ! Le confinement a eu des effets délétères très documentés. Il provoquait des insomnies, dépression, désespoir alors qu’on était dans un confinement pour notre bien, pour se protéger, pour protéger l’entourage. Pour l’isolement c’est pareil en pire. L’isolement c’est un confinement dans sa plus stricte définition, dans 9m2 ! Sans aucune activité.
Vous parlez de douleurs, tous les sens sont touchés, on ne peut pas y échapper. La vue est limitée avec les murs à quelques mètres, ce qui entraîne des problèmes de vue. Sans intimité, dans l’incertitude ; avec soi mais sous le regard de quelqu’un, ce qui provoque une tension permanente, un sentiment de persécution.
En prison il est très difficile d’obtenir des soins psy. L’administration pénitentiaire est réticente. L’isolement est une mesure judiciaire. Chaque personne mérite un suivi. »
Présidente : « Certains soignants refusent de se déplacer ? »
T. : « Les soins doivent être accessibles à tous. Je me suis refusé à faire un certificat d’aptitude car aucune personne n’est apte à être à l’isolement. Le médecin est là pour soigner pas pour laisser quelqu’un en souffrance. »
Présidente : « On peut faire un certificat de contre-indication ? »
T. : « Oui mais ce n’est pas toujours suivi par l’administration pénitentiaire. Le nombre de suicides est important à l’isolement. Si on veut s’assurer qu’il n’y ait pas de suicides, il ne faut pas d’isolement. »
Présidente : « Ça peut être à l’initiative du médecin d’aller à l’isolement ? »
T. : « Ça peut. »
Présidente : « Contre-indication opposé à comptabilité ? » [bah oui ?]
T. : « On peut prévenir l’administration pénitentiaire s’il y a des risques médicaux. L’isolement va de toute façon créer des troubles. »
Bouillon : « Il y a isolement judiciaire et isolement administratif [comme pour F]. Existe-t-il des examens préalables, indépendamment du comportement, pour dire si l’isolement est possible ? »
T. : « Ça existe 24 heures après le début de la détention. »
Bouillon : « Quels sont les motifs de placement et/ou de maintien à l’isolement ? Le comportement, l’accusation ? »
T. : « Tout existe ; il y a l’exemple de l’ancien président. Ce n’est pas toujours le comportement la cause, parfois par souci de protection de la personne. »
Bouillon : « A chaque renouvellement [tous les trois mois], le SPIP faisait un rapport sur le comportement exemplaire de F. Les débats étaient tenus par des personnes non décisionnaires qui prétextaient « la décision vient d’en haut ». »
T. : « Oui je l’ai déjà vu, cela arrive aussi pour les extractions, j’ai déjà été confronté personnellement à des pressions d’en-haut. »
Bouillon : « A Bois d’Arcy, le quartier d’isolement est au bâtiment C4 : c’est situé au 4ème étage, c’est dur d’y accéder. Les rendez-vous pour aller voir le médecin, le dentiste, la psychologue… n’étaient jamais honorés car l’administration pénitentiaire ne voulait pas fermerles quartiers que le détenu doit traverser. »
T. : « Vous me rappelez de mauvais souvenirs. C’est le quotidien des personnes à l’isolement. On veut des rendez-vous réguliers, les rendez-vous ne sont jamais sûrs d’être honorés. Les surveillants ne sont pas disponibles, pas assez nombreux, etc… Nos patients en pâtissent. »
Bouillon : « Vous parliez des bruits. Quand j’allais le voir, j’entendais les cris incessants des codétenus, des cris de terreur à s’en taper la tête contre les murs. »
T. : « Parfois oui, parfois non, ça dépend. En règle générale, les prisons sont très, très bruyantes. Parfois des humiliations sont faites par le personnel : taper les clés contre les portes, l’œilleton ouvert régulièrement pendant la nuit… »
Bouillon : « Au bout d’un certain temps à aller le voir, une fois par mois, il me semble ivre, sue beaucoup, avec des pertes de cohérence. »
T. : « L’anxiété, les crises d’angoisse font suer beaucoup. Avec la durée de l’isolement, ça augmente. »
Bouillon : « Il notait les questions pour me répondre la fois suivante car il n’était pas en mesure de s’en souvenir. Pour le juge d’instruction il faisait pareil du coup. L’impact sur la mémoire : vous l’avez constaté ? »
T. : « Absolument, absolument : les troubles de la mémoire, de la concentration c’est très fréquent, c’est très documenté. »
T. raconte une anecdote : une personne que suivait T. souhaitait recontacter une connaissance à lui. Il hésitait, et finit par envoyer la lettre. T. lui demande : « Avez-vous eu des nouvelles ? » « Docteur j’attends une réponse depuis 6 mois ».
« La notion du temps est totalement altérée à l’isolement. »
Bouillon : « Après sa sortie, pendant des années F. m’a dit que le seul stress qu’il revivait était celui vécu à l’isolement : le sentiment d’être réveillé en permanence etc… Combien de temps cela peut durer ? »
T. : « Lors des consultations après la sortie de prison, les gens que j’ai suivi ont toujours des réminiscences, qui est un des symptômes du syndrome de stress post-traumatique. »
Présidente : « Les symptômes doivent dépendre des gens ? »
T. : « La durée, l’intensité sont en fonction des gens ; si l’isolement est assez long, tout le monde aura des symptômes. »
Présidente : « Il peut en résulter un stress post-traumatique, une vulnérabilité qui nécessiterait un suivi ? »
T. : « Bien sûr. Avant on parlait de stress post-traumatique uniquement pour la guerre, puis pour les viols ; maintenant il y a aussi des stress post-traumatique pour des choses non-perçues par les autres. »
Présidente : « Dans un autre domaine, un séjour sur front de guerre, dans la lutte contre Daech, qu’est-ce que ça peut entraîner au retour ? Après 10 mois ? Un stress post-traumatique ? »
T : « On ne peut pas exclure le stress post-traumatique. Un terrain de guerre c’est sûrement traumatique. Si on est sur le front : oui, il y aura trauma, forcément ; syndrome de stress post-traumatique, je ne sais pas. »
Présidente : « Le fait que ça revienne en boucle dans les conversations, ça signifie une difficulté à absorber cette expérience ? »
T. : « Les choses qu’on ne peut pas partager, on les évoque, on les décline : c’est du bon sens. »
Présidente : « Les faits se passent dans le confinement ; ça a généré de l’anxiété. Ils l’ont passé en groupe, à la campagne. C’était anxiogène. Les plus fragiles présentent des symptômes dépressifs. »
T. : « Chez les jeunes et notamment les étudiants, le confinement les empêchait de se projeter dans l’avenir. La perte de contact social entraîne de l’anxiété. »
Présidente : « Est-ce que c’est contagieux lorsqu’on est en groupe ? »
T. : « En prison des personnes qui ne sont jamais mutilées avant, se mutilent. Le suicide est plus fréquent quand il y a des antécédents familiaux. On peut imaginer une contagion. Il y a un film avec des ados qui se montent le choux et finissent par commettre un attentat. »
Présidente : « Ça peut entretenir une paranoïa ? »
T. : « Tout ce qui est milieu clos est susceptible de la laisser se développer, on assiste à une forme de contamination des idées. »
Présidente : « Les personnes qui partagent l’idée que la société dysfonctionne, « on est menacé par le système » : ça pourrait augmenter avec le fait d’être en groupe ? »
T. : « Les personnes qui trouvent que rien ne dysfonctionne ne vont pas très bien ! » [best punchline]

Chloé Chalot, avocate C. : « Par rapport aux fouilles à nu qu’a subies C. en prison [lecture de la lettre de témoignage des grands-parents lors des parloirs]. L’angoisse liée à ces fouilles était tellement forte que C. a fini par renoncer aux parloirs : vous avez déjà vu cela ? »
Présidente : « C. a refusé l’expertise psy ! » [ça n’a rien à voir]
T : « Oui j’ai déjà vu cela. Des personnes ne voulaient plus de parloir pour éviter ces fouilles humiliantes. »
Delorge, avocat F. reprend sur l’arrestation et l’incarcération de F., et cite ses propos devant le juge d’instruction au sujet des séquelles psychologiques qui s’aggravent (« je suis fatigué, j’ai l’impression d’être dans le brouillard etc … »). F. écrit pendant un an sur cela (« mes capacités intellectuelles sont catastrophiques » « mon corps déraille, mon esprit aussi…. »).
T. : « Maintenant je travaille avec des migrants. Ils n’arrivent plus à parler de leur parcours de vie tellement c’était traumatique, même si ça les dessert face aux administrations. Ça doit être la même chose avec votre client. L’esprit est envahi par le brouillard, ça s’accentue avec le stress de l’audition. »
Delorge reprend la période de la grève de la faim de F. Après 37 jours de grève de la faim, le pronostic vital était engagé. F a été hospitalisé. À la sortie d’hôpital, il a été mis sous bracelet. Lors de la première instance, la grève de la faim a été un élément à charge plaidé par l’accusation qui l’a présentée comme une forme de chantage et un signe d’endoctrinement, disant « qu’il ne recule devant rien », alors que F. dit que c’était un acte de survie. (le 4 avril 2023 le tribunal administratif déclare la mise à l’isolement de F illégale).
T. : « C’est comme l’animal pris dans un piège à loup : il se ronge la patte pour sortir du piège. Le recours à un acte violent traduit une volonté de se faire entendre. »
Bouillon, avocate F : « Une fois que le pronostic vital est engagé, les médecins doivent recueillir les souhaits de la personne si elle fait un arrêt respiratoire. Le souhait de F. était d’être réanimé. Ce qui montre sa volonté de vivre. »
T. : « La grève de la faim est un moyen de s’exprimer. Il y a des moyens plus simples et moins douloureux pour mourir. La grève de la faim c’est un appel, un cri. »
Méchin, avocat F : « La mise à l’isolement entraîne une perte de contrôle sur soi-même. La grève de la faim pourrait-elle être une tentative de reprendre le contrôle ? »
T. : « Oui, bien sûr. Comme l’automutilation restaure le sentiment d’exister, de reprendre le contrôle, se réapproprier son corps, sa pensée. En prison la liberté d’agir est restreinte, la grève de la faim permet la réappropriation du corps. »
Méchin : « Sur le sentiment de persécution : il survient par rapport à qui ? A quoi ? »
T. : « Ce n’est pas forcément adressé à quelqu’un en particulier. Le fait d’être constamment sous le regard potentiel des gardiens de prison exerce une pression, un sentiment de persécution et d’insécurité. »
Méchin : « Depuis deux semaines d’audience, F. a pleuré trois fois : une fois par rapport à l’alcool jeune, une deuxième fois en évoquant la mort de sa chienne alors qu’il était à l’isolement et une troisième fois maintenant lorsque les conséquences de l’isolement sont abordées. »
Les avocates générales soufflent.
Méchin : « Je vois que vous soupirez mais ces questions sont importantes. »
Les avocates générales lèvent les yeux au ciel.
Présidente : « Je veux qu’on aille jusqu’au bout de ces questions. »
Les avocates générales râlent.
Présidente : « Et bien oui un peu d’humanité ça ne fait pas de mal parfois. »
T. : « Je ne le connais pas mais si mes propos le font pleurer c’est que ça touche une vérité, ça le touche profondément. »
18h35 : suspension
18h40 reprise
Témoin de la défense : K
Présidente : « Les gendarmes disent qu’ils n’ont pas la certitude que K. soit entrée dans la salle d’audience. Ils l’ont vue souvent à l’extérieur. K. décline son identité.
« Vous êtes la compagne de S. ? »
K. : « Oui. »
Alice Becker (avocate S) : « Spontanément, qu’avez vous à nous dire ? »
K. : « Nous sommes ensemble depuis 20 ans. J’ai choisi de témoigner aujourd’hui car j’ai gardé le silence en garde-à-vue face aux enquêteurs de la DGSI, le juge d’instruction ne m’a pas convoqué et j’ai fait le choix de rester en soutien dans le public en première instance. J’aimerais apporter mon temoignage aujourd’hui pour éclaircir certains points autour du weekend à Paulnay, même si cela ne va pas être facile pour moi.
Cela fait vingt ans que je travaille dans le cinéma. J’ai très vite sollicité S. pour des effets spéciaux pour la réalisation de clips, court métrages…. On regardait plein de vidéos pour trouver des effets spéciaux originaux. Il s’est fait sa place dans le milieu en apprenant sur le tas, il s’est battu pourbosser là-dedans. Dès 2019, et même avant, ce n’était pas étonnant de le voir faire des essais d’explosifs.
Nous avons eu une période difficile dans nos vies perso. C’était aussi un changement de vie : après dix ans de vie libre en squats, nomades, puis yourte, nous sommes passés en pavillon. C’était un tournant de vie compliqué, une période charnière. »
Présidente la coupe : « Oui, d’accord mais on n’est pas là pour faire votre psychothérapie. » [beaucoup de mépris, très sèche]
K. : « Je veux juste préciser le contexte, où on en était dans notre couple, car ça explique la situation. » K. explique qu’elle était contente que S. aille voir son pote F. K. l’appréciait, l’avait rencontré en 2009, le trouvait joyeux et drôle.
Présidente : « S. vous avait parlé des risques, que F. soit fiché S… »
K. : « A son retour S. m’a parlé de F., du Rojava, de l’article de Mediapart … c’était évident pour nous que F. soit fiché S.
Présidente : « Ça ne vous posait pas de problème ? »
K. répond que c’est important de voir un ami, même s’il est fiché S. L’amitié est plus importante.
Présidente : « Vous ne reviendrez pas sur les questions de la garde-à-vue. Vous avez choisi de garder le silence en garde-à-vue donc on ne veut pas vous entendre sur les questions aux quelles vous avez refusé de répondre à ce moment-là. Qu’est-ce que vous savez par rapport au week-end à Paulnay ? »
K. : « S. m’a parlé de son projet de concert de soutien au Rojava, j’étais d’accord. Sur ce week-end y avait un peu de mystère. Je suis très indépendante, c’était peut-être une manière de rééquilibrer ça. » Juste avant de partir en week-end avec F., S. parle des posts Facebook. K. dit ne pas y avoir accordé d’importance. C’était une période où il passait beaucoup de temps sur Facebook et c’était un de leurs désaccord. S. lui a reproché de ne pas s’être connectée, a dit que la confiance était rompue.
« On va pas faire de la thérapie de couple. La défense posez les questions pour que ça aille plus vite ! » [c’est véner]
Becker, avocate de S. : « On pensait que K. pourrait déposer plus longtemps, s’exprimer davantage. Pourquoi S. faisait tant de mystère ? »
K. : « Pour se donner de l’importance. Je ne l’ai pas vraiment écouté. »
Becker : « Depuis quand S. s’intéressait au Rojava ? »
K. répond que c’est depuis de nombreuses années. Il regardait des reportages, lisait des documents, des articles. Il avait la volonté d’organiser des concerts de soutien mais avec le Covid ça n’a pas pu se faire.
Becker : « En juillet 2020, avec F. à Bollène, vous avez fait des explosifs ? »
K. : « Pas du tout. » K. explique qu’ils ont fait des balades, de la randonnée, qu’iels sont allé.es voir les carrières. Ils ont beaucoup parlé du confinement, des masques, des vaccins.
Becker : « Comment F. arrive à Bollène ? En contactant S. ? »
K. : « Je ne sais pas. »
« Pourquoi F était venu à la base ? »
K. : « F. vendait des pièces de camion.
« Comment vous communiquiez avec S. ? »
K. : « Par Signal et Whatsapp. »
« S. est entré grâce à vous dans le cinéma ? »
K. : « Il était passionné d’artifices et d’effets spéciaux. Les projets nouveaux le passionnaient aussi. Il fallait être réactif, ça lui plaisait. »
« Des objets ont été placé sous scellés : 1 gyrophare bleu, 1 machette, 2 katanas, carabine 22 long rifle. »
K. :« Le gyrophare a été donné après un tournage, la machette était un cadeau que j’ai ramené de Nouvelle-Calédonie, les katanas c’est pour la déco, la Herstal : c’est une arme de mon arrière grand-père que mon père m’avait prêtée pour un tournage. Elle n’a rien à voir avec S., c’est mon arme. Je ne comprends toujours pas pourquoi tous les objets dangereux dans notre maison lui ont été automatiquement attribué, j’habite dans cette maison. »
Becker continue les questions sur les perquisitions : « Le Kangoo ? »
K. : « C’est un gros bordel. »
Becker : « L’eau oxygénée, pourquoi en a-t-on trouvé ? »
K. : « C’est pour les cuves d’eau, contre les bactéries. C’est un produit aussi pour les travaux. »
A Becker : dans la cuisine du camion quote D533 : des produits dangereux dans le camion
K. : « Il savait ce qu’il faisait. Je lui fais entièrement confiance»

Camille Souleil-Balducci, avocate de S. : « Vous êtes là comme témoin car la police a décidé que vous n’êtes pas mis en examen. On dit les mêmes choses quand on est soupçonné et quand on est témoin ? »
K. répond que la garde-à-vue a été très éprouvante et ponctuée de nombreuses privations de sommeil. L’OPJ a tenté de la manipuler, de la monter contre S. en utilisant des conversations intimes.
Souleil-Balducci : « En garde-à-vue vous avez arrêté de parler avec les questions sur les posts Facebook ? »
K. dit un peu avant, on lui a montré une conversation, elle a eu l’impression d’être manipulée. Ils lui disaient « conflit d’intérêts avec S. »
« Avez-vous l’impression que les enquêteurs voient votre droit au silence comme un droit à respecter ? »
K. explique qu’en ‘’off’’ ils lui disaient que si elle continuait à garder le silence, elle serait déférée.
« On a parlé de vous tout à l’heure : dans une conversation entre F. et S. : « vu son état psychologique j’en doute » « utiliser ma légalité » … De quoi ils parlent ? »
K. dit que ça lui fait penser au projet d’envoyer de l’argent au Rojava. Elle a l’impression que S. s’enflamme beaucoup comme ça lui arrive souvent.
Souleil-Balducci : « Est-ce que vous auriez pu les dénoncer et pour quelle raison ? »
K. : « Aucune idée de quoi ils parlent. »
« Les talkies-walkies : c’est à vous ? À lui ? »
K. répond que c’est à tous les deux pour l’escalade.
« Et dans votre métier ? »
K. précise que dans le cinéma ils fournissent des talkies-walkies car les équipes communiquent par talkie-walkie entre elles.
Souleil-Balducci : « Donc ce n’est pas un objet suspect. » Puis elle questionne sur le taf, le cinéma, les effets spéciaux. »
K. raconte une expérience au taf sur la réalisation d’un film d’action en Corse où les artificiers ont utilisé des produits faits maison.
Il est 19h25 et K. parle depuis maintenant 45 minutes lorsque la présidente l’interrompt. [C’est violent. On a l’impression qu’elles se foutent totalement de son témoignage, elles veulent bâcler, ne l’écoutent pas vraiment]
Présidente : « Si vous voulez faire passer le dernier témoin aujourd’hui, ce sera 10 mn seulement car la cour, et pas que la cour d’ailleurs, a des impératifs. Donc d’accord pour le prochain témoin mais rapidement. » [C’est abusé, très méprisant aussi].
Souleil-Balducci : « On a l’impression qu’il y a peu de considération pour les témoins de la défense… »
Témoin : Vanessa Codaccioni – citée par la défense
La présidente rappelle qu’elle n’acceptera pas de tribune idéologique ni d’analyse juridique sur l’anti-terrorisme.
V. C. : « Je ne suis pas juriste et ne suis pas là pour faire du militantisme. Je témoigne en tant qu’historienne sur les militant.e.s et la répression, notamment des communistes pendant la seconde guerre mondiale, puis après la guerre, et sur les maoïstes. »
[Elle présente ses expériences professionnelles relatives au domaine de l’anti-terrorisme]
Professeure en science politique à l’université Paris 8, elle a étudié l’histoire des procès politiques et anti-terroristes, et a écrit plusieurs livres à ce sujet [“Punir les opposants”, “Justice d’exception”] travail reconnu par le CNRS.
Concernant les potentiels risques terroristes, elle a travaillé en 2020 pour le TGI à la demande de Benjamin Chambre du PNAT, où elle a épluché 455 dossiers concernant des Gilets Jaunes ; ce qui lui a permis de construire les portraits sociologique des personnes inculpé.es, et de décrire aussi comment les militants sont représentés.
Chalot, Avocate C. : « C. s’est vu reprocher des textes perquisitionnés sur ses supports informatiques. Comment sont représentées les lectures engagées des militants? »
V. C. : « Les militants lisent beaucoup, ils connaissent parfois plus le sujet que les personnes en face d’elleux, iels constituent l’avant-garde. (intellectuelle?!)
Pendant les GàV des militants communistes, il y avait des questions comme « Avez-vous lu Marx, Lénine » « Voulez-vous mener la révolutions qu’ils prônent? ». Il y a donc tentative de les inculper et condamner pour leurs lectures car les autorités font un lien entre les lectures et l’intention de passer a l’acte.
Notamment après les attentats du 11 septembre, il y a le Patriot Act. [« Loi pour unir et renforcer l’Amérique en fournissant les outils appropriés pour déceler et contrer le terrorisme » ] et notamment une Clause de Bibliothèque qui permet une surveillance plus accrue des lectures des militants. »
Elle cite le livre de Roger Chartier Les origines culturelles de la Révolution française, dans lequel il dit que d’une part, avoir des livres chez soi ne veut pas dire qu’on les a lus, ou qu’on les a lus en entier, que cela ne dit rien de comment on les a interprétés, si on était d’accord avec ou pas du tout. Et d’autre part que les lectures de ces ouvrages n’entraînent pas des pratiques et des pensées plus radicales.
Chalot : « Au même titre que les livres, quelle place prend la musique dans un procès anti-terroriste ? Est-ce que vous avez déjà vu ça ? »
V. C. : « Il n’y a pas de lien. Combien de personnes écoutent par exemple du rap violent sans qu’il n’y ait de passage à l’acte ? »
Chalot : « Concernant la lecture de brochures militantes, comme : Conseils sur comment faire face aux GAV, etc… Est-ce que cela démontre une angoisse montante après Tarnac, une certaine paranoïa militante ? »
V. C. : « Oui, tout à fait, il y a une paranoïa de plus en plus présente. Se prémunir de la surveillance de l’État et de la Police, c’est très présent dans la culture militante. On retrouve ça dès les années 1930 chez les trotskistes. »
Présidente : « Est-ce plus présent chez l’extrême-gauche que chez l’extrême-droite ? »
V. C. : « Pareil, dans les deux… »
L’avocate générale interrompt : « Nous ne sommes pas dans un procès militant. »
V. C. : « On pourrait en discuter. »
V. C. : « Il y a dans beaucoup de mouvements de lutte une peur de la justice antiterroriste aujourd’hui car il y a eu beaucoup de procès (Bure, Tarnac, écologie…) et cette peur s’est propagée via des personnes d’autres sphères : l’affaire Snowden,…, partagent une vigilance sur la sécurité de nos données, qui se diffuse de plus en plus.
Chalot : « Étrangement, le seul inculpé qui n’a pas fait appel est le seul qui n’a pas eu d’inscription au FIJAIT. Quel est le poids de cette condamnation, quels sont les enjeux du FIJAIT ? »
V. C. : « C’est une post-peine, une continuation de la peine après la sortie de prison. Il y a un caractère infamant, dans le fait d’être assimilé, via cette peine, à un terroriste islamiste. Par exemple, les indépendantistes Corses ont été sortis du FIJAIT en février 2025 par Darmanin « pour ne pas qu’il y ait d’amalgames entre eux et les islamistes ». »
L. Simon, avocate de M. : « Les dossiers anti-terroristes d’extrême-gauche sont assez rares, il y a donc peut-être besoin de replacer l’ultra-gauche dans une histoire et une culture militante. »
[clash]
Elle souhaite citer une partie du jugement ; la procureure refuse à plusieurs reprises, la juge tranche : si c’est une question générale, en reformulant, sans citation, c’est d’accord.
L.S. : « Dans le dossier, il est reproché aux prévenu.e.s d’avoir tenu des propos violents et évoquant des actions violentes anti-flics mais ne serait-ce pas culture commune dans la culture des militants de gauche ? »
V. C. : « Oui, c’est même un dénominateur commun majeur dans les cultures de gauche. Par exemple, les communistes, les maoïstes, ont eu des propos très violents. » Elle cite l’exemple de Jean-Paul Sartre qui prône l’idée d’un tribunal populaire pour juger la police.
« Ces propos violents sont d’une banalité affligeante. Toutefois on ne peut qu’être frappés par la violence des propos qui traduisent une haine de la police, et qui incitent à passer à l’acte. Comme ceux des Gilets jaunes par exemple, j’ai étudié 450 dossiers de Gilets Jaunes, on y rapporte des propos d’une radicalité incroyable, des évocations de projets d’une rare violence contre la police, par ex « je veux voir des CRS en feu ». Pourtant ils n’ont pas été condamnés pour terrorisme. Car ces propos ne se traduisent pas du tout en actes.
Dans les années 70/80, Robert Badinter dit qu’il ne doit pas y avoir de procès politique, que du droit commun. A partir des années 90’ il y a une augmentation des lois anti-terroristes. On a un passage du droit commun vers la justice antiterroriste. »

Bonvarlet, avocate de W. : « L’un des inculpé, L., a reçu une peine de deux ans avec sursis en première instance, je comprend que pour lui l’enjeu est passé, la peine est « légère », donc il n’a pas fait appel. Mais 2 ans de sursis, est-ce que cela correspond à une peine d’anti-terrorisme ? Est-ce que cela suffit pour du terrorisme ? le PNAT semble avoir jugé que oui vu qu’il n’a pas fait appel… »
[Gros Clash]
L’avocate générale est outrée par la question, elle s’oppose à ce que V. Codaccioni y réponde.
Présidente : « Ce n’est pas une question au témoin ! »
Bonvarlet négocie avec la Présidente.
V. C. : « Je ne peux pas répondre. »
En même temps le parquet se lève pour partir bouder dans son coin. La Présidente s’énerve et le remet à sa place: « Qui crée l’incident ici ? C’est MON autorité, c’est mon tribunal, vous n’avez pas à partir comme ça. Asseyez – vous … Je ne souhaite pas que ça se reproduise !! »
Les avocates générales vont se rasseoir, penaudes, à la niche.
Présidente (s’adresse à Bonvarlet): « Votre question n’a pas sa place ici ! »
Bonvarlet : « D’accord, j’en suis désolée. »
La défense demande à ajouter de nouvelles pièces.
Présidente : « Il faut le faire un peu en avance quand même. On fera ce qu’on pourra mais on risque de déborder du temps imparti. On va essayer de finir tard mais dans la mesure du raisonnable, on ne peut pas finir à 22h. Le procès va déborder au 26 mai. »