Ce matin c’était les retrouvailles des inculpé.es et de leurs soutiens pour un petit déjeuner devant le tribunal, après deux ans d’attente.
L’audience a débuté à 9h, en présence de six prévenu.es, douze avocat.es, une cinquantaine de personnes dans le public en soutien, huit flics et quelques journalistes dans la salle.
Cette audience s’appelle une « audience d’incident » car elle a pour objet de traiter de toutes les demandes de la défenses’agissant de la procédure.
La présidente procède au rappel des faits et des condamnations de chacun.e.
Puis la présidente demande à chacun.e des accusé.es de se présenter à la barre pour justifier les raisons de leur appel.
RASSEMBLEMENT le 22 MAI à 18h face à la Cour d’Appel
En 2023 les 7 inculpées du 8/12 étaient condamné.es pour terrorisme avec des peines de prison ferme, fichage européen, interdictions de communication… 6 d’entre elleux font appel de cette décision. Même si on ne pourra pas être toustes présent.es au tribunal à Paris, il est important de se mobiliser à l’extérieur pour afficher notre soutien et empêcher que la justice et l’État nous invisibilisent !
Soutenir le 8/12 ce n’est pas seulement soutenir individuellement ces camarades-ci, c’est surtout lutter contre la répression de toustes. Si la caractérisation de terrorisme était validée au terme de l’appel, cela offrirait une jurisprudence inédite pour réprimer les opposant.es politiques. Finies les tentatives de dissolution de groupes politiques autonomes et des collectifs antiautoritaires, l’État pourrait envoyer les membres de ces groupes d’opposant.es directement en prison sous l’accusation d’association de malfaiteurs à caractère terroriste…
Concernant ce procès en appel, les camarades seront jugé.es à la Cour d’Appel de Paris sur l’ile de la cité. La salle qui doit recevoir le procès a une cinquantaine de places assises. Il se déroulera : Du 4 au 7 mai 2026 Du 11 au 13 mai 2026 Du 20 au 22 mai 2026 (prolongation possible le 26 mai 2026) Les audiences se dérouleront sur des journées entières à partir de 9h. L’entrée dans l’enceinte du tribunal peut être longue pour les personnes sans convocations. Pour rappel la plupart des camarades ne sont pas de la région parisienne, ce qui est un obstacle materiel de plus à l’organisation de la solidarité.
Soyons nombreux.ses pour se soutenir face à un État et une justice qui cherche à broyer nos idées, nos modes d’organisation, nos liens, nos rêves révolutionnaires…
Les besoins : 🖤Être présent.es au tribunal, prendre des notes, faire des croquis 🖤Préparer et amener de la nourriture 🖤Retranscrire les notes pour publication 🖤Organiser des discussions, des événements festifs dans vos localités 🖤 Diffuser des podcasts, articles, brochures… 🖤Participer et partager la cagnotte https://www.helloasso.com/associations/l-asso-lulle-de-feu/collectes/cagnotte-de-soutien-aux-inculpe-es-du-8-decembre
Une nouvelle brochure sur l’affaire du 8/12 mise à jour c’est ICI
Pour suivre l’actu https://soutienauxinculpeesdu8decembre.noblogs.org/
Émission enregistrée en direct des studios de Radio Canut le 20/01/2026. Cette semaine, on démarre un double programme sur l’affaire dite du « 8 décembre » en solidarité avec ses inculpé·es.
Le 8 décembre 2020 au petit matin, Klo et Svink, ainsi que 7 autres personnes se font interpeller simultanément aux quatre coins de la France et sont retenus 96h dans les locaux de la DGSI. 7 d’entre eux sont ensuite inculpé·es pour « association de malfaiteurs terroristes ».
Dans cette première partie, on écoute Klo et Svink raconter leur interpellation, leur garde à vue au 4ème sous-sol de la DGSI à Levallois-Perret et l’incarcération de Svink à Fleury-Mérogis pendant 11 mois en attendant le procès. Ce, alors qu’iels cherchent à comprendre tant bien que mal à l’époque les tournants et les aboutissants de ce dossier monté de toute pièce contre elleux.
Texte lu à la conférence par le comité de soutien le samedi 20 décembre:
Le 8 décembre 2020, neuf militant.es anarchistes, libertaires et sympathisant.es de gauche furent arrété.es un peu partout en France hexagonale par les services de renseignement intérieur, la DGSI.
A la suite de 96h de GAV, sept d’entre elleux seront accusé.es d’association de malfaiteurs terroristes dans l’intention de commettre des actions violentes envers les forces de l’ordre ou des militaires. Cinq d’entre elleux seront incarcéré.es et deux placés sous contrôle judiciaire.
Toustes ne se connaissait pas au moment de ces arrestations. Leur seul point commun étant le camarade Libre Flot, revenu 2 ans auparavant du Rojava, au nord Syrie, ayant rejoint les camarades des YPG (force de défense du peuple) dans leur lutte contre DAESH et la construction d’un confédéralisme démocratique. Le tout, l’ironie viendra plus tard, soutenu par la coalition internationale dont fait parti la France. Celle là même qui accusera de terroristes nos camarades.
Les incarcérations iront de 5 à 22 mois, sous un régime particulier de DPS, détenu particulièrement surveillé et pour l’un d’entre elleux à l’isolement total pendant 16 mois, se soldant par une grève de la faim qui aboutira à sa sortie sous bracelet électronique. Après quatre ans d’une longue et éprouvante instruction saupoudré de contrôles judiciaires strictes aura lieu le procès au tribunal correctionnel des nôtres. En correctionnel oui ! Et non aux assises, et ce, à la demande du parquet national anti-terroriste, ce qui alertait déjà quand à la risibilité de cette non-affaire. Un mois de procès qui aboutira, selon les conclusions même du tribunal, au fait qu’il n’y a « ni groupe, ni projet, ni cible. Subsiste cependant des intentions supposées ». Des condamnations lourdes ont eu lieu, pour « association de malfaiteur avec intention terroriste ». L’Etat a réussi son pari via son bras juridique. Pouvoir criminaliser, sans aucune preuves matérielles des militant.es sans affinités politiques ou même amicales avec l’arme de la jurisprudence.
Après le fichage S dont iels ont été ciblé.es durant leur vie militante ou personnelle les voici inscrit.es au FIJAIT, Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions terroristes, et cela pour 20 ans ! Dont 10 à se justifier trimestriellement auprès des gardiens de l’Etat.
Vous pouvez remercier les lois d’exceptions votées dans le plus grand des consensus en omettant sciemment de rappeler que les lois une fois actées pourront alors se retourner contre l’ensemble des individus et non plus pour l’exception supposée.
Nos camarades ont choisi de faire appel, non pas pour leurs vies, celles çi ayant déjà été brisées mais pour nous, pour vous. Car oui demain ce sont les personnes ici présentes et celles dehors qui pourront être incriminées. Plus besoin de débats, de contradictions politiques voir même de procédures de dissolution. Il suffira avec l’appui des renseignements intérieurs de créer des groupes supposés et de leur coller des intentions .
Les répressions politiques ne datent pas d’aujourd’hui, l’association de malfaiteur est pour rappel une loi votée pour être alors utilisé contre des militants anarchistes en 1893. D’une triste banalité juridique aujourd’hui. Nous avons pu voir au cours de l’Histoire que quelque soit la couleur d’un Etat-nation, bleu, blanc, ou rouge, démocratique ou non, tant que celui çi disposera de la légitimité de la violence, la force militaire et le contrôle de la force juridique alors les amoureux et amoureuses de la liberté subiront les répressions de toutes part de celui-çi. Mourir étouffé plaqué au sol, perdre un œil ou une main, mourir d’une grenade ou finir en prison à l’isolement et ne pouvoir contester un pouvoir politique ne sont pas que des réalités d’une zone de guerre perdue dans un imaginaire prémâché médiatiquement, mais bel est bien ce qui se passe actuellement dans l’empire colonial français.
C’est pour toute ces raisons que l’on appel à votre soutien dès maintenant dans vos réseaux, dans vos luttes, dans NOS luttes. C’est pour nos libertés que l’on vous invite à converger devant le tribunal d’appel de Paris ou votre tribunal local tout le mois de Mai 2026 et même avant s’il le faut. Aujourd’hui ce sont elleux, demain ce sera vous.
Pour les Etats, nous sommes toustes des terroristes.
Le 8 décembre 2020, neuf personnes sont arrêtées dans toute la France par la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI). À l’automne 2023, sept d’entre elles sont jugées etcondamnées pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Pourtant, malgré près de trois ans d’investigation, des mois d’écoutes et plus de trois semaines d’audiences, aucun passage à l’acte imminent n’a pu être établi. Si l’accusation elle-même a reconnu qu’il n’y avait pas « la preuve d’un projet abouti », la justice a condamné « une intention » de s’attaquer aux forces de l’ordre, déduite d’éléments matériels aussi divers que la détention d’armes – légales pour certaines –, l’utilisation de la messagerie Signal ou la lecture de brochures sur la justice antiterroriste.
Comment la justice prétend-elle prouver une intention ? Et surtout comment peut-on se défendre des intentions qu’elle nous prête ? Pour tenter de comprendre la mécanique infernale de la justice antiterroriste, Tapage s’est entretenu avec B., l’un des condamné⋅es de l’affaire du 8 décembre.
Petit point d’actualité concernant le procès en appel de nos six camarades du 8/12 : celui-ci devait se dérouler en novembre 2025 mais nous avons appris le désaudiencement en juin 2025.
Une audience de fixation a eu lieu le 5 septembre à la Cour d’Appel de Paris afin de définir les nouvelles dates du procès, qui sont les suivantes : Du 4 au 7 mai 2026 Du 11 au 13 mai 2026 Du 20 au 22 mai 2026 Les audiences se dérouleront sur des journées entières.
Concernant le lieu, les camarades seront jugé.es à la Cour d’Appel de Paris. La salle qui doit recevoir le procès est très petite (40 places). Les avocat.es ont fait une demande pour avoir une salle plus grande. Affaire à suivre.
Même si on ne pourra pas être toustes présent.es au tribunal, il sera important de se mobiliser à l’extérieur pour afficher notre soutien et empêcher que la justice et l’État nous invisibilisent !
Soutenir le 8/12 ce n’est pas seulement soutenir individuellement ces camarades-ci, c’est surtout lutter contre la répression de toustes. En effet, l’État et l’exécutif attendent beaucoup de ce verdict. Si la caractérisation de terrorisme était validée au cours de l’appel, cela offrirait une jurisprudence inédite pour réprimer les opposant.es au régime. Des personnes ne se connaissant pas toutes et sans projet commun pourraient alors facilement être considérées comme terroristes. Finies les tentatives de dissolution de groupes, l’État pourrait envoyer les membres de ces groupes d’opposant.es directement en prison sous l’accusation d’association de malfaiteurs à caractère terroriste…
Comment aider ?
Continuer à vous informer et à en parler autour de vous
Distribuer des tracts ou en laisser à disposition dans les lieux militants
Rédiger/diffuser des articles dans vos journaux, médias et réseaux. Solliciter vos contacts dans les médias
Participer aux réunions publiques des comités de soutien
Organiser des discussions : sur les blogs vous trouverez de nombreux écrits, témoignages, émissions de radio, brochures…
Faire des collages d’affiches
Organiser des événements festifs afin de mobiliser pour le procès en appel
Participer et partager la cagnotte https://www.helloasso.com/associations/l-asso-lulle-de-feu/collectes/cagnotte-de-soutien-aux-inculpe-es-du-8-decembre
Nous suivre et partager nos publications sur les réseaux sociaux
N’hésitez pas à inventer vos propres manières de soutenir, de mobiliser ou de diffuser l’information ! C’est aussi possible de solliciter les comités de soutien si besoin !
Mail communication et media : 8.12communication@proton.me
Évènements en soutien aux inculpé.es du 8 décembre 2020. Vendredi 10 octobre à 18h aux Anciens Beaux-Arts de Caen (LaBa, 83 rue de geôle) & dimanche 12 octobre à 14h à la Grange de Montabot (50), 2 impasse de la Bessardière.
L’affaire du 8 décembre 2020 est une opération antiterroriste commanditée par le Ministère de l’Intérieur contre des militant·es désigné·es par ce dernier comme des « activistes d’ultragauche » et mis·es en examen pour « association de malfaiteurs terroristes ».
La DGSI, accompagnée d’unités de polices militarisées (GAO, RAID), a procédé à l’arrestation de neufs personnes aux quatre coins de la fRance – que nous réunissons sous la bannière « libertaires » – dont les engagements politiques étaient divers et dans des régions différentes : soutien aux familles réfugié·es, projets d’autonomie et de lieux collectifs à la campagne, soutien aux victimes de meurtres d’État, squat d’activités politiques et contre-culturelles, écologie et défense de la cause animale, implication dans des Zones A Défendre, activisme dans la scène punk, féminisme, mouvement Gilets Jaunes, etc.
Après de nombreux mois derrière les barreaux, des années de contrôle judiciaire strict et un procès qui finira en mascarade judiciaire en octobre 2023, 6 des 7 inculpé.es font aujourd’hui appel de la décision de justice qui les condamne pour terrorisme. Alors même qu’il a été reconnu qu’il n’y a pas de groupe, pas de projet, pas de cible, l’Etat les condamne pour « intentions supposées ». Ce sont bien leurs idées politiques qui ont été criminalisées.
Au delà de la contestation de ce rendu pour les 6 inculpé-es, c’est aussi et surtout le choix de ne pas laisser s’ancrer cette décision comme une jurisprudence qui permettait à l’État de continuer de réprimer plus férocement encore nos luttes et modes de vie.
L’appel du procès, initialement prévu en novembre 2025, est finalement reporté par la justice à une date ultérieure.
Pour s’informer, discuter, soutenir : retrouvons-nous
Vendredi 10 octobre à 18h aux Anciens Beaux-Arts de Caen : LaBa, 83 rue de geôle
&
Dimanche 12 octobre à 14h à la Grange de Montabot (50), 2 impasse de la Bessardière
Ces temps de lecture de différents textes sur l’affaire du 8 décembre seront l’occasion d’échanger sur la répression, la prison, l’anti-terrorisme, le Rojava et la solidarité.
Présence d’un infokiosque ; de quelques bouquins en vente dont Anticiper le bruit sec des verrous– lettres de l’isolement de Libre Flot, parues en juin 2025 aux éd. du bout de la ville : et jus de pomme et cidre artisanales à prix libre.
Le soutien financier ira aux inculpé·es du 8/12.
Nous souhaitons que ces moments d’échanges servent également à tisser des solidarités et soulever des questions qui nous aident à réfléchir et agir dans un contexte de répression et de violences d’État qui s’accentuent.
Solidarité face à la répression !
Contact pour les lectures-discussions d’octobre : cidre812(arobas)autoproduzioni(point)net
Résumé : En 2017, comme tant d’autres militant.es internationalistes, Florian D. dit Libre Flot s’engage auprès des forces kurdes du Rojava pour défendre la révolution sociale alors attaquée par Daesh. À son retour, il est dans le viseur du Renseignement français qui, obsédé par les personnes revenues du front, échafaude autour de lui une affaire abracadabrante. Le 8 décembre 2020, Libre Flot est accusé avec six autres personnes « d’association de malfaiteurs terroriste ». Incarcéré près d’un an et demi en détention provisoire, il subit la « torture blanche » de l’isolement. Il écrit pour tâcher d’y survivre. Ses textes, d’une humanité bouleversante, auscultent la matière même de la conscience, qui s’atrophie inexorablement quand on la prive d’attachements.
Coucou! Le document que vous avez entre les mains n’est pas un résumé ni une analyse politique de l’opération antiterroriste du 8 décembre 2020.
Ce document décrit les faits et gestes des acteurs répressifs, que ce soit les flics ou les magistrats. Nous souhaitons rendre intelligible et publique leurs méthodes de travail pour apprendre à s’en protéger.
Ce document est incomplet. Il manque encore à l’analyse la suite de l’information judiciaire, les arrestations/perquisitions, la détention, les exploitations de scellés, les contrôles judiciaire, le procès, le sursis probatoire, le jugement, etc.
On parlera essentiellement de l’enquête préliminaire qui s’étend sur plus de 2 mois (du 7 février 2020 au 20 avril 2022), même si on va parfois évoquer des éléments de procédure de ce qui précède (du renseignement opéré par la DGSI) et de ce qui suit (l’ouverture d’une information judiciaire, le procès, etc.).
Nous évoquerons des aspects de procédure (qui fait quoi quand) mais surtout des détails de la mise en place des moyens de surveillance et de renseignement et ce qu’ils en obtiennent. On ne s’attardera pas sur ce que les camarades visées par l’enquête auraient fait ou pas fait. Cela relève de la Défense des inculpé·es.
Face à la répression, notre solidarité se doit d’être sans faille.
Le 8 décembre 2020, dans divers lieux à travers toute la fRance, se déployait une opération judiciaire et policière « antiterroriste ». A l’approche de la date anniversaire, on avait envie de faire rapidement le point et donner des news.
Cette opération fût déclenchée suite à la surveillance systématique par la DGSI de personnes rentrant d’un séjour dans une des zones considérées par les services secrets comme « dangereuses ». Un juge d’instruction du Parquet National Anti-Terroriste s’est alors saisit de ces notes blanches et a enquêté par l’intermédiaire de la DGSI, sur des personnes entourant un camarade revenu justement d’un séjour au Rojava. Cette enquête, un dossier d’instruction de 1800 pages, se solde par une vague d’arrestations le 8/12/20, suivie de toutes les conséquences subies depuis 4 ans dont on fait un rappel non exhaustif ici.
A l’issue des arrestations, 14 lieux sont perquisitionnés. Après 96h de garde à vue dans les locaux de la DGSI, sous les pressions psychologiques, les interrogatoires sous médicaments, des pièces falsifiées ou hors contexte, 7 personnes sont inculpées. Elles sont alors déferrées devant le juge d’instruction et 5 d’entre elleux sont placées en détention provisoire.
L’affaire a également impacté de nombreuses personnes autour. 12 personnes en tout ont passé 4 jours en GAV à la DGSI, avec de nouvelles arrestations en février et septembre 2021. Un total de 29 convocations, dont la plupart ont été la menace pour obtenir un permis de visite en prison. Sans compter la quantité de matériel et de biens personnels ou informatique qui ont été saisis pendant les perquisitions et qui, à ce jour, n’ont pas été rendus.
Jusque là les inculpé.es ont fait 47 mois de prison cumulés, une mise à l’isolement, des fouilles à nu, des interrogatoires interminables, des refus de soin, des galères d’accès aux colis, cantine, courrier, etc… pendant l’instruction.
Des remises en « liberté » au compte-goutte, le PNAT faisant appel de la libération de l’un d’entre eux, un autre réussi à sortir après une grève de la faim de 36 jours, passant d’une sortie de l’isolement carcéral à 6 mois de bracelet électronique dans le cadre de son CJ. Pour l’ensemble, c’est 277 mois de CJ, comprenant le pointage, la limitation géographique des déplacements, l’obligation de résidence, de travail, les rdv avec « binôme de soutien » (éduc et psy) et le SPIP (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation)…
Pour finir, c’est un total de près de 150 000e de frais comprenant le paiement des avocat.es, la préparation des colis en prison (habits, revues, livres), la thune pour cantiner, puis tous les frais et les déplacements des soutiens. Et tout ce qui ne se quantifie pas : les séquelles physiques et psychologiques, le mépris, les menaces, les pressions, des relations durablement affectées, la surveillance continue…
Seize après-midi d’audience, soit 1 mois de procès, un rendu 2 mois plus tard et les arguments de la juge donnés 9 mois après le rendu ! Tous.tes sont reconnu.es coupables d’« association de malfaiteurs terroriste » et trois d’entre-elleux de « refus de communiquer ses conventions de déchiffrement ». Iels ont été condamné.es en première instance à des peines allant de 2 à 5 ans de prison, dont 15 à 30 mois de sursis probatoire, impliquant un lourd contrôle médico-social : rdv SPIP, suivi addicto, psy, obligation de résidence, obligation de travail, et donc la menace de faire tomber le sursis en cas de manquement.
Pour 6 d’entre elleux une inscription au FIJAIT (Fichier des auteurs d’infraction terroriste) : contrôle des déplacements à l’étranger, pointage, justification de domicile tous les 3 mois et interdiction de travailler dans certains domaines (santé, fonctionnaire, animation…).
Et toujours l’interdiction de communiquer, sauf pour 2 d’entre eux.
Sur les 7 condamné.es, 6 ont choisi de faire appel du rendu du procès, l’audience aura lieu en novembre 2025.
Au delà de la contestation de ce rendu pour les 6 inculpé.es, c’est aussi et surtout le choix de ne pas laisser s’ancrer cette décision comme une jurisprudence qui permettait à l’État de continuer de réprimer plus férocement encore nos luttes et modes de vie.
L’outil anti-terroriste, avec sa législation dite d’exception (qui l’est de moins en moins), reste un outil hyper utile pour l’état. Grâce à cette affaire, comme pour d’autres affaires précédentes, les moyens d’enquête déployés ont permis de faire un instantané de la géographie des relations au sein des groupes militants, anarchistes, anti-autoritaires. Peu importe la finalité, une culpabilité réelle ou non, d’un projet réel ou fantasmé, l’important pour la justice est de maintenir la peur, d’occuper les gens sur de l’antirep. Ainsi il lui est possible d’observer comment les groupes fonctionnent et d’affûter leurs outils de maintien de la paix, le tout grâce à des capacités de surveillance sans limite.
En attendant, l’épée de damoclès judiciaire reste menaçante au dessus de la tête des inculpé.es. On vous invite à aller jeter un oeil sur les blogs, qui contiennent l’historique de cette affaire, les actions mises en place, les comptes rendus du procès et les divers textes d’analyses publiés. On y mettra aussi la suite des évènements, stay tuned !
Nous encourageons toutes les personnes qui se sont retrouvées face à la justice à partager leurs expériences, via la rédaction de brochure ou autres. Parce que raconter comment la justice enquête nous apprend à mieux s’en sortir quand on se retrouve dans ses filets. Parce que réfléchir aux erreurs stratégiques de défense permettra à ce que d’autres puissent les éviter. Parce que discuter de nos expériences de procédures, de procès, de rapport aux avocat.es, de prison, de contrôle judiciaire, nous aide à mieux nous préparer à cette éventualité, pas comme une fatalité mais plutôt comme quelque chose qui peut arriver…
Se soutenir et s’aider dans ces situations nous rend plus fort.es ensemble et évite l’isolement face au rouleau compresseur de la justice.
Présidente : « Vous avez habité chez vos parents jusque quand ? A quelle adresse ? De quand à quand avez-vous vécu à Parcoul ? Et à Cubjac ? »
W galère à répondre. Maître Bonvarlet l’aide. [rires]
La présidente annonce les questions à venir, elle explique qu’on pourra revenir sur les sonorisations mais pas les relire. Elle ajoute qu’il sera question des armes, des entraînements, des projets, des précautions (hygiène numérique). Ce sera le même plan pour tout le monde.
« Vous avez été entendu sept fois en garde à vue en présence d’un avocat. Reprenons ce que vous avez dit. Telles que se présentent les auditions il y a certaines questions auxquelles vous répondez et d’autres pas. »
Sur les explosifs :
« Qui était présent.e à Parcoul avant l’arrivée de F. ? »
« B., S. et H., des ami.e.s à vous ? »
Des retranscriptions de GAV sont citées, sur le rôle présumé de F. dans la confection d’explosifs.
Présidente : « Qu’est ce que vous avez à dire ? Vous maintenez ? »
W. dit qu’au moment des gardes à vue tout tournait autour de F. et qu’il était dans un état de stress et de panique totale. Que son avocat n’était pas un bon soutien.
Il parle du fait que la cour a rappelé toutes les écoutes sur les explosifs et qu’on voit bien à quel point ils étaient inconscients à ce moment-là.
W. : « Si un chien avait été tué ou blessé on ne se le serait jamais pardonné. »
Le dernier essai qui a fonctionné a mis tout le monde très mal. C’était terrifiant comme résultat, ça a mis un arrêt total et personne ne voulait revivre ça, ce n’était pas du tout ce qu’iels voulaient faire.
Présidente : « Ces essais durent assez longtemps, ce qui trouble c’est que vous faites ça sérieusement. Il y a une constance troublante, si on veut faire sauter des pétards on peut les acheter facilement. Je veux bien entendre l’aspect ludique mais… »
W dit que pendant le confinement GIFI était fermé. Par ailleurs, ils ne restaient pas sept heures d’affilée à attendre le résultat de leurs expériences et qu’ils faisaient d’autres choses. Ce n’était pas le centre de leur vie à ce moment-là.
« En garde-à-vue, dès que vous ne voulez pas répondre, vous ne le faites pas. On trouve beaucoup de ‘’Je ne me souviens pas’’. »
En fin de PV la question porte sur un scellé concernant des factures d’armes.
W : « C’est un document relatif à l’acquisition de mon fusil, il s’agit de 2 lunettes. »
« Ils continuent à vous interroger, vous répondez. »
Écoute de retranscriptions de GAV où W. se désolidarise de F.
« Qu’est ce que vous avez à dire sur ces réponses ? »
W. répond qu’un agent lui a dit en off pendant l’interrogatoire que s’il ne chargeait pas F., il allait prendre 15 ans pour complicité. Il lui a dit que F. avait été pris le doigt sur la gâchette. A ce moment-là il a peur, il n’a pas assez mangé, il a froid… On lui dit qu’une perquisition a été menée chez sa mère, on lui dit de charger la barque, il l’a fait parce qu’il était terrifié.
« C’est une situation que je ne souhaite à personne car c’est terrorisant. » W à propos de la GAV
« Vous n’êtes pas comme vous le décrivez dans un no man’s land, vous êtes devant un juge d’instruction. »
Elle lit une partie sur les essais d’explosifs à Parcoul. « Vous revenez sur la caractérisation de leader charismatique que vous avez attribuée à F »
W. dit qu’il veut qu’elle comprenne que si F. lui demandait de sauter dans le vide il ne le ferait pas.
W. décrit qu’ils sont partis avec cet engin en forêt, que lui est resté avec les chiens dans la maison. B. est revenu très pâle après l’explosion, qui a mis fin à leurs tests.
Il n’y a plus eu d’autres essais par la suite et ensuite iels se sont adonné.es à des activités plus intéressantes, et ont recueilli des chatons…
« Les conversations montrent que plusieurs personnes participaient et F dirigeait les opérations. »
W. dit que F. savait et que personne d’autre n’avait la recette.
« On vous demande si F avait presque tout apporté, ingrédients et matériel. »
W. : « Je ne me souviens pas. Concernant mes déclarations, on voit que tout le monde participait, donc je reviens sur ma déclaration que F. dirigeait tout. Il est venu pour se confiner, pas pour fabriquer des explosifs. »
« Comment expliquez-vous que B. a déclaré la même chose que vous concernant l’achat des ingrédients et le rôle de leader de F. ? »
W : « Je voulais juste sortir, j’ai continué à charger la mule. »
« Il y a eu de la transmission de pensées avec B. ? »
W. : « Parfois ça arrive. »
« Oui, on le voit parfois dans notre métier ! »
Lecture d’autres déclarations au sujet du TATP.
W. : « J’avais peut-être entendu ce terme (TATP), F. n’a pas dit ce que c’était. Je n’y ai vu ni malice ni plan terroriste. »
« Vos déclarations sont cohérentes entre les écoutes et les déclarations en GAV. »
W : « Quand je m’écoute là, je vois que je charge la barque. C’est vraiment une expérience que je ne conseille à personne. »
« Je vous rassure on n’a pas envie d’y aller non plus ! »
Concernant les perquisitions :
« Quand j’ai cité vos paroles, c’est intéressant de voir les questions avant les réponses… Tous ces éléments trouvés dans les scellés, c’était dans le séjour donc accessible à tout le monde ? »
W. : « Non c’était dans une cantine avec des affaires dessus, les cartouches étaient séparées. »
« Mais je ne comprends pas. Vous dites que vous ne faisiez que vous amuser, et là c’est caché dans une malle, pourquoi ? »
W. : « Lors de la perquisition j’étais en Bretagne, et je n’oublie pas que les armes peuvent être dangereuses, il y a une sécurité de base qui consiste à démonter les armes et les séparer des cartouches. »
« Il apparaît que vous êtes assez rigoureux sur la sécurité et les armes. Une seule perquisition chez l’amie où vous résidez. Vous habitiez sous les toits. Dans votre chambre on a trouvé un masque à gaz : pourquoi ? »
W. : « Pour les chantiers. »
« Pas pour les manifs ? »
W. : « Non pas du tout. »
« Dans la cuisine, on trouve des ouvrages et des armes. » Puis elle explique que la perquisition se poursuit dans sa voiture et chez ses parents. Dans leur maison, (elle liste toutes les pièces de la maison, où rien de spécial n’est trouvé), « on a trouvé dans votre chambre un pot rempli de 25 cartouches percutées, deux culasses d’arme à feu dans une chaussette, pourquoi ? »
W. : « Parce que ça fait un petit sac. »
La présidente l’interroge sur le sabre et la baïonnette, il explique qu’ils appartenaient à son grand-père, militaire de métier. Elle énumère des marques de fusil.
« Porso Wood alcool, c’est quoi ? »
W. : « Des réchauds pour la randonnée, très anciens. »
Elle explique que des armes ont été trouvées sous son lit, elle les décrit et lui demande pourquoi elles se trouvaient là. W. explique qu’il s’agissait d’un fusil scié et d’une roquette d’entraînement. Ce sont des objets de collection, neutralisés. Ils ne fonctionnent plus, c’est pour ça qu’ils sont visibles. Les autres sont rangés. »
La présidente explique ce qu’est une collection militaria, à savoir tout type de matériel militaire. « De quand date votre intérêt pour les armes ? »
W : « Depuis la primaire et le début de collège. J’avais aussi des médailles, des coupures de presse qui n’ont pas été saisies. Par exemple, un fusil anglais. »
« Vos parents vous ont initié aux armes ? »
W : « Les armes sont dangereuses mais il ne faut pas en avoir peur et surtout respecter les consignes de sécurité. Mes parents m’ont transmis ce rapport aux armes, que je crois sain. »
« Vous avez passé votre licence de tir quand ? »
W. : « Un ou deux mois après mon installation au moulin. » Il explique être affilié à un club de tir.
« C’est curieux que vous n’ayez pas eu de licence avant ça. »
W. : « N’étant pas sédentaire à l’époque, c’était compliqué d’accéder à un stand de tir. Mais j’en avais envie depuis longtemps. »
« Permis de chasse acquis en octobre 2019 ? »
W. : « Oui, en Ardèche. »
« Le tir, on comprend. Le permis de chasse, pourquoi ? »
W. : « Avec B. on voulait acheter une maison. On glandait, puis on a eu la possibilité de passer le permis de chasse facilement en Ardèche. L’intérêt était de protéger notre futur terrain, et aussi de pouvoir chasser notre propre viande. »
« Vous avez eu de bonnes relations ? »
W. : « Oui. »
« Plusieurs personnes du groupe ont aussi eu envie de passer le permis de chasse : comment l’expliquez-vous ? »
W. : « Toustes ne partageaient pas un attrait pour les armes. Seul F a passé son permis. »
La présidente : « Je m’intéresse aux faisceaux de choses… C’est ce qu’on retrouve avec l’ultra-droite : passer le permis ça permet de passer sous les radars. »
W. : « Non, il faut réviser pour le permis de chasse, ce n’est pas si accessible. Moins que le stand de tir, où il n’y a pas d’examen. »
« Ça ne donne pas accès aux mêmes armes. [W confirme] C’est donc plus facile d’accéder à des armes qui attirent moins l’attention. Quand vous allez dans une armurerie c’est plus facile avec un permis de chasse. »
W. : « Je ne m’intéresse pas aux armes de catégorie B. » P : « Quand vous allez en armurerie c’est plus facile d’accéder aux armes grâce au permis de chasse ou la licence de tir ? » W : « Les 2 »
« Et qu’en est-il des entraînements ? »
W. : « Vous parlez de l’après-midi d’air-soft ? »
« De plusieurs choses. [Elle semble confuse] Air-soft, entraînement tactique, stand de tir… »
W. : « B. et F. ont dû tirer quatre ou cinq cartouches dans le jardin, moi dix. Pour ce qui est de l’air-soft, ça a été qualifié d’entraînement mais les gens s’en foutaient. Si mon père ou mon grand-père avaient vu ça, ils auraient rigolé en sachant qu’on puisse qualifier ça ‘’d’entraînement para-militaire’’… »
La présidente lit une déclaration de S., une des colocs, qui affirme que « tout tournait autour de ça ».
« Elle décrit quelque chose d’assez soutenu ! »
W. : « Elle dit aussi que c’était comme un jeu, c’était le confinement, on voulait faire des activités… Mais c’était pas incroyable donc on ne l’a fait qu’une après-midi. »
« Vous êtes sur ludique et pieds nickelés ! » [W confirme]
W. : « Je me rappelle que la chienne de B avait peur, donc on a arrêté. »
« Oui, il y a plein de choses qui font peur aux chiens ! »
W. : « Oui, je culpabilise. »
7ème déposition de W. à la DGSI. Citations airsoft et ouverture maison montrée par F.
W. explique que ce n’était pas un entraînement et qu’iels s’amusaient. Il affirme qu’il n’est pas d’accord avec sa déclaration faite en GAV au sujet « d’entraînements », que ce n’est pas le bon terme. Avec B. ils rigolent et font n’importe quoi. F. s’amuse avec elleux.
La présidente cite ses déclarations et celles de S. la coloc. au sujet des parties d’airsoft. Elle précise qu’iels avaient constitué des binômes, et explique le déroulement.
« F. parle sérieusement de progression tactique, il relate un entraînement militaire visant à former des gens. C. prend ça comme une activité ludique. »
W. : « Le but de l’airsoft est de jouer à la guéguerre. Cette après-midi là personne n’écoutait rien, je n’ai pas l’impression que F. ait cherché à nous transmettre quoique ce soit. »
La présidente lit à nouveau des transcriptions dans lesquelles B. aborde de le sujet des armes comme étant un moyen de se défendre, dans un monde qui part en vrille.
W n’est pas d’accord.
« Il faut vivre isolé ? »
Il répond que c’était agréable d’être isolé et sans voisin mais que le but de posséder des armes n’était pas une préparation contre les fachos.
Elle lui demande si il a fait du drône avec B. « Oui, j’en avais un mais il est tombé dans la rivière après avoir percuté une branche » rires salle
« Vous vous définissez comme survivaliste »
Visionnage de vidéos d’ED, citation de W. sur le fait qu’il n’y a pas de préparation contre l’ED mais plutôt pour avoir une autonomie sur le terrain, pas pour se défendre.
W. est d’accord avec le fait que ce soit vers une autonomie plutôt qu’une défense.
Lecture d’une cote évoquant un « projet » de F. d’attaquer des forces de l’ordre et des militaires.
« Vous avez dit clairement que F. vous avait évoqué un projet, vous ne l’avez pas remis dans son contexte. »
W. dit que la garde à vue était un moment horrible, qu’il se sentait dissocié de la réalité, il a dit ce qu’ils voulaient entendre, ses propos n’ont pas de valeur.
La présidente aborde le courrier destiné à la mère de W. dans lequel il évoque F. comme une mauvaise fréquentation.
W. demande la date, la juge ne s’en rappelle, plus l’avocate répond : 13 décembre 2020.
W. explique qu’il pense que sa mère est paniquée, il ne sait toujours pas ce que F. a fait et il veut rassurer sa mère qui a subi une perquisition.
W. est ému.
« C’est normal de vouloir rassurer sa mère. » Lecture de cette lettre. Tout le monde est ému et W. pleure. La lettre est de bonne volonté, rassurante et identifie une mauvaise fréquentation.
« Vous aviez la volonté de créer une juterie avec B., c’est ça ? »
W. répond que oui.
La conseillère prend la parole :
« Comment cela se passe avec votre père, avez-vous de bonnes relations avec vos parents ? Vous les voyez avec quelle régularité ? »
W. répond qu’il les voit 3 à 4 fois par an.
Il a souhaité passer son permis de chasse pour deux raisons : éviter les chasseurs sur le terrain et consommer de la viande.
Citation de l’interrogatoire de son père qui le décrit encore comme végétarien car il n’est pas au courant alors que leurs rapports sont réguliers.
« Vous êtes décrit comme pacifiste avec les animaux, pourquoi le permis de chasse alors ? C’est une incohérence. »
W. dit qu’il prend conscience de la mort de l’animal quand il chasse et non pas quand il l’achète dans un super marché sans s’en rendre compte. Il a rencontré des gens qu’ils l’ont fait évoluer, il critique la nourriture vegan industrielle qui vient des supermarchés et explique que parfois ce qu’il consomme n’est pas cohérent avec ses valeurs, comme l’achat de bananes qui viennent de loin par exemple…
Conseillère 2:
« Quel est l’objectif de confectionner des pétards ? »
W. dit que ce n’était pas possible de les acheter à ce moment-là.
« Et par internet ? »
W. dit qu’il n’a pas eu l’idée, qu’il n’avait pas conscience de ce qu’il faisait et de l’effet attendu.
La deuxième conseillère évoque le fait que W. était présent lors de tous les échecs, pourquoi ont-ils persévéré ?
W. dit que ça ne leur a pas pris beaucoup de temps. Il n’y a pas eu beaucoup d’insistance.
« Vous dites que ça faisait un bruit de pétards. Pourquoi n’avez-vous pas trouvé nécessaire de prétexter quelque chose pour ne pas participer aux autres essais ? »
W. répond qu’il ne sait pas, que les autres n’auraient pas compris, qu’il commençait à se lasser, qu’il pensait que ça n’allait pas fonctionner. C’était un prétexte pour ne pas avoir à se justifier.
« Le bateau, vous pouvez m’en parler ? »
W. dit que quand F. et C. sont arrivé.es, il a fait un petit spectacle pyrotechnique sur un petit bateau pour imiter un bûcher viking.
« Vous aviez des pétards ? »
W. explique qu’il lui en restait d’il y a longtemps, qu’il a tout mis dans la barque et qu’il n’y en avait plus ensuite.
Bonvarlet, avocate de W. :
« Les vidéos ont été transmisses et visionnées en première instance. Nous serions volontaires pour les visionner. » Elle les montre.
Conseillère :« Vous vouliez empêcher les chasseurs de passer, comment ? »
W. dit que s’il y a un panneau ça les empêche d’entrer, mais que si vous avez un terrain sans panneau les chasseurs ont le droit de passer sur votre terrain.
« Et si un chasseur vient quand même ? »
W. répond et explique que c’est chasse gardée et s’ils insistent il leur offre un verre. [Rires dans la salle]
L’avocate générale prend la parole :
« A Parcoul vous dormez ou ? Et F. ? B. ? et C. ? »
W. dit qu’il dort dans sa chambre ainsi que B. qui a une chambre et qu’il ne se souvient plus pour F. et C.
« S’agissant de ses essais d’explosifs vous auriez eu le temps de vous désolidariser au fur et à mesure des journées, qui a eu l’initiative ? »
W. répond que c’est F., mais qu’il a suivi.
« Vous dites qu’il a emmené la plupart des ingrédients et la recette. »
W. rétorque que non, juste l’engrais.
« Vous dites avoir chargé la barque mais B. dit pareil que vous. Je me questionne, est ce que vous assurez que c’est lui qui était à l’initiative ? »
W. ne comprend pas, il ne voit pas où elle veut en venir.
« La cour appréciera ».
« Vous dites la même chose plusieurs fois, en garde à vue et devant le magistrat inspecteur. Je ne comprends pas où est la pression ; il instruit à charge et à décharge. »
W. dit que c’est le magistrat inspecteur qui décide s’il va en prison ou pas. Voix émue. « Ne vous offusquez pas mais vous ne pouvez pas comprendre. » W à l’avocate générale
« C’est bien vous qui avez eu l’idée de mettre de la matière explosive dans une douille, je m’étonne. »
W. dit qu’il ne comprend pas la question.
« Vous avez extrait un élément du stand de tir ? »
W. explique qu’au stand de tir les douilles sont mises à la poubelle, qu’il faisait de la fonderie et qu’il en récupérait énormément. Ensuite il en a envoyé chez le ferrailleur pour se faire un billet.
« Galette marron, étape de la chimie à la mise à feu, vous vouliez faire dégénérer la matière ?
W. dit qu’ils ont été très surpris du résultat.
« Elles étaient où vos précautions ? »
W. admet que là elles étaient au degré 0.
« Est-ce qu’il y a un moment où vous avez conscience qu’il y a quelque chose de dangereux ? Est-ce qu’on peut dire que vous avez été terrorisé par l’explosif ? »
W. : « Oui. »
« Une des colocs ne s’est pas du tout associé.e à l’activité, pourquoi avez-vous participé ? »
W. dit que c’était un bon moment passé ensemble, de jouer aux petits chimistes.
« Vous dites que vous imaginez qu’il y a eu des morts mais ça ne vous arrête pas. Puis le 3 novembre 2020, vous vous dites que vous avez envie de devenir artificier. »
« Avez vous la sensation que F. avait déjà pratiqué ces mélanges ? »
W. dit qu’il ne sait pas, peut être pour l’ammonitrate.
« Est ce que ça fait pas beaucoup d’armes, cinq ? »
W. répond que non, puis il décrit chaque arme, leur prix, leur usage, leur intérêt. Il ne trouve pas que ce soit tant que ça et explique qu’au stand de tir ça se passe comme ça, les gens achètent une première arme, puis une meilleure ensuite, etc.
« Malgré le fait que vous soyez confiné, l’envie d’armes existe toujours. »
W. dit qu’il aime beaucoup tirer et qu’il voulait s’acheter un fusil à poudre noire car il y a deux minutes de rechargement entre chaque tir « J’ai un amour des armes. »
« La chiapa vous l’avez décrite comme performante, vous l’avez vue dans des vidéos de survivalisme. »
W. dit qu’il voit le survivalisme comme de l’autonomie.
L’avocate générale parle de la conversation avec F. « Je veux tuer des sangliers, je veux tuer des poulets. Ça ne coûte pas cher de gratter les numéros d’armes. » On vous dépeint comme très rigoureux, que vous évoque cette conversation ?
W. dit qu’il ne comprend pas, qu’il ne pense pas que c’est possible d’enlever les numéros des armes avec des pièces en grattant.
L’avocate générale évoque le fait qu’ils parlent d’aller chercher les armes en Turquie, directement à l’usine.
W. répond que c’est une blague ! « A quel moment F peut-il rentrer en Turquie ? »
« Vous ne vous intéressez pas aux armes de catégorie B, vous voulez y aller quand même ? »
W. dit qu’il veut faire du lèche vitrine.
« Vous dites que vous n’avez pas tirer avec des armes de poings, à Parcoul vous avez tiré, pourquoi ? »
W. dit que la législation pour tirer chez soi c’est compliqué. Si ça avait été plus simple il aurait bien tiré un peu plus.
L’avocate générale demande : « Et si le facteur passait ? »
W. dit qu’il a conscience de la dangerosité d’une arme et qu’il ne va tirer n’importe où.
Elle lui rétorque que ça ne semble pas correspondre à l’image de son stand de tirs artisanal à deux tréteaux.
W. dit que le stand de tir artisanal était sécurisé mais que c’est B. qui l’a abîmé avec son drone.
« D. passe prendre l’apéro, vous l’invitez à tirer. »
W. répond que ça lui parait totalement anecdotique.
« Pas moi, vous manipulez des armes sous alcool, la présence des armes est partout à Parcoul. »
W. dit que pas du tout et qu’il a tiré seulement quatre fois.
L’AG reprend les propos de S. la coloc qui affirme que les armes étaient partout.
W. lui répond qu’en effet ils ont fait plus attention à elles après.
« Les répliques de fusils d’assauts que F. ramène, vous en aviez déjà vu ? »
W. : « Je ne crois pas. »
« Vous déclarez que F. vous a présenté les armes. »
Puis elle évoque des termes utilisés lors des parties d’airsoft ‘’commandement de la colonne de progression tactique’’, etc.
W. réplique qu’on peut mettre autant de vocabulaire militaire qu’on veut, mais que si c’est des guignols qui le font, ça ne vaut rien.
« Guignols ? C. a fini par en pleurer ! »
W. le reconnaît et explique que c’était à cause de leurs comportements masculinistes.
L’avocate générale évoque les vidéos d’extrême droite de Code Reno, une chaîne de vidéos virales qui parle de maniement des armes.
« Il n’y a pas un parallélisme ? Vous vous préparez par rapport à l’extrême droite ? »
W. : « Non. »
« Pourquoi Code Reno vous intéresse-t-il ? »
W. Répond que c ‘est parce que ces vidéos parlent d’armes.
« Vous avez dit : ‘’Malgré que F. parlait de tuer des policiers et des militaires’’. Est-ce que vous étiez au courant du positionnement de F. par rapport aux forces de l’ordre ? »
Vous dites (dans l’interrogatoire de première comparution) « Ces 72h de garde à vue m’ont permis de réfléchir, il y a quelque chose de salvateur qui va sortir de tout ça. »
W. dit qu’il ne s’en souvient pas.
« Vous êtes au courant d’un projet de F. ? »
W. . « Il n’y a pas de projet. »
« Il vous parle de tuer des poulets le 12 mai 2020. »
W. répond qu’il ne s’en souvient pas.
« Vous appelez une armurerie pour ‘’votre pote F.’’ pour savoir si ‘’ses conneries de jeunesse’’ l’empêcheraient d’acheter des armes. »
La deuxième avocate générale prend la parole.
AG2 : « Vous n’aimez pas être comparé à l’ultra droite, mais… Concernant un projet d’actions violentes : ce sont des propos tenus par F. ? Pas tenus par F., vous les avez inventés ? Des propos tenus par F. sous l’emprise de l’alcool ? »
« Vous n’aviez pas la pression de la DGSI à ce moment-là, alors quelle est la bonne réponse ? »
W. dit qu’il ne sait pas.
« C’est un moment de vérité ! Pas de réponse ? La cour appréciera. »
« Vous dites que c’est la police qui a du vocabulaire guerrier dans la bouche mais dans un disque dur on trouve des documents sur la guérilla, des ‘’ennemis’’, la guerre, et une brochure avec des signes pour communiquer en action avec le black bloc. »
Elle demande de projeter le document. « C’est quoi l’ennemi ? »
W. dit qu’il n’a jamais ouvert le document.
L’AG2 lui répond que c’est dans son disque dur.
« Vous avez connaissance d’une invitation de l’État à rendre les armes en circulation ? »
W. : « Oui ça arrive régulièrement, la dernière fois j’étais dans le Cantal. »
« Vous êtes bien plus terrifiante que la DGSI » W à l’avocate générale
La défense prend la parole et commence ses questions.
Guillaume Arnault, avocat de C. :« Est ce que C. vous a parlé de son intérêt pour les armes et de son envie de passer le permis de chasse ? »
W. : « Non »
Arnault fait remarquer qu’il n’entend parler que des atteintes aux FDO.
Alice Becker, avocate de S. :
« Trois armes ont été trouvées chez S., vous aviez une idée du nombre d’armes non déclarées en circulation ? »
W. : « Non »
« Vous aviez connaissance de l’invitation de l’État à déposer les armes ? »
W. répond que oui, que ça arrive régulièrement et que la dernière fois que c’est arrivé il était dans le Cantal. Il parle de la législation sur la poudre noire.
Bonaglia, Avocat de B. :
« Le faux est un ennemi du vrai ».
Il fait un retour sur Clément Méric, 2020, 2022, les attaques de bars, les Zouaves à Paris, les assassinats de l’extrême-droite. « Est ce que c’est la raison qui vous a poussé à passer votre permis de chasse ? »
« Est-ce que c’est interdit de tirer dans son jardin ? »
W. : « Non. »
L’avocat répond que la Cour appréciera et que ça a manqué au cours des questions.
Meyniard, avocate de W. :
« Connaissez vous le point commun entre les deux retranscriptions citées par le parquet ? Elles sont suivies de la mention « rires », pas lus par le parquet. »
« Le parquet ne comprend pas pourquoi vous n’avez pas lu les documents sur votre disque dur, quel en était votre usage ? »
W. répond que c’était un disque dur fourre-tout.
Meyniard prend pour exemple le fait qu’il y ait un document en anglais qui s’appelle ‘’James Bond du pauvre’’. « Quel est votre niveau en anglais ? »
W. répond qu’il est pas assez bon pour lire le document.
Puis l’avocate aborde une retranscription où il parle d’une bouteille de Fischer et demande s’il a été interrogé sur ça.
W. : « Non. »
M. dit que dans le document ‘’James Bond du pauvre’’ il est question d’une technique de coller deux bouteilles ensemble par leurs goulots, est ce que ce serait possible avec les bouteilles de Fischer ?
W. : « Non. »
La Juge demande si ce sont des questions.
L’avocate lui répond que oui et qu’elle n’a pas fait comme l’avocate générale, en prétendant que c’était uniquement des observations.
Elle demande à W. qui utilise le terme « mise à feu ».
W. : « Les artificiers. »
« Est-ce que vous pouvez dater votre projet de devenir artificier ? »
W. répond qu’en 2010 déjà il avait rencontré quelqu’un qui pratiquait.
Meyniard demande combien de recettes d’explosifs il y avait en sa possession.
W. : « Deux. »
« La première peut être du TATP ou du HNTD. Comment avez-vous fait pour obtenir la recette ? »
W. répond qu’il l’a trouvé sur internet.
La deuxième recette était certainement celle de l’ANSU (ammonitrate avec du sucre). W. explique qu’à partir de là il a arrêté de participer aux explosifs.
Bonvarlet, avocate de W. :
« On vous reproche des faits matériels, que vous vous armez en lien avec un projet que vous auriez prévu. »
Elle effectue un retour sur les faits : permis de chasse passé en 2019, stand de tir en 2019, achat d’armes en 2019 et vous retrouvez F. en 2020… Donc c’est déconnecté.
« Se soumettre à un contrôle total de l’État c’est anarchiste ? »
W. : « Non. »
« Avez-vous détenu une arme non déclarée un jour ? »
W. : « Oui, celle de mon Papi, puis je suis allé la déclarer. »
« Vous avez demandé de vous inscrire à un stand de tir à l’arc en 2024 ? »
W. dit qu’il a eu une réponse négative. A la question de savoir s’il a bien respecté l’interdiction, W. répond que oui.
« C’est le tir qui vous manque ? »
W. : « Oui. »
« Le 12 mai, à la sortie du confinement, vous allez à l’armurerie. »
W. décrit qu’après avoir été enfermé.es si longtemps, au moment du déconfinement l’ambiance était folle !
Bonvarlet cite des blagues comme « se prostituer pour un magnum ».
« Est ce que vous vous considérez comme quelqu’un de sérieux ? F. ? B. ? »
W. répond que non et que F. et B. non plus.
« Concernant les velléités d’aller chercher des armes en Turquie, votre ami ne peut pas y aller à cause de son lien avec le Rojava et des relations entre la Turquie et le Rojava. »
Le projet d’aller chercher des armes en Turquie est donc débile, le projet de tuer des poulets est une blague…
« Est ce qu’il y a des numéros d’armes qui ont été grattées ? »
W. : « Non. »
« Est-ce qu’il quelque chose à gratter sur les cartouches ? »
W. : « Non. »
« Les douilles ? »
W. : « Non. »
« La thèse de la DGSI est que F. est venu avec un projet terroriste. »
« Est-ce que vous pensez que vous avez été manipulé par la DGSI ? »
W. : « Oui. »
FIN 13H12
Reprise à 14h45
La présidente précise qu’il est interdit de manger dans l’enceinte du Tribunal. C’est interdit. Coline Bouillon lui demande depuis quand et qu’est-ce qui l’interdit ? Alice Becker demande des précisions, et lui dit que c’est habituel de manger dans la cour du palais de justice.
La juge se crispe, insiste, elle demande à consulter le règlement intérieur. Elle le dit, c’est comme ça c’est tout.
« Je ne suis pas garde-champêtre. » Présidente
Témoin cité par la défense de W. : Stephane Bortzmeyer
La présidente laisse la défense lui poser des questions.
Bonvarlet commence. Elle demande au témoin de se présenter.
Le témoin explique qu’il est ingénieur en informatique, et travaille pour une association qui a obtenu une délégation de service public.
Questionné sur les accusations de se concerter par des moyens de communication cryptés (Tor, Tails, Signal), le témoin répond qu’avant le numérique, il n’y avait aucune trace des actes. Depuis le numérique, on laisse des traces partout qui sont stockées dans des bases de données.
Les progrès en informatique permettent de retrouver des informations privées très facilement, il n’y a plus de place pour la confidentialité ou la vie privée. Toutes les techniques de sécurité informatique permettent de trouver des éléments de vie privée, de transformer une information en un texte illisible si l’on ne possède pas la clef de chiffrement : ce sont les messageries cryptées.
La cryptographie est largement recommandé à qui souhaite préserver la confidentialité de ses données.
Le 30 avril, le premier ministre lui-même a insisté sur l’intérêt de la cryptographie s’agissant du site ANTS qui avait été piraté.
Signal est une application banale, qui chiffre de bout en bout, comme WhatsApp, Telegram, qui sont plus utilisées.
Tor permet aux utilisateurs de dissimuler leur navigation sur internet, mais égalemeent de protéger les sites eux-mêmes sur lesquels iels naviguent lorsqu’ils se terminent par .onion, ce qui est le cas de la BBC par exemple. Les motivations à cela sont nombreuses et variées.
Tor et Signal sont accessibles avec des connaissances très basiques.
L’avocate demande d’expliquer la différence entre Signal, WhatsApp, et Telegram.
Le témoin résume : Signal est un logiciel libre, WhatsApp appartient à Méta, et Telegram ne chiffre pas par défaut et n’est pas conseillé en cas de volonté de discrétion.
L’avocate demande si ces outils permettent des discussions de groupe, contrairement au SMS. Elle cherche à illustrer son propos. Est-ce que si on prend une personne au hasard dans cette salle, comme Mme l’avocate générale par exemple, on peut imaginer qu’elle ait au moins une application cryptée sur son téléphone ?
Le témoin répond : « Internet c’est comme la vie, on peut choisir d’aller se promener dans un supermarché ou d’aller en balade en forêt. Comme sur internet on peut aller sur Tor pour ne pas consommer. »
Puis il file la métaphore : « Si vous voulez aller vous balader dans le Bois de Boulogne par exemple, rien ne dit que c’est pour faire quelque chose d’interdit comme d’aller voir des prostituées. »
Le parquet s’offusque de la comparaison.
L’avocate reprend : « Mais si on va au Bois de Boulogne, comment prouver que l’on n’y va pas pour commettre un délit ? »
Le témoin répond : « Si l’on clique droit sur ce doc par exemple, on verra que la dernière date est la date de consultation de la DGSI, sauf s’ils ont pris la peine d’effacer leurs traces. » ??
La conseillère de la juge prend la parole :
« Combien de pourcentage de la population utilise le cryptage dans son quotidien ? » 100% car tout le monde va sur des sites https( s = sécurité )
« Peut-on passer par des messageries non cryptées pour faire des conversations de groupe ? »
Témoin : « Oui, mais ce n’est pas conseillé. »
« Mais quand on n’a rien à cacher ? »
T. : « Lorsqu’on me donne cet exemple, je demande toujours le code de carte bleue. Là, d’un coup, tout le monde a quelque chose à cacher. »
Souleil-Balducci :
« A propos de la protection des données personnelles, que pensez-vous de la conversation entre S. Et F. qui comparent ça à un courrier muni d’une enveloppe versus une carte postale ? »
T. : « Oui, ne pas protéger ses données c’est comme envoyer systématiquement une carte postale. »
: « Dans le dossier une vidéo a été effacée, à cause de l’erreur d’un agent mais est-ce qu’on peut retrouver des traces de ce fichier ? »
T. : « L’effacement d’un fichier c’est le mettre à la corbeille, on peut récupérer les informations. Il y a des logiciels connus des inspecteurs de la DGSI qui existent pour le faire. »
Bonaglia, avocat de B. :
« Vous connaissez le taux de pénétration des smartphones ? » Prtaiquement 100% c’est de plus en plus difficile de ne pas y échapper.
Pour les 25% d’utilisateurices français qui utilisent un appareil de la marque à la pomme, pensez-vous qu’iels le fassent toustes pour bénéficier de messageries cryptées ? »
T. : « Souvent elles ne savent même pas que c’est crypté. »
« La notion d’hygiène numérique a été popularisée par l’ancien directeur de l’ANSI, l’agence nationale de sécurité de systèmes informatiques. C’est une réflexion sur comment communiquer les infos sans se mettre en danger. Ne pas donner les infos de localisation à toutes les applis. »
T. : « Le terme « hygiène » correspond bien, c’est comme pour le lavage des mains, il faut des règles simples pour le grand public. Il y a un siècle et demi, les gens ne se lavaient pas les mains par méconnaissance du danger. Pour le numérique c’est vraiment pareil. »
« Beaucoup de gens ne se rendent pas compte de toutes les techniques de collecte et d’espionnage de leurs informations. » Témoin
Chloé Chalot, avocate de C. prend la parole :
« Pouvez-vous nous parler de Tails ? »
T. : « Tails est un système d’exploitation conçu pour ne pas laisser de traces. Si l’on doit utiliser un ordinateur dans lequel on n’a pas confiance, comme dans un cyber-café, cela permet de naviguer dans un environnement sécurisé. Par contre c’est assez contraignant à utiliser. C’est parfaitement légal, et ce n’est pas parce qu’on possède un logiciel qu’on l’utilise. »
« Est-ce que c’est compliqué ? »
T. : « Non ce n’est pas compliqué à utiliser, il faut juste se souvenir des adresses, ce n’est pas très amusant. »
Martin Méchin, avocat de F. : « Le sens de l’histoire, c’est toujours plus de cryptage ? »
T. : « Oui. »
« Si je veux utiliser WhatsApp sans cryptage parce que je n’ai rien à me reprocher, est-ce que je peux le faire ? »
T. : « Non. Sans même attendre de savoir si vous avez les mains sales, vous vous lavez les mains. C’est la base de l’hygiène numérique. »
« Est-ce de plus en plus banal, y a-t-il eu beaucoup d’évolution depuis 2020 ? »
T. : « Non pas tellement, en 2020 beaucoup de monde utilisait déjà Signal. »
« Vous avez des choses à cacher, vous ? »
T. : « Des tas ! Plein de choses légales que je fais chez moi, et je ferme la porte ! »
Fin d’audition 15h29
Bastien est appelé à la barre.
Il est interrogé sur les dates d’habitation de ses différents habitats.
Il a été entendu à 6 reprises en GAV, sans avocat.
B. a rencontré W. en 2014 à la ZAD de Sivens, puis rencontré F. en avril 2020 à Parcoul.
La présidente commence son interrogatoire.
« Votre hygiène numérique ? Vous utilisez Signal ? »
B. : « Je l’avais car des proches à moi l’avaient mais je ne l’utilisais pas. »
La présidente poursuit :
« Vous aviez un profil fb mais avez refusé de donner votre mot de passe. Que dites-vous de ce souci de protéger votre vie privée. C’est central pour vous ? »
B. : « Je pense que c’est important, que tout le monde devrait avoir une bonne hygiène numérique. Mais je ne suis pas très rigoureux là-dessus. »
« Mais vous avez fini par donner vos codes, et vous n’aviez pas de code de vérrouillage sur votre téléphone. »
Sur les explosifs à Parcoul.
B. : « C’est allé assez vite. »
« Pourquoi avez-vous accepté ? »
B. : « Je tiens à rappeler les conditions de ma garde à vue, et actuellement aussi je suis dans un état de stress énorme. J’ai du mal à m’exprimer. »
« Ça, en revanche, c’est normal dans une salle d’audience. »
B. : « J’ai dis énormément de choses en GAV sous la pression et je ne reconnais pas mes propos aujourd’hui. »
« Mais vous avez tenus des propos identiques à ceux de W. Vous avez dit que F. avait effectué des tests près d’une falaise. Qu’est-ce que c’est ? »
B. : « Je ne me souviens pas. »
« Vous souvenez-vous de la quantité d’explosif que vous avez fabriqué ? 1,5 kg. »
B. : « Ça doit être très exagéré. »
« Et les explosifs ? »
B. : « J’ai fait une recherche et j’ai trouvé la recette de l’ammonitrate sur internet. Je crois qu’on n’a pas bien réussi le mélange. »
On a l’impression d’un tâtonnement, de tentatives répétées. Ça a duré deux jours, pourquoi autant d’acharnement ? »
B. : « On n’était pas toustes là en même temps, on faisait plein d’autres choses, on y passait 10 minutes par ci, 10 minutes par là. »
« C’était quoi l’objectif ? »
B. : « C’était un spectacle de pyrotechnie pour l’arrivée de F. et de C. »
« Regardons les vidéos ! »
« Vous avez reconnu au bout de la 4ème audition la fabrication d’explosifs. »
B. : « J’étais dans un sale état en GAV »
« Vous aviez peur ? Vous faisiez de la tétanie ? »
B. : « Oui. »
Elle cite une déclaration de garde à vue. « Vous vous êtes amusé avec des choses dangereuses. »
B. : « Oui je pense qu’on ne se rendait pas compte du tout, on a pris des risques énormes sans s’en rendre compte. Je me suis excusé auprès de ma maman pour ça. »
« Mais vous êtes un adulte ! Et vous faites plusieurs essais, jusqu’à trouver quelque chose ! Vous pouvez faire un essai de couler le bateau, et ça s’arrête là ! »
B. : « Oui mais avec le confinement, on cherchait à faire des activités ! On a fait plein de choses : des jeux, du bricolage, un bar pour mon anniversaire… Je charge la mule sur mes auditions, mais en écoutant les retranscriptions, on voit bien qu’on avait toustes un rôle à chaque fois. »
« Vous dites que F. Est venu avec les mèches, les piles, et d’autres ingrédients. Alors c’était préparé ! Si c’était pour faire le bateau, pour sa fête d’accueil, alors pourquoi c’est lui qui prépare les ingrédients ? »
B. : « Ça n’était pas prémédité. Moi aussi j’avais des fils et des piles dans ma chambre ! »
« Mais elles étaient scotchées ensemble, il y a de quoi se poser des questions ! Vous avez eu peur de l’explosion ? »
La juge ajoute une petite couche de remontrances.
Sur la perquisition :
« Lors de la perquisition du 8/12 à Cubjac, on trouve parmi d’autres objets (clef USB, ordi, boitier Wifi) un revolver noir sans barillet ni munitions. »
B. : « C’est un revolver à poudre noire de catégorie D. On peut acheter ça sans permis. Je l’ai séparé des munitions par sécurité. »
« Le chien qui cherchait des explosifs a marqué une boîte en bois dans laquelle sa trouvaient des munitions et des billes. »
B. : « C’est faux, ces billes étaient dans le placard. Le chien a marqué sur un coffre vide, un coffre de rangement. La boîte, ce sont les ogives pour aller avec mon revolver. »
« On a trouvé de la graisse pour aller avec de la poudre noire, 330 grammes, pourquoi ? »
B. : « Pour la pratique de tir sportif avec des armes anciennes. »
« On a également retrouvé une enveloppe avec le nom de W. inscrit dessus. »
B. : « C’était l’argent des châtaignes qu’on a ramassées ensemble. »
«Lors de la perquisition on a trouvé un Little badger Chiapa, + un kit silence. »
B. : « Quand j’ai acheté cette arme sur internet, il y avait tous les accessoires, c’était un lot. »
« En quel année avez-vous obtenu votre permis de chasse ? »
B. : « En 2019 »
A-t-il été renouvelé ? »
B. : « Oui. »
« Quel est votre rapport aux armes ? Vous avez découvert ça comment ? »
B. : « Pas de rapport particulier avec les armes avant, la première fois que j’ai tiré, c’était pour le permis de chasse, ça m’a plu. Par la suite je suis allé au stand de tir. »
« Vous êtes allé à l’armurerie ? Pourquoi ? »
B. : « Pour y faire du lèche-vitrines. »
La présidente cite une déclaration en GAV lors de laquelle il charge F.
B. : « C’était pour charger F. pour me dédouaner. »
« Vous tirez régulièrement eu stand de tir de Parcoul, vous avez dit que c’était ludique et aussi pour pratiquer la chasse pour manger de la viande.Vous avez remis spontanément une arme à la DGSI le 15/12/2020, le chiapa. Le juge vous demande quel est l’usage de cette carabine, vous répondez : le tir sportif. Pourquoi autant d’armes ? »
B. : « La première était vraiment pas chère, la deuxième… »
La présidente le coupe pour dire ce qu’elle sait. Elle l’interroge sur les justificatifs de l’armurerie.
Sur les entraînements :
« Vous avez parlé de sport et de renforcement physiques. »
B. : « Oui, j’en faisais avant, j’en fais toujours c’est pas exceptionnel. »
Elle lit des retranscriptions sur un atelier « Boxe ta face ».
B. : « Ce n’était pas sérieux. »
Elle décrit les répliques d’airsoft.
B. : « Le but des répliques d’airsoft, c’est qu’elles soient les plus réalistes possibles. »
« Les drones vous servaient à quoi ? »
B. : « C’est un jeu, on mettait des lunettes , on faisait des courses avec des ami.es. et des figures aériennes»
« Vous auriez fait trois ou quatre entraînements. »
B. : « On a fait trois ou quatre parties. F. nous montrait comment faire, et ensuite on faisait n’importe quoi. »
« F. faisait un retour d’expérience de manière très sérieuse. »
B. : « Mais c’était décalé par rapport à ce qu’on faisait. »
Elle lit les déclarations de S. la coloc. : « Tout tournait autour des armes ». Elle reprend les déclarations déjà lues le matin. « Qu’avez-vous à dire ? »
B. : « Je ne comprends pas pourquoi elle dit tout ça. »
« L. aussi a fait des essais. » Elle parle de séances de tir dans le jardin. Puis elle cite les déclarations de S. la coloc qui décrit F. comme un leader.
« Vous parlez d’un problème de stress post-traumatique de F., de son rapport à l’alcool. »
B. : « Si vraiment on avait voulu s’entraîner, on l’aurait fait plusieurs fois et plus longtemps. »
« L. décrit des exercices à Pin-Justaret (ouvrir une porte, regarder les angles). Cette description ressemble à celles de S. »
B. : « Je n’étais pas présent à cette partie avec L. mais nous c’était différent, c’était un jeu de rôle, on n’était pas sérieux. »
« A un moment vous parlez d’une femme qui a pris le lead. »
B. : « C’est H., qui est très drôle. Quand elle a pris le commandement, elle nous a fait tourner autour du canapé, on s’est bien marrés.es. »
« Quand vous parliez de vous protéger de l’ED et de Code Réno… »
B. : « Je ne vois pas le rapport de cette question avec ma réponse. »
« Vous vous êtes intéressé à ces vidéos ? »
B. : « Oui, après mon permis de chasse, parce qu’ils parlent d’armes. »
« Y a-t-il d’autres vidéos que celles de l’ED qui pralent d’armes ? »
B. : « C’est pas les gauchistes qui parlent d’armes. »
« Vous n’êtes pas très proche de l’ultradroite ? » « Pas vraiment… » -rires-
« Et le survivalisme ? »
B. explique que chercher une maison isolée n’est pas synonyme d’isolement social. Il dit ressentir un sentiment d’anxiété mais pas au point de s’armer, et pas avec ce type d’armes. B. : « Je ne voulais pas me couper du monde ni arrêter d’aller sur internet. »
La présidente reprend et aborde un « projet ».
«Vous dites qu’il faut ‘’prendre les armes où elles sont, chez les militaires’’. »
B. explique qu’à deux heures du matin il n’y a pas de limite à ce qu’on peut théoriser. Ce n’est pas une projet pour autant.
La présidente cite à nouveau un extrait de GAV à charge contre F.
B. : « Je lui charge la mule. A ce moment-là je rentre dans un scénario qu’on me rentre dans la tête. »
Elle le coupe pour reprendre la lecture de l’interrogatoire.
« Refaire le monde, ça passe nécessairement par viser les policiers et les militaires ? »
B. : « Non mais on parlait aussi des révolutions, ou historiquement. »
« Qu’est-ce que vous avez contre les policiers et les militaires ? »
B. : « Rien. »
« Dans les extraits vous chargez F. »
B. : « Les policiers m’ont dit que F. avait été retrouvé ‘’le doigt sur la gâchette’’. Ces aveux ont été obtenus dans de mauvaises conditions, ce sont de faux aveux, je les conteste. Ils m’ont bourré le crâne de ce récit. Ils m’ont réveillé la nuit pour me redonner leur récit. Ce qui est sûr c’est que F. n’a jamais essayé de nous recruter. »
16h55 : PAUSE.
L’audience reprend à 17h27
La conseillère commence à poser ses questions :
« Vous n’étiez pas assisté de votre avocat après les arrestations alors que la question vous a clairement été posée, pourquoi ? »
B. : « J’étais dans un état psychologique très compliqué et affaibli, j’étais détruit, je ne comprenais pas les chefs d’accusation. »
« C’est important pourtant un avocat. »
B : « Oui c’était une très mauvaise décision. Je n’avais pas moyen de réfléchir sereinement. »
La conseillère de droite prend la parole :
« Sur le fait de charger la barque, répondre n’importe quoi a aggravé la situation parce que vous disiez ce qu’ils avaient envie d’entendre. Elle cite une déclaration de GAV où B. affirme que F. était content de la grosse explosion qu’iels avaient réussi à obtenir. »
B. : « Je ne me souviens pas que j’ai dit que F. était content donc… »
« Qui transportait les produits (pour les explosifs) ? »
B. : « Tout le monde, sauf le « gros produit », c’était F. car c’était plus dangereux. Gros produit c’était le produit chimique le plus dangereux, ça nous faisait quand même un peu peur. »
La présidente cite un autre passage lors duquel la question portait sur les « projets » de F. de tuer des policiers ou des militaires et où B. l’accuse de les avoir traités de lâches.
B. : « Là c’est un exemple parfait où j’ai peur et je charge la mule. »
Cons. dr. : « Mais ça veut dire que vous mentiez ? »
B. : « Les agents me disent que si je ne charge pas F. je vais tomber avec lui et prendre 15 ans. La discussion sur tuer des flics a eu lieu mais ce n’était pas un projet. J’ai accrédité le discours de la DGSI. Le projet n’était pas réel. »
« Charger la mule c’est parce que les éléments sont vrais ? Je n’arrive pas à comprendre, aujourd’hui vous niez tout. »
B. : « Cette discussion sur tuer les flics, aller chercher les armes où elles sont, a eu lieu mais ce n’était pas un projet. A ce moment là, pendant la GAV, j’accrédite la parole des enquêteurs parce que j’avais peur c’est pour ça que je dis « charger la mule », mais je réfute le fait qu’il y ait un projet c’était juste de la théorisation. »
« Pourquoi avez-vous eu cette conversation ? »
B. : « On n’a pas eu que celle-là ! On a beaucoup parlé, beaucoup bu. »
« Vous dites que vous aviez bu, mais cette alcoolisation n’est pas mentionnée dans les auditions de GAV. Ca vient tardivement.
B. : « Au début j’étais trop choqué. Et l’alcool était omniprésent dans ma vie, j’avais un problème avec l’alcool. »
L’avocate générale demande de projeter quelque chose après ces questions avant de prendre la suite des questions :
« Le 11/04/20 vous avez fabriqué des pétards ou des explosifs ? »
B. : « C’est la même chose. »
« Mais vous avez fabriqué quoi des pétards ou des explosifs !!? »
B. : « J’ai fabriqué des explosifs. »
L’avocate générale débute son interrogatoire :
« Le mot pétard n’apparaît nulle part dans vos auditions. »
B. : « J’appellerais ça ‘’pétard’’ pour appuyer sur le côté ludique, mais techniquement ce sont des explosifs. »
« Quel type de matériel F. a-t-il amené ? »
B. : « De l’engrais et des mèches. »
« Ça ne vous a pas mis la puce à l’oreille ? Ca semble dangereux pourtant ? »
B. : « Ça ne m’a pas choqué. »
« Vous aviez connaissance du savoir-faire de F., comme déclaré en GAV ? »
B. : « C’est quelque chose qui a été amené par la DGSI. »
« C’est la même version apportée par W. Ce sont deux mensonges des deux côtés ? »
B. : « C’est logique si on nous a servi le même discours. »
« Est-ce que F. était attaché au fait que la recette se sache pas en France ?
B. : « Aucune idée. »
« Est-ce que vous confirmez qu’il y a eu une recherche sur internet ? »
B. : « Oui. »
« Racontez nous l’épisode du bateau. »
B. : « On a mis des fusées, des pétards dans une maquette de bateau en bois, on a tout allumé sur un lac avec de la musique, c’était très drôle, on a beaucoup ri. »
« Pourquoi et comment cette version du bateau est-elle arrivée en GAV, d’où vient-elle ? W. n’en a pas parlé en GAV. »
B. : « Ça m’est sorti de la tête à ce moment-là. »
« Est ce que F. avait évoqué avoir déjà fabriqué des tests d’explosifs ? »
B. : « Je ne me souviens plus, potentiellement. »
« Ça ce n’est pas la DGSI qui vous le souffle ! Ca vous en parlez au juge d’instruction Monsieur ! »
B. Demande la citation précise dont il est question.
Il s’agit de tests que F. aurait déjà faits au bord d’une falaise, faits confirmés par B. par la suite devant le magistrat instructeur.
B. répond mais difficilement, il est très ému.
B. : « C’était devant la DGSI, quand on se fait matrixer le cerveau à ce point là on ne s’en remet pas rapidement. En sortant de GAV j’étais persuadé que F. était l’ennemi public n°1, j’ai mis plus d’un an à comprendre ce qu’il s’était passé. »
AG : « Le 04 mars 2021 vous êtes libre, pourquoi ne dites-vous pas une seule fois que ces mots vous ont été soufflés par la DGSI ? »
Elle s’emporte, elle crie avec beaucoup d’agressivité.
« Par rapport à la fabrication d’explosifs, quels liens faites vous entre l’anarchisme et la fabrication d’explosifs ? »
« Vous poursuivez : ‘’Je ne le reproduirai jamais, ce n’est pas mon chemin’’. »
B. : « Je ne connais pas le chemin de F., je peux vous raconter le mien. »
« Par rapport aux exercices de progression tactiques, qu’est ce que vous avez fait ? »
B. : « On a fait des colonnes par binômes, on passait les un.es après les autres au commandement de la colonne, c’était drôle, on s’amusait. »
« Vous redites exactement la même chose que la DGSI, est-ce que le « commandement de colonne, c’est aguerrissant ? »
B. : « J’espère que les forces de l’ordre ont un autre entraînement que le nôtre ! »
« Sécuriser les angles, armes en mains, avec des meneurs, des suiveurs, ça me fait quand même penser à un entraînement paramilitaire. »
B. : « J’espère qu’ils ne tournent pas autour d’un canapé ! »
« Qu’est-ce que le tir de vitesse ? »
B. : « Je disais ça en rigolant parce que la Chiapa ne permet pas le tir de vitesse. »
« Vous dites partout qu’il y avait de l’alcool, là aussi ? »
B. : « Oui potentiellement quelques bières. »
« Combien y a-t-il eu d’exercices de progression tactique ? »
B. : « Trois ou quatre »
« En GAV vous parlez de deux après-midi, vous avez donc fait plusieurs sessions, si je peux me permettre le jeux de mot : c’était pas un »one shot ! » ? »
B. : « Je ne me souviens pas de deux après-midi. On a fait plusieurs parties mais c’était une activité mineure parmi d’autres. »
« Les armes utilisées à ce moment-là ? »
B. : « Des répliques d’airsoft. »
« Vous avez déclaré ‘’armes réelles et lourdes’’, ‘’Pica’’, il y a une similitude avancée avec des armes d’assaut ».
« Est ce que F. a essayé votre carabine ? »
B. : « Je ne crois pas. »
« Pourtant vous avez fait une déclaration différente. Et pourquoi vous aviez un silencieux ? »
B. : « Pour ne pas déranger les voisins. »
« Et le bruits des explosifs, vous n’y pensiez pas ? »
B. : « Non, à ce moment là on ne pensait pas à ça. »
« Est-ce que vous avez vu les armes de F. ?
B. : « J’ai vu les répliques »
« Le canon scié : vous les avez vus ? »
B. : « Il n’y en avait qu’un. »
« C’est vrai. Ça ne vous a pas choqué ? »
B. : « Non, on en voit partout à la campagne des armes, dans les brocantes… »
« On n’est pas dans une brocante de campagne là, c’est dans le coffre d’un camion. »
B. : « Ça ne m’a pas choqué on en voit beaucoup. »
« Vous avez vu la photo de F. au Rojava en martyr. Ça vous dit quelque chose ? »
B. : « Je ne sais pas. »
« Ça ne vous a pas choqué non plus de voir sa photo de potentiel martyr ? »
B. : « Ça peut étonner mais c’est un autre contexte donc ça ne m’a pas choqué. »
« Vous n’avez pas eu peur ? Cette photo alliée à l’armement et son projet de s’en prendre aux forces de l’ordre ? »
B. : « Non, car il n’y avait pas de projet. »
« Est ce que vous aviez visionné des vidéos d’extrême droite dans lesquelles ils montrent des progressions militaires ? (D509) »
B. : « On ne se préparait pas pour lutter contre les fachos. »
« Il ne s’agit pas de charger la mule, vous n’êtes pas à la DGSI. »
« Cinquième audition de GAV : vous confirmez que F. a d’avantage parlé de policiers que de militaires. »
« Si je fais le compte il y aurait eu une conversation aviné et une dans laquelle vous évoquez le fait de »tuer des poulets ». »
B. : « On rigolait pour la deuxième, après cette citation il y a des rires. »
« Oui enfin il peut y avoir différents types de rires, des rires nerveux, d’émotion, etc., la cour fera la part des choses tout comme sur l’influence de l’alcool. »
L’avocate générale égraine des dates : « 11 avril 2020, essai explosifs, 2 mai exercices de protection tactique, 12 mai vous parlez de ‘’tuer des poulets’’… Pourquoi après cela vous allez aider F. à acheter une arme ? »
B. : « Justement si j’avais cru qu’il avait un tel projet, je ne l’aurais pas aidé à acheter un fusil. Je ne l’ai pas acheté pour lui. »
« Dans une conversation du 8/06/20 on entend que vous allez à l’armurerie, que vous contactez le transporteur, vous demandez à H de réceptionner le colis, c’est donc vous qui gérez tout ça ? »
B. : « Oui c’est moi qui l’achetais. »
« Qui l’a acheté ? Je veux dire avec quel argent il a été acheté ? »
B. : « Avec l’argent de F. »
« Vous avez reconnu avoir effectué des recherches ensemble pour trouver un fusil à pompe. Pourquoi cette arme vous intéresse-t-elle tous les deux ? »
B. : « ‘’Fusil à pompe’’ ça peut faire peur mais c’est le calibre le plus utilisé pour la chasse en France et dans le monde. »
« L’expertise balistique sur votre fusil provenant de Turquie révèle que c’est un fusil avec un mécanisme à pompe. Donc il est à POMPE !!! » [Elle répète plusieurs fois pour insister sur la gravité présumée d’avoir un fusil A POMPE]
B. : « C’était un fusil de chasse, je l’ai acheté parce qu’il était en promo, c’était une très bonne affaire. On a convenu que si l’arme ne me plaisait pas, je lui revendrait après qu’il (F.) ait passé son permis de chasse, sinon je la gardais. »
« 07 octobre 2020 : F. et M. discutent de cette arme et F. se plaint que vous n’êtes pas trop ‘’chaud’’ pour qu’il le récupère. Pourquoi ? »
B. : « Je n’ai pas souvenir de cette conversation. J’ai acheté cette arme, je l’ai aimée, je voulais la garder. »
« Lorsqu’il a été interrogé votre père dit que vous lui aviez confié avoir rencontré un type avec qui vous aviez fabriqué des petits explosifs et que vous aviez coupé les ponts. Ca ne concorde pas avec les conversations que vous déclarez avoir eues avec F. par rapport au fait que vous vouliez garder l’arme. »
B. : « Je ne me souviens plus de cette conversation avec F. »
L’avocate générale demande à projeter le MMS en date du 13 juillet 2020, le fameux « plan de sécurité du 14 juillet ».Elle décrit le document.
« Qu’est-ce qui fait que vous en êtes venu à recevoir le plan de la sécurité du 14 juillet ? »
B. : « Je n’ai jamais reçu les plans de la sécurité du 14 juillet j’ai reçu un détournement, le dessin a été changé pour former un dessin phallique [il s’agissait d’un meme, NDLR]. J’ai découvert dans le dossier un plan que je n’ai jamais reçu, la DGSI a menti. Je voudrais pouvoir en apporter la preuve, mais mon téléphone est sous scellé et je ne peux pas y accéder. »
AG : « Je considère que ce PV est horodaté. Ces plans sont accessibles sur le site du ministère des armées. Je ne vois pas la dimension humoristique. »
« Vous avez parlé d’airsoft en disant que ça devait se rapprocher au plus de la réalité mais vous parlez aussi « d’airsoft canapé ». Expliquez. »
B. : « Les répliques sont des répliques d’airsoft mais dans la pratique ce qu’on faisait ce n’était pas vraiment de l’airsoft, d’où l’utilisation humoristique du terme »airsoft canapé ». »
La seconde avocate générale prend la parole : « Vous ne trouvez pas qu’il y a quelque chose de contradictoire entre insister sur la dimension ludique et le fait que vous vous exerciez à faire de la progression tactique ? ‘’Jouer à la guerre’’ vs ‘’les armes factices doivent être le plus réalistes possibles’’ ? »
« Cela fait partie de la prévention, dont la cour est saisie, de projet d’actions violentes. Vous insistez sur les pressions effectuées par la DGSI. » Elle cite encore des propos de GAV à charge contre F.
B. : « J’étais traumatisé par mon arrestation, je n’avais pas mangé depuis plus de 24 heures, j’ai adhéré au scénario de la DGSI. »
« D’autres camarades n’ont rien dit en GAV, vous aviez des manuels contre la justice antiterroriste et sur la GAV comment ça se fait ? »
B. : « Si je les avais lu j’aurais évidemment réagi comme ça ! », dit-il ironiquement.
« Devant le magistrat instructeur par la suite, vous aviez récupéré vos esprits puisque vous étiez en liberté… »
B. : « J’ai déjà répondu à cette question mais je vais y répondre à nouveau. Le scénario que la DGSI m’a mis dans la tête n’est pas sorti de ma tête en 24 heures. Je suis sorti médicamenté. »
L’avocate générale lui coupe la parole pour lire des extraits d’une audition chez le juge d’instruction.
« Par rapport à l’association, en audition on vous entend discuter avec L. et W. »
Elle lit des déclarations où ils parlent du public qu’ils visent avec leur association.
« De plus, vos amies déclarent avoir prêté leur noms pour une association d’airsoft ? »
« C’est ce qu’on retrouve fréquemment dans les dossiers terroristes, des structures-vitrine. On voit que ce qui est recherché ce sont des personnes politisées, motivées, est-ce qu’il s’agit de jeu ? »
B. : « J’ai découvert cette association pendant cette affaire. L. ne m’en a jamais parlé. Cela me surprend beaucoup car L. ne nous prenait pas pour des personnes motivées. »
Elle cite un propos : « Il faut des gens qui ont conscience du contexte géopolitique. »
L’avocate générale cite une déclaration dans laquelle L. dit : « J’ai juste proposé d’avoir un groupe, W. et B. sont les plus motivés, ça n’a pas de prix. »
B. : « On n’avait pas d’autres projets que la juterie. »
Les armes et la Turquie. Elle cite un extrait de GAV où il est fait mention d’aller « à la source » pour acheter une arme turque.
B. : « J’ai acheté un fusil turc, je ne suis pas allé en Turquie pour l’acheter. Je ne suis pas allé ‘’directement à l’usine’’, je vois mal une usine faire des portes ouvertes, c’est une blague.
Défense :
Citation de toutes les cotes où il question du bateau prouvant qu’il a bien existé et occupé les prévenus, qui voulaient le faire cramer.
Bouillon, avocate de F. :
« Si F. avait entrepris un projet, en auriez-vous parlé à la DGSI ? »
B. : « Oui. »
« Est-ce que vous auriez laissé traîner une dette avec F. si vous aviez eu connaissance d’un projet ? »
B. : « Non. »
Méchin, avocat de F. :
« Dans un courrier adressé à sa mère, W. dit qu’il ‘’veut donner à la justice tout ce qu’elle veut’’. Est-ce que c’est ce que vous avez tenté de faire ? »
B. : « Oui. »
Bonaglia, avocat de F. :
« C’est de l’affabulation policière ! Le lien avec l’association ‘’la passion des amis’’ est malhonnête. W. appelle L. et met sur haut-parleur, ils parlent du projet de s’installer en Ariège, de créer une SCI ou une association. Est-ce qu’il s’agit de la même association ? »
B. : « Non, je ne pense pas. Je ne sais pas, L. ne m’en avait pas parlé. »
Maître Bonaglia demande à B. de parler de son arrestation.
B. raconte les hommes cagoulés, la chienne qui aboie à 6 heures du matin, la cagoule sur la tête, la camisole pour l’entraver, le transport en train, son arrivée à Levallois-Perret à 19h. L’interrogatoire débute à 21h10 et s’achève à 23h15. Au total, B. a été auditionné douze heures et trente minutes, puis il a fait un malaise lors de la GAV. Les pompiers interviennent.
B. : « Je ne m’en souviens quasiment pas. Un médecin me prescrit un anxiolytique [alprazolam, NDLR] puis l’interrogatoire reprend. Puis je suis déferré. »
A ce moment B. est très ému.
« La première fois que vous rencontrez un avocat c’est une minute avant l’interrogatoire par le juge d’instruction. »Matteo
Bonaglia : « Sur l’explosion, vous notez qu’il n’y a pas de cratère »
« Vous évoquez des relations que vous avez avec des policiers, bonnes. Est-ce que vous avez une pensée critique sur les institutions policières et judiciaires ? »
B. : « Oui bien sûr, ce n’est pas pour ça que je veux mettre une balle dans la tête de quelqu’un ! »
« Venons-en à l’airsoft. Pourquoi ne pas avoir joué à l’airsoft ? »
B. : « Je trouve ça trop dangereux. »
« Vous n’étiez pas prêt à tirer des billes dans le cadre du jeu. Conditions de sécurité aussi dans le stand de tir qui est installé au fond du jardin (tréteaux). »
***
« Vous avez déclaré chacune de vos armes, vous aviez le permis de chasse, avant de rencontrer F. »
« A quel moment vous parler d’aller ‘’prendre les armes où elles sont’’ ? »
B. : « Au moment du départ de C. »
« Donc l’armurerie, les permis… Tout cela arrive après la discussion sur un soi-disant projet d’atteinte aux forces de l’ordre. »
Visionnage des vidéos du bateau. Il y en a trois. On voit une petite barque est posée sur une rivière, on voit W. et B., ils rigolent beaucoup. Une musique est diffusée en fond, il s’agit de musique classique mélodramatique. Puis une musique de type cartoon : reprise de la Marseillaise par Tchaïkovski. La barque est pleine de fumée. Quelques fusées s’élancent de temps en temps. Puis la barque prend feu.
La présidente demande qu’on interrompe le visionnage, jugeant que cela a très bien illustré.
F. décline sa date de naissance, son lieu de naissance et le contexte familial dans lequel il a grandi. Se poursuivent des questions sur la scolarité, ses goûts musicaux : « Que trouviez-vous dans le punk ? », sur ses études au lycée et sa formation de technicien dans un laboratoire animalier, durant laquelle il fait un stage à Paris et découvert cette ville et le milieu punk. On lui demande à quel âge il a arrêté les études.
Commentaire du parquet : « Ça doit être dur humainement de travailler dans ces laboratoires et de voir les animaux souffrir.»
La présidente prend la parole et lui demande :
« Quand vous rejoignez les squats, est ce pour y retrouver des ami.es ? Des gens du milieu punk ? » en faisant allusion à une photo de 2010 sur laquelle il a une crête.
« Dans cette culture punk, la panoplie ça veut dire quoi ? »
F. : « Ce sont des signes de contestation, de provocation, de critique du système… »
« Au delà des fringues, cela se traduit aussi par un mode de vie ? »
F. : « Ça se traduit par la lutte dans les squats, pour le droit au logement, afin que tout le monde soit logé, c’est agir face aux critiques qu’on émet, faire des concerts à prix libre par exemple. Mais je reconnais des points négatifs comme les consommations abusives de drogues et d’alcool. »
F. est ému concernant l’évocation de l’alcool, la présidente s’adoucit. C. se met à pleurer et quitte la salle.
F. : « Puis il y a eu la CREA à Toulouse, c’était un collectif qui ouvrait des bâtiments pour loger des familles à la rue. C’est une procédure complexe d’ouvrir des squats. »
« Dans le Nord il y avait aussi la question des migrants, notamment à Calais, vous n’avez jamais fait ça là bas ? »
F. : « Pas à cette époque, la CREA m’a fait du bien, ça a remis du sens dans mes choix. »
« A l’époque vous aviez un camion? »
F. : « Oui, parce c’était trop précaire de n’être qu’en squat. Les squats tenaient en général 8 mois à 1 an, souvent on trouvait l’énergie d’en rouvrir mais c’était fatiguant. Des copains avaient commencé à acheter des camions, ça facilitait les choses, donc j’ai suivi le même modèle. On avait juste à trouver des bâtiments avec peu de chambres et de la place. »
« Vous aviez un chien ? »
F. : « J’en avais deux, T et… [F. se met à pleurer] et S décédée à l’age de 17 ans, quand j’étais à l’isolement. »
Suspension de l’audience 10h07.
Reprise 10h19.
Les questions reprennent au sujet de sa famille : « Êtes-vous toujours en lien ? Avez vous de bonnes relations avec vos parents ? »
F. : « Avec ma mère oui, avec mon père moins. Il m’a dénoncé aux flics quand j’ai voulu aller au Rojava. Même si j’ai gardé contact avec lui quand j’étais là bas, à mon retour on a eu un échange houleux qui nous a éloignés. »
F. commence à parler de la ZAD de Sivens en fin 2013.
F. : « Je suis passé à un rassemblement d’information, puis nous sommes allés construire des cabanes. »
La présidente interrompt :
« On ne va pas uniquement construire des cabanes sur une ZAD ! On va aussi militer ! Il y avait quelle genre de personne sur zone ? »
F. : « Des punks à chien, des hippies, il n’y avait pas de confrontations. J’étais surpris de voir des hippies, j’étais punk donc plutôt anti-hippies mais ça m’a fait du bien la perspective de construire quelque chose ensemble pour l’avenir. »
« Enfin des hippies… On va arriver à la violence. »
F. : « De janvier à septembre 2014 il n’y a eu aucune violence, aucune confrontation. »
« Mais le départ c’est de s’opposer à un projet donc on est prêt à tout faire ! »
F. :« Non, on n’est pas prêt à « tout faire », quand il y a eu des expulsions je me suis mis nu sur une caravane. »
« Vous étiez là en octobre 2014? »
F. : « Non, en septembre je suis reparti faire des vendanges, il y a eu des confrontations à ce moment-là. Des personnes sont venues exprès. Je suis revenu après, mi-septembre. On s’accrochait dans les arbres. Les policiers m’ont attrapé mais je n’ai pas été poursuivi. Les paysages étaient très beaux mais ils se faisaient détruire et il n’y avait plus rien à protéger, pour moi c’était perdu depuis la déforestation donc je suis parti. Je n’étais pas présent lors de la mort de Rémi Fraisse. »
« Vous êtes allé dans d’autres ZAD ? »
F. : « Oui à Notre Dames des Landes pendant un week-end. »
« Vous êtes allé à Calais ? »
F. : « Oui, je suis allé à la jungle de Calais parce que je voulais aider les migrant.es, je ne savais pas trop comment. Au début j’étais avec une association qui s’occupait de récupérer et trier les dons, c’était utile mais je me sentais loin des personnes que je voulais aider, j’avais envie d’être plus au contact donc je suis allé faire des distributions en essayant de faire en sorte que ce soit le plus adapté possible aux besoins. Avec ma compagne de l’époque on s’est posé.es en camion près d’une école. »
La Présidente l’interrompt et enchaîne :
« Ce sont des zones très conflictuelles donc vous allé à des endroits où vous savez qu’il y aura des évacuations et des confrontations ? Est-ce que tout cela rejoint une posture, une volonté de contestation politique ? »
F. : « A Sivens pendant la période où j’y étais il n’y avait pas de confrontations, quand il y en a eu je suis parti. Et à Calais je suis allé donner des cours de français après les distributions. J’y trouvais ma place quand j’arrivais à être vraiment utile. Par exemple quand on arrivait à faire des jeux de mots en français avec des personnes qui ne le parlaient pas du tout quelques semaines avant. C’était une mise en actes de mes convictions et ça permettait d’aider des gens. »
« Au delà de cette solidarité, est-ce que ça impliquait chez vous une contestation de la société ? De ce système ? Comment voulez-vous changer le système ? »
F. : « Cela commence par soi-même, et par une critique de la société capitaliste. Mais je fais partie de la société, et les personnes migrantes aussi, qu’on le veuille ou non, on fait partie du système.»
« Vous avez bien compris que ce qui m’intéresse ce sont les moyens que vous voulez mettre en œuvre ? »
F. : « A son échelle, une échelle réduite et locale, on peut essayer de s’inspirer du confédéralisme démocratique pour faire face au capitalisme qui détruit le vivant. »
La question suivante porte sur le Rojava.
F. : «Je suis très inspiré par le mouvement kurde, à l’échelle locale, communale, ça permet d’agir à son niveau, avec ses voisin.es, au delà des étiquettes politiques. J’ai connu ce mouvement en 2014, avec la bataille de Kobané où les Kurdes se défendaient contre DAESH, j’ai lu des ouvrages sur le confédéralisme démocratique. Au début c’était juste de l’information puis c’est devenu un fantasme. J’ai fait le parallèle avec Orwell, et son engagement dans la guerre d’Espagne qu’il décrit dans «Hommage à la Catalogne ». C’est une réalité qui fait réfléchir. Je m’étais dit que je ferais comme Orwell sauf que là c’était DAESH. C’est atroce, ça touche.Je me suis séparé de ma compagne et j’ai donc quitté Calais pour aller au Rojava. »
F. évoque les trois choses qui l’ont mené à agir en solidarité avec le Rojava. La conscience des atrocités perpétuées par DAESH, l’imaginaire révolutionnaire d’Orwell et les perspectives politiques kurdes.
F. est ému à ce moment-là.
« Quand on part là-bas on sait que c’est la guerre, les armes, vous y aviez réfléchi ? Vous étiez préparé à ça ? »
F. parle de séances de méditation où il se questionnait le matin, à savoir si il était sûr de vouloir partir. Il pensait être prêt mais il était sans doute à coté de la plaque. Il avait fait l’erreur de ne pas discuter avec des personnes qui étaient parties et il n’était donc pas assez préparé. Il ne savait pas quel serait son rôle sur place. Il explique avoir choisi le côté militaire au côté civil, car coté civil, iels recherchaient plutôt des ingénieur.es.
« Vous êtes allé dans des groupes militaires dans lesquels le risque de mort à la fois de soi-même, mais aussi de ses proches, était présent, vous étiez prêt ? »
F. est à nouveau très ému.
F. : « Je ne pense pas que j’étais vraiment prêt. »
« Vous avez fait quoi là-bas ? Qu’est ce qu’on apprend sur place ? »
F. explique être d’abord entréà l’académie, avoir pris des cours de Kurde. Qu’on leur présentait le projet politique du Rojava et qu’on leur avait montré le B.A.-BA du maniement des armes (Kalachnikov, Draguinov), à savoir les démonter et les remonter. « On tire quinze balles avec une arme, cinq avec une autre, on voit quelqu’un lancer une grenade. c’était très rudimentaire, et c’est léger comme mot. »
Il explique qu’à la suite de cette formation sommaire , iels étaient assigné.es à leur Tabor ( unités )
« Vous faites quoi avec votre unité ? »
F. explique avoir été dans une unité kurde avec des quadros (personnes qui se dévouent à la lutte et s’engagent à vie ) Il explique qu’il s’agit de personnes porté.es par le projet politique kurde et que ça lui correspondait. Qu’il souhaitait être avec des kurdes et non des internationalistes. Il ajoute avoir mis longtemps avant d’aller au front.
« Vous êtes allé au front directement ? Vous avez été confronté à quoi au front ? »
F. explique qu’il ne s’est rien passé. Il dit y être allé mais être resté en base arrière. Il précise avoir été envoyé au front en juin puis être reparti en arrière. Il mentionne la présence de deux lignes de front et explique être resté sur la seconde à 3 ou 4 km des combattants et de la première ligne. Il explique avoir fait trois opérations qui ont duré quatre ou cinq heures. La première fois il est arrivé de nuit, il a du suivre les indications à l’aveugle et ne comprenait pas forcément tout ce qu’il se passait.
« Vous aviez peur ? »
F. : « Oui mais une personne me disait ce que je devais faire et j’arrivais à le faire. A un moment il y a eu des tirs, je ne comprenais pas. Des personnes ont ouvert une maison et on est allé.es dedans. »
« Vous n’avez jamais été sniper, alors ? »
F. explique que les kurdes ont tendance à vouloir éviter au maximum la mort des internationalistes. A un moment ils lui ont donné un fusil à lunettes pour qu’il couvre des camarades kurdes mais ils se sont trompés de chemin et ils sont repartis, il explique qu’il s’agit de sa seule expérience avec un fusil à lunettes.
« Y avait-il un groupe de combattants spécialisés dans les explosifs ? »
F. : « Il y avait ceux qui les confectionnent et ceux qui déminent. C’est le sabotage tabor. »
« Vous en avez fait partie ? »
F. : « Non. » Il explique n’avoir jamais travaillé avec les démineurs et raconte l’histoire d’un internationaliste qui serait mort très rapidement en déminant.
« Vous êtes resté combien de temps ? »
F. : « Dix mois. »
F. explique une deuxième opération à laquelle il a participé où ils se sont fait tirer dessus. il s’occupait du GPS pour transmettre leur position, lors d’une demande de soutien aux armées française ou américaine. Ce qui était la stratégie à ce moment là.
Lors d’une troisième opération, son rôle était de tenir une position au front. Dans la nuit une roquette est arrivée. « J’étais persuadé qu’elle était pour moi. »
Il explique qu’après cette expérience, il a souhaité retourner à l’arrière.
« Vous pouviez retourner à l’arrière si vous le demandiez ? »
Il raconte qu’en tant qu’internationaliste il était possible de demander à partir même si c’était dur, parce que ça impliquait d’assumer d’avoir peur. Qu’il y avait parfois cette tendance à vouloir passer pour un homme fort qui n’a peur de rien.
Le ton de la présidente s’adoucit.
« Il vous reste quelque chose de cette expérience ? Souffrez-vous d’un stress post-traumatique ? »
F. est à nouveau très ému.
F. explique qu’il n’a pas toujours été à l’aise avec ce mot mais qu’il se sent marqué. « Je pense que je n’ai pas accepté tout de suite d’avoir été réellement impacté.»Il explique avoir voulu jouer le rôle d’un homme fort.
« Ça fait aussi parti des problèmes, il faut aussi réussir à sortir ce qui ne va pas. Vous êtes allé voir quelqu’un ? »
F. raconte en avoir beaucoup parlé à ses ami.es, notamment à L qui étudiait la PNL. Il pensait ne pas avoir besoin de psy puis avec la procédure il n’avait pas d’espace pour ça.
« On voit qu’après ce type d’expérience, revivre des faits est une manière de les dépasser ou travailler dessus. Ça fait partie des arguments dans la procédure : vous en pensez quoi ? »
F. rappelle qu’il a joué à l’Air Soft depuis tout petit et qu’il y a donc toujours joué mais que lapratique avait eu un rôle cathartique, qu’il avait eu besoin de faire quelque chose avec ça.
« On a retrouvé sur votre téléphone des chansons [cite plusieurs titres de chansons: « Balle dans la nuque », « Black Block terroristes » « Le sentier de la guerre » « Djihad de classe », NDLR], c’est quand même ciblé si je peux me permettre, mortifère !…On est dans le combat et la violence ! Quand on trouve des éléments comme ça, c’est toujours le même focus sur la violence. »
F. « Il y a des choses que j’écoutais à 16 ans ».
Il précise qu’on peut aussi retrouver des chansons anti-militaristes et que le panel de musique est très large. Qu’il s’agit d’éléments sélectionnés au sein d’un grand nombre de documents.
Il évoque une chanson sur le colibri.
« Vous pensez quoi de Pierre Rabhi ? »
F. a lu des choses sur Pierre Rabhi… à Sivens. Mais Il pose des critiques en évoquant les dossiers d’agressions sexuelles.
La juge revient sur les musiques présentes dans son téléphone.
F. défend son droit à écouter ce qu’il souhaite. Il précise qu’Il y avait aussi d’autres dossiers comme « gestion de conflits », « communauté », ou sur le projet des Kurdes au Rojava, le confédéralisme démocratique.
F. « c’est un projet démocratique qui a comme objectif que pleins de communautés puissent vivre ensemble, on y travaille la question de la justice restauratrice, transformatrice… »
Il revient sur les valeurs qui lui parlent et ce qui l’inspirent dans le projet kurde. Il explique que le conflit n’est qu’une nécessité mais n’est pas le but.
« On a retrouvé également des photos de randonnées, sur lesquelles des personnes brandissaient des drapeaux du PKK. et de groupe antifa basques.
La présidente revient sur les scellées et des fanions d’anarchistes et antifascistes basques, elle les compare à l’ETA. « Si on parle d’ETA, c’est du marxisme-léninisme, rien à voir avec l’anarchisme.»
« Les blacks bloc lors de manifestation, comment voyez-vous ça ? Y avez-vous déjà participé ? »
F. : « Je ne vais pas tellement en manif, je connais la stratégie du bloc mais je n’en fait pas partie. »
« Pourtant, chez votre mère, on retrouve toute la panoplie du black bloc, des protections pour les jambes, des boucliers… »
F. : « Il y avait des haches en mousse, des boucliers médiévaux… C’est du jeu de rôle. Je ne vais pas faire beaucoup d’émeutes chez ma mère ! »
« Bon … »
Conseillère 1 prend la parole
« Vous n’avez pas communiqué l’identité de personnes qui auraient pu témoigner en votre faveur, pourquoi ? »
F. : « Je n’avais pas envie de faire subir ce que j’ai subi à qui que ce soit. »
« Est-ce que vous avez accepté l’expertise psy ? »
F. : « Non, sur conseil de mes avocat.es. »
Il évoque sa SPIP et son suivi psy
« Vous avez été incarcéré où ? »
F. répond qu’il a été incarcéré A Bois-d’Arcy. A l’isolement.
« J’ai vraiment eu l’impression que j’allais disparaître.» [pleurs]
Les avocates générales
L’une d’elle s’offusque que la juge n’ai pas questionné sur certains points : ses autres voyages ainsi que ses relations avec C. et les autres prévenu.es.
La présidente intervient :
« Vous êtes allé trois fois en Grèce, pourquoi ?»
S’en suit un laïus de la présidente sur les mouvements anars violents sur place.
F. explique qu’il y a différents types de mouvements en Grèce, certains sont créatifs et d’autres violents mais ces derniers ne défendent pas grand chose.
Il raconte. : La première fois c’était pour des vacances, sur la route du Rojava. » Il s’est rendu dans des squats qui s’organisent autour de l’aide aux personnes exilé.es et n’a pas fait grand chose. « Je ne pensais qu’au Rojava. »
La deuxième fois, il a participé à une réunion pour des internationalistes qui se préparaient au voyage, avec d’autres internationalistes qui avaient été au Rojava. Ils étaient d’accord sur le fait que c’était très différent de l’image qu’ils avaient en amont « On avait envie que les personnes sachent mieux comment c’était, pour que les personnes y aillent le fassent en connaissance de cause. », sans être sous l’emprise d’un romantisme révolutionnaire aveugle.
Il explique être ensuite tombé amoureux d’une personne et a voulu rester en Grèce pour être avec elle, « jusqu’au moment des vendanges que je ne voulais pas louper ».
« Pouvez vous nous expliquer ce que représentait Exarchia pour vous ? »
F. : « Un quartier de tourisme militant. » Il explique qu’une grande partie de la lutte à Exarchia repose sur l’aide aux personnes exilé.es.
« Vous n’avez pas de contact avec des groupes radicaux grecs ? Les Cellules de Feu ? ».
F. précise que ce sont ses avocat.es qui lui ont présenté la brochure lorsqu’il était enfermé. A l’époque il n’avait pas lu la brochure. Il l’a lu par la suite.
Il explique n’être absolument pas en accord. « Je trouve ça abruti de déstabiliser un État sans prendre en compte ce que le peuple veut. » Il argumente sa critique de la pensée avant-gardiste des cellules de feu en prenant l’exemple syrien. Ce ne sont pas pour lui des modes d’actions valables et ne se sent en aucun cas lié à ces personnes.
La présidente rappelle des attaques à la grenade en 2016 avec des tags en mémoire de Rémi Fraisse, des incendies en 2017 sur des institutions françaises en Grèce : « Que pouvez-vous en dire ? »
F. : « Je désapprouve, ce n’est pas lié. »
« Vous êtes-vous déjà rendu en République Tchèque ? »
F. : « Oui, j’avais prévu d’aller en Belgique puis je suis allé en République Tchèque pour participer à des discussions autour de la question du Rojava, notamment avec des gens qui voulaient s’y rendre afin de les mettre en garde sur ce qu’iels allaient y trouver. »
«Comment c’était organisé ? Via des associations ? Le CCFR par exemple ? Comment vous financiez vos déplacements ? »
F. : « Avec le RSA et mes revenus liés aux travaux agricoles, j’avais peu de dépenses. »
L’avocate générale reprend la parole.
«Vous avez refusé l’expertise psychiatrique mais vous faites citer un témoin psychiatre pour le procès en appel ? J’ai du mal à comprendre votre logique.»
F. explique qu’il a refusé sur conseil de ses avocat.es et défend son droit à citer n’importe quel témoin. Il ajoute que la juge pourra lui poser n’importe quelle question.
Elle revient sur l’intérêt pour elle de l’expertise.
F. explique avoir été très choqué par l’arrestation et suivi les conseils des ses avocat.es
« Avez-vous fait citer un psy comme témoin en appel ? »
F. : « Oui. »
« Dans ce cas j’ai du mal à suivre votre raisonnement, puisque vous avez refusé l’expertise psy pendant l’instruction. Vous semblez marqué par le Rojava, la garde-à-vue, la prison, cela aurait été intéressant d’avoir un élément d’expertise. Vous avez bien sûr le droit de faire citer qui vous voulez, dans la limite du raisonnable ! »
« Vous choisissez d’aller faire la guerre en tant que Français contrairement aux Kurdes qui la subissent. Vous n’y allez pas pour faire la cueillette de champignons ! Pourtant, vous semblez émotif. Je ne comprends pas. »
F. explique qu’il y a un grand fossé entre les choix que l’on fait quand on est bien et ceux lorsque l’on est perdu.
L’avocate générale revient sur le voyage de M.
« Vous faites le trajet avec M., mais vous n’essayez pas de le dissuader ? Vous êtes politisé, vous n’auriez pas pu le convaincre ? »
F. explique que M. a décidé d’y aller seul et que 2 choix se présentaient à lui. Soit il ne lui parle plus pour avoir pris cette décision, soit il lui explique la réalité du terrain.
Il explique n’avoir jamais incité qui que ce soit à aller au Rojava.
Elle revient à la charge.
Il répète.
F. : « Je n’ai pas essayer à le convaincre de ne pas y aller. Je ne lui ai pas dit d’y aller. »
« Je reste sur le trauma. Vous êtes restés dix mois, on en a vu d’autres qui sont partis dès leur arrivée. » ( elle s’énerve sur l’avocat de F. lui reprochant de faire trop de gestes )
F. explique que l’on s’engage six mois minimum quand on y va. Il répète qu’il n’a effectué que trois missions et qu’il a passé le plus clair de son temps à l’arrière.
La situation politique était tendue au niveau de la frontière entre le Rojava et le Kurdistan irakien, tous les retours étaient interrompus. Il a dû attendre longtemps avant de pouvoir traverser, ce qui explique les mois supplémentaires.
« A la ZAD de Sivens il y a eu des affrontements importants avant septembre contrairement à ce que vous prétendez. Les ZAD, Calais, le Rojava : vous choisissez d’aller dans des endroits d’affrontements , ça ne colle pas avec votre critique des mouvements violents ! »
F. : « Je vais réexpliquer : Je suis allé à NDDL pour un week-end nature et calme. A Sivens avant septembre 2014 je n’ai pas vu d’affrontements. »
« Il y a eu des affrontements avant, je l’affirme !! »
F. : « Je n’ai pas participé à des affrontements. »
« Pourquoi partir en week-end nature là-bas ? »
F. explique que pour lui ce sont des zones où il y a des besoins de personnes à aider, il s’agit de zones de lien et pas de confrontation.
« Il y a des tas de gens qui font de l’aide dans des zones légales. »
F. : «Oui, heureusement que des associations sont là aussi. »
F. utilise le mot jungle et l’avocate générale reprend :
« Comme vous dites «la jungle » !
« Vous êtes très soucieux de votre hygiène numérique, pourtant il y avait des documents très ciblés sur votre ordinateur notamment la Conspiration des Cellules de Feu, comment pouvez-vous avoir sans le savoir des documents sur votre ordinateur ? Je suis étonnée que vous n’ayez pas lu ce document et qu’en Grèce après trois voyages vous n’ayez pas de contacts sur place. »
F. explique que son disque dur de sauvegarde n’était pas crypté. Que La Conspiration des Cellules de Feu vient du site infokiosques.net, où il va souvent. Il télécharge beaucoup de documents. Il explique avoir des centaines de documents qu’il les lit pour savoir si il est d’accord ou non.
« Au moment des faits vous étiez au RSA ? Vous n’avez pas parlé de votre relation sentimentale avec C. ? Depuis combien de temps étiez vous ensemble ? »
F. explique avoir rencontré C. pendant les vendanges en 2019 et que la relation a duré jusqu’à ce que cette procédure détruise les liens.
« Vous étiez donc en même temps avec votre copine grecque ? »
F. lui répond oui en lui expliquant ce qu’est l’amour libre. « Oui on peut s’aimer sans s’appartenir »
La seconde avocate générale prend la parole :
Elle lit une retranscription où F. dit à S. que la cause passera toujours avant C.
Puis enchaîne : « C’est la procédure qui a détruit la relation ou c’est vous ? » « La procédure » émotion
F. « Il explique qu’il passait aussi derrière des choses de la vie de C.
« Bien engagé dans ce qu’il faut , ça veut dire quoi ? »
F. : « Je ne sais pas ce que je voulais dire. »
« La cause c’est quoi ? »
F. : « Le Rojava, les institutions mises en place. Je voulais comprendre ça, je voulais aller dans le civil. Mon souhait était de retourner au Rojava mais loin du front. »
« La ‘’cause’’, c’est le Rojava ? »
F. : « Oui. »
« On a bien compris que la question des chiens c’est important dans ce dossier. » Rires
« Un ami vous décrit comme voulant tout le temps être le chef, c’est en contradiction avec ce que vous portez. Avez-vous un comportement de leader ? »
F. : « Je ne peux pas répondre à sa place. » Il explique qu’il a plutôt l’impression de saouler les gens
« B. a dit en GAV, ‘’Il me fait peur dans sa manière d’interagir’ Il a expliqué ne pas avoir confiance en lui. et a parlé de personne égocentrée.
F. répond qu’il a dit ça en GAV et qu’il est revenu sur ses propos.
Coline Bouillon, avocate de F. :
« Je vous connais depuis le 9 décembre 2020. »
« Pouvez-vous nous dire ce que vous étiez prêt à faire pour pouvoir revoir C. pendant la détention ? »
F : « On avait évoqué le fait de se marier pour pouvoir se revoir. »
Bouillon évoque Sivens. « Il existe un site ‘’Tant qu’il y a aura des bouilles’’. Sur ce site il est écrit enfévrier : ‘’Nous envoyons une plantation d’arbres, d’arbustes pour sauvegarder le paysage’’. Elle liste beaucoup d’activités recensées sur le site à la période ou F. y vivait.
« Vous vous souvenez d’affrontements notables avec les forces de l’ordre à Sivens ? »
F. : « Non, juste des gaz lacrymo. »
« Vous pouvez expliquer le site infokiosques.net ? »
F. donne des explicationsur infokiosques.net : des brochures d’extrême-gauche y sont régulièrement ajoutées. On y va et on en télécharge plein. Elles portent sur les squats, des sujets militants, de la philosophie, un panel le plus large possible de sujets.
« Quelles sont les dynamiques mises en place pour l’entraide au sein des squats ? »
F. : « On y fait des cantines, des concerts de soutien, on organise des discutions, on met en place des freeshops, des ateliers pour apprendre la plomberie, ou à faire sa vidange soi-même… C’est la culture du DIY, pour être autonome. »
« Vous vous contentiez juste d’offrir un toit aux sans papiers ? »
F. : « Non, on donnait des cours de langue, on faisait du soutient administratif… »
« Le 29 avril 2021 nous avons écrit que vous refusiez l’expertise psychologique. » Elle explique son positionnement avecKempf.
Il revient sur la détention en expliquant qu’il était très calme et ne voulait pas rendre les choses plus difficiles.
« Vous avez fait une demande pour des soins psychologiques et des soins dentaires, quand avez-vous pu effectuer ces soins ? »
F. : « Jamais » On lui avait proposé de voir une psy via le binôme de soutien.
« Elle ne pouvait pas garantir la confidentialité de mes échanges. » Mais il a quand même voulu la voir.
« Nous avons demandés cinq fois un suivi psychologique. Quels sont vos souvenirs de la détention ? »
F.: « C’était l’annihilation de moi-même. c’est comme si je n’existais plus. Mes capacités liées à ma mémoire disparaissaient, mon intellect, j’avais des maux de tête permanents, j’étais souvent en pleurs… »
« Les villes de Rojava et Kobané sont assiégées. Un convoi internationaliste s’y rend pour soutenir : est-ce que le groupe français était affilié à une association ?
F. : « Non les militants français restent anonymes car iels ont peur de la répression, ce qui est différent des militants allemands. »
Delorge, avocat de F. :
« Qu’est ce qui fait que aujourd’hui vous pouvez parler du Rojava ?
F. : « Du temps a passé, au début pour moi parler du Rojava ne venait que me charger dans la procédure, donc j’étais incapable de parler. Après l’incarcération il a fallu beaucoup de temps pour que je me reconstruise. »
« Vous en parliez à vos proches du Rojava ? »
F. : « J’en parlais pas comme il fallait. J’avais pas cette capacité d’accepter que c’était pas facile. » [pleurs]
Il explique qu’il ne parlait pas de l’impact car ne se l’avouait pas. Il en parlait « en faisant le bonhomme ».
« Est-ce que vos conversations étaient noyées dans l’alcool ? »
F. explique qu’àl’époque, dès qu’il buvait, il en parlait.
« Vous dites que vous avez eu peur mais c’est difficile de le dire. C’est paradoxal, ça a pu vous éloigner des gens. »
Il reprend la déclaration de son ami en indiquant qu’il le connaissait depuis très longtemps et donc beaucoup plus que B, qui ne l’a connu qu’un mois et demi.
Son ami dit qu’il pense que F. a eu un rôle minimum au Rojava, plus que ce qu’il prétendait.
F. : « Je ne sais pas à quel point les gens pouvaient se rendre compte que je pouvais exagérer. Je parlais trop du Rojava, ça saoulait trop les gens. »
« J. G. dit de vous que vous êtes « une grande gueule… Il y a une vraie différence entre causer et passer à l’acte ! »
F. : « C’était mon meilleur ami à l’époque. On s’est brouillé sûrement à cause de ça. »
L’avocat cite une sonorisation : « La société n’est pas prête pour une révolution et faire la révolution dans ces conditions, c’est bolchevik. »
Il le questionne sur le marxisme-léninisme, F. a toujours été contre.
Martin Mechin, avocat de F. :
« Que recouvre cette contre-culture punk ? »
F. explique : « Une musique, un style vestimentaire criard et extravagant, du politiquement incorrect à la base de l’humour, un comportement, l’entraide. Du machisme aussi avec le recul. Un sentiment de liberté, une forme d’extravagance. »
« Ça se dit « underground » mais vous êtes plus visibles que cachés.es dans une cave. »
« C’est donc un mouvement politique, artistique, qu’on remarque visuellement ? »Il le questionne sur la culture anti-flics.
F. : « Quasiment tout les groupes punks ont une chanson anti-flics, ça fait partie des codes de cette contre-culture. »
« Il y a une différence entre des paroles et les actes, Quand vous étiez dans le milieu punk, est-ce qu’après les concerts vous alliez dans la rue taper sur les flics ?
F. : « Jamais. »
« Est ce que vous avez éprouvé cette confrontation avec la police ? »
F. : « Non ni avec les surveillants de prison, ce discours je l’ai limité. »
« Est-ce que vous comprenez le lien que je fais moi aujourd’hui entre votre passé punk criard et le dossier qui nous amène aujourd’hui, lui aussi très criard et verbeux ? »
F. : « Oui il y a beaucoup de paroles qui ne sont pas suivies d’actes. »
[La juge reprend l’avocat en l’accusant de mettre les réponses dans la question, NDLR]
« Vos lectures, si elles fond écho à des choses illégales, est ce que vous adhérez dès que vous lisez ? »
F. : « Je ne sais plus ce que je dois à quelle auteur ou autrice. »
Suspension de séance 12h20
Reprise a 14H
La juge annonce la lecture des retranscriptions qui ont été soumises à l’expert. Elle souhaite connaître le degré d’expérience des personnes qu’on entend.
Écoute des retranscriptions :lecture par les juges et les conseillères.
Reprise 16h50
L’expert en explosif passe à la barre :
Présidente : « Vous avez été cité par le ministère public M. Barrot. Vous êtes ingénieur en chef du laboratoire central de la préfecture de police. »
L’expert prête serment de dire la vérité. Il lève la main droite.
« Avez-vous un lien de parenté ou de subordination avec les prévenu.es ? »
« Quelle est la raison de votre expertise ? Pouvez-vous nous dire quelle a été votre mission et quelles sont ses conclusions ? »
Ba. : « Depuis 2004 je suis à ce poste. Je travaille dans la fabrication artisanale d’explosifs. Les enquêtes post attentats sont traitées par mon labo. J’ai été missionné par le ministère public. J’ai un support visuel : est ce possible de projeter ? » Il a amené un Powerpoint.
Deux expertises ont été réalisées.
1ère Ordonnance d’expertise du 18/11/20 à partir des retranscriptions. Il doit fournir toute indication sur les compétences requises, les ingrédients et engrais nécessaires, ainsi que la dangerosité des produits.
Il explique la différence entre explosifs primaires et secondaires.
« J’ai isolé et identifié les produits suivants » (dans les retranscriptions):
1) « S’agissant du fulminate de mercure, rien ne dit qu’il a été fabriqué. C’est de la chimie de base mais les précurseurs sont très difficiles à se procurer.
Un simple mélange est une simple addition de produits, c’est très différent d’une synthèse, qui signifie qu’une nouvelle molécule apparaît. »
2 ) « C’est un explosif secondaire, s’agissant de faire fondre du nitrate d’ammonium,, c’est un savoir très confidentiel, jamais observé en France. Il y a un risque d’inflammation et donc de perte du produit. Le protocole doit être très précis. L’accès au précurseur par contre est simple, le nitrate d’ammonium se trouvant dans les engrais agricoles. »
3 ) « Même principe que le 2). Mélange simple , mais précurseurs pas tous faciles à trouver : poudre noire (détonnant mais pas déflagrant), nitrate d’ammonium contenu dans les engrais, la poudre d’aluminium, interdite en France. »
4 ) « S’agissant de la poudre noire : rien n’indique qu’elle ait été fabriquée : sa recette est assez simple : du souffre, du charbon de boit et du nitrate de potassium (dont l’acquisition est interdite en France). »
5 ) « Mélange chlorate de potassium + souffre + silicone : rien n’indique que cela ait été fabriqué. »
6) « Poudre d’étoiles : utilisée très couramment pour le loisir. »
7) TATP « Sur les retranscriptions, ce que l’on entend c’est que le savoir n’est pas du tout maîtrisé, le TATP finit par être réalisé pas à pas, accès aux précurseurs très simple, beaucoup de tutos. »
« Au sujet de la confection de tubes, s’agissait-il de « pipe bombs » ou de détonateurs ? On ne peut pas le dire, mais mon avis est qu’il s’agit plutôt de détonateurs. »
« On peut conclure qu’il y avait une volonté de fabriquer des explosifs avec une progression pas à pas, le mélange nitrate d’ammonium fondu + sucre nécessitant des compétences particulières. »
L’ordonnance d’expertise n°2 : il s’agit d’effectuer des prélèvements dans les scellés, de les analyser, de s’appuyer sur les documents à disposition, faire des rapprochements et d’évaluer la dangerosité des produits.
Un tableau s’affiche avec les scellés et les interprétations qui en ont été faites.
On distingue deux catégories : les précurseurs et les matières explosives.
Sept matières explosives ont été trouvées.
Anfo : fuel + nitrate d’ammonium
Poudre noire
amorce à percussion centrale = cartouche
Poudre industrielle pour petits calibres
Encens : pas de rapport
Précurseurs TATP
Concernant l’ammonitrate « Il semblerait que le taux d’azote était trop faible pour réaliser l’explosif »
Des prélèvements ont été effectués pour savoir s’il y avait eu contact avec de la matière explosive.
Sur la recherche de traces de matière explosive : il a été relevé quatre analyses positives. Sur la gazinière, du nitrate de potassium et du sucre. Sur deux spatules : du nitrate et du perchlorate ont été retrouvés.
Traces d’apatites retrouvées : c’est atypique par rapport au dossier et aux retranscriptions.
Liste d’objets pouvant servir aux mélanges et/ou synthèses : gazinière, spatules adaptées, poêles, seringues, contenant, entonnoirs adaptés.
Liste d’objets pyrotechniques : mèches de fabrication industrielle, inflammateurs, artifices de signalement, pétards classiques, amorces, airburst (éléments trop vieux pour fonctionner).
Liste d’autres objets pouvant servir à la fabrication : sources d’énergie, interrupteurs, fils électriques et connexions, éléments métalliques (billes, vis, clous).
Liste de documents trouvés en lien avec la fabrication d’explosifs : facture d’artifices pour divertissement datée de 2018, facture « mondroguiste.com » (nitrate de potassium et nitrate de sodium), des feuillets du site Wikihow sur la poudre noire et l’ANFO.
Dangerosité :
Simulation de l’expert : 12 kilos d’ammonitrate (engrais) ont été retrouvés.
« Dans le cas d’une charge de 20 kg d’un melange d’ANFO, d’ANSU, avec de l’aluminium, pour vous donner un ordre de grandeur, prenons une rue parisienne « type » . Les couleurs indiquent les dégâts mineurs, bris de vitre, dégâts majeurs sur les bâtiments
Sa préparation est simple.
Il y a une accumulation d’éléments qui peut nous amener à penser que peut-être quelque chose était en préparation.
Le savoir connu permet d’accorder du crédit à la volonté de fabriquer des matières explosives. »
La présidente l’interroge sur ce qui est trouvable ou non sur internet.
L’expert lui répond qu’en effet, il est facile de trouver des recettes d’explosifs sur des plate-formes vidéo non contrôlées.
A une exception près : la recette du mélange entre nitrate d’ammonium fondu et sucre. Les étapes semblent maîtrisées, les termes utilisés sont caractéristiques, c’est le seul explosif que l’on fabrique de cette manière.
Présidente : « Est-ce que pour commencer cette recette il suffit d’en avoir entendu parler ? « Avez-vous déduit une compétence certaine ? »
Ba : « Pas vraiment, pour la TATP ça tâtonne beaucoup. Par contre pour le nitrate d’ammonium fondu c’est un savoir maîtrisé bien que très confidentiel. »
Présidente : « Peut-on fabriquer ce genre de produits sur un coup de tête ? »
Ba. : « Non, il est nécessaire de détenir de l’engrais, comme trouvé dans le camion, pour en fabriquer. Lors de leurs essais, ils ont vu que l’engrais n’était pas bon. La gamme d’engrais est très large, la condition pour fabriquer un explosif est d’avoir un bon taux d’azote, donc obtenir le bon engrais. »
P. :« Ça il faut le savoir. Peut-on trouver ces informations sur internet ? »
Ba. : « Non. On peut trouver les engrais mais pas comment les manipuler. Ça peut se trouver en Irak, en Syrie, en Afghanistan. La quantité d’azote nécessaire est confidentielle. »
P. : « Est-ce que ça aide d’être artificier dans ce cadre ? »
Ba. : « Ça aide pour certaines choses, mais dans la formation d’artificier la fabrication d’explosifs artisanaux n’est pas étudiée. C’est proscrit. Aucune formation professionnelle n’aborde la fabrication d’explosifs artisanaux. »
P. : « Et dans les campagnes, est-ce que cela peut être utilisé pour les déssouchages d’arbres par exemple ? »
Ba. : « Oui, il y a une tradition française, cela a même été encouragé par l’État français à une époque, les gens utilisaient les restes des explosifs de la première guerre pour le dérochage, le dessouchage. Lorsqu’on a commencé à en manquer, ça a dérivé, ils ont commencé à en fabriquer eux-mêmes à base de chlorate. Mais les précurseurs sont très difficiles à trouver. On trouve en campagne des personnes âgées qui peuvent raconter et transmettre leur savoir, c’est une tradition rurale. Mais cela concerne les explosifs à base de potassium et d’ammonium. L’ANFO n’est normalement pas utilisé. Et jamais ne sont utilisés des explosifs à base de nitrate d’ammonium fondu ni de TATP. C’est trop compliqué. »
P. : « Ce sont-ils mis en danger ? »
Ba. : « Dans le camion, il n’y avait pas de matière active, il est difficile de s’en rendre compte, mais oui, ils se sont mis en danger par méconnaissance. »
Les avocates générales se mettent à poser des questions :
Avocate générale :Elle l’interroge sur son parcours professionnel, il répond que cela fait 20 ans qu’il fait ce métier.
« Vous travaillez sur des dossiers antiterroristes ?
Ba : « Oui, tout le temps. »
« Quels dossiers avez-vous étudiés ? »
Ba. : « Ultra-droite, djihadisme. »
« Ultra-gauche ? »
Ba. : « Ce dossier »
« Nous sommes d’accord qu’il faut prendre des précautions particulières pour manipuler des explosifs ? »
Ba. : « Un accident arrive très vite. Il faut être très sérieux, carré. »
« Qu’en est-il de manipuler ce type de produits lorsqu’on est alcoolisé ? »
Ba. : « Ce n’est pas conseillé. »
« Peut-on dire, au regard de ce que vous avez trouvé, qu’il est possible de fabriquer une mise à feu à distance ? »
Ba. : « C’est ce qui a été réalisé pour certains tests, c’est possible avec les objets saisis. »
« Est-ce compatible avec du jeu, du jeu de rôle, de l’airsoft ? »
Ba. : « Je ne vois pas d’éléments qui peuvent faire penser à ça. »
« Est-ce qu’on a déjà vu du TATP dans des jeux d’airsoft ? »
Ba. : « Oui, et ça s’est très mal terminé. Mais avec du nitrate fondu + sucre ce n’est jamais arrivé. »
« Ça s’observe en zone de guerre ? »
Ba. : « Oui. Mais il faut avoir le coup de main, il faut vraiment vraiment savoir comment faire. On n’a vu ça que chez DAESH et sur les zones de conflit. »
Avocate générale : « Est-ce qu’on est sur des choses offensives pour tuer, ou sur du ludique ? »
Ba. : « Le nitrate nécessite d’être à des doses importantes pour fonctionner : 5, 10, 20, 100 kilos. En Irak ça se comptait par tonnes, pour l’attentat d’Oslo on était à 900 kilos. Quand j’entends parler de ce mélange, je pense tout de suite ‘’grosses charges, gros attentat’’, après je suis certainement un peu ‘’déformé’’ par ma profession. A partir de 12 kg de nitrates, on peut confectionner un explosif de 20 kg. Si on relie l’intégralité des éléments qui ont été retrouvés, on peut faire 10 à 13 kg d’explosifs. »
« Et qu’en est-il des clous et des vis qui ont été retrouvées ? »
Ba. : « Ils peuvent servir à faire de la mitraille pour qu’elle soit propulsée lorsque l’objet explose, le but étant de faire un criblage. »
« Et donc faire un maximum de blessés graves ? »
Ba. : « Si la charge est au milieu d’une foule, les plus proches vont s’écrouler et la mitraille touchera les suivants. Sur de l’artisanal, il est difficile d’obtenir une mitraille maîtrisée. »
« Et les seringues c’est pour quoi faire ? »
Ba. : « Absorber le liquide en trop, faire des détonnateurs, il y a beaucoup d’usages possibles des seringues. »
« Est-ce qu’on peu disposer des pièges sur une barricade contre les forces de l’ordre ? »
Ba. : « Oui, en guérilla, on peut pratiquer ce genre de choses. Dans la réalisation d’explosifs, la seule limite est l’imagination des gens, et les informations dont on dispose. »
« Du côté des forces de l’ordre, y a-t-il moyen de détecter ce genre de piège ? »
Ba. : « Le dépiégeage est un métier, on peut toujours dissimuler un piège. »
« Nous sommes bien d’accord qu’ici il n’y a pas eu que de l’imagination, mais bien de la réalisation ? »
La seconde avocate générale prend la parole :
« Est-ce qu’on peut dire que c’est un succès ? »
Ba. : « Pour le TATP un peu, mais après cela tâtonne. Pour le nitrate fondu, oui, il y a une formation de base. »
« S’agissant de l’ANFO, est-ce que c’est stable ? »
Ba. : « Oui, c’est assez stable, c’est utilisé pour cela. C’est très peu sensible, moins de précautions sont nécessaires et on peut obtenir de très bons résultats. »
L’avocate générale 2 évoque l’utilisation d’ANFO en Suède (attentats d’Oslo et Utoya ) et donne le nombre de morts. Puis elle lui demande son expertise sur le mélange nitrate d’ammonium fondu + sucre.
Ba. : « Si le mélange est bien fait, il a un fort pouvoir détonnant, proche de l’ultra-fioul. On est au dessus de la dynamite au niveau de la puissance. Son potentiel est extrêmement intéressant. »
Puis elle lui demande s’il confirme toujours associer la fabrication de ce produit avec la zone irako-syrienne, ce à quoi il répond oui.
« Qu’en est-il des paillettes retrouvées chez B. ? Cela peut permettre de charger un engin explosif de type ‘’pipe-bomb’’. C’est fréquent ? »
B. : « C’est courant d’utiliser des précurseurs faciles à récupérer, donc oui, c’est comme une grenade. »
« Et avec les billes qui ont été retrouvées ? »
B. : « Oui, pour faire le fameux mitraillage. »
La défense prend la parole :
Bonaglia, avocat de B. :
« Je ne répéterai pas les questions que je vous ai posées en première instance, car vous avez ajusté vos réponses. Vous avez une imagination sans limites. Vous avez pris en compte la distance géographique entre tous les scellés ? Avez-vous conscience que vous avez regroupés l’intégralité des scellés pour votre expertise ? »
Ba : « Oui, c’est ce qui m’était demandé. »
La présidente intervient :
« Vous faites la différence entre tous les scellés ? Rien qu’avec ce qui était présent dans le camion de F., c’est suffisant ! »
Ba : « L’idée est de travailler avec l’ensemble des éléments, j’ai donc pris en compte l’ensemble des éléments. »
Bonaglia : « Il y a 800 km de distance entre certains éléments, vous ne l’avez pas pris en compte. Est-ce que c’est opportun, ça ? »
Ba. : « Ce n’est pas ma mission. »
« Vous n’avez jamais expertisé le mélange nitrate d’ammonium + sucre, vous en exagérez les effets. Il n’y a aucun élément dans les scellés qui prouvent la fabrication de ce mélange. Vous envisagez l’hypothèse la plus terrible. »
Ba. : « Ce sont les retranscriptions qui peuvent laisser penser au mélange nitrate d’ammonium + sucre, pas les expertises. On ne prenait plus au sérieux ce mélange-là depuis très longtemps. Ce qui nous a mis la puce à l’oreille ce sont les retranscriptions, et pour moi il n’y a eu aucun doute. »
« Et la qualité ? »
Ba : « Dans les retranscriptions, oui, on n’aboutit pas à un produit de qualité. Mais par contre s’il y avait eu l’engrais du camion cela aurait pu marcher. »
Bonaglia :« Quel est l’usage premier des éléments qui ont été retrouvés dans le camion de B. ? »
Barrot cite la poudre noire utilisée en pyrotechnie, les amorces pour faire du rechargement, les billes de plomb.
« Et si l’on considère qu’il fait du tir sportif, comme mon client, qui est en possession d’une collection de plusieurs armes anciennes ? »
Ba. : « Tous les éléments pris séparément sont anodins. C’est l’accumulation qui peut nous permettre de dire qu’il est possible de créer des bombes artisanales. Oui, tout le monde a de quoi faire du TATP chez soi. »
Bonaglia : « Heureusement que nous n’avons pas trouvé d’uranium… »
Barrot : « J’ai fait avec les retranscriptions qui m’ont été données. Certains passages étaient soulignés en jaune. »
« On ne vous a pas dit où se trouvaient les scellés, et on a orienté votre travail en surlignant certains éléments. »
Bonvarlet, avocate de W. :
Elle pose des questions techniques sur la composition des engrais. L’expert lui répond que les dosages en azote sont différents.
« C’est le taux d’azote qui fait l’élément détonateur ? »
Barrot : « Oui, même si ce n’est pas le terme exact. »
« Y a-t-il confusion entre deux produits dans les retranscriptions des écoutes ? Entre le nitrate d’ammonium et le nitrate de potassium ? »
Ba. : « J’ai dit qu’il peut y avoir confusion mais je ne suis pas sûr. »
« Y a-t-il des recettes qui existent avec du nitrate de potassium que l’on fait chauffer ? »
Ba. : « Oui pour la fabrication de fumigènes. Ou de petites fusées. Mais il n’y aura pas d’auto-inflammage comme dit dans les retranscriptions. »
« W. a pourtant retrouvé des vidéos expliquant comment fabriquer de petites fusées à partir de nitrate d’ammonium. Le mélange est fait, cela évoque du caramel. »
Ba. : « Oui mais il y a auto-échauffement dans les écoutes, or pour ce mélange il n’y en a pas. »
« Vous avez admis qu’il y a pu y avoir confusion entre ces deux nitrates. Le nitrate-sucre qui caramélise c’est commun. »
Ba. : « Commun, non. Je ne préconiserais pas ça pour une fusée. Mais oui. »
La présidente : « Il n’y a plus de doute ? »
Ba. : « Non, après il n’y en a plus. La confusion s’arrête lorsqu’on parle d’azote car il n’y a pas d’azote dans l’autre. »
Meyniard, la deuxième avocate de W., entame ses questions :
« C’est la première foi que vous travaillez avec des retranscriptions. Est-ce que l’ambiance vous paraît détendue ou guerrière ? »
Ba. : « Je ne sais pas mais il n’y a pas les bons ingrédients pour la préparation du TATP, néanmoins il y a une réelle démarche pour progresser, en se posant les bonnes questions. »
« Je vous pose la question car dans les retranscriptions il est fait mention de blagues, de rires. Il y a des retranscriptions qui ne vous ont pas été données, dans lesquelles on entend des bruits de roulettes de briquet. »
La juge demande à la lire.
Ba. : « Ma première interprétation, c’est qu’ils font un test au briquet pour tester la réactivité de la matière. Ce n’est pas forcément débile de faire un test à la flamme. »
Elle parle d’une autre retranscription, elles la lisent.
« Vous avez dit que la démarche empirique a été une réussite. Peut-on parler d’un succès ? Ça n’a pas l’air de fonctionner. »
Barrot : « C’est compliqué interpréter ce type d’échanges, mais ça n’a pas l’air d’avoir fonctionné. »
« Dans votre rapport, vous mentionnez le HMDT. Vous hésitez entre ça et le TATP. »
Ba. : « C’est le petit frère du TATP. »
« Pourquoi vous n’hésitez plus désormais ? »
Ba. : « C’est la supposition la plus crédible. »
Alice Becker, avocate de S. :
Elle revient sur le nitrate.
« Vous dites que c’est la première fois que vous avez affaire avec cette substance, pourtant vous dites que vous ne l’avez pas rencontrée depuis plusieurs années ? »
Ba. :« On m’en avait parlé de façon théorique. »
« Qui vous en a parlé de façon théorique ? »
Ba. : « Nous travaillons avec les services de renseignement. »
« Je ne comprends pas. »
Ba. : « On a la connaissance de ça. Quand je dis la première fois, c’est la première fois dans une affaire judiciaire, mais je ne peux pas révéler où nous avons eu l’information. Ce sont les services de renseignements français. »
La juge pose la question de savoir si des bases de données sont constituées dans son laboratoire pour enrichir les connaissances.
« Votre sphère de compétences c’est les explosifs ? Donc ce n’est pas théorique ? ».
Ba. : « Oui, on va avoir des contextes particuliers. »
Camille Souleil-Balducci, avocate de S. :
« Combien de fois avez-vous été cité pour des expertises en correctionnel ?
Ba. : « Deux fois, la première fois en première instance de ce procès et la deuxième fois aujourd’hui. »
« Pourquoi le parquet a-t-il estimé qu’il fallait vous réentendre, peut-être car vous n’étiez pas assez clair la première fois ? »
La procureure répond.
L’avocate reprend.
« Vous souvenez-vous de ce que vous demande de faire le juge d’instruction ? Quelle est votre mission exactement ?
Ba. : « Donner mon avis sur le potentiel pyrotechnique des retranscriptions. »
« Vous n’avez jamais demandé les audios ? »
Barrot : « Non, jamais. »
« Votre rigueur intellectuelle ne vous a pas dicté de demander ces éléments ? »
Ba. : « Je n’ai pas pris en compte les bruits, je me suis arrêté à ma mission. »
« Je trouve que vous êtes allé bien au delà de votre mission. Vous avez dit avoir fait votre expertise à partir des produits cités. La question est ‘’qu’est-ce qu’ils sont en train de fabriquer’’ ? Vous allez au delà et dites ce que cela vous évoque. »
Ba. : « Oui, ça outrepasse la mission mais on me demande de donner toute information utile. »
« Vous dites que vous ne connaissez pas le mélange et pourtant vous êtes très précis concernant le dosage d’azote nécessaire pour que cela fonctionne. Comment avez-vous connaissance d’éléments aussi précis ? »
Ba : « On acquiert les connaissances dans une démarche scientifique. Je connais cette distinction d’un point de vue théorique. Je suis capable de dire qu’un taux d’azote à 16% c’est pas terrible, et qu’à 27% c’est mieux. Dans les retranscriptions on voit que le taux d’azote n’est pas suffisant pour fabriquer un explosif. »
« Exemple, pour nos protagonistes ? »
Ba : Il y a une réflexion mais il y a un taux d’azote insuffisant.
« Donc on n’aboutit pas à une matière explosive ? »
Ba. : « Non, c’est en termes d’efficacité. On va avoir quelque chose de dégradé. »
« Est-ce que c’est normal de frapper avec un marteau ? »
Ba. : « Oui, c’est normal dans le cadre d’une recherche de la sensibilité du produit : chocs, friction, flammes, électricité statique. »
« Au vu du nombre de coups de marteau entendus, on peut se douter que cela ne fonctionne pas. »
Ba. : « Oui. »
« La quantité d’ANFO trouvé chez S. était annoncée à 2 kilos, alors qu’en réalité on a retrouvé 284 grammes… Ce n’est pas la même que celle préalablement notée, avez-vous effectué le changement de dosage sur le Powerpoint ?
Ba. : « Non. »
« Est-ce que l’ammonitrate en tant que tel est dangereux et est-il dangereux de dormir à côté ? »
Ba. : « Non, il n’y a aucun problème. »
« Vous avez fait un choix pour déterminer la charge, vous aviez plusieurs hypothèses, pourquoi avoir choisi celle de la charge la plus haute ? »
Ba. : « J’ai voulu évaluer la dangerosité, donc j’ai opté pour la plus grosse charge que l’on pouvait faire. J’ai décidé de tabler sur 20 kilos, en fonction de la plus grosse quantité de précurseur retrouvée. J’ai fait ce choix en toute indépendance. J’aurais pu prendre d’autres éléments des retranscriptions, j’aurais pu penser à d’autres mélanges. Je pense même que mon expertise est minorante, par rapport à si j’avais utilisé des outils actualisés. Je ne pense pas avoir eu de biais. »
Souleil-Balducci : « C’est un choix, vous décidez d’opter pour l’hypothèse de l’ANFO alors qu’il n’a pas été fabriqué dans ce dossier. »
Ba. : « Le logiciel a pris en compte tous les précurseurs. C’est de l’ANFO mais ça aurait pu être d’autres produits qui ont les mêmes propriétés détoniques. C’est juste un exemple. »
« C’est un choix ! Vous comprenez que de fait un choix est nécessairement orienté ? »
« Vous avez participé à la perquisition du camion de F. Votre rôle dans cette affaire est hybride. »
Ba. : « Oui ça fait partie de mon rôle, ce sont des choses qui arrivent régulièrement. C’est pratique, on a déjà les éléments, on n’est pas obligé de réinventer la poudre. »
La juge intervient :
« Est-ce que cela vous retire votre indépendance de pensée sur vos analyses ? Parce que c’est ça… »
Souleil-Balducci reprend :
« Non ce n’est pas le sens de ma question. Le 19 novembre 2020, on vous demande votre expertise sur les retranscriptions, alors que c’est le jour même où ont été décidées les arrestations. On vous demande de rendre vos conclusions pour le 07 décembre 2020, vous le rendez le 10 décembre. Lorsque vous participez à la perquisition, vos conclusions ne sont pas encore rendues. »
Ba. : « Effectivement, il y a eu un caractère d’urgence. »
La juge l’interrompt : « Quel est le sens de votre question ? Je ne vois pas où vous voulez en arriver. »
« Je me demande pourquoi on demande en urgence un travail sur des retranscriptions, alors que rien n’avait été demandé avant. Est-il habituel de faire travailler un expert dans une telle urgence ? »
La juge répond que les avocat.es n’avaient qu’à demander au juge d’instruction.
Delorge, avocat de F. :
« Vous avez mis en lumière qu’on a retrouvé des vis et des écrous chez F. Je me demande si vos hypothèses ne viennent pas orienter vos conclusions. Où les avez-vous trouvés ? »
Ba. : « Il s’agissait d’une sorte de caisse remplie d’objets mécaniques et d’outils à l’arrière du camion de F. »
« On y voit une équerre, un cadenas, il s’agit… d’une boîte à outils. »
Barrot répète qu’il a suivi les consignes, qui étaient de prendre en compte tout ce qui était retrouvé pour faire son expertise.
Méchin, avocat de F :
« C’est assez inhabituel l’expertise qui vous a été confiée. ‘’Le potentiel pyrotechnique des retranscriptions’’. Votre expertise est scientifique, la seule limite, c’est l’imagination. Que pourrait-on éventuellement faire avec l’ensemble de ce qu’il y a devant vous. Est-ce que c’est habituel ? »
Ba. : « C’est inhabituel de travailler à partir de retranscriptions. »
« Avez-vous déjà travaillé sur la base d’écoutes ? Combien de retranscriptions vous ont déjà été confiées ? »
Ba. : « Non, ça ne m’est jamais arrivé. J’aurais certainement pu entendre des choses que je n’ai pas entendues si j’avais eu accès directement aux écoutes. »
La présidente s’agace et demande si ces questions sont vraiment utiles.
Le ton monte entre elle et Méchin qui lui rappelle qu’elle n’a pas à juger de la validité de ses questions. Elle demande à l’avocat de faire vite.
« Avez-vous lu des éléments concernant un projet ? Pourquoi avoir choisi une rue pour illustrer votre propos sur la puissance des explosifs ? »
Ba. : « Aucun élément ne permet de penser à un lieu. J’ai pris l’exemple d’une rue à visée pédagogique. »
Suite des audiences sur la personnalité des prévenu.es.
10h00 : le tribunal attend la présidente, la séance débute avec 30 minutes de retard.
La présidente entame la séance par un discours sur la sérénité et la solennité des débats, elle « s’adresse à toute la salle ». Elle fait état de rires bruyants entendus la veille et souhaite que la salle reste calme.
B. est appelé à la barre. Il décline son identité.
La présidente prend la parole :« On abordera comment vous vous êtes retrouvé dans une forme d’itinérance, et êtes sorti du ‘parcours classique’ ». Elle entame une série de questions : où il vivait avec ses parents, que font ses frères et sœurs, quel est son parcours scolaire, pour quelles raisons il a quitté le lycée avant d’y obtenir son bac.
Elle continue en lui demandant comment était le compagnonnage, ce qui lui a plu et ce qu’il a trouvé déplaisant, et à partir de quel âge il a commencé à être déçu. Elle insiste fortement sur cette notion de « déception ».
Pause à 10h20, la présidente s’étouffe.
Reprise à 10h30.
« Vous avez été déçu au bout de trois ans, mais avant cela se passait bien ? Avez-vous eu des conflits avec les anciens ? ».
Elle prolonge ses questions en lui demandant si cette « déception » a eu une incidence sur le fait qu’il rejette toute structure et sur sa façon d’appréhender les relations humaines.
Puis elle poursuit ses questions au sujet de sa vie en camion, ses petits boulots saisonniers et ses occupations le reste du temps, puis aborde la ZAD de Sivens et lui demande si W. était avec lui à cette époque là.
B. aborde les violences commises par les forces de l’ordre à Sivens.
La présidente lui demande de préciser ses propos, et d’expliquer pourquoi il y est resté puis retourné malgré la violence, pourquoi y avoir assuré des tâches logistiques.
Elle le questionne sur les rencontres qu’il y a faites : « Vous avez été confronté à des militants doctrinaires et violents, qu’en avez-vous pensé ? Y a-t-il des personnes avec lesquelles vous ne pouviez pas discuter ? ».
B. répond que ce n’est pas du tout comme ça qu’il avait perçu les ZAD.
Puis elle lui demande ce qu’il a fait après, et pourquoi il a préféré la vie de nomade qui est un choix difficile. Est-ce qu’il se sentait « intellectuellement en dehors de la société » en vivant à part ? B. répond que non, il estime n’avoir jamais été « en retrait » de la société.
Puis la présidente l’interroge sur ses connaissances en informatique, lui demande quelle formation il a dans ce domaine et s’il a cherché à approfondir ses connaissances en matière de logiciels évitant la traçabilité des données.
B. :« J’avais une hygiène, mais pas numérique ».Ce qui provoque des rires dans la salle.
Elle lui demande s’il est en capacité de crypter une clef USB, ce à quoi B. répond qu’effectivement, il en est capable désormais.
Elle lui demande depuis quand, et B. répond que c’est au Moulin qu’il a appris à le faire.
Elle insiste pour savoir si c’est une coïncidence qu’il s’y soit intéressé à ce moment précis, alors que plusieurs des inculpé.es se trouvent au Moulin simultanément.
Elle lui pose des questions sur Cubjac, quand, comment ça s’est fait.
« Pourquoi est-ce que ça vous plaisait ? Vous avez monté un atelier, racontez. »
Puis elle lui demande où se situait sa forge, si cela lui permettait de fabriquer des objets et de partager ses connaissances.
« Vous aviez un projet de terrain, pour faire de l’élevage de quoi, avec qui ? Est-ce nécessaire d’avoir une arme dans ce contexte ?Vous n’êtes pas dans la démarche de tuer des animaux, mais plus d’effaroucher c’est bien ça ? »
Concernant F., elle lui demande s’il en avait déjà entendu parler, et par qui.
B. :« Par les ami.es de la ZAD.»
Présidente :« On vous en disait quoi ?»
Puis la présidente lui pose des questions en lien avec les autres, lui demande où B. les a rencontrés.
Ensuite elle aborde son projet de Juterie avec W. et L.
Les questions fusent.
« Si vous vous étiez installé pour ça, vous auriez bâti un collectif ?
Vous ne connaissiez pas M. ? Vous avez été en couple avec H. ?
Vous êtes allé à NDDL ? Pourquoi aller sur une ZAD ?»
La présidente insiste lourdement sur les liens entre ZAD et affrontements violents.
La litanie des questions se poursuit :
« Comment vous communiquiez dans ces endroits ?
Financièrement vous arriviez à vous en sortir ?
Vous avez de bonnes relations avec votre famille ?
Vos frères et sœurs comprenaient-iels votre mode de vie ? Et vos parents ?
Que faisaient-iels dans la vie ?»
Puis la présidente aborde le sujet des brochures retrouvés sur son ordinateur. Elle considère que c’est de « l’idéologie », car ce sont des documents anarchistes.
La présidente décrit les documents : « Ils préconisent la propagande »et lui demande pourquoi il était en possession de ces documents.
Elle évoque un manuel « anarchiste individualiste ».
Mais « il ne vous est pas reproché vos idéologies. »
B. :« Pour me connaître, regardez les autres documents, j’en avais beaucoup d’autres. »
« Des documents sur le polyamour et la camaraderie amoureuse, c’est de ça dont vous parlez ? Vous avez des choses à dire là-dessus ? »
Elle cite des documents sur le Rojava également.
Elle cite un passage de ces documents : « Ils préconisent la propagande ».
Présidente :« On retrouve chez vous des documents en lien avec les Kurdes et ce qu’iels prônent. L’anarchie est quelque chose qui vous parle ? Expliquez-vous ».
B. répond que pour lui cela est synonyme d’entraide, d’équité, d’horizontalité.
« Vous croyez que c’est réaliste ? Vous pensez que les gens sont fondamentalement bons ? Même sans structure ?»
B. :« A grande échelle, non. »
« A quelle échelle alors ? »
B. :« A l’échelle d’un village »
« Pour vous la solution serait de tout faire péter pour que ça change ?»
Puis elle lui demande si c’est ce qu’il vivait avec ses différents groupes d’ami.es.
Elle revient sur la progression tactique armée : « On est bien loin de la culture agricole. »
Questions des conseillères :
« Vous avez parlé de racisme et de bizutage, expliquez-nous la rupture avec le compagnonnage.
C’est plutôt lié à des personnalités que lié à des règles ?
Est ce que vous regrettez ? »
Puis elle demande si le compagnonnage est compatible avec une vie en camion, et en liberté.
La seconde conseillère se met à poser des questions :
« Votre vie ne se résume pas au dossier mais concernant les éléments sur votre ordinateur je suis étonnée de la brochure “Face à l’outil antiterroriste”, pourquoi vous y êtes vous intéressé ? »
Même question concernant les brochures “Analyse d’une affaire d’extrême gauche” et “Refuser le fichage ADN”.
B. : « Il ne faut pas s’arrêter à ces documents, il y en a pleins d’autres ».
« Et concernant le “Manuel de sabotage”, pouvez-vous nous expliquer ce document ?»
“L’art du crochetage”, expliquez-nous.»
Puis la présidente l’interroge sur ses relations avec F.
« Qu’est-ce qui fait que vous avez accroché avec F. ? »
B. répond qu’il n’a pas « accroché » avec F., mais que celui-ci est venu passer un mois chez lui.
« C’est le fait qu’il soit venu chez vous qui fait que vous le connaissez » ?
La présidente reprend la parole et trouve qu’il est quand même troublant de se retrouver avec ce type de brochures « au cas où ».
« Pourquoi étaient-elles en votre possession ? Expliquez-nous».
B. :« A Sivens, on commençait déjà à entendre l’amalgame entre « zadistes » et « terroristes ».
L’avocate générale prend la parole à son tour.
Elle lui demande pourquoi il n’a pas souhaité rencontrer le psychiatre pour expertise.
B. répond que c’est sur conseil de son avocat.
« Et vous, qu’en pensez-vous ? Cela vous permettrait de mieux vous connaître. »
Puis elle poursuit en demandant s’il consomme toujours beaucoup d’alcool.
Elle relève que B. utilise aujourd’hui un ton neutre pour parler des ZAD alors que lors de la procédure il a employé les termes « zone de guerre » pour les décrire. Elle l’interroge sur le fait qu’il soit retourné à NDDL alors qu’il y avait des violences, puis à Sivens. Elle insiste aussi beaucoup sur le recours à la violence dans les ZAD.
Elle rappelle qu’en GAV il a déclaré : « C’est la ZAD en général qui marque ».
Elle poursuit en l’interrogeant sur l’acquisition de sa carabine le 8 novembre 2019, et sur le fait qu’il ait acheté un silencieux.
« Était-ce pour faire du tir sportif ? Pourquoi alors avoir déclaré à la cour en première instance que c’était pour la chasse ? Aviez-vous une pratique régulière de la chasse ? »
B. répond qu’il a acheté l’arme afin de pratiquer une forme de chasse « vertueuse ».
Elle indique que lorsque son père a été interrogé sur cette pratique, il a été surpris. Il rétorque que son père a aussi été surpris lorsqu’il a acheté un camion.
Elle le questionne sur comment F. est arrivé à Parcoul. Elle croit peu au hasard et affirme qu’il y a été invité.
« Vous discutez d’armes avec W.et visionnez des vidéos sur le sujet. En GAV vous avez déclaré que si vous déteniez une arme, c’était aussi pour vous défendre de la menace de l’extrême droite».
B. répond que les conditions de la GAV était désastreuses.
L’avocate générale insiste sur les vidéos d’ED au sujet des armes et cite des écoutes :
« C’est approuvé par le comité ». « B. et W. sont les plus motivés ».
« Qui sont les membres de ce fameux comité ? Est-ce que l’arme devait servir à se défendre contre la menace d’ED ? »
La seconde avocate générale prend la parole. Elle l’interroge sur « L’art du crochetage », soulignant au passage que cela porte un grand coup à la propriété privée. Pourquoi détient-il une telle brochure ?
B répond qu’au moment des arrestations il allait signer un CDI pour faire un crédit auprès de la banque pour pouvoir acheter une maison. On est bien loin d’apprendre à crocheter des serrures pour squatter.
B. :« Cela fait partie d’une multitude de documents présents sur mon ordinateur ».
L’avocate générale répond en lui demandant pourquoi il possède ce document en particulier, et pourquoi il possède une multitude de documents qu’il ne lit pas.
Elle insiste sur les documents présents dans son PC.
« Vous exprimez le souci d’être labellisé terroriste lorsque vous êtes sur la ZAD. Pourquoi y retournez-vous ? »
« Vous avez dit : « Apparemment nous avons dû nous croiser avec F. sur la ZAD ». Que voulez-vous dire ?
L’avez-vous croisé lors de manifestations de la COP21 ?»
Coline Bouillon, avocate de F. :
« Quand avez-vous commencé le tir ? Était-ce pendant le confinement ? »
Martin Méchin, avocat de F. :
« Savez-vous ce qu’il s’est passé en 2008 dans la mouvance anarcho-autonome ? Quelle a été la conclusion de cette affaire ? Quelles ont été les conclusions du tribunal de Paris ? Savez vous si le parquet a fait appel ?Pensez vous que cela a pu inciter les mouvements de gauche à se méfier ? Pensez-vous que la circulation de ces documents ainsi que de la méfiance soient liées à l’affaire Tarnac ? »
M. Méchin espère que cette affaire du 8/12 sera classée, comme Tarnac qui a été une fiction et un fiasco.
Matteo Bonaglia, avocat de B. :
« Au sujet de la conversation téléphonique « approuvée par le comité ». Qu’est-ce qui accompagne cette déclaration ? »
B. répond : « Des rires ».
« Pourquoi ne crochetez-vous pas le moulin ? »
« Vous aviez un loyer ? »
« Pour vous, quelle forme peut prendre une lutte ou une revendication ?»
« Est ce que la violence vous semble efficace ? Est ce que ça vous parle ? Est ce que vous pourriez l’envisager ? »
« Pourquoi avez vous abandonné ces idées à l’adolescence ? » (en rapport avec la violence comme moyen de lutte ou revendication, NDLR)
« Avez vous échangé avec des gendarmes ou des chasseurs ?Quel type de relations avez vous avec eux ? »
« Parlez-nous de votre essai de cocktail Molotov.»
« LA ZAD ce n’était pas homogène, dans quelle partie / groupe vous classifieriez vous ?»
« Vous connaissez les infokiosques ? Pouvez vous nous expliquer ce que c’est ? »
« Vous dites avoir une appétence pour la technologie, comment qualifieriez-vous votre hygiène numérique ? »
« Quel(s) changement(s) le permis de chasse a amené sur vous/qu’est ce que ça vous a apporté ? Ça vous a fait changer votre regard sur la chasse ? Si à l’heure actuelle vous deviez vous faire entrer dans une case en terme d’idéologie, laquelle serait-elle ?»
Reprise 12H33
M. est appelé à la barre.
M. : « C’est un peu compliqué les dates »
La juge évoque ses difficultés de mémoire.
La présidente commence à l’interroger :« Avez-vous essayé de savoir pourquoi vous avez ces problèmes de mémoire ? »
Puis elle lui demande où il habitait enfant, s’il parlait allemand car il a vécu là-bas enfant, lui pose des questions sur sa scolarité.
M. évoque sa formation de soigneur animalier mais explique que c’était dur car cela ne correspondait pas vraiment à ses valeurs.
La présidente lui demande s’il a passé son bac et pourquoi il ne l’a pas obtenu, puis elle lui pose des questions sur sa personnalité : est-il rejetant, timide, a-t-il du mal avec le système scolaire ?
Puis elle aborde sa formation.
M :« Je travaillais chez un éleveur qui me payait en araignées »
Puis il parle de son départ en Guyane.
Présidente : « En terme d’araignées vous deviez être ravi. »
Elle lui demande quel âge avait-il.
M. : « A 18 ans, j’ai fait ma formation dans un zoo en Guyane, mais cela ne s’est pas passé comme prévu. J’ai effectué une formation de guide touristique, dans un cadre militaire, mais j’avais des a priori. »
Présidente :« Quels a priori ? »
M :« A propos du cadre, de l’autorité. »
Elle lui demande combien de temps a duré la formation.
M. :« Un an. J’ai obtenu mon diplôme de guide et suis resté en Guyane. »
Puis la présidente lui demande quand il est rentré en métropole, où, et qu’est-ce qu’il y a fait. M. lui répond qu’il suit alors une formation de CAP Serveur.
La présidente évoque ensuite les années 2002-2005, lors desquelles M. a rencontré des petits soucis avec la justice en commettant des dégradations.
Elle l’interroge sur ses problèmes avec l’alcool et sur sa consommation de cannabis. Elle lui demande à quel point ces problèmes d’addiction invalidaient son quotidien.
Présidente :« Le punk ça a commencé quand ?Il y a différents punks, les politiques, les SDF, les addicts… Étiez-vousun punk violent ? »
M. :« Non, provocateur. »
Puis elle lui parle de ses tatouages, elle cherche à en comprendre le sens, pour savoir si pour lui c’est de la provocation. Elle lui demande s’il a des tatouages politiques, ce que signifient ceux qu’il a sur les poings.
A la suite elle évoque sa vie en camion, et lui demande jusqu’à quand il a vécu cette vie.
« Votre amie venait avec vous dans le camion ? Toujours avec des chiens ? En camion vous faîtes quoi ? Vous êtes itinérant ? »
M. :« Oui, je faisais des travaux saisonniers. »
« Agricoles ? »
M. :« Oui. »
« Avez-vous réessayé de travailler avec des animaux ? »
La présidente : « Vous affirmez être aussi allé vivre dans des communautés ? C’est-à-dire ?»
M. :« Euh en ZAD, dans différents squats à Toulouse.J’ai passé deux-trois jours à Sivens pendant mon compagnonnage, j’ai fait de la récup et ramené de la nourriture sur zone, à l’époque je faisais de la charpente à Toulouse. »
Puis elle évoque cette formation de compagnon charpentier à Toulouse, et trouve cela troublant car B. aussi était compagnon.
« Qu’est-ce que vous pensez du côté rigoureux des compagnons ?La discipline des compagnons permet de se restructurer personnellement et d’atteindre l’excellence. »
« L’idée à terme, après l’itinérance, c’est de se poser à part et de construire quelque chose ? »
Puis elle lui demande quelle a été son expérience au squat du « POUM » à Toulouse. Elle pose la question de savoir si ce squat était exclusivement réservé aux personnes « d’ultra-gauche ».
Elle l’interroge sur la présence éventuelle d’exilé.es, veut savoir s’il y avait des événements de soutien régulièrement dans le lieu.
La présidente parle ensuite de la BAC, qui a pu apercevoir du matériel artisanal de manif au POUM lors d’une opération.
« Est ce que cet ensemble de points qui caractérisent votre vie et qui ne s’inscrivent pas dans un schéma classique d’insertion peuvent être une sorte de rejet du système ? Est ce que cette manière de vie est associée à une idéologie de rejet ? »
Puis elle reprend les liens avec tous les prévenu.es. Elle lui demande où il a rencontré F.
Présidente :« Vous avez dit que la détention a mis un terme à vos addictions d’alcool et de cannabis ? »
M. :« Erreur, le cannabis j’avais arrêté avant, l’alcool j’ai été obligé mais j’ai repris à la sortie. Aujourd’hui ça fait un an que j’ai totalement arrêté et j’en suis fier.
Il énumère ses différentes addictions passées et la présidente est étonnée : « Oulala ça fait beaucoup… »
Viennent les questions sur son positionnement politique, avec la reprise de déclarations de M. en GAV.
La présidente aborde son soutien à la cause kurde et sa présence dans des rassemblements de soutien. Elle l’interroge sur comment cela s’est passé lorsqu’il a souhaité rejoindre le Rojava.
« Quelle sont vos valeurs humaines ? Votre rapport à la violence ? Avez-vous vu et participé à de la violence ?
Le lance-pierre et les billes retrouvés chez vous, c’est quoi ?»
« En inspectant votre ordinateur on trouve une photo montage de vous en bord de mer jetant un cocktail Molotov sur les forces de l’ordre, qu’est-ce que c’est ? »
M. :« Une blague de mon frère ».
« C’est un peu connoté quand même. »
La présidente lui demande quel est son rapport avec le black bloc. Elle évoque une image trouvée dans son ordinateur qui dit « Rejoins le bloc », et un patch sur lequel se trouvent un cœur et l’inscription « black bloc ».
« Est ce que c’est un peu l’équivalent de « Je suis Charlie » ? »
Puis la présidente évoque la photo d’un véhicule de la gendarmerie dans son téléphone, un post Facebook sur lequel est noté « Ne demandons rien, soyons tout. Rejoins le bloc. Soyons ingouvernables. » Puis elle pose une question lunaire : « Les black bloc et la musique ça marche ensemble ? »
Elle enchaîne avec la description d’une image d’Exárcheia sur laquelle on voit un A cerclé et une flèche cerclée (symbole des squats, NDLR), ainsi qu’un homme vêtu de noir qui jette un objet incendiaire.
La présidente trouve que tout cela est quand même focalisé autour d’un même sujet. Elle souligne qu’il n’est pas anodin de posséder et/ou de partager des photos du bloc et de Exarcheia.
Elle évoque un ouvrage sur le Kurdistan puis revient sur le parcours de M. pour se rendre au Rojava en passant par les Balkans, Athènes, Souleymanie. Une photo du musée de Souleymanie a été retrouvée sur son téléphone.
Elle estime que F. a pu avoir une influence sur lui pour le décider à aller au Rojava. Elle lui demande les raisons de ce voyage : « Vouliez-vous soutenir un projet de société ? »
Elle l’interroge sur un document : « Comment créer et entraîner une unité milicienne ». Elle lui demande ce que c’est et pour quelle raison il est en sa possession.
Puis la présidente commence alors à parler de son voyage en Colombie. Elle fait tout un discours sur l’ELN (Armée de libération nationale, NDLR), organisation marxiste-léniniste considérée comme terroriste par l’UE, différent des FARC (Force armée révolutionnaire de Colombie, NDLR) car l’organisation est non verticale.
Elle lui demande s’il parle l’Espagnol (selon les enquêteurs M. avait pris contact avec l’ELN, mais il a toujours nié, NDLR).
Elle enchaîne avec des questions plus personnelles, et lui demande pourquoi il a refusé l’expertise psychologique. M. répond qu’il ne l’a pas acceptée sur conseils de ses avocats.
Elle aborde la séparation de ses parents, lui demande s’il est en bon contact avec sa mère et si elle est présente aujourd’hui, puis si le regard que porte sa mère sur cette histoire l’affecte. Elle demande s’il a des contacts avec son frère, et si sa famille était au courant pour sa volonté de partir au Rojava.
La conseillère :
« Et votre père ? »
SUSPENSION – MIAM – 13H43
Reprise à 14H57
L’avocate générale commence son interrogatoire.
«Il y a quelque chose de récurrent, vous dites qu’il y a beaucoup de documents que vous n’avez pas lus dont tous ceux sur lesquels on vous interroge. Comment expliquez-vous que vous ne sachiez pas que ces documents soient arrivés chez vous alors que comme les autres prévenus vous semblez attaché à une certaine forme de sécurité de vos données ? »
M. :« Ils ont été trouvés dans des squat, à des conférences… »
L’avocate générale : « Comment expliquez-vous les images et photomontages qui sont dans cet ordinateur ? »
M. :« Quand je télécharge des musiques, des fois il y a des images qui sont liées.»
L’avocate générale : « Vous confirmez qu’au moment des faits vous étiez au RSA ?
Lors de vos voyages, vous êtes allé en Colombie puis en Grèce. Comment avez-vous fait pour vous payer tout ça ? »
Problème technique informatique, la greffière ne peut plus prendre de notes.
L’avocate générale reprend :« Votre casier ne fait aucune mention d’usage de stupéfiants alors que vous dites avoir eu une consommation massive, ce n’est pas habituel.»
« Concernant le Rojava, vous vous y intéressez par choix, pour le projet de société développé là-bas, mais il y a d’autres endroits dans le monde avec ce genre de projets. Pourquoi choisir le Rojava qui utilise la lutte armée pour défendre ce projet ?»
« Sur les documents on retrouve des notes manuscrites écrites par vous concernant des réunions, vous pouvez nous dire en quoi consistent ces réunions ? »
« Vous dites pratiquer l’airsoft depuis l’adolescence. Vous dites le faire de manière ludique mais également en prévision d’aller au Rojava. Donc vous utilisez l’airsoft aussi pour vous préparer à aller sur un théâtre de guerre ? »
Lucie Simon, l’avocate de M., prend la parole :
« Vous n’êtes pas là pour vos opinions mais pour des actes préparatoires. Est ce que dans le mouvement punk il y a une contestation de l’ordre établi ? »
M. :« Oui. »
« De la Police ? »
M. :Oui.
« Est ce que le Black Bloc est une référence récurrente dans le mouvement punk ?
M. : « Oui. »
Camille Vannier, avocate de M. :
« Est ce que vous avez été dans d’autres ZAD que celle de Sivens ? »
M. : « Non. »
Lucie Simon, avocate de M. :
« Donc votre expérience de ZAD se résume à 3 jours ? »
M. :« Oui »
M. :« Non. »
« Avez vous participé à des affrontements contre les forces de l’ordre là-bas ? »
« La DGSI a identifié qu’il se passait des activités de boxe et de soutien aux migrant.es au POUM, c’est tout ?
M. :« Non, il y avait plein d’autres choses, du roller disco, des concerts, de la construction… »
M. :« Je suis en camion avec F., et ensuite j’ai dormi à la belle étoile. »
« Vous jouiez beaucoup aux jeux vidéos ? »
M. :« Oui. »
Camille Vannier, avocate de M. :
« Est ce que vous lisez beaucoup ? »
M. :« Pas trop »
« Est ce que vous vous sentez galvanisé par le travail sur vous-même ? »
M. :« Oui, c’est important. »
15h42
S. est appelé à la barre
Questions de la présidente :
Elle commence par l’interroger sur sa situation familiale lorsqu’il était enfant.
S. explique son enfance jusqu’à ses 18 ans.
« Après être parti du domicile, vous continuiez à avoir des contacts avec votre mère ? »
« Avez-vous subi des violences ? »
« Cela vous a-t-il déstructuré ? Marqué ? »
S. : « Ça m’a permis de passer à autre chose. Mais on va arrêter là ». (car d’autres éléments sur le sujet n’ont pas d’utilité pour la compréhension de cette « affaire » NDLR)
« Votre résilience est de passer par le fait de quitter le sujet. »
S. : « J’évite la confrontation physique, pas la confrontation verbale ».
« Vous étiez dans un lycée un peu particulier ? »
« Quelle a été votre formation après ? »
« Vous habitiez où à l’époque ? »
S. explique son parcours au lycée, ses différents logements.
« La pyrotechnie, les effets spéciaux, vous vous êtes formé ? »
S. : « J’ai fait une formation d’artificier de 5 jours en 2013 (on apprend la réglementation, etc …). Puis j’apprends sur le tas. »
« Cela vous plaisait ? »
S. :« Au début un peu, puis c’est devenu une grosse, grosse passion ++ »
« Vous travaillez en équipe dans les effets spéciaux ? »
S. explique avec précision son parcours professionnel.
« Vous n’étiez pas itinérant ? »
« Vous avez rencontré K. il y a longtemps ? Quel est son métier ? »
« C’est quoi pour vous la culture punk ? »
S. fait une aparté sur les squat, les différentes sortes de squat et les punks à chien.
« Les punks à chien ? Expliquez-nous ce que c’est. »
Est-ce qu’il y a de la revendication chez les punks à chien ?
S. : « Oui toujours un peu, dans la musique, par le fait de passer par le « Do It Yourself ».
« Quelle différence entre anarcho-punks et punks à chien ? »
S. : « Moi j’étais un punk à chien (concerts, potes), j’avais des idées mais pas de construction politique. »
« Quel est votre côté politique ? »
S. : « Je n’arrivais pas à le définir : l’anarchisme… Je disais « vive l’anarchie » sans même savoir. J’étais attiré par la musique punk, on faisait la musique, des concerts, etc … nous-mêmes. J’essayais d’aider les autres à s’exprimer. »
« Vers 2018-2020, vous en êtes à quel stade dans vos réflexions ?
S. : « Avec la loi Travail, Nuit debout … : construction de ma pensée politique. La construction politique se construit sur ce que je vis. On veut se réapproprier la politique ».
« Vous pensez que le système doit changer ?
S. : « Oui mais je ne suis pas anti-système , j’évolue dans ce système. »
« Et au niveau syndical ? »
S. : « Jeune, j’étais à la CNT, c’est de l’enfermement d’idées, je n’arrive pas à m’affilier à une chose. Besoin d’évoluer dans ma vie. Je suis clairement d’extrême-gauche mais sans case ; actuellement : libertaire révolutionnaire.
« Vous allez en manifestation ? »
S. :« Oui bien sûr, dans le cortège de tête, sans devoir se mettre derrière une banderole affiliée. »
« Quel est votre rapport au black-bloc ? »
S. : « Si c’est juste pour se faire mousser, casser : ça ne m’intéresse pas. Si c’est pour s’organiser, pour faire masse, pour protéger : alors là, oui. »
« C’est quoi pour vous le black-bloc ? Il y a un côté violent. »
S. :« Violent : non. Le cortège de tête, tout en noir ; je suis toujours habillé en noir, on défile masqué pour se protéger, pour protéger les autres, ne pas être reconnaissable (que ce soit des sans-papiers, une personne pouvant être reconnue par son employeur…). »
« Est-ce qu’il faut l’action pour changer les choses ? »
« Est-ce que, parce que l’un de vos amis est gendarme, vous le rejetez ? »
S. :« Non, je peux m’engueuler et ne pas être d’accord avec lui sans pour autant aller à la confrontation. Je critique sa profession, sa fonction. Le problème est systémique ».
« Vous seriez contre la violence sous prétexte qu’une personne soit gendarme ? »
S. : « Je suis contre la violence tout court ».
« Votre tatouage ACAB : ça n’est pas écrit Moby Dick, ça vous place dans une certaine catégorie, non ? »
S. :« C’est quand j’étais jeune, ce n’est pas que négatif : ça a permis de longues discussions. »
« C’est aussi le mot d’ordre de certains autres qui pourraient être violents, contre les « gardiens du temple », les gardiens de la loi. »
S. :« Il y a deux façons de prendre ACAB : la version avec une confrontation violente et la version philosophique. Dans la deuxième, il s’agit plutôt de confrontation verbale. »
La présidente énumère des violences faites par des manifestant.es :« Vous en pensez quoi ?
S. : « Je ne sais pas quoi répondre car je n’y étais pas, je ne ferais pas ça.
« Les personnes qui se rendent au Rojava sont criminalisées : quel est votre ressenti par rapport à ça ? »
S. : « Ce n’est pas un ressenti, ce sont des faits. Je les soutiens et soutiens le Rojava. La France était alliée avec eux. Mon combat politique : « les opinions politiques sont criminalisées ». Depuis les arrestations, j’ai du mal à re-militer. Je dis aux gens de faire attention aux lois anti-terroristes, elles sont dangereuses pour eux.
« Ça peut faire sourire : on est dans un état de droit, il y a des lois. Vous en faites quoi par rapport à ce qu’il vous arrive ? »
S. : « Je ne nie pas ce que j’ai fait ou pas. Ce que je rejette c’est l’accusation de terrorisme. Je critique le côté systémique. »
« La critique c’est sain, mais après on doit examiner quels moyens on utilise pour faire changer les choses. »
« Quand avez-vous connu F. ?
S. : « Nous nous sommes rencontrés en concert. »
« En 2010 ? On a une photo de vous avec une belle crête. »
S. : « Je suis sollicité pour de l’artifice mais je ne sais pas trop si c’est possible alors je m’abstiens. Je ne peux plus faire du tir. » (suite au jugement de 2023 NDLR)
Conseillère 1 :
« L’accident de scooter, le coma : ça vous a laissé des séquelles ? »
S. : « Oui, beaucoup ! Puis j’ai eu un autre accident, bien plus récent. »
« Vous avez eu d’autres accidents ? Dans le cadre du travail ? »
S. : « Non, malheureusement. »
« Vous pouvez quand même faire du sport ? »
« C’est compatible avec l’accident ? »
« Vous êtes celui qui a le plus travaillé. Quels sont vos rapports avec votre hiérarchie,vos patrons, vos collègues ? »
S. : « Je ne me suis jamais fait virer. On doit pouvoir dire ses désaccords, contester ».
« Le travail peut-il être pour vous un instrument de valorisation personnelle ? »
S. :« Je ne suis pas anti-système mais je suis dans une contestation politique ».
« Une seule fois en garde à vue dans le cadre d’une manifestation. »
S. : « Oui et que je conteste. C’était pour un masque à gaz et un tee-shirt de rechange »
« C’est au même moment qu’il y a eu une reprise de contact avec F. ? »
S. : « Oui mais ça n’a rien à voir, c’est une coïncidence. La manif et et F. : ça n’a rien à voir ».
« Pas d’éventuelles consommations d’alcool, d’autres drogues ? »
S. :« J’ai arrêté le cannabis car ça me rendait parano, et j’ai arrêté le tabac il y a 10 ans. »
« Le tabac c’est légal. »
S. : « Légal ou pas c’est pareil, c’est une addiction. Concernant l’alcool, je n’ai pas d’addiction, ça reste une consommation festive. »
Conseillère 2 :
Elle pose à nouveau des questions sur l’enfance et l’adolescence de S. (qui n’apportent aucun nouvel éclairage sur « l’affaire » mais qui émeuvent S. NDLR).
Cependant, après un bref moment de pause, il continue à répondre aux questions.
S. explique clairement qu’aujourd’hui il a dépassé tout cela par la création, l’artifice, le spectacle vivant, l’escalade.
« On ne vous reproche pas vos idées par rapport au Rojava. »
« Vous dîtes que que vous n’êtes pas violent mais vous avez des armes chez vous, pourquoi ? »
S. : « Je me suis déjà expliqué mais je n’ai pas de problème à recommencer : celle que j’ai achetée, c’est pour chasser les nuisibles chez ma mère, elle était cachée par sécurité car des personnes venaient régulièrement faire des travaux chez moi. La carabine avec silencieux : c’était quand on était au gardiennage au camping, je la trouvais stylée. La troisième carabine est à mon beau-père, qui l’avait prêtée à K. pour un tournage. »
« Par rapport aux sonorisations : pouvez-vous expliquer « le coup de la bouteille » évoqué lors d’une discussion avec F. sur une manifestation ? »
Lecture de la côte D83/3
« Pourquoi portiez-vous une chasuble de la CGT ? C’était un subterfuge ? »
S. : « Non, c’était pour éviter de me faire tabasser par la police. »
« Vous dites : « la police est le bras armé de l’État » : est-ce que vous ne voyez que de la violence dans les forces de l’ordre ? Ils protègent aussi les gens, comme votre mère par exemple. »
S. : « Non, ils n’ont jamais protégé ma mère. Elle est de nationalité étrangère en plus. C’est de la violence systémique. »
La procureure revient sur le tatouage ACAB : « Donc il est toujours d’actualité ? »
S. : « Je ne répondrai pas à cette question provocatrice. »
Alice Becker, avocate de S :
« Quels autres tatouages avez-vous sur le corps ? »
S. : « Une bière Svinkels que je buvais au lycée, un cathéter vu le temps passé à l’hôpital et pour qu’ils sachent où me piquer, la formule de la poudre noire car je ne m’en souviens jamais. »
« Par rapport à la manif, vous avez dit craindre de « prendre cher » : par qui ? »
S. : « La police. Faire bloc, masse, protéger les gens : oui ; mais je ne suis pas en état de les affronter ».
« Pouvez-vous nous parler des effets spéciaux et de votre apprentissage par rapport à cela ? »
S. explique précisément, concrètement la technique pour faire de faux impacts de balle (sur un humain, un arbre etc …) et toute la technique que cela demande.
La juge : « Il faut être extrêmement minutieux pour faire ça et éviter l’accident. »
L’avocate évoque un projet de sa vie privée, fortement mis à mal par la période de détention préventive. S. en témoigne et met le stop à cet échange quand il le faut.
Camille Souleil-Balducci, avocate de S,
« Vous n’avez pas évoqué les perquisitions, pourquoi ? »
S. : « Je ne sais pas. »
« Deux fichiers en sont ressorties sur plus de mille : celle « Fiers d’être bleus » et une autre avec Sarkozy comparé à Hitler. »
S. : « Peut-être parce qu’il n’y avait rien d’autre ? »
L’avocate reprend un témoignage : « S. s’exprime par des textes, des chansons, des caricatures… C’est sa façon de critiquer. »
S. : « Ce sont les bons mots ! »
« Qu’est-ce qu’on se permet de dire dans les chansons punk ? »
S. : « Tout, absolument tout, de la provocation en allant jusqu’au bout. Certains chants posent problème aujourd’hui par rapport aux VSS. Le punk a la faculté de pousser jusqu’au bout de la violence verbale. C’est la liberté d’expression « pure ». »
« Vous n’avez pas de problème d’alcool. Cependant, dans votre condamnation, vous avez une injonction de soins par rapport à l’alcool. Qu’en pensez-vous ? »
S.: « J’ai l’impression de ne pas avoir été écouté. Je n’ai pas d’alcoolisation ; la dopamine, je la trouve dans l’escalade et la musique. Le suivi-soin : c’est bien, il n’y a pas de jugement, on parle de tout … sauf d’alcool ! »
Reprise audience : 18H
C passe à la barre :
La présidente annonce qu’on va finir par C. Puis demain matin ce sera le tour de F, suivi de la lecture des retranscriptions sur les explosifs.
L’après-midi sera consacrée à l’intervention de l’expert en explosifs.
On notera que c’est la première fois que la présidente donne la date de naissance de la personne, d’habitude ce sont les accusés eux-mêmes qui l’ont fait et C. est la seule à qui elle demande son statut marital…
« Parlez nous de vous. »
C veut lire une déclaration. La présidente donne son accord si ce n’est pas trop long et si ce n’est pas une tribune politique.
« Je me sens abîmée par cette accusation qui va à l’encontre de mes valeurs de solidarité. Je vivais en colocation avec des femmes, je m’inscris dans un mouvement féministe alors c’est dur pour moi la masculinisation du dossier. Le FIJAIT m’empêche d’exercer des professions qui me plaisent comme l’animation, le soin… »
Si je vous sens émue au fil des questions, on interrompra.
La présidente entame ses questions par sa famille. Elle lui demande où elle a fait ses études, dans quel domaine. Elle lui demande d’expliquer ce que c’est que la littérature comparée, et de quels sujets les travaux de C. traitaient.
C. :« De trois auteurs de différents pays. »
« Quel était le thème ? »
C : « La représentation littéraire de la mort dans un siècle de guerre et comment la société se reconstruit. »
« Vous avez mené ce travail à terme ? »
« Vous lisez beaucoup ? »
C. : « J’aime lire »
« De la Philosophie ? De la Politique ? »
C. : «Ça dépend, de la poésie, des biographies, de la politique… »
« Y a-t-il des choses marquantes dans votre parcours de vie familial ? »
« C’est quoi l’éducation sensorielle ? »
« Vous avez exercé beaucoup d’emplois auprès de publics handicapés, pourquoi ce choix ? »
« Ou viviez-vous après avoir quitté votre domicile familial ? »
C. : « J’ai vécu beaucoup en colocation. »
« Avec des hommes ? Des femmes ? Mixte ? »
« On vous présente tout au long de cette procédure comme indépendante et même au niveau de votre relation avec F. pour laquelle vous parlez d’une relation libre, pouvez vous développer ? »
« Vous êtes sportive aussi ? Vous gigotez beaucoup alors en terme de sport vous allez jusqu’au bout ? »
« Vos centres d’intérêts sont ils évolutifs ou restent ils les mêmes ? »
« L’itinérance, ça vous a tenté ? »
« Vous êtes plus proche d’un système horizontal, d’une société égalitaire, comme les kurdes ? »
C: « Je ne me suis jamais définie par une appartenance précise, je me suis construite avec différents courants de pensée : féminisme, anticolonialisme, antiracisme, anarchisme…Toutes ces pensées nourrissent ma réflexion au monde. »
« Quel est votre positionnement par rapport à la contestation du système ? La révolution ? La marge ? »
C. : « Nous vivons dans un système capitalisme, destructeur de liens et de territoires.Je préfère travailler à penser des solutions. »
« Vous pensez qu’on peut arriver à quelque chose qui fonctionne en terme d’horizontalité malgré des personnes leadeuses ? »
C. : « Oui j’y crois, ça existe, ça a existé, notamment des sociétés nomades, zapatistes. Je pense que les idées peuvent bouger, sont en mouvement. »
« On a trouvé de la littérature chez vous, notamment Kropotkine, qu’est ce qui vous intéresse chez lui ? Vous l’avez lu ? »
C. : « Sa vision du communisme libertaire, même si ça date un peu. »
« Quelle différence faites-vous entre équité et égalité ? »
C. : « On a une identité propre avec des besoins spécifiques et des fois à force de trop chercher l’égalité crée de l’injustice. »
« Liberté, égalité, fraternité ? »
C. :« Ce slogan a été créé à une époque, dans un contexte précis. »
« Ce sont de beaux principes qui sont sur le fronton devant les écoles, ça vous dérange ? »
La présidente évoque ses lectures : elle cite Bonanno, qui a eu une vie tumultueuse de braquages, qui a fait de la prison en Italie et en Grèce et qui est lié à l’anarchisme insurrectionnel.
C. :« Je me sens moins proche de cette idéologie mais je m’y intéresse. »
« Il est assez peu traduit en français mais a beaucoup de succès auprès des insurrectionnistes anglais, américains, croates, plutôt que français, vous en pensez quoi ? »
« Je voulais soulever la dimension internationale. »
« Vous aimez les personnalités atypiques comme lui ? »
« On retrouve dans vos lectures une contribution des prisonniers d’Action Directe, pourquoi ? »
« On y lit : »Il n’y a pas de révolution sans violence. Alors si vous n’êtes pas prêts à la violence, rayez le mot Révolution de votre vocabulaire. », citation de Malxom X en préambule, qu’en pensez vous ? »
C. : « Je ne m’intéresse pas à Action Directe mais plutôt aux questions carcérales et à l’enfermement. Je ne me sens pas proche d’Action Directe. »
« Vous aimez travailler sur les systèmes oppressifs ? »
C. :« Oui dans le travail avec les enfants pour lutter contre la punition, l’âgisme et pour mettre en avant des méthodes éducatives d’apprentissage alternatives. »
« Quel a été votre vécu de votre interpellation et de l’ enfermement ? »
C. : « Je l’ai vécu très mal, j’ai été surprise par l’ampleur de cette histoire et par le chef d’inculpation, cela a généré un gros choc psychologique et moral, j’ai eu du mal à m’en remettre, j’ai souffert de pertes d’appétit et de poids et j’ai dû prendre des anxiolytiques.
« Votre frère a été entendu et semble très virulent auprès des enquêteurs, il parle de torture blanche concernant vos conditions de détention. »
C. parle de sa détention, des deux semaines en isolement au quartier arrivante.
« Qu’est ce que vous pensez de la légitimité d’avoir une législation antiterroriste dans une démocratie ? On ne va pas se voiler la face, en marge du procès on voit des choses virulentes apparaître. »
« Je ne suis pas responsable de ces propos. »
La Juge parle du blog, des comités de soutien et des propos écrits contre l’anti-terrorisme.
« Vous en pensez quoi ? »
La présidente revient sur la citation de Malcom X.
C. : « A des moments la violence a permis des avancées politiques après je n’y adhère pas forcément. L’usage de la violence entre en contradiction avec mes projets. »
L’avocate générale prend la parole :
« Vous avez écopé d’une condamnation et avez été réhabilitée concernant la conduite sous stupéfiants. Vous aviez des dépendances ? »
« Vous n’avez déclaré aucun emploi depuis décembre 2019, donc vous avez touché le RSA, les APL, qui sont des aides de l’Etat, vous vous dites anticapitaliste, que pensez-vous du fait de toucher ces aides ? »
« Si je résume vos propos vous n’êtes pas « anti système » mais « para système », c’est à dire à côté ? »
C. : « Je trouve ça bizarre de classer de façon si binaire. »
L’avocate générale évoque des conversations de C. sur le sujet de l’ultra-droite, et aussi ses propos sur l’envie de « cramer des banques » car elle a été mal reçue la dernière fois qu’elle y est allée.
« Vous avez rigolé pendant toute la procédure, madame, c’est notifié à plusieurs reprises. »
Elle évoque la brochure « Brûle ton école », trouvée sur sa clef USB.
« C’est où dans le système, ça ? »
C. : « Je défends cette brochure au delà du titre et de la quatrième de couverture, car au travers de la brochure sont mis en lumière des problèmes liés à l’école, du point de vue des enfants. C’est assez poétique, à travers des contes. »
« Humour toujours alors, »La joie Armée » de Bonano, qui appelle à détruire les institutions à travers les dégradations et la lutte armée ? »
Elle lit un passage où il est question de tuer des flics, des juges et des journalistes.
« Ça vous va ? »
C. : « C’est sorti de son contexte. »
« S’agissant de votre relation avec F, vous avez déclaré que vous aviez votre propre façon de penser et d’aimer. Pourtant B. a affirmé en GAV que vous aviez de l’humour, que vous étiez ultra-féministe mais qu’il trouvait que vous étiez sous l’emprise de F. Qu’est-ce que ça vous fait ? »
« Vous avez refusé l’expertise psychiatrique et l’enquête de personnalité, pourquoi ? ».
Puis elle aborde le courrier que C. avait écrit au JI pour lui expliquer les raisons de ce refus.
« Vous avez également refusé de donner vos conventions de chiffrement. »
« Vous dites regrettez »l’ambiance masculine du dossier », mais je constate que vos deux colocataires femmes ont refusé de répondre aux questions de la psychologue, une femme elle aussi. Que pensez-vous de ce manque de sororité ? »
C. : « C’est le plus beau geste de sororité ! »
L’avocate générale l’interrompt pour lui dire que cela va « à l’encontre de la manifestation de la vérité » !
La deuxième avocate générale prend la parole :
Elle revient sur les brochures.
« Ces documents convergent tous vers la même chose : la légitimation du recours à la violence, comment expliquez-vous cela ?
C. : « J’ai relu »Brûle ton école » pour voir si cela me convenait toujours, et le début de conte explique que la maîtresse meurt subitement et que les élèves ne savent pas quoi faire car iels ont peur que les autres adultes ne les croient pas, les jugent et les punissent alors qu’iels n’ont rien fait voilà pourquoi la réflexion mène jusqu’à brûle ton école »
« Pourquoi vos lectures renvoient toujours à des violences ? »
La présidente intervient :
« J’ai oublié tout à l’heure, il y a dans le dossier des fichiers audio dans lesquels on entend un morceau d’un groupe de punk-rap d’extrême-droite et un chant néo-nazi. »
C. :« Ce n’est pas du tout le genre de musique que j’écoute, cela a été mis par quelqu’un d’autre. »
Méchin, avocat F. :
« Beaucoup de questions ont été posées les derniers jours concernant les lectures. »
Il revient sur l’affaire Tarnac et rappelle qu’à l’époque aussi des brochures avaient été trouvées, qui pour autant ne pouvaient suffire à prouver des motivations terroristes.
« Est-ce que dans votre vie vous avez déjà brûlé une maîtresse ? »
Bonaglia, avocat de B. : lecture de la Bible, qui parle de brûler des enfants et des animaux.
« Est-ce que vous adhérez ? »
Chloé Chalot, avocate de C. :
« L’avocate générale a dit que vous aviez rigolé en GAV tout à l’heure, est-ce que vous pouvez nous dire si vous avez beaucoup ri ces dernières années, au parloir, en prison, devant le juge d’instruction ? »
« Est-ce que vos proches ont un jour douté de vous ? »
Arnaut, avocat de C. :
« 1848, vous connaissez ? La Révolution de Juin qui amène à quoi ? Liberté, Egalité, Fraternité ! »
Les avocates générales entrent par la même porte que la présidente. L’audience, initialement prévue à 9h30, reprend ce jour à 10h, ce qui constitue une marque de mépris envers la défense.
La présidente reprend la lecture des faits interrompue la veille, puis elle effectue une reprise des déclarations de toustes les inculpé.es recueillies en GAV, y compris celle de L. qui n’a pas souhaité faire appel.
Vient ensuite le tour des déclarations en audience de la première instance : on commence par celles de S. et F., suivies de celles du témoin M. Grosjean.
La juge s’exprime sur son soi-disant manque d’objectivité lors de son témoignage en première instance : « Cela ne ressemble pas à un discours objectif d’universitaire ». Son témoignage est décrit selon les notes d’audience comme « orienté » . Elle souligne que la qualité de la profession d’un témoin ne doit pas être un prétexte à un manque d’impartialité.
Matteo Bonaglia, avocat de B., intervient pour défendre ce témoignage.
La présidente met en garde la défense au sujet des témoins qui, selon elle, ne sont pas là pour exprimer une tribune politique. Elle prévient la défense qu’elle ne supportera pas l’instrumentalisation des témoins à des fins politiques. (Sachant que nous assistons à un procès politique, c’est un peu culotté de sa part…).
L’avocat de C. demande que sa cliente passe aujourd’hui car il sera absent demain, mais la Présidente tergiverse pour au final faire passer C. le lendemain après-midi.
L’audience est levée à 12h20.
Les débats reprennent à 14h10. L’après-midi sera consacré aux plaidoiries des avocat.es concernant la présentation de témoins après le dépôt des conclusions.
Camille Souleil-Balducci, l’avocate de S. prend la parole.
Elle dit avoir été courroucée hier d’avoir eu à justifier la production des agents de la DGSI entant que témoins. Tout en remerciant la cour d’avoir envoyé un mail à la DGSI dans l’après-midi, elle affirme que cela reste insuffisant, qu’on ne peut se satisfaire de la réponse donnée la veille. Elle ajoute que certains éléments de la procédure doivent être connus, d’où la nécessité de citer ces témoins.
« L’objet de cet appel est la manifestation de la vérité. » clame-t-elle, avant de rappeler que cette procédure a été ouverte et instruite en Criminel, et que c’est lors de la clôture de l’instruction que le magistrat instructeur a décidé de requalifier en Correctionnel. Elle ajoute qu’il y a une série de problèmes concernant les sonorisations, avec des incohérences au niveau des dates.
Quant à l’effacement de la vidéo de Paulnay, exploitée par un agent de la DGSI que la défense souhaite faire comparaître, il y a une irrégularité de procédure manifeste. En effet lorsqu’une vidéo est exploitée, un rapport est fait par l’agent, puis la vidéo est mise sous scellé. Pourquoi la vidéo a-t-elle donc été effacée le jour même où ont été décidées les interpellations ? Certes, la DGSI reconnaît qu’une erreur a été commise et que la vidéo aurait dû être conservée, mais la présence d’agents de la DGSI est requise pour comprendre comment cela a pu arriver.
Dénonçant le motif illégitime de leur absence, l’avocate requiert qu’on les somme de se présenter à l’audience, pour qu’iels nous éclairent sur ces zones d’ombre.
Emilie Bonvarlet, l’avocate de W., demande qu’on sollicite le parquet général de Paris pour obtenir l’identité des agents, avant d’ajouter qu’elle souscrit à la plaidoirie de sa consœur.
C’est alors qu’intervient l’avocate générale, incisive : « Ne tournons pas autour du pot. Si vous pensez que la DGSI a produit des faux, alors dans ce cas vous auriez dû faire une procédure. Les avocats n’avaient qu’à faire leur travail ». Cette intervention déclenche la colère de Arnault, avocat de F., qui se lève et dénonce les propos inacceptables de l’avocate générale, avant d’ajouter que le respect doit aller dans les deux sens.
Un chahut se répand dans la cour, ce qui conduit la présidente à suspendre la séance. « Je refuse que ce soit la chienlit dans ma cour ! », conclue-t-elle.
Les avocat.es de la défense annoncent qu’ils vont déposer un signalement auprès du Bâtonnier, puis la séance est suspendue à 14h40.
Cinq minutes plus tard, la séance reprend et la présidente exige que les débats se déroulent dans la sérénité, quelles que soient les parties. Les avocat.es de la défense demandent que la séance soit suspendue pour permettre au greffe de noter l’incident qui vient d’avoir lieu avec l’avocate générale, afin qu’ils puissent transmettre au Bâtonnier.
Reprise des débats à 14h57.
La présidente relit les conclusions de l’ensemble des avocat.es.
Martin Méchin, l’avocat de F., affirme que la défense fait tout ce qu’elle peut depuis le début des débats pour qu’ils se déroulent calmement. Or, la défense a remarqué que le parquet tente de lui donner des leçons de droit de manière agressive et insultante, et ce depuis le premier jour. Il ajoute que l’avocate générale se permet de les agresser alors qu’ils plaident de manière argumentée, que c’est inacceptable et qu’ils ne laisseront pas passer : « Nous nous insurgerons chaque fois que cela s’avérera nécessaire. De quoi l’avocate générale a-t-elle peur ? De ce que nous pourraient nous dire les agents de la DGSI ? Nous voulons aborder le fond de cette affaire ».
Emilie Bonvarlet, avocate de W., affirme quant à elle avoir soulevé des « nullités de procédure », ce qui l’a conduite à faire des demandes d’actes auxquelles on lui a répondu que ce n’était inutile venant de la part de la DGSI.
Puis elle fait part de son étonnement que le parquet soit sous surveillance policière, en argumentant que la défense ne veut agresser personne et que la salle est sereine.
L’avocate générale reprend la parole : « La première caractéristique de la sérénité c’est l’écoute. Le parquet n’a peur de rien et les agents de la DGSI non plus. Il faut savoir écouter. Si le ministère public estime qu’il y a des confusions et des inexactitudes de la part de la défense, alors il se doit de le soulever. Je répète que l’instruction respecte le contradictoire ».
Prenant la parole à son tour, la seconde avocate générale s’étonne du ressenti de la défense concernant les arguments que le parquet général développe, arguments qu’elle juge « neutres et procéduraux ». Elle affirme que leur argumentaire est strictement juridique, tout comme leurs réquisitions n’ont été que factuelles et raisonnées.
Puis elle répond à la remarque de Bonvarlet concernant la protection policière, affirmant qu’iels ont senti des menaces envers le parquet et les magistrats en première instance. On apprend alors que des dessins de la première instance, publiés sur le blog de soutien aux Inculpé.es., ont été versés au dossier. L’avocate souligne que la violence est palpable en source ouverte sur le blog, ce qui constitue des menaces de mort et justifie les mesures de sécurité mises en place.
Méchin demande le rapport entre l’incident de tout à l’heure et les caricatures présentes sur le blog, puis fait remarquer que « ce qui est dit par le parquet n’a pas sa place dans les débats de cet après-midi ».
La présidente intervient et demande à tout le monde de ne pas se perdre en digressions, avant d’ajouter qu’on ne rend pas la justice dans la sérénité lorsqu’on se sent menacé.e, d’où les mesures de sécurité mises en place. Coline Bouillon, avocate de F., lui rappelle qu’en première instance la défense avait également été menacée.
L’avocate générale plaide pour un rejet des demandes d’amener les agents de la DGSI.
La présidente conclue, à l’intention de Coline Bouillon : « Je ne souhaite pas que l’on fasse un procès d’intention à la cour ».
La cour se retire pour délibérer à 15h26.
Reprise de l’audience à 16h.
Début des audiences d’étude de personnalité.
C’est W. qui passe à la barre en premier.
La présidente commence par lui poser des questions sur sa vie : elle l’interroge sur Sivens, les violences contre les force de l’ordre à Sivens, Rémi Fraisse, sa vie en camion, Parcoul. Elle lui rappelle le témoignage de sa mère, sa condamnation pour l’incendie d’un camion abattoir, avant de lui poser d’autres questions au sujet du permis de chasse, des armes, des explosifs.
Elle aborde le projet de juterie (transformation de pommes en jus) avec B. et L., puis elle le confronte au texte « Instructions sur une prise d’arme », au document concernant les « black blocs ». Enfin, elle le questionne sur sa philosophie de vie, son rapport aux groupes et au militantisme, sur le mode de vie itinérant et le sentiment d’être en dehors du système classique…
Elle donne ensuite la parole à l’avocate générale, qui tout au long de l’entretien insistera particulièrement sur les armes, le survivalisme et le permis de chasse. Elle questionne W. sur le surnom Melvil qui n’en est pas un, sur ses propos « hors système » qui ont été rapportés par sa mère, sur ses opinions sur le « système »…
Elle l’attaque aussi sur le RSA, sur son rapport à l’alcool, sur l’incendie du camion abattoir, avant d’enchaîner avec des questions concernant sa vie, son attrait pour les feux d’artifice. Enfin, elle revient sur les déclarations de Bastien en GAV au sujet des armes, ainsi que sur la vidéo des entraînements d’ED.
Vient ensuite le tour de la seconde avocate générale : elle pose des questions sur les documents trouvés dans son disque dur (milices etc.).
Elle l’interroge sur les ZAD et lui demande pourquoi il se rend sur ces lieux s’il est pacifiste.
Elle le questionne sur les précautions prises pour préserver sa vie privée, par l’utilisation de logiciels et d’applications cryptées. Puis elle revient une fois de plus sur le contenu de son disque dur.
L’avocat de B. (Bonnaglia) lui demande quelles sont ses obligations lorsqu’on est propriétaire d’un terrain et qu’on interdit aux autres de venir chasser sur son terrain.
Réponse : gérer soit même la régulation, d’où la nécessité d’être titulaire d’un permis de chasse.
L’avocat de F. (Bouillon) compare le disque dur de W. à une bibliothèque, dont on n’a pas lu forcément tous les livres : on ne se souvient pas toujours précisément ce qu’il y a dedans, même lorsqu’on les a lus.
L’avocat de W. (Bonvarlet) le questionne sur trois sujets principaux, à savoir les ZAD, le contenu de son disque dur, et l’incendie du camion abattoir.
L’avocate de S. (Meyniard) l’interroge sur le survivalisme.
A nouveau, la présidente et l’assesseuse le questionnent sur se relation à l’alcool.
Elles ont encore des questions sur son rapport à la profession de militaire, sur ses parents militaires, et sur l’attrait de son père et de son grand-père pour les feux d’artifices.
📣 Repas solidaire à prix libre en soutien aux inculpé-es du 8 décembre des camarades accusé-es emprisonné-es et condamné-es lors d’une mascarade judiciaire et dont le procès en appel aura lieu en mai .
🔥APPEL🔥
En 2023 les 7 inculpé-es du 8/12 étaient condamné-es pour terrorisme avec des peines de prison ferme, fichage européen, interdictions de communication… 6 d’entre elleux font appel de cette décision. » Pour suivre l’actu :https://soutienauxinculpeesdu8decembre.noblogs.org/
⏰ Service de 12h à 14h 🖤 Menu en fonction des arrivages !
📍 RDV au 15, rue Ernest Renan quartier Ivry Port (94200) 🔆 Ouvert à toustes pour cuisiner à partir de 9 h et pour manger à partir de midi 🫶
Une soirée Kamisole c’est bien, en collab avec le Barcredi c’est mieux ! Voici venu le KAMICREDI !
Un pur moment avec ce qu’on fait de meilleur : des expo pour observer, des concerts et perfs pour festoyer, des ateliers anti-rep pour gagner plus de points au grand jeu de la lutte quotidienne contre la répression physique et numérique de notre société préférée ♥️♥️♥️
Le KAMICREDI c’est samedi 25 avril à partir de 17h et jusqu’à minuit au 25 rue Bizet à Villejuif ! (Métro 7 Villejuif Paul Vaillant Couturier) Et l’entrée est toujours à prix libre !
Et tout cela pourquoi donc ?
Et non pas pour rire, ça on déteste, pour filer plein de moula aux caisses pour les inculpés du 8 décembre et à l’anti-CRA de Dijon. Aux prisons on préfère les feux de joie !