9h40
En ouverture, on assiste à une intervention de la présidente autour du «sandwich gate ».
« Les gens qui viennent de province, pour eux c’est difficile de rentrer et sortir. »
La présidente incite donc plutôt à manger dans la cour du bâtiment, en « bonne intelligence avec les services de sécurité ». Cela doit se faire « avec modération, sans rassemblement ni manifestation particulière et avec respect pour les militaires qui font un métier pas facile. »
L’interrogatoire de M. par la présidente débute :
« Vous avez été interpellé le 8 décembre 2020 dans votre camion au squat PUM. Quel hygiène numérique aviez-vous à l’époque des faits ? »
M. : « Signal, Whatsapp, Cryptpad parfois. »
Présidente : « Pourquoi ? Vous aviez une formation à ça ? »
M. : « Pas besoin de formation, ces trois outils sont simples. Cela permet de ne pas divulguer nos données. »
« Qui vous a expliqué ? Tor par exemple ? »
M. : « Ce n’est pas compliqué, tout le monde l’utilise dans mon milieu. »
« Pourquoi ? »
M. : « C’est une question d’hygiène numérique. On sait que nos données numériques sont utilisées, par exemple avec des cookies à des fins publicitaires. Des données personnelles, ça ne regarde personne. »
« Est-ce en lien avec les manifestations que vous utilisez ces outils ? »
M. : « Pas du tout. Ma mère qui n’est pas militante les utilise aussi. »
« Sur les documents trouvés dans votre ordinateur, il y a des brochures sur les manifestations et les black-blocks. Un document «Soyons ingouvernables, rejoins le bloc ». Qu’est-ce que vous avez à dire là-dessus ? »
M. : « Je me suis déjà expliqué là-dessus. Ce sont des images liées aux musiques. Des photos d’albums. Elles se téléchargent en même temps que la musique. Dans n’importe quel bar, vous pouvez trouver les mêmes images dans les toilettes. »
« R. V., entendu également, est un ami à vous, il vous connaissait depuis 15 ans. Il affirme que tout tourne autour du squat PUM. »
M. : « Non, tout ne tourne pas autour du squat PUM. R. ne fréquentait pas le PUM. Le PUM a été présenté comme un lieu de l’ultra-gauche, moi je ne vois pas ça comme ça, je vois plutôt ça comme un lieu culturel. Nous avions d’autres activités : danse, culture, partage. »
« R. dit que vous êtes non-violent. »
« Pouvez-vous nous dire qui est J. ? »
M. : « Une amie connue également par R. »
« Lorsqu’elle est interrogée sur F., elle dit : «Il était tout le temps avec M. »
M. : « Ce n’est pas étonnant. »
« Elle dit également »Il était non violent, il était contre les fachos, le racisme ». »
M. : « Oui, je suis ok avec ça. »
« Vous employez l’expression »chiens de garde » pour désigner la police. »
M. : « Oui, c’est mal vu par vous, je comprends. C’est une expression utilisée comme une sorte de décharge, d’une colère qu’on peut avoir, rien de plus que ça. C’est une expression commune dans le milieu punk. J’ai pu le dire ainsi que d’autres choses plus virulentes mais ça ne veut pas dire que je le mets en application. »
« Vous avez été entendu en GAV 6 fois. Sans avocat les deux premières fois ? »
M. déclare : « J’ai entendu suite aux échanges de ces derniers jours que vous vous basez beaucoup sur les retranscriptions des GAV et des entretiens avec le juge d’instruction. A ce moment-là, je suis terrorisé par le terme « terrorisme ».
Parfois, j’ai dit des choses stupides devant le juge. Mme l’avocate générale a dit qu’on est en sécurité ici, ça n’est pas du tout le sentiment que j’ai. Il y a une forme d’autocensure, je ne parle pas de la même façon dans ces moments que dans mon quotidien. »
P. : « Je me base sur les auditions de GAV car elles sont nombreuses. Quand je cite des choses, je les recontextualise dans l’interrogatoire. Elles sont détaillées et circonstanciées, donc il est intéressant de les mettre dans les débats. Avec la réserve de vos observations, elles revêtent une bonne dose de crédibilité. On sais que l’audience c’est stressant. On en a conscience. Ce n’est pas anodin d’être en GAV quand même. »
M. : « C’est important pour moi de pouvoir expliquer le contexte et l’état psychologique dans lequel on peut être. »
« Pourquoi vous n’aviez pas d’avocat lors des premières auditions ? »
M. : « C’était lunaire. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait. J’ai peut-être été trop naïf de me dire que j’allais sortir vite puisque je n’avais rien à me reprocher, donc pas d’avocat. »
Sur les perquisitions :
Présidente : « On va partir des perquisitions. La différence avec les assises c’est que nous avons toutes les 3 [la présidente + les deux conseillères] accès à tout le dossier contrairement à des jurés. 7h20, perquisition dans le camion. Vous dormiez ? Vous aviez un chien ? »
M. : « Non, pas à ce moment-là. »
La présidente lit une liste d’objets trouvés. « Ouvrage sur le Kurdistan… clé USB…Ce n’est pas ce qui nous intéresse, je cherche les armes trouvées. » Elle cherche.
« Des lances-pierres, des billes en acier. C’était quoi ? »
M. : « Bah, des lances-pierres. Je les avais quand j’étais gamin, pour tirer sur des canettes.
« Et une fois adulte, ça ne vous est pas passé ? Vous les avez gardés dans le petit espace de votre camion en tant qu’adulte ? »
M. : « Oui. »
« On remet dans un contexte de black bloc, de violences… C’est pour ça qu’on vous en parle. Est-ce que vous vous inscrivez dans le mouvement black bloc et dans une idéologie violente ? »
M. : « Non, et les lance-pierres n’ont jamais été utilisés en contexte de manifs.
« Le tissu imprimé black bloc ? »
M. : « J’en ai déjà parlé, ça vient d’un squat, c’est de la récup. »
[La juge le coupe, ne semble pas s’intéresser à la réponse]
« Non, je veux finir sur les armes. On trouve également deux fusils, et des annotations manuscrites, ce qui va nous intéresser. Quel est votre rapport aux armes ? »
M. : « Ce sont des fusils d’Airsoft, qui ne rentrent pas dans la catégorie »armes ». Pour moi ce sont des répliques, des jouets. Ça reste des billes. Je pratiquais l’airsoft dès l’adolescence, ma mère me l’avait confisqué. Ensuite, je m’en suis servi pour des parties de jeux de rôles grandeur nature, pour jouer à »faire la guéguerre ». »
« Jouer, avec des répliques de fusils d’assaut. »
M. : « Je n’ai pas cette vision là du tout. C’est comme un jeu vidéo. J’ai un jouet dans les mains, pas un fusil d’assaut. »
« Au moment des faits, ça vous intéresse toujours ? »
« Vous les prenez aussi dans votre camion à l’espace réduit, on peut penser que vous n’emportez que les choses qui vous sont utiles. »
M. : « Oui, c’est ma maison, si l’occasion se présente, on peut jouer ! »
« Vous rejoignez les autres quand ? »
M. : « Qui les autres ? »
« Vous vous retrouvez à Pins Justaret, vous faites des entraînements d’airsoft ? »
M. : « Ce ne sont pas des »entraînements », il n’y a pas de régularité. Quand j’ai fait du sport, de la gym, je m’entraînais plusieurs fois par semaine. Une ou deux parties de jeu, c’est différent d’un entraînement, c’est ludique. Dans l’optique de retourner au Rojava je voulais me familiariser avec des armes, mais je n’en ai pas parlé à F. ni L. »
« Vous vous êtes retrouvés à trois avec L. et F. Pourquoi dans cette maison abandonnée ? »
M. : « Je ne sais plus qui l’a trouvée. Peut-être moi, peut-être Flo, je ne sais plus. On a tendance à regarder les maisons désaffectées, dans une optique de squat. On s’est dit que ça serait bien pour y faire de l’air soft. »
« Combien de temps y êtes-vous restés ? »
M. : « Peut-être un jour ou deux ? »
« L’essentiel du temps est occupé à quoi ? »
M. : « De l’airsoft, de la discut’, parler de tout ou rien. Moi j’écris le soir. »
« Avec quels armes ? »
M. : « Des répliques d’AK47, les miennes. »
« Vous avez parlé d’explosifs ? »
M. : « Jamais. »
« Pendant les temps de jeux, vous parlez de »progression tactique », de »rigueur », de »faire les angles », d’apprendre à tenir une arme. D’où l’utilisation du terme paramilitaire. »
M. : « Parler de rigueur ce n’est pas être forcément quelqu’un de rigoureux. Les décisions étaient prises à trois. Oui, peut-être que F. avait plus de connaissances, du fait d’être allé au Rojava, mais cela ne m’a pas marqué. En tout cas je ne voyais pas du tout ça comme un entraînement paramilitaire.
« F., marqué par son expérience, transmettait son savoir et ses techniques apprises ? »
M. : « Je n’ai pas eu ce sentiment là. Je n’ai pas eu l’impression qu’il avait une grande maîtrise. C’était des parties ludiques. J’aurais adoré que les services de renseignements aient mis micros et caméras, pour que vous voyiez l’ambiance. »
« Ils ne pouvaient pas. »
M. : « Ils ont dit qu’il y aurait eu des »vraies armes », alors pourquoi ne pas nous arrêter direct si on nous prend pour des gens avec de vrais fusils d’assaut ? »
« En discutant avec F, il vous informe de sa participation à un réseau international dans le cadre d’un déplacement au Rojava. »
Elle cite la discussion en question.
« Qui sont ces gens prêts à combattre contre l’état, les méchants ? Qui ? Ça parle de propagande, de révolution, de chiens de garde, de recrutement, de se baser sur le manuel. »F. dit qu’on a besoin de force ». Êtes-vous le lieutenant de F. ? Le pouvoir est fasciste ?
Qu’en est-il de l’association »La passion des amis », qu’est-ce que vous souhaitez dire ? »
M. : « Beaucoup de choses ont été dites. Parler d’une conversation qu’on a eu je ne sais pas à quelle heure, ni à quel moment. C’est comme deux coqs qui parlent. C’est important d’avoir la conversation entière, là on n’a que des bouts, des mots-clés décontextualisés.
C’est dur de répondre hors contexte.
Est-ce qu’il y a eu des faits par la suite, ou juste deux gauchos qui parlent et passent à autre chose ?
Je n’ai jamais eu l’intention ni de faire de la propagande, ni de recruter ni de prendre les armes.
« Sans faire de conclusion hâtive, ça parle tout de même des »chiens de garde », de s’en défendre de manière violente. Vous parliez de quoi ? J’entends que ça part dans tous les sens mais il y a quand même une contestation de la société et contre les »chiens de garde » .»
M. : « Il y a beaucoup de coupures dans la conversation.
Des conversations »On veut la révolution, changer le monde » sont des conversations banales dans le milieu punk, que je fréquentais. Des propos anodins. On parle beaucoup, on fait des manifs ou on crie ‘‘Mort aux patrons ». Et j’ai jamais tué un employeur. Ces mots sont communs dans notre milieu.»
La présidente souligne : « Ils sont violents ces mots. »
M. : « Dans mon milieu, on est des gueulards, c’est notre manière de parler. »
« Quel est votre degré de proximité avec F. ? »
M. : « On s’est rencontrés au lycée, puis perdus de vue, puis recroisés dans les milieux festifs, concerts, soirées etc… De Lille puis Toulouse et Tarn. Dans le milieu punk, les gens se connaissent tous plus ou moins. J’ai entendu parler de F. qui était parti au Rojava et on s’est revu par hasard à son retour. »
« Sur les extraits concernant les explosifs, qu’avez-vous à dire ? »
M. : « Rien à dire, je ne suis pas intéressé et je n’ai jamais été au courant des essais, ça ne me concerne pas. »
La juge revient sur les notes manuscrites et les carnets.
M. : « J’ai la mauvaise habitude de tout noter. »
« La communication verbale et non verbale, ça vous intéresse ? »
M. : « Oui. »
La juge cite des notes, disparates, pendant un long moment. Elle insiste sur le mot »milice » et »recrutement ».
« On voit qu’il y a des notes du quotidien, mais aussi certaines qui évoque des précautions à prendre, du recrutement, un tel sécurisé, la création d’une milice… Ca fait préparation de quelque chose ? »
M. : « Je prends des notes un peut tout le temps. A titre perso, des réflexions perso, des choses que j’entends. Il y avait plein de trucs sur le Rojava, je m’y intéressais dans l’idée d’y aller. »Recrutement » ça vient de là, en rapport avec le Rojava. C’est pas tabou, je suis allé en Irak, j’étais frustré de ne pas pouvoir aller au Rojava, je voulais y retourner. Les notes de »sécurité » peuvent se référer à des choses de la vie de tous les jours. »
« Cela fait quand même penser à des choses à faire ici, en France : « Se voir entre Aveyron, Toulouse, Ariège. »
Elle cite des notes sur des terrains à acquérir.
M. : « Je note des choses en vrac, pas forcément liées entre elles. c’est dur de vous expliquer comment ça se passe dans ma tête. Le recrutement c’est pour le Rojava. E., c’est la personne qui recrutait pour le Rojava, Je ne l’ai jamais rencontré.e, je ne sais même pas si c’est un homme ou une femme. Je suis en contact avec cette personne, et il y avait un questionnaire, donc il fallait que je sois capable de gérer mon psycho quand j’allais les rencontrer physiquement. »
« Donc le mot recrutement, c’est à propos de vous même ? Ce n’était pas un objectif pour vous de recruter d’autres gens ? »
M. : « Non. »
« »A propos du terrain en Ariège », »être capable de gérer la psycho », Domi, Ralph, Alix, c’est qui ? Comment iels vous préparent pour aller au Rojava ? »
M. : « C’est pas qui que ce soit qui me prépare, c’est moi. »
Intervention de l’avocate de M. :« Sur les notes manuscrites, on voit qu’il y a des lignes sautées entre les sujets, c’est donc plusieurs sujets différents et non un seul et même sujet. »
La présidente répond : « Oui, mais c’est sur les mêmes feuillets ! La cour appréciera. »
La présidente cite un extrait des notes : « Que signifie le mot »tekmil » ? »
M. : « C’est moi qui voulait réutiliser ce concept de réunion de débrief que je trouvais très intéressant. »
« Oui mais c’est une réunion, ce n’est pas seul. »
M. : « Si, pour faire de l’autocritique. Et je voulais trouver un autre nom. Tekmil on l’utilise par exemple, on fait de la construction à la fin de la journée on fait une réunion de débrief.
« Tekmil c’est connoté. On fait pas un tekmil après une partie de Monopoly.
M. : « Bah pourquoi pas ? »
« CREC, qu’est-ce que cela signifie ? »
M. : « Compte-rendu émotionnel et critique. »
La juge cite encore des notes.
M. : « Pour répondre : le plan voiture en Allemagne c’était pour faire de l’argent. Acheter une voiture à revendre en France. C’est illégal, je sais, je suis honnête. J’ai toujours voulu acquérir un terrain. Il faut de l’argent pour ça. Vivre en collectif, avec chacun son espace, je connais beaucoup de gens qui vivent comme ça, et ça m’emballe. »
« Pour être complète, il y a aussi des feuilles sur des activités personnelles, pour gérer un emploi du temps. Vous avez des problèmes de mémoires ? »
M. : « Oui, je paye les conséquences de mes années d’addiction. »
La présidente cite des notes de 2020 : « Recrutement, discussions internationales, rechercher armes… »
L’avocate intervient : « C’est re-checker armes. »
« Oui vous avez raison. »
La présidente continue de citer des notes : « »Débat de fond ». Avec qui était-ce ? Avec vous-même ? »
M. : « Non, c’est le 11 février, j’étais avec F. et L. »Ordre du jour » signifiait »les choses que j’aurais aimé aborder ». Je savais que L. connait la PNL… J’avais envie de discuter de certains sujets. »
« Quand on regarde la nature de ce qui est écrit : »avocat, rechercher armes, blabla, » c’est connoté ! Il y a une certaine convergence vers l’organisation de quelque chose de pénalement répréhensible quand même. »
M. : « Moi quand j’écris, c’est des sujets dans tous les sens, qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. J’ai du relire le dossier pour essayer de me rappeler »avocat ». C’était au sujet de l’expulsion prochaine du squat PUM. »Recrutement » c’était pour le Rojava. »
« C’est une liste d’activités, un programme très organisé. »Réunion internationale » c’est quoi ? »
M. : « Une réunion ouverte à propos du Kurdistan à laquelle je ne suis jamais allé. Il y a aussi plusieurs sujets auxquels je ne me suis jamais intéressé. »
« Talkie-walkie ? »
M. : « Rapport au Rojava et à l’airsoft. »
« Il y a un point sur les autres. Vous donnez des infos sur ce que chacun fait. C’est curieux. »
M. : « A leur insu. Pas cool, c’est des notes que je prends sur eux. »
« Beaucoup d’observations comportementales. »
M. : « Oui, j’essaie de me recadrer, c’est mon hygiène de vie. Je dois travailler sur ça. »
« Vous avez travaillé sur votre développement personnel ? »
M. : « J’essayais de faire un travail là-dessus. Pour peut-être un départ au Rojava. »
La présidente cite une discussion sur l’utilisation de pseudos. Elle lit les retranscriptions des feuillets, une avocate de M. lui fait remarquer que c’est plus lisible sur les feuilles manuscrites, qu’on y voit bien mieux les sauts de ligne qui montrent qu’on change de sujet, donc que tout n’est pas en lien comme essaie de prouver la présidente.
Elle finit par dire à l’avocate : « Ah oui c’est plus lisible sur les notes manuscrites vous aviez raison. »
« Pourquoi avoir en votre possession le document Création et entraînement d’une milice ? »
M : « J’ai récupéré ce document lors d’une réunion sur le Rojava mais je ne l’avais pas lu. J’ai découvert le contenu en prison. Je suis tombé des nues. Je ne sais pas, si je l’avais lu je l’aurais brûlé. W. l’avait aussi, je l’ai appris à l’audience. On a plein de brochures, on les lit pas toutes. La question c’est »Qu’est-ce qu’on fait avec ce qu’on lit ? » Moi je n’ai rien fait. »
« Vous vous êtes ensuite rencontrés à nouveau avec F. en mai 2020, il s’est passé quoi ? »
M. : « Oui, on voulait refaire une partie d’airsoft mais on est arrivé sur un terrain où il y avait d’autres camions donc ça a fini en beuverie…
Il y avait L. ?
M. : « Oui. »
« Vous avez déclaré en première instance que vous vous ne vous rappeliez pas s’il était là. »
M. : « Je ne m’en souvenais pas. »
La présidente demande ce qu’il a fait à ce moment-là, il répond qu’ils ont rencontré des gens et bu des coups. Qu’ils n’ont pas fait d’airsoft vu qu’il y avait d’autres gens.
« C’est quoi cette histoire de s’appeler Pierre ? »
M : « Je ne sais pas, une erreur, je ne m’appelle pas Pierre. »
La présidente cherche dans son ordi quelque chose qui l’intéresse. Manu a mal à la hanche, alors elle lui dit de s’asseoir. Puis elle lui demande s’il bougeait beaucoup en camion, il répond qu’il faisait les saisons. La juge cite ses déplacements, lui demande s’il était bien confiné à en Ardèche,il confirme, avec son ex-compagne.
La présidente fait référence au 5 mai 2020, un appel depuis le portable de C. utilisé par F. C’est F., ils sont à Parcoul.
La présidente lit une retranscription où on entend F. laisser un message vocal à un certain Pierre.
Lucie Simon, avocate de M. affirme qu’il s’agit manifestement d’une erreur de destinataire.
Puis la présidente liste les déplacements de M. après le confinement, lui demande d’expliquer un détour. Il explique qu’il s’agissait de visites de membres de sa famille, de son ex-compagne.
Elle l’interroge ensuite sur son utilisation de pseudos virtuels ou pas virtuels, M. déclare qu’il le faisait déjà pour parler des personnes qui mettent en lien avec le Rojava.
Elle le questionne alors sur le «serment» mentionné dans les notes, ce à quoi M répond que ça concerne le départ au Rojava : en préparant le dossier, il avait vu que les personnes qui s’engagent dans les YPG prêtent serment à la révolution (kurde), mais ce n’est attendu des volontaires.
La conseillère à droite de la juge lit la retranscription d’un appel du 29 avril 2020. Il est question de « faire tomber les drones de flics, du fusil à plomb [elle dit « à pompe » puis se corrige], de la Kalachnikov… » [ils blaguent en disant que c’est plus dur à acquérir qu’un drone]
M. ironise qu’il faudrait les entendre pour relever le niveau de la conversation. Il ajoute que ça ne leur parait sans doute pas drôle, mais que c’est leur humour, qu’il ne sait même pas combien coûte un drone et qu’il donne des chiffres au hasard.
La conseillère lui demande « d’expliquer ce qu’il trouve drôle chez les drones des policiers », mais M ne le sait pas.
Elle mentionne une autre conversation et la synthèse faite par les enquêteurs. Elle lui demande ensuite qui est M*, ce à quoi M. répond qu’il l’a connue par l’intermédiaire de R, un bon copain. Puis elle cite une très longue retranscription, à savoir une conversation où M* raconte une manifestation féministe, et discute de la pertinence d’utiliser Signal pour plus de discrétion.
La conseillère lui demande donc d’expliquer la nécessité d’une telle discrétion. M dit que la retranscription lui semble très incompréhensible, qu’il pense que c’est parce que M* voulait intégrer le milieu des squats, où il est courant de parler de sécurité. La conseillère déclare qu’ils sont libres d’utiliser Signal mais qu’ils parlent ici d’« ennemis » et de discrétion, ce à quoi il répond qu’il parle beaucoup. Il précise qu’il pense peut-être à la police quand il parle « d’ennemis », mais qu’il peut aussi s’agir des relous aux propos machos ou des fachos.
11h55
Interrogatoires des avocates générales :
L’avocate générale mentionne la GAV et le stress important qu’elle a généré. B. et W. parlent de pressions, alors que lui n’a jamais incriminé F. Il confirme.
Elle l’enchaîne sur les mesure de précaution, les logiciels cryptés, pourquoi il utilise des cartes SIM au nom de tiers. Il répond qu’il s’agit de sa mère. Elle lui demande pourquoi il utilise la carte SIM de sa mère, et souligne que d’autres camarades à lui le font aussi.
M. rétorque qu’il a des difficultés financières, que sa mère a pu lui donner un téléphone, que c’est un détail sans importance à ses yeux. La procureure lui demande si c’est sa mère qui a acheté cette carte, il répond qu’elle avait peut-être du crédit et pas lui.
Elle le questionne ensuite sur les cartes étrangères, mais il affirme ne pas savoir de quoi on parle. L’avocate de M.intervient pour préciser qu’il ne s’agit pas de cartes SIM, mais de numéros de communication étrangers.
L’avocate générale déclare que le service spécialisé des services de police parlent d’une volonté pour elleux de protéger leur identité, mais M. affirme qu’il n’a aucun contact avec l’étranger.
Puis elle mentionne deux documents « intrigants » trouvés sur son ordinateur : une affiche Rejoins le Bloc, et un autre sur Exarcheia. Les enquêteurs contextualisent en précisant qu’il s’agit du quartier anarchiste d’Athènes. La procureure lui demande pourquoi il s’intéresse à ce quartier, en sachant qu’il est connu pour héberger des terroristes. D’autant qu’il est daté d’après son séjour au Rojava.
M. parle d’une image, provenant probablement d’une musique téléchargée.
Puis elle lui demande s’il est intéressé par la mouvance anarchiste grecque, il répond que non. Il n’est pas aussi structuré qu’elle : il a tendance à amasser toutes les brochures qu’il trouve, à télécharger de la musique qu’il n’écoutera pas au final.
Elle relève qu’ils sont tous soucieux de leur protection numérique, pourtant on trouve chez eux plein de documents intrigants.
M. objecte qu’ils ne sont pas pour autant doués pour ça.
L’avocate générale lui demande s’il connaissait W, il réfute. Elle insiste en affirmant qu’on a trouvé un document nommé Comment créer et entraîner une milicechez l’un et l’autre. Il réplique qu’il a déjà répondu, que ça n’a aucun lien avec lui et qu’on peut d’ailleurs le trouver sur infokiosque.net, preuve que ce n’est pas lui qui l’a rédigé.
Elle insiste : «Ce document vous relie tous les deux. »
Contrairement à W. pour qui le document était sur son ordinateur, le sien était imprimé sur papier, rangé dans le sac à dos militaire kaki de M. Elle fait part de son étonnement qu’il soit en leur possession à tous les deux, et surtout dans son sac à lui. M. rétorque que ça lui arrive de récupérer des brochures, dans l’idée de les lire plus tard.
L’avocate générale n’en démord pas : il y a des convergences entre ce document et le rapport judiciaire. Dans les mesures de sécurité, il est question de se faire passer pour une équipe de paintball. Elle mentionne aussi une partie sur le « serment de loyauté », et cite la brochure.
M. se répète : il ne l’a pas lu, n’est pas d’accord avec ce document et ne voit pas le rapport avec lui. L’avocate générale lui demande pourquoi il a gardé ce papier étant donné qu’il ne l’a pas lu, il répond qu’il a des tonnes de brochures et que si c’est dans son sac, c’est qu’il ne les a pas lues.
Elle lui coupe sans cesse la parole et parle beaucoup.
Elle mentionne des notes, l’interrogatoire par le juge d’instruction les 11 février 2021 et 25 mai 2021, cite ce que M. lui a dit. Elle lui demande si c’est en discutant avec ses avocates qu’il a donné du sens à ces notes.
En prison, rétorque-t-il, il n’avait pas accès au dossier. Il dit qu’il prend beaucoup de notes, que c’est sa façon de faire : « Je prends beaucoup trop de notes pour me souvenir de tout » Pour savoir dans quel état d’esprit il était lorsqu’il les avait écrites, il fallait se replonger dedans, d’où les discussions avec les avocates.
L’avocate générale remarque que ça a été trouvé en perquisition, qu’il savait qu’il avait ces notes : «Vous les avez prises vous-mêmes ! »
M. objecte qu’il n’a pas vu ce qu’ils ont pris, que toutes les notes n’ont pas été prises, que prendre des poussières de son existence ne suffit pas à le voir dans son entièreté. Il a besoin des avocates pour se souvenir du contexte.
L’avocate générale relève deux notes en particulier : « réunion du 11 février » et «réunion du 25 mai ». Elle argumente qu’il est marqué « ordre du jour », et qu’on n’écrit pas ça pour des notes de vie quotidienne.
Elle s’attarde sur les éléments convergents vers l’AMT contre les forces de l’ordre : document sur la création de milice, les propos sur les chiens de garde, les entraînements d’airsoft également mentionnés dans la brochure, et la fabrication d’explosifs par d’autres. Elle demande donc à M. si ces comptes-rendus de réunion avec F. sont en lien avec un projet de cet ordre-là. Il répond que ce n’est absolument pas le cas, que ce ne sont que des notes personnelles.
Avocate générale : « Nous sommes dans un moment de vérité. »
L’avocate générale lui demande s’il pense que ses explications sur ces notes qui concernent pêle-mêle l’organisation de réunions, le démontage d’armes, l’autodéfense, l’autocritique sur l’investissement personnel dans le groupe, s’il pense que tout cela ne tient qu’à ses problèmes de mémoire ?
M. rétorque que cela mêle des notes personnelles, liées notamment à son hygiène de vie, et sa volonté de repartir au Rojava, donc il n’est pas question que de mémoire.
L’avocate générale le questionne sur l’airsoft, et cherche à savoir si c’est pour s’entraîner avant de repartir au Rojava.
Il dit que non, l’AK47 peut-être, pour se familiariser avec une arme.
Elle persiste, lui demande si l’airsoft n’était bien que du divertissement. Elle cite un interrogatoire où il parle d’entraînement.
Il confirme que c’était purement ludique.
L’avocate générale : « Sur les armes, F. envisage de faire passer les armes au Rojava. Vous expliquez que ces conversations ont lieu dans un contexte d’alcoolisation. »
M objecte qu’il était sous l’emprise de l’alcool, qu’ils étaient tout bourrés, que ce n’est pas sérieux.
Elle soutient qu’elle ne comprend pas comment on peut faire des entraînements en étant alcoolisé, et lui demande si l’alcool est toujours en lien avec les activités dangereuses.
Il précise qu’ils étaient équipés de protections pour l’airsoft et conteste qu’il s’agissait d’entraînements paramilitaires.
L’avocate générale l’interroge alors sur la conversation sur la passation d’armes aux frontières : est-il déjà alcoolisé à 20h10 ? Elle ne trouve pas que c’est une conversation de pochtrons, c’est construit, il y a des arguments.
M. riposte que ce ne sont que des gauchos qui font les coqs, surenchérissent, qu’il ne s’agit que de théories sans mise en pratique derrière.
Elle rebondit sur l’idée de surenchère : les conversations tiennent la route sur les lignes interceptées, pourtant M. sort la carte de l’alcool chaque fois qu’il y a des propos incriminants. Il confirme qu’il était effectivement alcoolisé lors de ces conversations, ajoute qu’il ne comprend pas comment durant 7 à 8 mois d’écoutes, on n’ait relevé que deux conversations problématiques.
L’avocate générale invoque la convergence entre la brochure sur la milice et les notes de M., ce qu’il conteste. Il n’y a que la partie sur le serment qui l’a intrigué. Il ne savait pas qu’il n’y avait manifestement pas de serment au Rojava, rappelle qu’il n’avait jamais lu ce document.
La deuxième avocate générale lui demande pourquoi il estvallé en Irak, M. répond que c’était pour aller au Rojava. Elle rappelle qu’en GAV, il a déclaré y être allée sur un coup de tête, pour le tourisme. M. revient sur la pression subie en GAV, argue qu’il a eu peur.
L’avocate générale 2 insiste : on lui a posé la même question lors de la deuxième audition, à laquelle il a aussi répondu que c’était du tourisme, de l’humanitaire. Elle s’énerve : on dit que la DGSI a imposé un récit mais c’est M. qui délivre le sien.
Il répète qu’il a eu peur, raconte sa garde à vue. L’avocate générale objecte que le récit est d’un côté, que la GAV, la DGSI, le GAO sont prévues par le code de procédure pénale, et que ça s’est donc appliqué à lui.
Elle s’insurge : «On nous dit que la DGSI a fourni un scénario cousu de toute pièce mais qui délivre un récit ici ? »
12h40, la défense entame ses questions :
Emilie Bonvarlet, avocate de W. :
A propos de Comment créer et entraîner une milice : elle demande à M. de lire le document et de lui dire à quel moment il y a une coupure. Il commence à lire. L’avocate relève qu’il ne s’agit pas de la même phrase : ce ne sont donc pas les mêmes documents.
« Dans vos notes, le 20 mai lorsque vous retrouvez L. et F., vous parlez du Covid. Vous ne les aviez pas vus depuis février. »
M. : « Non. »
Sébastien Delorge, avocat de F :
Il demande comment M. est rentrée à Toulouse après la partie d’airsoft, il lui dit qu’ils ont pris le camion de F. L’avocat souligne qu’il est intéressant de noter que juste après la fameuse réunion à Pins Justaret, il n’y ait rien d’intéressant pour l’enquête au cours de ce trajet de 30 minutes.
Lucie Simon, avocate de M., aborde la question de l’hygiène numérique.
Elle le questionne sur l’application chiffrée « Silence » qu’il utilise pour discuter avec sa mère, lui demande s’il a donc des choses à cacher.
M. rétorque que non, qu’il en fait un usage normal et qu’il l’utilise avec tout le monde. L’avocate fait remarquer qu’il n’y a aucune carte SIM étrangère, qu’il y a deux numéros avec un identifiant étranger et que ça n’a donc rien à voir.
Lucie Simon lui demande s’il a une idée du nombre de manifestations auxquelles il a participé dans sa vie, sachant que sa vie d’itinérance l’amenait à vivre plutôt en zone rurale.
M. répond que cela se compte sur les doigts de la main, qu’il n’a participé qu’à quelques manifestations anti-racistes à Lille. Simon souligne que c’est important parce que la « cible » serait la police ou la gendarmerie. Puis elle l’interroge sur une photo d’une voiture de gendarmerie retrouvée dans son téléphone. Quel intérêt de prendre une photo si c’est pour l’attaquer ?
M. : « Je pense que c’était lors d’une interpellation brutale, je l’ai photographiée au cas où ça déborderait. »
L’avocate évoque ensuite le sujet des « entraînements » d’airsoft, argue que le vocabulaire est important. Elle demande à M. dans quelle forme physique il était à l’époque.
Il répond qu’elle n’était pas terrible : il pratiquait peu de sport et avait une consommation excessive d’alcool. Le terme « entraînement » implique une récurrence.
L’avocate dit qu’il est important de rappeler que dans son dossier, les seules armes présentes sont des lance-pierres. Elle l’interroge sur l’absence d’explosifs, ce à quoi M. répond qu’il ne sait pas puisqu’il n’en a jamais fabriqué.
Au sujet de la « réunion conspirative » : vous avez passé le confinement seul avec votre compagne.
L’avocate note qu’il s’est passé dix mois entre le rapport de judiciarisation et l’arrestation ; pourtant il n’y a qu’une seule conversation incriminante. Elle débute à 20h10, et ce n’est qu’à 23h18 qu’on entend les premiers propos qu’on lui reproche. Elle lui demande donc combien de bières il avait bues à ce stade, il répond quelques litres, qu’il était un vrai « tonneau » à l’époque.
Elle lui demande s’il sait pourquoi il n’y a pas de retranscriptions de ses conversations avec R. L’agent de la DGSI a fourni une synthèse, dans laquelle il écrit « envisage l’utilisation d’une kalachnikov », alors que ce n’est pas ce qu’on entend dans les retranscriptions.
Puis elle le questionne sur son projet de terrain. M. explique qu’il en avait envie depuis longtemps. Après les squats, les procédures, la précarité, l’idée d’avoir un terrain était la promesse d’une vie en autonomie, d’avoir une cabane, un jardin, une safe place d’où on ne pourrait pas l’expulser, dans un cadre collectif synonyme de joie, de partage.
Quand l’avocate lui demande s’il est d’accord avec F. à ce moment-là, M. répond que non.
C’est à 23h59 qu’on entend le terme de « chiens de garde », l’avocate veut savoir à qui il fait référence. Il lui dit qu’il désigne la police, que c’est une expression que tout le monde emploie.
L’avocate souligne que lorsqu’elle lit la retranscription de la conversation, ça lui prend une minute : il y a donc 8 minutes de tronquées sur les 9 minutes de conversation au total. Elle ajoute que douze minutes plus tard, F. lui dit : « Faut pas laisser pouvoir fasciste… Tant que la société n’est pas prête ce n’est pas à nous d’avancer les pions. » M. précise qu’ils avaient une discussion sur la société.
L’avocate évoque l’absence de sonorisations. M. était avec F. à partir du 25 mai, or il n’y a aucune retranscription pendant toute une semaine alors qu’ils étaient près du camion de F. qu’ils étaient en train de démonter ensemble.
« Il est aussi question d’une avocate que vous auriez nommée. Lors de la procédure vous n’avez pas fait appel à elle, elle est spécialisée sur le Rojava. »
« Quand vous parlez d’avocat.es c’est pour quel projet ? Vous citez une avocate spécialisée dans les squats. »
L’avocate s’interroge sur l’occurrence des termes en lien avec la psychologie dans les notes de M. : elle lui demande pourquoi une telle importance. Il explique que c’est pour s’améliorer, notamment sur le plan de la communication non violente et de l’hygiène de vie, pour mieux communiquer avec les gens, se sentir bien.
« Le jour de la réunion importante, vous dites que vous êtes « Domi », vous notez »ordi, clopes, ordi, élec’… »
M. dit qu’écrire des choses sur lui-même l’aide, pour la mémoire notamment. « Ce sont des notes perso pour que je fasse attention à diminuer la clope. »
On l’interroge sur le document de création de milice. M. répète que ça n’a aucune importance qu’il l’ait lu ou pas puisqu’il n’y adhère pas de toute façon. L’avocate demande si le document en question était annoté, corné, pris en main, ce à quoi on pourrait s’attendre de la part de quelqu’un qui prend autant de notes. M répond que non, que la brochure était probablement intacte.
Elle évoque le terme de « serment » concernant le Rojava.
« Exarcheia c’est ? »
M. : « Un quartier d’Athènes »
« Est- ce que c’est choquant une image qui y fait référence ? »
M. : « Non. »
« Pourquoi avoir fait le trajet avec F. ? Qui accompagne qui ? »
M. : « On est copains, on veut passer du temps ensemble. C’est moi qui l’accompagne. »
Il explique que leurs chemins se sont séparés en Grèce.
Lucie Simon lui demande pourquoi il se sont séparés, ce à quoi M. répond qu’ils s’étaient embrouillés. Puis elle lui demande s’il s’est rendu à Exarcheia, il répond que oui, comme tout bon militant qui se respecte. Il précise n’y avoir rencontré personne en particulier.
Sur son projet de partir au Rojava, il précise que F. ne l’a ni dissuadé, ni encouragé. Il a rencontré d’autres personnes que F. qui sont allées là-bas.
Elle lui demande s’il projetait d’essayer d’y retourner. M. répond que le contexte géopolitique était compliqué, qu’il était en contact avec une personne là-bas, qu’il attendait de voir quand …
Concernant l’AMT [association de malfaiteurs terroriste], la question peut se poser au sujet d’un projet d’action violente. M. objecte qu’il n’a jamais eu de tel projet.
L’avocate lui demande si, en qualité de « lieutenant de F. », il avait connaissance que F. aurait eu un tel projet. Il réfute fermement, rappelle qu’il existe un principe d’horizontalité entre eux. F. n’est pas au-dessus de lui, et n’a mentionné aucun projet. Il ajoute qu’il serait parti s’il l’avait fait, mais qu’il n’a jamais été inquiet qu’il passe à l’acte.
« Oui c’est un leader pour faire des blagues, manger du piments fort et boire des bières. »
La séance est levée à 13h20
Reprise : 15h.
Interrogatoire de Camille.
Rappel des faits : Camille est arrêté le 8/12, et aura 6 auditions en GAV. Elle ne connait ni S. ni L., et a connu les autres par F.
Présidente : « Quelle formation avez-vous en informatique ? »
C. : « Aucune, je n’ai jamais suivi de formation. »
« Même pendant vos emplois successifs ? »
C. : « Non, en Lettres, en animation et en restauration on en n’a pas besoin, et le soir je n’avais pas d’ordi. J’ai eu mon premier ordinateur vers 20 ans, et j’ai directement opté pour des logiciels libres tels Linux pour des raisons éthiques.
Tous les logiciels pré-installés sur Linux sont des logiciels libres. »
« Donc il y a des sensibilisations techniques à la préservation des données ? »
L’avocate générale questionne C. sur l’utilisation de Tails.
C. explique qu’elle connaissait depuis longtemps, il y a des présentations fréquemment dans le milieu militant. Cela a évolué au fil des années. Au début pour elle c’était une démarche éthique, puis au fil des années, le numérique a pris de plus en plus de place dans nos vies . C’est une question qui s’est politisée dans le milieu militant.
« Ces autoformations donnaient-elles lieux à des créations de logiciels ? »
C. : « Tails, je connaissais, mais je n’en avais pas l’usage. C’est un outil que j’aime bien. Cela permet d’avoir son environnement numérique partout, sans ordi. Suite aux arrestations, j’ai du refaire une clé pour le dossier. »
« Et le VPN Riseup ? »
C. : « Comme n’importe quel VPN. J’utilise celui-ci car il est libre et gratuit. »
« On dit qu’il a été créé par l’ultragauche. »
C. : « Je ne sais pas qui a créé ce VPN. Ils se décrivent mettant à disposition un outil social, permettant l’émancipation, mais ne se définissent pas comme d’ultra-gauche. »
Vous n’avez pas donné vos codes d’accès à vos supports numériques. Vous dites que c’est un choix de vie.
C. explique que oui, on le voit à de nombreux endroits dans ce dossier. C’est important pour elle de protéger sa sphère intime et privée, pas uniquement concernant le numérique. Elle ne comprenait pas ce qui lui était reproché, et elle tenait à préserver ce qu’il lui restait d’intimité dans ce moment où elle était bouleversée.
« Je comprends mais ceci est dans le cadre d’une enquête judiciaire. On vous dit que c’est un délit mais vous préférez être dans le délit que de donner vos codes ? »
C. : « Mon refus est personnel, éthique. La seule chose que j’intellectualise à ce moment-là c’est ma liberté à me défendre. En aucun cas un refus de la justice. »
« Vous maintenez votre refus devant le juge d’instruction, assistée d’un avocat. Quand l’autorité légitime vous signifie les termes légaux, vous ne vous y conformez pas. Donc votre propre liberté passe avant la loi ?
C. lui répond qu’il faut distinguer deux choses distinctes : le choix émotionnel, et le choix de principe. Ça n’a pas empêché que son téléphone ait été déchiffré, c’est un choix de principe qu’elle assume.
« Est-ce que vous respectez la police républicaine et l’institution judiciaire ? »
C. : « Tout au long de la procédure, j’ai été respectueuse : la détention s’est très bien passée, j’ai toujours respecté mes rendez-vous SPIP. Je n’ai posé aucun problème. Mais oui, j’ai tenu à certains principes chers à mon identité personnelle. Je l’ai fait avec le respect qui est dû à l’institution.
« Vous faites passer vos principes devant la loi et l’institution. »
Sur les perquisitions :
La présidente reprend la liste des perquisitions. Il n’y a pas d’armes dans la liste, mais une affiche, deux clés USB, deux téléphones, trois disques durs…
Elle demande si C. était en possession de clefs cryptées, ce à quoi elle répond non.
« Pourquoi avez-vous autant de disques durs ? »
C. explique avoir travaillé dans la ressourcerie de son oncle. Un jour iels ont vidé la maison d’un informaticien, du matériel allait être jeté. C. dénonce le fait qu’on utilise beaucoup de minerais rares pour les faire, c’est une exploitation des ressources minières et des humains. Elle a le souci éthique de ne pas jeter de matériel informatique.
« On a trouvé également plusieurs ordinateurs. »
C. : « L’ordinateur ASUS, c’est un de mes premiers ordinateurs. Je m’en sers pour regarder des films, c’est un viel ordi qui ramait. Un autre ordi est celui d’un ancien coloc, c’est un ordi hors d’usage. Enfin le dernier ordi c’est celui que j’utilise, mon ordi. »
« Lorsque vous êtes arrivée à Parcoul, avez-vous partagé des informations sur la sécurité numérique ? »
C. : « Une présentation de l’environnement Tails, c’est libre d’usage. »
L’avocate générale insiste :« C’est un peu ciblé aussi, ça, pourquoi parler d’un outil de protection ? »
C explique avoir eu une conversation avec S*, qui avait lu un article du Courrier International au sujet des récoltes de données, et que c’est dans ce cadre que la présentation a été faite. La juge demande par qui, C. répond que c’est F. qui s’en est chargé. La juge lui demande si elle aurait été en mesure de le faire, C. répond que oui, c’est simple à présenter.
Puis elle l’interroge sur Tor, C. lui explique que c’est un navigateur, la juge lui demande si le sujet a aussi été abordé lors de la présentation et C. répond que oui, puisque c’est le seul navigateur qu’on peut utiliser avec une clef Tails.
Sur les explosifs :
« Tout le monde a participé à la fabrication d’explosifs ? De qui vient l’idée ? »
C. répond que comme évoqué plus tôt, iels ont été accueillies avec le spectacle un peu raté du bateau et que c’est dans cette dynamique que l’idée de fabriquer des explosifs est venue. Elle exprime ne pas s’être intéressée à la partie recherche sur internet mais qu’elle a participé à la réalisation comme les autres.
La juge demande de préciser sur les étapes auxquelles elle a participé et pourquoi. C. explique qu’il y a certains moments où elle n’était pas là et qu’iels voyaient ça comme un défi pour réussir à faire péter ce bateau. Comme les premiers tests ne correspondaient pas à l’effet recherché iels ont continué les tests.
« Mais quand ça a explosé fortement vous avez arrêté ? »
C. : « Oui, il y a eu une forte détonation, ce n’est pas ce qu’on recherchait, donc ça s’est arrêté. »
La juge, armée de toute sa condescendance : « Devant le juge d’instruction vous comparez ces moments à une grande colo, mais vous n’avez plus 15 ans ! »
C. réplique qu’être adulte n’empêche pas de chercher à s’amuser.
« Qui avait la recette ? »
C. : « Je ne sais pas, l’une a été cherchée sur Youtube, l’autre était connue en partie par F. »
« Par rapport au bateau et au lâché sur la rivière vous avez d’autres choses à dire ? »
C : « Non. »
« Vous vous êtes intéressée à l’origine des produits ? »
C : « Non pas du tout, je savais qu’il y avait de l’engrais et pour le reste on n’en a pas parlé, les autres produits étaient courants. »
« Vous affirmez qu’il n’y a pas eu d’instructeur ? »
C. maintient ses propos et explique qu’elle n’a pas eu l’impression que quelqu’un.e maîtrisait plus que les autres. Pour le mélange ammonitrate + sucre, peut être F., mais iels avançaient en tâtonnant.
« Vous avez commandé 3 litres d’eau oxygénée, c’est ça ? »
C. confirme en expliquant que c’est un produit de base pour soigner et nettoyer les plaies, qu’elle en a commandé sur un site de cosmétique et qu’elle a pris cette quantité pour ses activités à Rennes car il y a des besoins en soin dans les lieux d’accueil de sans-papiers à Rennes.
Sur les entraînements :
La présidente demande à C. comment se déroulaient les « entraînements » et les parties d’airsoft. Elle demande de préciser si on était dans un cadre ludique ou dans le cadre d’un entraînement physique, paramilitaire, dont F. aurait été l’instructeur qui transmettait des techniques militaires.
C. répond que cela n’avait rien à voir avec un entraînement paramilitaire. Sur l’aspect sportif, il leur arrivait de faire du footing, seules S* et H. ne participaient pas car n’étaient pas très sportives, sinon c’est quelque chose qu’iels pratiquaient toustes ensemble. Lors des parties d’airsoft la configuration changeait à chaque fois, chacun.e y allait de son imagination.
La présidente souligne que S* parle d’entraînements très directifs.
C. lui répond que cela ne l’étonne pas que cette activité n’ait pas parlé à S*, la présence des armes de W. et de B. dans sa coloc la dérangeait déjà.
« Elle dit qu’il y avait des séances de tir, lors desquelles elle évoque le comportement très directif de F. »
C. répond que le moment où iels sont arrivé.es n’avait pas l’air évident à vivre pour elle. « La dynamique entre W. et B. prenait beaucoup de place, ils ont un caractère… »
Présidente : « Explosif ? »
C. : « Oui, ils ne sont pas discrets, contrairement à S* qui elle est très discrète et avait du mal à trouver sa place. »
La présidente insiste en rappelant des propos de S* qui affirme que c’était des entraînements militaires. C. répond que ce n’est pas du tout ce qu’elle a vécu. Pour elle, cela se résume à une activité d’une après-midi, sans objectif précis, qui s’est arrêtée là.
La présidente aborde le « débriefing » de cette activité entre F. et C., le soir du 02 mai 2020. Elle cite des retranscriptions dans lesquelles il est question de « progression tactique, de dégoupiller une grenade, tenir son arme. » F. dit que «s’il se met dans un rôle, il le fait bien ».
« Cela ressemble à un compte-rendu, vous en dites quoi ? »
C. réplique que ce n’est pas un compte-rendu, mais comme une discussion de fin de journée. C’est lui qui a initié l’airsoft, ça l’intéresse d’en reparler.
La présidente lui demande confirmation que c’est bien F. qui a lancé la partie. C. répond que oui, qu’il n’y a pas de secret là-dessus, que c’est lui qui a apporté les répliques d’armes
Son ressenti sur cette conversation, c’est que cela fait des semaines que le confinement dure. Iels ne savent plus s’occuper, iels s’ennuient, là iels font quelque chose qui est sympa et ludique. Elle explique que sur la fin de la conversation F. bascule sur ses souvenirs du Rojava.
C. demande à la présidente de ne pas hésiter à citer précisément certains propos car elle n’est pas en mesure de commenter l’intégralité de la conversation.
La présidente lui fait remarquer qu’on a l’impression que si F. prend trop le lead c’est déstabilisant pour tout le monde. C. lui répond qu’elle le prend plus comme s’il s’agissait d’un animateur : si on a un rôle trop prépondérant lors d’une activité alors que les gens ne l’ont jamais pratiquée, ça peut être un peu stressant. La question c’est comment faire pour que cela se déroule au mieux.
La présidente insiste sur le fait quelle a l’impression que la discussion porte sur comment mieux encadrer l’équipe. C. rétorque que si c’était une réelle « formation », il y aurait plus de termes techniques employés, d’exemples.
C. explique que pour elle la conversation se déroule en deux temps bien distincts : la façon dont la partie d’airsoft s’est déroulée, puis la conversation dérive sur le Rojava. C’était au moment de se coucher, elle explique que cela arrivait souvent. Elle était sur le point de s’endormir quand les souvenirs de F. lui sont revenus.
La présidente reprend les retranscriptions, et en conclut que c’était bien F. qui dit qui doit faire quoi. « Il dit même à un moment : ‘‘Je me sens comme dans un jeu de rôle », comment l’interprétez-vous ? »
C. explique que justement, si F. se prend au jeu, il a peur de prendre trop de place et se questionne sur comment plus en laisser aux autres.
Pourtant L. a déclaré que F. faisait bénéficier aux autres son experience tactique. C. lui répond qu’elle ne le connaît pas et qu’il s’agit d’un moment où elle n’était pas présente.
« Le juge d’instruction vous a parlé du sentiment de F. à l’égard des policiers et des militaires. »
La présidente cite une déclaration de W. qui dit ne pas savoir si c’était un projet ou une intention.
« S’agissait-il d’un projet ? » Elle lit l’interrogatoire de C.
« Qu’avez-vous à dire ? La même chose ? »
C. : « Oui. »
Sur le carnet de M. :
La présidente : « Il note beaucoup de choses. Que savez-vous de cela, qu’en pensez-vous ? »
C. répond qu’elle n’en sait rien, qu’elle connaît à peine M., qu’elle a rencontré peu de temps avant au squat PUM à Toulouse.
La présidente rétorque que pourtant des « réunions tactiques » ont eu lieu et lui demande si elle y a participé. C. répond qu’elle n’a jamais entendu parler de réunions de travail. A Parcoul les discussions étaient très informelles.
« Vous semblez tous avoir une idéologie commune, des points communs. »
C. explique que si on en reste à des choses de base, comme la lutte contre les injustices, le fait d’être de gauche, oui. Néanmoins elle trouve qu’iels ont des identités très différentes : squats, solidarité internationale, recherche d’autonomie à la campagne… Iels ont des idées politiques différentes et ne se retrouvent pas dans les mêmes projets.
La présidente lui demande si lorsqu’iels étaient sur place, iels avaient l’intention de construire une stratégie commune ce à quoi C. répond : « Du fond du cœur, non, vraiment pas. »
Conseillère de gauche :
« S’agissant de l’eau oxygénée, pourquoi l’avez-vous acheté à Parcoul et pas à Rennes ? »
C. explique qu’il n’en restait plus sur place, et qu’à Rennes elle en avait besoin en quantité pour l’utiliser dans un très grand squat de sans-papiers.
« Vous avez parlé d’un projet de formation dans le domaine du soin, c’est très différent, non ? »
C. répond que oui elle avait ce projet, elle faisait déjà du soin en pratique, et que pour elle il y a un lien logique entre les deux. Qu’elle avait acheté cette eau oxygénée dans le cadre de la confection d’explosifs, mais que quitte à payer des frais de port, autant en prendre en grande quantité pour en avoir d’autres usages.
La conseillère demande si l’eau oxygénée a été utilisée dans le cadre de la fabrication d’explosifs.
L’avocate générale prend la parole.
« Où logiez-vous à Parcoul ? »
C. : « Dans le camion de F. »
« Est-ce que vous avez revu M. par la suite ? »
C. dit l’avoir rencontré en septembre-octobre au PUM à Toulouse.
« Comment êtes-vous arrivée à Parcoul ? »
C. explique que c’est par hasard, il ne restait que 24h avant l’interdiction totale de se déplacer. Iels sont descendu.es à Toulouse au PUM et y sont restés deux semaines. Après quoi, le confinement se prolongeant, et ne sachant pas combien de temps cela durerait, F. a proposé qu’iels aillent chez des ami.es à la campagne.
L’avocate générale l’interroge sur le sac d’engrais. Elle trouve étrange que C. ne l’ait pas vu alors qu’elle partageait son espace son intimité avec F., et qu’elle avait donc accès à ses affaires. Elle l’interroge sur les fameuses « billes blanches ». C. répond qu’elle ne les a vues que lorsqu’elles ont été sorties.
« Ça ne vous a pas choquée qu’il transporte de l’engrais ? »
« Est-ce que F. dirigeait ? »
C. répète que pour elle personne n’avait de rôle préconçu, que tout le monde participait, et tâtonnait. F. avait certainement un peu plus de connaissance sur l’ammonitrate.
A la question de savoir si l’un.e d’entre elleux avait la recette, C. répond qu’elle pense que F. avait la recette, mais que concernant l’autre mélange elle n’en a aucune idée, étant donné qu’elle n’a pas participé aux essais.
« Vous participez à une activité mais vous ne savez pas nous dire qui l’initie ? » C. répond qu’elle pense que F. a fait la proposition, et que les trois gars étaient motivés.
« Pourquoi n’avez-vous pas commandé de l’alcool à 90° ? »
C. répond que ça n’a pas la même fonction que l’eau oxygénée.
« Vous avez reconnu avoir acheté ce précurseur pour confectionner des explosifs. » C. lui répond que oui, qu’elle ne s’en ait jamais cachée. L’avocate générale est choquée.
S’en suit un moment de grande tension entre elle et Guillaume Arnault, avocat de C.
« Avez-vous participé ? »
« Vous avez l’air plutôt volontaire ! »
L’avocate générale cite des phrases indiquant la participation de C., notamment pour manipuler des seringues. Elle lui demande si elle se souvient de son attitude. C. redit qu’elle ne s’en est jamais cachée, qu’elle a toujours été transparente et s’en est déjà expliquée. Elle explique qu’iels étaient toustes dans une ambiance « bon enfant » et prenaient ces expériences trop à la légère.
« Quel a été votre ressenti au moment de la grosse explosion ? »
C. raconte qu’iels étaient toustes allé.es essayer de faire sauter cette boîte de conserve, et que lorsque la déflagration a eu lieu iels ont toustes été surpris.es et sont rentré.es tout penaud.es. Elle ajoute qu’il n’y a pas eu besoin d’une discussion pour s’accorder sur le fait qu’iels n’allaient pas recommencer, c’était une évidence pour toustes.
« Vous connaissiez le terme TATP ? »
C. indique qu’elle en a vaguement entendu parler dans les journaux mais qu’elle ne savait pas ce qu’iels essayaient de fabriquer à ce moment-là.
« Le 02 mai 2020, quelqu’un.e propose des exercices de »progression tactique ». F. propose la partie d’airsoft. »
L’avocate générale demande à C. si elle avait déjà vu les répliques, ce à quoi Camille répond qu’entre-elleux les gens se montraient leurs armes de chasse, leurs répliques d’airsoft…
« Vous aviez envie d’y participer ? »
C. : « L’airsoft n’est pas quelque chose que je pratique, mais j’ai apprécié faire une activité à plusieurs. »
Vous aviez l’air très intéressée lors du débriefing…
C. lui rétorque qu’elle ne sait pas si le nombre de « hum » qu’elle prononce lors du débriefing prouve qu’elle est si intéressée que ça. Elle ajoute qu’elle ne connaissait pas certains termes, comme « brown ». L’avocate générale explique que c’est un terme d’airsoft pour parler de camouflage. Elle affirme que C. l’a utilisé, ce que C. conteste puisqu’à ce moment-là elle ne savait pas de quoi il s’agissait.
« Vous avez vous-même utilisé le terme »d’entraînement » lors de votre GAV. »
L’avocate générale parle des pleurs de C. en parallèle de la partie d’airsoft. C. souhaite recontextualiser. Elle explique être agacée lorsque des hommes lui expliquent sa vie, et que oui elle a réagit avec émotion vis-à-vis de l’attitude de F. à ce moment-là.
« Pourtant vous avez dit »C’était cool cette journée ». Je ne comprends pas ce qui vous a fait pleurer. »
C. dit ne pas se souvenir mais pense que c’était à cause d’une ambiance masculiniste au sein de la coloc.
« Vous pleuriez de relâchement à cause de la difficulté de l’exercice ? »
C. : « Non pas du tout ! »
« En première instance vous parliez d’un rééquilibrage des rapports femmes/hommes. »
C. explique qu’il y avait le jeu et ses à-côtés. Dans le temps de jeu, les binômes tournent et ça casse les habitudes mais il y a quand même tout le temps une forte présence des mecs.
« Aviez vous connaissance du fusil à canon scié de F. ? »
C. dit l’avoir peut être vu à Parcoul mais sans souvenirs précis.
« Ça ne vous a pas choquée ? »
C. répond qu’elle ne s’est pas mêlée de ça, qu’elle ne s’intéressait pas aux armes et qu’il y avait différentes activités et des personnes avec des intérêts différents. Elle décrit l’airsoft comme une activité ludique qu’iels ont faite toustes ensemble mais insiste sur le fait que pendant les moments focalisés sur les armes elle n’était pas présente.
« Étiez-vous la destinataire du message de F. disant qu’il allait faire une petite mission et que si vous ne receviez pas de nouvelles c’est qu’il était en prison ? »
C. confirme l’avoir reçu, et revient sur le fait d’avoir déjà exprimé ce que ça lui avait évoqué. Le terme « mission » est un mot qu’elle utilise très souvent, par exemple « mission récup’ » lorsqu’elle fait les poubelles des magasins ; elle explique que c’est parfois illégal, que certes cela implique parfois du vol, mais que pour elle c’est un terme anodin.
« Mais il dit »J’ai récupéré des trucs à l’arrache », il vous évoque une mission à laquelle ils vont masqués, ça ne vous choque pas ? »
C. explique que ça ne l’intéresse pas à ce moment-là, elle voit ça comme une fanfaronnade.
L’avocate générale insiste : « Et la potentialité qu’il aille en prison ça ne vous choque pas ? »
C. relève qu’il y a deux mois d’écart entre ces conversations et qu’iels n’ont pas débriefé entre les deux.
L’avocate générale répète encore une fois : « Mais ça atteint une forme de paroxysme avec le fait qu’il puisse aller en prison, ça ne vous choque pas !? »
C. continue de dire que c’est quelque chose de classique dans leur manière de fonctionner, qu’à ce moment là elle ne sait pas de quoi il parle.
« Est-ce que F. utilisait régulièrement votre téléphone ? »
Elle cite plusieurs coups de téléphone en lien avec le permis de chasse. C. lui répond que F. n’utilise son téléphone qu’en data. A Parcoul cela captait très mal.
L’avocate générale poursuit :
« S’agissant du désir de «tuer des policiers», étiez-vous présente ? Avez-vous entendu ces propos ? »
C. explique qu’elle n’a jamais entendu ces propos tels qu’exprimés ainsi. Elle était présente mais ne faisait pas attention à la conversation des trois gars qui étaient bourrés. Elle faisait d’autres choses. La chienne de F. s’était blessée, iels s’étaientrendu.es chez le vétérinaire et avaient ramené avec elleux trois chatons… Cette soirée là elle s’est levée, a nourri les chatons, et s’est recouchée.
« Le 16 février 2020 F. parle de son envie de «cramer des voitures de police», vous vous en souvenez ? Ça ne vous choque pas ? » [Elle devient de plus en plus agressive]
C. lui explique qu’à ce moment-là iels sont en train de faire leurs courses et qu’elle le prend comme l’expression d’une colère, que c’est symbolique. Ce n’est pas sérieux, ce n’est pas un projet. Le rapport critique aux institutions existe, elle ne l’a jamais nié. Elle ajoute qu’il arrive d’exprimer des émotions, que c’est une phrase de trois secondes, pas une longue conversation !
C. : « J’ai très mal vécu que dans ce dossier la simple expression d’une émotion soit perçue comme un projet. »
L’avocate générale aborde une conversation téléphonique avec M*, une amie de C., à qui elle dit vouloir « cramer les banques ».
C. ne dément pas, elle explique que c’est l’expression d’une colère. Elle avait l’intention de s’inscrire dans une formation d’ambulancière, et avait demandé une aide financière d’urgence pour les frais de formation qui lui avait été accordée. Lorsqu’elle se rend à la banque pour déposer son chèque il est refusé pour une histoire de stylo. Elle ressent alors un grand sentiment d’injustice et décide d’appeler une amie pour « décharger » sa colère. Elle souhaiterais que ces paroles soient replacées dans leur contexte.
« Sur votre «envie de cramer les keufs», votre colère s’exprime par le fait de vouloir cramer [elle hurle] des humains ! »
C. explique que c’était dans le contexte du confinement, à Rennes, qu’elle a trouvé très lourd à vivre. Elle comprend les mesures sanitaires, mais trouve les mesures sécuritaires exagérées, elle évoque notamment les drones qui survolaient les marchés. « Oui j’ai trouvé ça oppressant ! » Elle rappelle qu’en dehors de ces mots, elle consacre toute sa vie à prendre soin des personnes.
« Un énervement qui aboutit à cramer une personne ! »
C. : « Cela n’aboutit pas ! »
« Je vous demande si cela vous choque ou pas, de vouloir brûler vive une personne ! »
« Est-ce que pour vous les policiers font partie du peuple ? »
C. lui répond que oui, tout un chacun fait partie de la société française dans laquelle on vit.
« Est-ce que les lois s’appliquent aussi à vous ? Dans ce cas, pourquoi avoir refusé de donner vos conventions de chiffrement ? »
L’avocate générale exprime très agressivement le fait qu’elle aurait aimé qu’il y ait une expertise psychiatrique ou psychologique pour apprécier la colère exacerbée de C. contre les policiers qui a supposément amené C. à dire qu’elle voulait les « cramer ». [devant C. qui garde incroyablement son calme alors qu’elle se fait agresser et infantiliser depuis des heures..]
La présidente prend le relais de l’infantilisation en lui disant qu’elle a visiblement de bonnes capacités de raisonnement mais que les policiers semblent avoir un rôle d’exutoire dans ses propos. Elle lui demande : « Ce n’est pas très mature, non ? »
C. répond qu’elle est mue par une grande sincérité dans ses émotions et qu’elle exprime cette sincérité là, et que le dossier met en lumière son énervement contre la police mais que ce n’est pas prépondérant dans sa vie.
La présidente enfonce le clou : « C’est idéologique à priori, est-ce que c’est très mature ? »
C. finit par lâcher que non ce n’est pas très mature, et insiste sur le fait que ce n’est pas récurrent.
La défense prennent la parole.
Delorge, avocat de F. :
« A Parcoul vous passiez régulièrement vos soirées dans le camion de F ? »
C. confirme.
« Et vous parliez tous les soirs ? »
C. confirme également.
« Pourtant il n’y a aucune retranscription après la fabrication d’explosifs. »
Méchin, avocat de F. :
« Est-ce que vous avez évoqué la construction d’un éventuel groupe pendant ces 10 mois d’écoute ? Aviez-vous un groupe avec un projet politique commun au moins ? »
C : « Non pas du tout. »
« Juste avant vous parliez des différences entre vous, diriez vous que vous appartenez au milieu punk? »
C. répond qu’elle écoute de la musique punk et qu’elle côtoie le milieu punk mais qu’elle ne se sent pas en faire partie.
« Vous pourriez dire que vous appartenez à un milieu en particulier ? »
C : « Non, pas un seul uniquement. »
« F. revenait-il sur son expérience au Rojava ? »
C. explique qu’iels avaient des discussions générales sur la politique, c’était des évocations par bribes, souvent alcoolisé.es.
« Il avait du mal à parler de cette expérience ? »
C. répond que oui, qu’elle a toujours fait preuve d’une grande pudeur concernant le sujet, qu’elle le laissait évoquer ses souvenirs parfois.
Chloé Charlot, avocate de C :
« Vous n’avez pas donné vos codes mais votre téléphone a quand même été fouillé et on peut voir que vous avez toutes vos conversations de famille et de colocs se déroulent sur Signal, alors qu’elles ne parlent de rien de répréhensible. »
C. confirme.
« A Parcoul vous avez fait quelques parties d’airsoft mais par la suite vous n’en avez jamais refait ? Votre mère en a parlé : »J’ai appris qu’elle en avait fait une fois. » Vous ne vous cachez pas de grand chose… »
C. lui répond qu’en effet, elle a même acheté l’eau oxygénée avec sa propre carte bleue.
« L’engrais était rangé sous le lit de F., voilà pourquoi vous ne l’avez pas vu. »
« Pourquoi décidez vous de partir de Parcoul ? »
C explique qu’elle en avait marre, qu’elle avait envie de revoir ses colocs et de reprendre ses activités.
G. Arnaut, avocat de C. :
« Qui est venu à Parcoul ? »
C. cite les personnes présentes à ce moment-là.
« Est-ce que d’autres personnes sont passées ? »
C. parle des voisin.es qui sont passé.es spontanément un jour. Elle décrit le lieu comme étant ouvert et où les gens pouvaient passer sans prévenir.
C. Chalot :
« Par rapport à votre énervement, il y a d’autres sujets qui vous énervent ? »
Elle cite une lettre de l’ancienne employeuse de C. qui évoque le comportement de C. et qui la décrit comme une personne ayant un haut sens de ce qui est juste, menant parfois à des conflits sains. Camille n’était parfois pas d’accord avec les décisions de son employeuse mais émettait des critiques constructives et toujours dans le but d’aider les autres.
« L’avocate générale vous a posé la question plusieurs fois : il n’y a aucune cause qui puisse justifier un acte violent ou un meurtre. »
C. : « Je confirme. »
FIN 18h15