Mardi 5 mai 2026


 Les avocates générales entrent par la même porte que la présidente. L’audience, initialement prévue à 9h30, reprend ce jour à 10h, ce qui constitue une marque de mépris envers la défense.

La présidente reprend la lecture des faits interrompue la veille, puis elle effectue une reprise des déclarations de toustes les inculpé.es recueillies en GAV, y compris celle de L. qui n’a pas souhaité faire appel.

Vient ensuite le tour des déclarations en audience de la première instance : on commence par celles de S. et F., suivies de celles du témoin M. Grosjean.

La juge s’exprime sur son soi-disant manque d’objectivité lors de son témoignage en première instance : « Cela ne ressemble pas à un discours objectif d’universitaire ». Son témoignage est décrit selon les notes d’audience comme « orienté » . Elle souligne que la qualité de la profession d’un témoin ne doit pas être un prétexte à un manque d’impartialité. 

Matteo Bonaglia, avocat de B., intervient pour défendre ce témoignage.

La présidente met en garde la défense au sujet des témoins qui, selon elle, ne sont pas là pour exprimer une tribune politique. Elle prévient la défense qu’elle ne supportera pas l’instrumentalisation des témoins à des fins politiques. (Sachant que nous assistons à un procès politique, c’est un peu culotté de sa part…).

L’avocat de C. demande que sa cliente passe aujourd’hui car il sera absent demain, mais la Présidente tergiverse pour au final faire passer C. le lendemain après-midi.

L’audience est levée à 12h20. 

Les débats reprennent à 14h10. L’après-midi sera consacré aux plaidoiries des avocat.es concernant la présentation de témoins après le dépôt des conclusions.

Camille Souleil-Balducci, l’avocate de S. prend la parole.

Elle dit avoir été courroucée hier d’avoir eu à justifier la production des agents de la DGSI entant que témoins. Tout en remerciant la cour d’avoir envoyé un mail à la DGSI dans l’après-midi, elle affirme que cela reste insuffisant, qu’on ne peut se satisfaire de la réponse donnée la veille. Elle ajoute que certains éléments de la procédure doivent être connus, d’où la nécessité de citer ces témoins.

« L’objet de cet appel est la manifestation de la vérité. » clame-t-elle, avant de rappeler que cette procédure a été ouverte et instruite en Criminel, et que c’est lors de la clôture de l’instruction que le magistrat instructeur a décidé de requalifier en Correctionnel. Elle ajoute qu’il y a une série de problèmes concernant les sonorisations, avec des incohérences au niveau des dates.

Quant à l’effacement de la vidéo de Paulnay, exploitée par un agent de la DGSI que la défense souhaite faire comparaître, il y a une irrégularité de procédure manifeste. En effet lorsqu’une vidéo est exploitée, un rapport est fait par l’agent, puis la vidéo est mise sous scellé. Pourquoi la vidéo a-t-elle donc été effacée le jour même où ont été décidées les interpellations ? Certes, la DGSI reconnaît qu’une erreur a été commise et que la vidéo aurait dû être conservée, mais la présence d’agents de la DGSI est requise pour comprendre comment cela a pu arriver.

Dénonçant le motif illégitime de leur absence, l’avocate requiert qu’on les somme de se présenter à l’audience, pour qu’iels nous éclairent sur ces zones d’ombre.

Emilie Bonvarlet, l’avocate de W., demande qu’on sollicite le parquet général de Paris pour obtenir l’identité des agents, avant d’ajouter qu’elle souscrit à la plaidoirie de sa consœur.

C’est alors qu’intervient l’avocate générale, incisive : « Ne tournons pas autour du pot. Si vous pensez que la DGSI a produit des faux, alors dans ce cas vous auriez dû faire une procédure. Les avocats n’avaient qu’à faire leur travail ». Cette intervention déclenche la colère de Arnault, avocat de F., qui se lève et dénonce les propos inacceptables de l’avocate générale, avant d’ajouter que le respect doit aller dans les deux sens.

Un chahut se répand dans la cour, ce qui conduit la présidente à suspendre la séance. « Je refuse que ce soit la chienlit dans ma cour ! », conclue-t-elle.

Les avocat.es de la défense annoncent qu’ils vont déposer un signalement auprès du Bâtonnier, puis la séance est suspendue à 14h40.

Cinq minutes plus tard, la séance reprend et la présidente exige que les débats se déroulent dans la sérénité, quelles que soient les parties. Les avocat.es de la défense demandent que la séance soit suspendue pour permettre au greffe de noter l’incident qui vient d’avoir lieu avec l’avocate générale, afin qu’ils puissent transmettre au Bâtonnier.

Reprise des débats à 14h57.

La présidente relit les conclusions de l’ensemble des avocat.es. 

Martin Méchin, l’avocat de F., affirme que la défense fait tout ce qu’elle peut depuis le début des débats pour qu’ils se déroulent calmement. Or, la défense a remarqué que le parquet tente de lui donner des leçons de droit de manière agressive et insultante, et ce depuis le premier jour. Il ajoute que l’avocate générale se permet de les agresser alors qu’ils plaident de manière argumentée, que c’est inacceptable et qu’ils ne laisseront pas passer : « Nous nous insurgerons chaque fois que cela s’avérera nécessaire. De quoi l’avocate générale a-t-elle peur ? De ce que nous pourraient nous dire les agents de la DGSI ? Nous voulons aborder le fond de cette affaire ».

Emilie Bonvarlet, avocate de W., affirme quant à elle avoir soulevé des « nullités de procédure », ce qui l’a conduite à faire des demandes d’actes auxquelles on lui a répondu que ce n’était inutile venant de la part de la DGSI.

Puis elle fait part de son étonnement que le parquet soit sous surveillance policière, en argumentant que la défense ne veut agresser personne et que la salle est sereine.

L’avocate générale reprend la parole : « La première caractéristique de la sérénité c’est l’écoute. Le parquet n’a peur de rien et les agents de la DGSI non plus. Il faut savoir écouter. Si le ministère public estime qu’il y a des confusions et des inexactitudes de la part de la défense, alors il se doit de le soulever. Je répète que l’instruction respecte le contradictoire ».

Prenant la parole à son tour, la seconde avocate générale s’étonne du ressenti de la défense concernant les arguments que le parquet général développe, arguments qu’elle juge « neutres et procéduraux ». Elle affirme que leur argumentaire est strictement juridique, tout comme leurs réquisitions n’ont été que factuelles et raisonnées. 

Puis elle répond à la remarque de Bonvarlet concernant la protection policière, affirmant qu’iels ont senti des menaces envers le parquet et les magistrats en première instance. On apprend alors que des dessins de la première instance, publiés sur le blog de soutien aux Inculpé.es., ont été versés au dossier.  L’avocate souligne que la violence est palpable en source ouverte sur le blog, ce qui constitue des menaces de mort et justifie les mesures de sécurité mises en place.

Méchin demande le rapport entre l’incident de tout à l’heure et les caricatures présentes sur le blog, puis fait remarquer que « ce qui est dit par le parquet n’a pas sa place dans les débats de cet après-midi ».

La présidente intervient et demande à tout le monde de ne pas se perdre en digressions, avant d’ajouter qu’on ne rend pas la justice dans la sérénité lorsqu’on se sent menacé.e, d’où les mesures de sécurité mises en place. Coline Bouillon, avocate de F., lui rappelle qu’en première instance la défense avait également été menacée.

L’avocate générale plaide pour un rejet des demandes d’amener les agents de la DGSI.

La présidente conclue, à l’intention de Coline Bouillon : « Je ne souhaite pas que l’on fasse un procès d’intention à la cour ».

La cour se retire pour délibérer à 15h26.

Reprise de l’audience à 16h. 

Début des audiences d’étude de personnalité.

C’est W. qui passe à la barre en premier.

La présidente commence par lui poser des questions sur sa vie : elle l’interroge sur Sivens, les violences contre les force de l’ordre à Sivens, Rémi Fraisse, sa vie en camion, Parcoul. Elle lui rappelle le témoignage de sa mère, sa condamnation pour l’incendie d’un camion abattoir, avant de lui poser d’autres questions au sujet du permis de chasse, des armes, des explosifs.

Elle aborde le projet de juterie (transformation de pommes en jus) avec B. et L., puis elle le confronte au texte « Instructions sur une prise d’arme », au document concernant les « black blocs ». Enfin, elle le questionne sur sa philosophie de vie, son rapport aux groupes et au militantisme, sur le mode de vie itinérant et le sentiment d’être en dehors du système classique…

Elle donne ensuite la parole à l’avocate générale, qui tout au long de l’entretien insistera particulièrement sur les armes, le survivalisme et le permis de chasse. Elle questionne W. sur le surnom Melvil qui n’en est pas un, sur ses propos « hors système » qui ont été rapportés par sa mère, sur ses opinions sur le « système »…

Elle l’attaque aussi sur le RSA, sur son rapport à l’alcool, sur l’incendie du camion abattoir, avant d’enchaîner avec des questions concernant sa vie, son attrait pour les feux d’artifice. Enfin, elle revient sur les déclarations de Bastien en GAV au sujet des armes, ainsi que sur la vidéo des entraînements d’ED.

Vient ensuite le tour de la seconde avocate générale : elle pose des questions sur les documents trouvés dans son disque dur (milices etc.).

Elle l’interroge sur les ZAD et lui demande pourquoi il se rend sur ces lieux s’il est pacifiste.

Elle le questionne sur les précautions prises pour préserver sa vie privée, par l’utilisation de logiciels et d’applications cryptées. Puis elle revient une fois de plus sur le contenu de son disque dur.

L’avocat de B. (Bonnaglia) lui demande quelles sont ses obligations lorsqu’on est propriétaire d’un terrain et qu’on interdit aux autres de venir chasser sur son terrain.

Réponse : gérer soit même la régulation, d’où la nécessité d’être titulaire d’un permis de chasse.

L’avocat de F. (Bouillon) compare le disque dur de W. à une bibliothèque, dont on n’a pas lu forcément tous les livres : on ne se souvient pas toujours précisément ce qu’il y a dedans, même lorsqu’on les a lus.

L’avocat de W. (Bonvarlet) le questionne sur trois sujets principaux, à savoir les ZAD, le contenu de son disque dur, et l’incendie du camion abattoir.

L’avocate de S. (Meyniard) l’interroge sur le survivalisme.

A nouveau, la présidente et l’assesseuse le questionnent sur se relation à l’alcool.

Elles ont encore des questions sur son rapport à la profession de militaire, sur ses parents militaires, et sur l’attrait de son père et de son grand-père pour les feux d’artifices.

La séance est levée à 17h30.

Demain, ce sera au tour de B, S, F, C.