MERCREDI 06 MAI 2026

Suite des audiences sur la personnalité des prévenu.es.

10h00 : le tribunal attend la présidente, la séance débute avec 30 minutes de retard.

La présidente entame la séance par un discours sur la sérénité et la solennité des débats, elle « s’adresse à toute la salle ». Elle fait état de rires bruyants entendus la veille et souhaite que la salle reste calme.

B. est appelé à la barre. Il décline son identité.

La présidente prend la parole :« On abordera comment vous vous êtes retrouvé dans une forme d’itinérance, et êtes sorti du ‘parcours classique’ ». Elle entame une série de questions : où il vivait avec ses parents, que font ses frères et sœurs, quel est son parcours scolaire, pour quelles raisons il a quitté le lycée avant d’y obtenir son bac.

Elle continue en lui demandant comment était le compagnonnage, ce qui lui a plu et ce qu’il a trouvé déplaisant, et à partir de quel âge il a commencé à être déçu. Elle insiste fortement sur cette notion de « déception ».

Pause à 10h20, la présidente s’étouffe.

Reprise à 10h30.

« Vous avez été déçu au bout de trois ans, mais avant cela se passait bien ? Avez-vous eu des conflits avec les anciens ? ».

Elle prolonge ses questions en lui demandant si cette « déception » a eu une incidence sur le fait qu’il rejette toute structure et sur sa façon d’appréhender les relations humaines.

Puis elle poursuit ses questions au sujet de sa vie en camion, ses petits boulots saisonniers et ses occupations le reste du temps, puis aborde la ZAD de Sivens et lui demande si W. était avec lui à cette époque là.

B. aborde les violences commises par les forces de l’ordre à Sivens.

La présidente lui demande de préciser ses propos, et d’expliquer pourquoi il y est resté puis retourné malgré la violence, pourquoi y avoir assuré des tâches logistiques.

Elle le questionne sur les rencontres qu’il y a faites : « Vous avez été confronté à des militants doctrinaires et violents, qu’en avez-vous pensé ? Y a-t-il des personnes avec lesquelles vous ne pouviez pas discuter ? »

B. répond que ce n’est pas du tout comme ça qu’il avait perçu les ZAD.

Puis elle lui demande ce qu’il a fait après, et pourquoi il a préféré la vie de nomade qui est un choix difficile. Est-ce qu’il se sentait « intellectuellement en dehors de la société » en vivant à part ? B. répond que non, il estime n’avoir jamais été « en retrait » de la société.

Puis la présidente l’interroge sur ses connaissances en informatique, lui demande quelle formation il a dans ce domaine et s’il a cherché à approfondir ses connaissances en matière de logiciels évitant la traçabilité des données.

B. :« J’avais une hygiène, mais pas numérique ».Ce qui provoque des rires dans la salle.

Elle lui demande s’il est en capacité de crypter une clef USB, ce à quoi B. répond qu’effectivement, il en est capable désormais.

Elle lui demande depuis quand, et B. répond que c’est au Moulin qu’il a appris à le faire.

Elle insiste pour savoir si c’est une coïncidence qu’il s’y soit intéressé à ce moment précis, alors que plusieurs des inculpé.es se trouvent au Moulin simultanément.

Elle lui pose des questions sur Cubjac, quand, comment ça s’est fait.

« Pourquoi est-ce que ça vous plaisait ? Vous avez monté un atelier, racontez. »

Puis elle lui demande où se situait sa forge, si cela lui permettait de fabriquer des objets et de partager ses connaissances.

« Vous aviez un projet de terrain, pour faire de l’élevage de quoi, avec qui ? Est-ce nécessaire d’avoir une arme dans ce contexte ? Vous n’êtes pas dans la démarche de tuer des animaux, mais plus d’effaroucher c’est bien ça ? »

Concernant F., elle lui demande s’il en avait déjà entendu parler, et par qui.

B. :« Par les ami.es de la ZAD. »

Présidente :« On vous en disait quoi ? » 

Puis la présidente lui pose des questions en lien avec les autres, lui demande où B. les a rencontrés.

Ensuite elle aborde son projet de Juterie avec W. et L.

Les questions fusent.

« Si vous vous étiez installé pour ça, vous auriez bâti un collectif ?

Vous ne connaissiez pas M. ? Vous avez été en couple avec H. ?

Vous êtes allé à NDDL ? Pourquoi aller sur une ZAD ? »

La présidente insiste lourdement sur les liens entre ZAD et affrontements violents.

La litanie des questions se poursuit :

« Comment vous communiquiez dans ces endroits ?

Financièrement vous arriviez à vous en sortir ?

Vous avez de bonnes relations avec votre famille ?

Vos frères et sœurs comprenaient-iels votre mode de vie ? Et vos parents ?

Que faisaient-iels dans la vie ? »

Puis la présidente aborde le sujet des brochures retrouvés sur son ordinateur. Elle considère que c’est de « l’idéologie », car ce sont des documents anarchistes.

La présidente décrit les documents : « Ils préconisent la propagande »et lui demande pourquoi il était en possession de ces documents.

Elle évoque un manuel « anarchiste individualiste ».

Mais « il ne vous est pas reproché vos idéologies. »

B. :« Pour me connaître, regardez les autres documents, j’en avais beaucoup d’autres. »

« Des documents sur le polyamour et la camaraderie amoureuse, c’est de ça dont vous parlez ? Vous avez des choses à dire là-dessus ? »

Elle cite des documents sur le Rojava également.

Elle cite un passage de ces documents : « Ils préconisent la propagande ».

Présidente :« On retrouve chez vous des documents en lien avec les Kurdes et ce qu’iels prônent. L’anarchie est quelque chose qui vous parle ? Expliquez-vous ».

B. répond que pour lui cela est synonyme d’entraide, d’équité, d’horizontalité.

« Vous croyez que c’est réaliste ? Vous pensez que les gens sont fondamentalement bons ? Même sans structure ? »

B. :« A grande échelle, non. »

« A quelle échelle alors ? »

B. :« A l’échelle d’un village »

« Pour vous la solution serait de tout faire péter pour que ça change ? »

Puis elle lui demande si c’est ce qu’il vivait avec ses différents groupes d’ami.es.

Elle revient sur la progression tactique armée : « On est bien loin de la culture agricole. »

Questions des conseillères :

« Vous avez parlé de racisme et de bizutage, expliquez-nous la rupture avec le compagnonnage.

C’est plutôt lié à des personnalités que lié à des règles ?

Est ce que vous regrettez ? »

Puis elle demande si le compagnonnage est compatible avec une vie en camion, et en liberté.

La seconde conseillère se met à poser des questions :

« Votre vie ne se résume pas au dossier mais concernant les éléments sur votre ordinateur je suis étonnée de la brochure “Face à l’outil antiterroriste”, pourquoi vous y êtes vous intéressé ? »

Même question concernant les brochures “Analyse d’une affaire d’extrême gauche” et “Refuser le fichage ADN”.

B. : « Il ne faut pas s’arrêter à ces documents, il y en a pleins d’autres ».

« Et concernant le “Manuel de sabotage”, pouvez-vous nous expliquer ce document ? »

L’art du crochetage, expliquez-nous. »

Puis la présidente l’interroge sur ses relations avec F.

« Qu’est-ce qui fait que vous avez accroché avec F. ? »

B. répond qu’il n’a pas « accroché » avec F., mais que celui-ci est venu passer un mois chez lui.

« C’est le fait qu’il soit venu chez vous qui fait que vous le connaissez » ?

La présidente reprend la parole et trouve qu’il est quand même troublant de se retrouver avec ce type de brochures « au cas où ».

« Pourquoi étaient-elles en votre possession ? Expliquez-nous ».

B. :« A Sivens, on commençait déjà à entendre l’amalgame entre « zadistes » et « terroristes ».

L’avocate générale prend la parole à son tour.

Elle lui demande pourquoi il n’a pas souhaité rencontrer le psychiatre pour expertise.

B. répond que c’est sur conseil de son avocat.

« Et vous, qu’en pensez-vous ? Cela vous permettrait de mieux vous connaître. »

Puis elle poursuit en demandant s’il consomme toujours beaucoup d’alcool.

Elle relève que B. utilise aujourd’hui un ton neutre pour parler des ZAD alors que lors de la procédure il a employé les termes « zone de guerre » pour les décrire. Elle l’interroge sur le fait qu’il soit retourné à NDDL alors qu’il y avait des violences, puis à Sivens. Elle insiste aussi beaucoup sur le recours à la violence dans les ZAD.

Elle rappelle qu’en GAV il a déclaré : « C’est la ZAD en général qui marque ».

Elle poursuit en l’interrogeant sur l’acquisition de sa carabine le 8 novembre 2019, et sur le fait qu’il ait acheté un silencieux.

« Était-ce pour faire du tir sportif ? Pourquoi alors avoir déclaré à la cour en première instance que c’était pour la chasse ? Aviez-vous une pratique régulière de la chasse ? » 

B. répond qu’il a acheté l’arme afin de pratiquer une forme de chasse « vertueuse ».

Elle indique que lorsque son père a été interrogé sur cette pratique, il a été surpris. Il rétorque que son père a aussi été surpris lorsqu’il a acheté un camion.

Elle le questionne sur comment F. est arrivé à Parcoul. Elle croit peu au hasard et affirme qu’il y a été invité.

« Vous discutez d’armes avec W.et visionnez des vidéos sur le sujet. En GAV vous avez déclaré que si vous déteniez une arme, c’était aussi pour vous défendre de la menace de l’extrême droite ».

B. répond que les conditions de la GAV était désastreuses.

L’avocate générale insiste sur les vidéos d’ED au sujet des armes et cite des écoutes :

« C’est approuvé par le comité ». « B. et W. sont les plus motivés ».

« Qui sont les membres de ce fameux comité ? Est-ce que l’arme devait servir à se défendre contre la menace d’ED ? »

La seconde avocate générale prend la parole. Elle l’interroge sur « L’art du crochetage », soulignant au passage que cela porte un grand coup à la propriété privée. Pourquoi détient-il une telle brochure ?

B répond qu’au moment des arrestations il allait signer un CDI pour faire un crédit auprès de la banque pour pouvoir acheter une maison. On est bien loin d’apprendre à crocheter des serrures pour squatter. 

B. :« Cela fait partie d’une multitude de documents présents sur mon ordinateur ».

L’avocate générale répond en lui demandant pourquoi il possède ce document en particulier, et pourquoi il possède une multitude de documents qu’il ne lit pas.

Elle insiste sur les documents présents dans son PC.

« Vous exprimez le souci d’être labellisé terroriste lorsque vous êtes sur la ZAD. Pourquoi y retournez-vous ? »

« Vous avez dit : « Apparemment nous avons dû nous croiser avec F. sur la ZAD ». Que voulez-vous dire ?

L’avez-vous croisé lors de manifestations de la COP21 ? »

Coline Bouillon, avocate de F. :

« Quand avez-vous commencé le tir ? Était-ce pendant le confinement ? »

Martin Méchin, avocat de F. :

« Savez-vous ce qu’il s’est passé en 2008 dans la mouvance anarcho-autonome ? Quelle a été la conclusion de cette affaire ? Quelles ont été les conclusions du tribunal de Paris ? Savez vous si le parquet a fait appel ? Pensez vous que cela a pu inciter les mouvements de gauche à se méfier ? Pensez-vous que la circulation de ces documents ainsi que de la méfiance soient liées à l’affaire Tarnac ? »

M. Méchin espère que cette affaire du 8/12 sera classée, comme Tarnac qui a été une fiction et un fiasco.

Matteo Bonaglia, avocat de B. :

« Au sujet de la conversation téléphonique « approuvée par le comité ». Qu’est-ce qui accompagne cette déclaration ? »

B. répond : « Des rires ».

« Pourquoi ne crochetez-vous pas le moulin ? »

« Vous aviez un loyer ? »

« Pour vous, quelle forme peut prendre une lutte ou une revendication ? » 

« Est ce que la violence vous semble efficace ? Est ce que ça vous parle ? Est ce que vous pourriez l’envisager ? » 

« Pourquoi avez vous abandonné ces idées à l’adolescence ? » (en rapport avec la violence comme moyen de lutte ou revendication, NDLR)

« Avez vous échangé avec des gendarmes ou des chasseurs ? Quel type de relations avez vous avec eux ? »

« Parlez-nous de votre essai de cocktail Molotov. »

« LA ZAD ce n’était pas homogène, dans quelle partie / groupe vous classifieriez vous ? »

« Vous connaissez les infokiosques ? Pouvez vous nous expliquer ce que c’est ? »

« Vous dites avoir une appétence pour la technologie, comment qualifieriez-vous votre hygiène numérique ? » 

«  Quel(s) changement(s) le  permis de chasse a amené sur vous/qu’est ce que ça vous a apporté ? Ça vous a fait changer votre regard sur la chasse ? Si à l’heure actuelle vous deviez vous faire entrer dans une case en terme d’idéologie, laquelle serait-elle ? »

Reprise 12H33

M. est appelé à la barre.

M. : « C’est un peu compliqué les dates »

La juge évoque ses difficultés de mémoire.

La présidente commence à l’interroger :« Avez-vous essayé de savoir pourquoi vous avez ces problèmes de mémoire ? »

Puis elle lui demande où il habitait enfant, s’il parlait allemand car il a vécu là-bas enfant, lui pose des questions sur sa scolarité.

M. évoque sa formation de soigneur animalier mais explique que c’était dur car cela ne correspondait pas vraiment à ses valeurs.

La présidente lui demande s’il a passé son bac et pourquoi il ne l’a pas obtenu, puis elle lui pose des questions sur sa personnalité : est-il rejetant, timide, a-t-il du mal avec le système scolaire ?

Puis elle aborde sa formation.

M :« Je travaillais chez un éleveur qui me payait en araignées »

Puis il parle de son départ en Guyane.

Présidente : « En terme d’araignées vous deviez être ravi. »

Elle lui demande quel âge avait-il.

M. : « A 18 ans, j’ai fait ma formation dans un zoo en Guyane, mais cela ne s’est pas passé comme prévu. J’ai effectué une formation de guide touristique, dans un cadre militaire, mais j’avais des a priori. »

Présidente :« Quels a priori ? »

M :« A propos du cadre, de l’autorité. »

Elle lui demande combien de temps a duré la formation.

M. :« Un an. J’ai obtenu mon diplôme de guide et suis resté en Guyane. »

Puis la présidente lui demande quand il est rentré en métropole, où, et qu’est-ce qu’il y a fait. M. lui répond qu’il suit alors une formation de CAP Serveur.

La présidente évoque ensuite les années 2002-2005, lors desquelles M. a rencontré des petits soucis avec la justice en commettant des dégradations.

Elle l’interroge sur ses problèmes avec l’alcool et sur sa consommation de cannabis. Elle lui demande à quel point ces problèmes d’addiction invalidaient son quotidien.

Présidente :« Le punk ça a commencé quand ? Il y a différents punks, les politiques, les SDF, les addicts… Étiez-vous un punk violent ? » 

M. :« Non, provocateur. »

Puis elle lui parle de ses tatouages, elle cherche à en comprendre le sens, pour savoir si pour lui c’est de la provocation. Elle lui demande s’il a des tatouages politiques, ce que signifient ceux qu’il a sur les poings.

A la suite elle évoque sa vie en camion, et lui demande jusqu’à quand il a vécu cette vie. 

« Votre amie venait avec vous dans le camion ? Toujours avec des chiens ? En camion vous faîtes quoi ? Vous êtes itinérant ? »

M. :« Oui, je faisais des travaux saisonniers. »

« Agricoles ? »

M. :« Oui. »

« Avez-vous réessayé de travailler avec des animaux ? »

La présidente : « Vous affirmez être aussi allé vivre dans des communautés ? C’est-à-dire ?»

M. :« Euh en ZAD, dans différents squats à Toulouse. J’ai passé deux-trois jours à Sivens pendant mon compagnonnage, j’ai fait de la récup et ramené de la nourriture sur zone, à l’époque je faisais de la charpente à Toulouse. »

Puis elle évoque cette formation de compagnon charpentier à Toulouse, et trouve cela troublant car B. aussi était compagnon.

« Qu’est-ce que vous pensez du côté rigoureux des compagnons ? La discipline des compagnons permet de se restructurer personnellement et d’atteindre l’excellence. »

« L’idée à terme, après l’itinérance, c’est de se poser à part et de construire quelque chose ? »

Puis elle lui demande quelle a été son expérience au squat du « POUM » à Toulouse. Elle pose la question de savoir si ce squat était exclusivement réservé aux personnes « d’ultra-gauche ».

Elle l’interroge sur la présence éventuelle d’exilé.es, veut savoir s’il y avait des événements de soutien régulièrement dans le lieu.

La présidente parle ensuite de la BAC, qui a pu apercevoir du matériel artisanal de manif au POUM lors d’une opération.

« Est ce que cet ensemble de points qui caractérisent votre vie et qui ne s’inscrivent pas dans un schéma classique d’insertion peuvent être une sorte de rejet du système ? Est ce que cette manière de vie est associée à une idéologie de rejet ? »

Puis elle reprend les liens avec tous les prévenu.es. Elle lui demande où il a rencontré F.

Présidente :« Vous avez dit que la détention a mis un terme à vos addictions d’alcool et de cannabis ? »

M. :« Erreur, le cannabis j’avais arrêté avant, l’alcool j’ai été obligé mais j’ai repris à la sortie. Aujourd’hui ça fait un an que j’ai totalement arrêté et j’en suis fier. 

Il énumère ses différentes addictions passées et la présidente est étonnée : « Oulala ça fait beaucoup… »

Viennent les questions sur son positionnement politique, avec la reprise de déclarations de M. en GAV.

La présidente aborde son soutien à la cause kurde et sa présence dans des rassemblements de soutien. Elle l’interroge sur comment cela s’est passé lorsqu’il a souhaité rejoindre le Rojava.

« Quelle sont vos valeurs humaines ? Votre rapport à la violence ? Avez-vous vu et participé à de la violence ?

Le lance-pierre et les billes retrouvés chez vous, c’est quoi ? »

« En inspectant votre ordinateur on trouve une photo montage de vous en bord de mer jetant un cocktail Molotov sur les forces de l’ordre, qu’est-ce que c’est ? »

M. :« Une blague de mon frère ».

« C’est un peu connoté quand même. »

La présidente lui demande quel est son rapport avec le black bloc. Elle évoque une image trouvée dans son ordinateur qui dit « Rejoins le bloc », et un patch sur lequel se trouvent un cœur et l’inscription « black bloc ».

« Est ce que c’est un peu l’équivalent de « Je suis Charlie » ? »

Puis la présidente évoque la photo d’un véhicule de la gendarmerie dans son téléphone, un post Facebook sur lequel est noté « Ne demandons rien, soyons tout. Rejoins le bloc. Soyons ingouvernables. » Puis elle pose une question lunaire : « Les black bloc et la musique ça marche ensemble ? »

Elle enchaîne avec la description d’une image d’Exárcheia sur laquelle on voit un A cerclé et une flèche cerclée (symbole des squats, NDLR), ainsi qu’un homme vêtu de noir qui jette un objet incendiaire.

La présidente trouve que tout cela est quand même focalisé autour d’un même sujet. Elle souligne qu’il n’est pas anodin de posséder et/ou de partager des photos du bloc et de Exarcheia.

Elle évoque un ouvrage sur le Kurdistan puis revient sur le parcours de M. pour se rendre au Rojava en passant par les Balkans, Athènes, Souleymanie. Une photo du musée de Souleymanie a été retrouvée sur son téléphone.

Elle estime que F. a pu avoir une influence sur lui pour le décider à aller au Rojava. Elle lui demande les raisons de ce voyage : « Vouliez-vous soutenir un projet de société ? »

Elle l’interroge sur un document : « Comment créer et entraîner une unité milicienne ». Elle lui demande ce que c’est et pour quelle raison il est en sa possession.

Puis la présidente commence alors à parler de son voyage en Colombie. Elle fait tout un discours sur l’ELN (Armée de libération nationale, NDLR), organisation marxiste-léniniste considérée comme terroriste par l’UE, différent des FARC (Force armée révolutionnaire de Colombie, NDLR) car l’organisation est non verticale.

Elle lui demande s’il parle l’Espagnol (selon les enquêteurs M. avait pris contact avec l’ELN, mais il a toujours nié, NDLR).

Elle enchaîne avec des questions plus personnelles, et lui demande pourquoi il a refusé l’expertise psychologique. M. répond qu’il ne l’a pas acceptée sur conseils de ses avocats.

Elle aborde la séparation de ses parents, lui demande s’il est en bon contact avec sa mère et si elle est présente aujourd’hui, puis si le regard que porte sa mère sur cette histoire l’affecte. Elle demande s’il a des contacts avec son frère, et si sa famille était au courant pour sa volonté de partir au Rojava.

La conseillère :

« Et votre père ? »

SUSPENSION – MIAM – 13H43

Reprise à 14H57

L’avocate générale commence son interrogatoire.

« Il y a quelque chose de récurrent, vous dites qu’il y a beaucoup de documents que vous n’avez pas lus dont tous ceux sur lesquels on vous interroge. Comment expliquez-vous que vous ne sachiez pas que ces documents soient arrivés chez vous alors que comme les autres prévenus vous semblez attaché à une certaine forme de sécurité de vos données ? »

M. :« Ils ont été trouvés dans des squat, à des conférences… »

L’avocate générale : « Comment expliquez-vous les images et photomontages qui sont dans cet ordinateur ? »

M. :« Quand je télécharge des musiques, des fois il y a des images qui sont liées. »

L’avocate générale : « Vous confirmez qu’au moment des faits vous étiez au RSA ?

Lors de vos voyages, vous êtes allé en Colombie puis en Grèce. Comment avez-vous fait pour vous payer tout ça ? »

Problème technique informatique, la greffière ne peut plus prendre de notes.

L’avocate générale reprend :« Votre casier ne fait aucune mention d’usage de stupéfiants alors que vous dites avoir eu une consommation massive, ce n’est pas habituel. »

« Concernant le Rojava, vous vous y intéressez par choix, pour le projet de société développé là-bas, mais il y a d’autres endroits dans le monde avec ce genre de projets. Pourquoi choisir le Rojava qui utilise la lutte armée pour défendre ce projet ? »

« Sur les documents on retrouve des notes manuscrites écrites par vous concernant des réunions, vous pouvez nous dire en quoi consistent ces réunions ? »

« Vous dites pratiquer l’airsoft depuis l’adolescence. Vous dites le faire de manière ludique mais également en prévision d’aller au Rojava. Donc vous utilisez l’airsoft aussi pour vous préparer à aller sur un théâtre de guerre ? »

Lucie Simon, l’avocate de M., prend la parole :

« Vous n’êtes pas là pour vos opinions mais pour des actes préparatoires. Est ce que dans le mouvement punk il y a une contestation de l’ordre établi ? »

M. :« Oui. »

« De la Police ? »

M. :Oui.

« Est ce que le Black Bloc est une référence récurrente dans le mouvement punk ?

M. : « Oui. »

Camille Vannier, avocate de M. :

« Est ce que vous avez été dans d’autres ZAD que celle de Sivens ? »

M. : « Non. »

Lucie Simon, avocate de M. :

« Donc votre expérience de ZAD se résume à 3 jours ? »

M. :« Oui »

M. :« Non. »

« Avez vous participé à des affrontements contre les forces de l’ordre là-bas ? »

« La DGSI a identifié qu’il se passait des activités de boxe et de soutien aux migrant.es au POUM, c’est tout ?

M. :« Non, il y avait plein d’autres choses, du roller disco, des concerts, de la construction… »

« Qu’avez vous fait pendant le confinement ? »

« Connaissez-vous l’EA (organisation grecque, NDLR) ? »

M. :« Non. »

« Et Rubicona ? »

M. :« Non. »

Et Les cellules de feu ? »

M. :« Non. »

« Avez vous des contacts en Grèce ? »

M. :« Non. »

« Chez qui allez-vous alors ? Où allez-vous ? »

M. :« Je suis en camion avec F., et ensuite j’ai dormi à la belle étoile. »

« Vous jouiez beaucoup aux jeux vidéos ? »

M. :« Oui. »

Camille Vannier, avocate de M. :

« Est ce que vous lisez beaucoup ? »

M. :« Pas trop »

« Est ce que vous vous sentez galvanisé par le travail sur vous-même ? »

M. :« Oui, c’est important. »

15h42 

S. est appelé à la barre

Questions de la présidente :

Elle commence par l’interroger sur sa situation familiale lorsqu’il était enfant.                       

S. explique son enfance jusqu’à ses 18 ans.

« Après être parti du domicile, vous continuiez à avoir des contacts avec votre mère ? »

« Avez-vous subi des violences ? »

« Cela vous a-t-il déstructuré ? Marqué ? »

S. : « Ça m’a permis de passer à autre chose. Mais on va arrêter là ». (car d’autres éléments sur le sujet n’ont pas d’utilité pour la compréhension de cette « affaire » NDLR)

« Votre résilience est de passer par le fait de quitter le sujet. »

S. : « J’évite la confrontation physique, pas la confrontation verbale ».

« Vous étiez dans un lycée un peu particulier ? »

« Quelle a été votre formation après ? »

« Vous habitiez où à l’époque ? »

S. explique son parcours au lycée, ses différents logements.

« La pyrotechnie, les effets spéciaux, vous vous êtes formé ? »

S. : « J’ai fait une formation d’artificier de 5 jours en 2013 (on apprend la réglementation, etc …). Puis j’apprends sur le tas. »

« Cela vous plaisait ? »

S. :« Au début un peu, puis c’est devenu une grosse, grosse passion ++ »

« Vous travaillez en équipe dans les effets spéciaux ? »

S. explique avec précision son parcours professionnel.

« Vous n’étiez pas itinérant ? »

« Vous avez rencontré K. il y a longtemps ? Quel est son métier ? »

« C’est quoi pour vous la culture punk ? »

S. fait une aparté sur les squat, les différentes sortes de squat et les punks à chien.

« Les punks à chien ? Expliquez-nous ce que c’est. »

Est-ce qu’il y a de la revendication chez les punks à chien ?

S. : « Oui toujours un peu, dans la musique, par le fait de passer par le « Do It Yourself ».

« Quelle différence entre anarcho-punks et punks à chien ? »

S. : « Moi j’étais un punk à chien (concerts, potes), j’avais des idées mais pas de construction politique. »

« Quel est votre côté politique ? »

S. : « Je n’arrivais pas à le définir : l’anarchisme… Je disais « vive l’anarchie » sans même savoir. J’étais attiré par la musique punk, on faisait la musique, des concerts, etc … nous-mêmes. J’essayais d’aider les autres à s’exprimer. »

« Vers 2018-2020, vous en êtes à quel stade dans vos réflexions ?

S. : « Avec la loi Travail, Nuit debout … : construction de ma pensée politique. La construction politique se construit sur ce que je vis. On veut se réapproprier la politique ».

« Vous pensez que le système doit changer ?

S. : « Oui mais je ne suis pas anti-système , j’évolue dans ce système. »

« Et au niveau syndical ? »

S. : « Jeune, j’étais à la CNT, c’est de l’enfermement d’idées, je n’arrive pas à m’affilier à une chose. Besoin d’évoluer dans ma vie. Je suis clairement d’extrême-gauche mais sans case ; actuellement : libertaire révolutionnaire.

« Vous allez en manifestation ? »

S. :« Oui bien sûr, dans le cortège de tête, sans devoir se mettre derrière une banderole affiliée. »

« Quel est votre rapport au black-bloc ? »

S. : « Si c’est juste pour se faire mousser, casser : ça ne m’intéresse pas. Si c’est pour s’organiser, pour faire masse, pour protéger : alors là, oui. »

« C’est quoi pour vous le black-bloc ? Il y a un côté violent. »

S. :« Violent : non. Le cortège de tête, tout en noir ; je suis toujours habillé en noir, on défile masqué pour se protéger, pour protéger les autres, ne pas être reconnaissable (que ce soit des sans-papiers, une personne pouvant être reconnue par son employeur…). »

« Est-ce qu’il faut l’action pour changer les choses ? »

« Est-ce que, parce que l’un de vos amis est gendarme, vous le rejetez ? »

S. :« Non, je peux m’engueuler et ne pas être d’accord avec lui sans pour autant aller à la confrontation. Je critique sa profession, sa fonction. Le problème est systémique ».

« Vous seriez contre la violence sous prétexte qu’une personne soit gendarme ? »

S. : « Je suis contre la violence tout court ».

« Votre tatouage ACAB : ça n’est pas écrit Moby Dick, ça vous place dans une certaine catégorie, non ? »

S. :« C’est quand j’étais jeune, ce n’est pas que négatif : ça a permis de longues discussions. »

« C’est aussi le mot d’ordre de certains autres qui pourraient être violents, contre les « gardiens du temple », les gardiens de la loi. »

S. :« Il y a deux façons de prendre ACAB : la version avec une confrontation violente et la version philosophique. Dans la deuxième, il s’agit plutôt de confrontation verbale. »

La présidente énumère des violences faites par des manifestant.es :« Vous en pensez quoi ?

S. : « Je ne sais pas quoi répondre car je n’y étais pas, je ne ferais pas ça.

« Les personnes qui se rendent au Rojava sont criminalisées : quel est votre ressenti par rapport à ça ? »

S. : «  Ce n’est pas un ressenti, ce sont des faits. Je les soutiens et soutiens le Rojava. La France était alliée avec eux. Mon combat politique : « les opinions politiques sont criminalisées ». Depuis les arrestations, j’ai du mal à re-militer. Je dis aux gens de faire attention aux lois anti-terroristes, elles sont dangereuses pour eux.

« Ça peut faire sourire : on est dans un état de droit, il y a des lois.  Vous en faites quoi par rapport à ce qu’il vous arrive ? »

S. : « Je ne nie pas ce que j’ai fait ou pas. Ce que je rejette c’est l’accusation de terrorisme. Je critique le côté systémique. »

« La critique c’est sain, mais après on doit examiner quels moyens on utilise pour faire changer les choses. »

« Quand avez-vous connu F. ?

S. : « Nous nous sommes rencontrés en concert. »

« En 2010 ? On a une photo de vous avec une belle crête. »

« Vous êtes resté assez longtemps chez votre employeur ? »

S. : « Je suis sollicité pour de l’artifice mais je ne sais pas trop si c’est possible alors je m’abstiens. Je ne peux plus faire du tir. » (suite au jugement de 2023 NDLR)

Conseillère 1 :

« L’accident de scooter, le coma : ça vous a laissé des séquelles ? »

S. : « Oui, beaucoup ! Puis j’ai eu un autre accident, bien plus récent. »

« Vous avez eu d’autres accidents ? Dans le cadre du travail ? »

S. : « Non, malheureusement. »

« Vous pouvez quand même faire du sport ? »

« C’est compatible avec l’accident ? »

« Vous êtes celui qui a le plus travaillé. Quels sont vos rapports avec votre hiérarchie,vos patrons, vos collègues ? »

S. : « Je ne me suis jamais fait virer. On doit pouvoir dire ses désaccords, contester ».

« Le travail peut-il être pour vous un instrument de valorisation personnelle ? »

S. :« Je ne suis pas anti-système mais je suis dans une contestation politique ».

« Une seule fois en garde à vue dans le cadre d’une manifestation. »

S. : « Oui et que je conteste. C’était pour un masque à gaz et un tee-shirt de rechange »

« C’est au même moment qu’il y a eu une reprise de contact avec F. ? »

S. : « Oui mais ça n’a rien à voir, c’est une coïncidence. La manif et et F. : ça n’a rien à voir ».

« Pas d’éventuelles consommations d’alcool, d’autres drogues ? »

S. :« J’ai arrêté le cannabis car ça me rendait parano, et j’ai arrêté le tabac il y a 10 ans. »

« Le tabac c’est légal. »

S. : « Légal ou pas c’est pareil, c’est une addiction. Concernant l’alcool, je n’ai pas d’addiction, ça reste une consommation festive. »

Conseillère 2 :

Elle pose à nouveau des questions sur l’enfance et l’adolescence de S. (qui n’apportent aucun nouvel éclairage sur « l’affaire » mais qui émeuvent S. NDLR).

Cependant, après un bref moment de pause, il continue à répondre aux questions.

S. explique clairement qu’aujourd’hui il a dépassé tout cela par la création, l’artifice, le spectacle vivant, l’escalade.

« On ne vous reproche pas vos idées par rapport au Rojava. » 

« Vous dîtes que que vous n’êtes pas violent mais vous avez des armes chez vous, pourquoi ? »

S. : « Je me suis déjà expliqué mais je n’ai pas de problème à recommencer : celle que j’ai achetée, c’est pour chasser les nuisibles chez ma mère, elle était cachée par sécurité car des personnes venaient régulièrement faire des travaux chez moi. La carabine avec silencieux : c’était quand on était au gardiennage au camping, je la trouvais stylée. La troisième carabine est à mon beau-père, qui l’avait prêtée à K. pour un tournage. » 

« Par rapport aux sonorisations : pouvez-vous expliquer « le coup de la bouteille » évoqué lors d’une discussion avec F. sur une manifestation ? »

Lecture de la côte D83/3

« Pourquoi portiez-vous une chasuble de la CGT ? C’était un subterfuge ? »

S. : « Non, c’était pour éviter de me faire tabasser par la police. »

« Vous dites : « la police est le bras armé de l’État » : est-ce que vous ne voyez que de la violence dans les forces de l’ordre ? Ils protègent aussi les gens, comme votre mère par exemple. »

S. : « Non, ils n’ont jamais protégé ma mère. Elle est de nationalité étrangère en plus. C’est de la violence systémique. »

La procureure revient sur le tatouage ACAB : « Donc il est toujours d’actualité ? »

S. : « Je ne répondrai pas à cette question provocatrice. »

Alice Becker, avocate de S :

« Quels autres tatouages avez-vous sur le corps ? »

S. : « Une bière Svinkels que je buvais au lycée, un cathéter vu le temps passé à l’hôpital et pour qu’ils sachent où me piquer, la formule de la poudre noire car je ne m’en souviens jamais. »

« Par rapport à la manif, vous avez dit craindre de « prendre cher » : par qui ? »

S. : « La police. Faire bloc, masse, protéger les gens : oui ; mais je ne suis pas en état de les affronter ».

« Pouvez-vous nous parler des effets spéciaux et de votre apprentissage par rapport à cela ? »

S. explique précisément, concrètement la technique pour faire de faux impacts de balle (sur un humain, un arbre etc …) et toute la technique que cela demande.

La juge : « Il faut être extrêmement minutieux pour faire ça et éviter l’accident. »

L’avocate évoque un projet de sa vie privée, fortement mis à mal par la période de détention préventive. S. en témoigne et met le stop à cet échange quand il le faut.

Camille Souleil-Balducci, avocate de S,

« Vous n’avez pas évoqué les perquisitions, pourquoi ? »

S. : « Je ne sais pas. »

« Deux fichiers en sont ressorties sur plus de mille  : celle « Fiers d’être bleus » et une autre avec Sarkozy comparé à Hitler. »                                                                                                   

S. : « Peut-être parce qu’il n’y avait rien d’autre ? »

L’avocate reprend un témoignage : « S. s’exprime par des textes, des chansons, des caricatures… C’est sa façon de critiquer. »                                                                         

S. : « Ce sont les bons mots ! »

« Qu’est-ce qu’on se permet de dire dans les chansons punk ? »

S. : « Tout, absolument tout, de la provocation en allant jusqu’au bout. Certains chants posent problème aujourd’hui par rapport aux VSS. Le punk a la faculté de pousser jusqu’au bout de la violence verbale. C’est la liberté d’expression « pure ». »

« Vous n’avez pas de problème d’alcool. Cependant, dans votre condamnation, vous avez une injonction de soins par rapport à l’alcool. Qu’en pensez-vous ? »

S.: « J’ai l’impression de ne pas avoir été écouté. Je n’ai pas d’alcoolisation ; la dopamine, je la trouve dans l’escalade et la musique. Le suivi-soin : c’est bien, il n’y a pas de jugement, on parle de tout … sauf d’alcool ! »

Reprise audience : 18H 

C passe à la barre :

La présidente annonce qu’on va finir par C. Puis demain matin ce sera le tour de F, suivi de la lecture des retranscriptions sur les explosifs.

L’après-midi sera consacrée à l’intervention de l’expert en explosifs.
  
 On notera que c’est la première fois que la présidente donne la date de naissance de la personne, d’habitude ce sont les accusés eux-mêmes qui l’ont fait et C. est la seule à qui elle demande son statut marital…

« Parlez nous de vous. »

C veut lire une déclaration. La présidente donne son accord si ce n’est pas trop long et si ce n’est pas une tribune politique.

« Je me sens abîmée par cette accusation qui va à l’encontre de mes valeurs de solidarité. Je vivais en colocation avec des femmes, je m’inscris dans un mouvement féministe alors c’est dur pour moi la masculinisation du dossier. Le FIJAIT m’empêche d’exercer des professions qui me plaisent comme l’animation, le soin… »

Si je vous sens émue au fil des questions, on interrompra.

La présidente entame ses questions par sa famille. Elle lui demande où elle a fait ses études, dans quel domaine. Elle lui demande d’expliquer ce que c’est que la littérature comparée, et de quels sujets les travaux de C. traitaient.

C. :« De trois auteurs de différents pays. »

« Quel était le thème ? »

C : « La représentation littéraire de la mort dans un siècle de guerre et comment la société se reconstruit. »

« Vous avez mené ce travail à terme ? »

« Vous lisez beaucoup ? »

C. : « J’aime lire »

« De la Philosophie ? De la Politique ? » 

C. : « Ça dépend, de la poésie, des biographies, de la politique… »

« Y a-t-il des choses marquantes dans votre parcours de vie familial ? »

« C’est quoi l’éducation sensorielle ? »

« Vous avez exercé beaucoup d’emplois auprès de publics handicapés, pourquoi ce choix ? »

« Ou viviez-vous après avoir quitté votre domicile familial ? »

C. : « J’ai vécu beaucoup en colocation. »

« Avec des hommes ? Des femmes ? Mixte ? »

« On vous présente tout au long de cette procédure comme indépendante et même au niveau de votre relation avec F. pour laquelle vous parlez d’une relation libre, pouvez vous développer ? »

« Vous êtes sportive aussi ? Vous gigotez beaucoup alors en terme de sport vous allez jusqu’au bout ? »

« La danse vous libère, vous avez besoin d’être libérée ? »

« Vos centres d’intérêts sont ils évolutifs ou restent ils les mêmes ? »

« L’itinérance, ça vous a tenté ? »

« Vous êtes plus proche d’un système horizontal, d’une société égalitaire, comme les kurdes ? »

C: « Je ne me suis jamais définie par une appartenance précise, je me suis construite avec différents courants de pensée : féminisme, anticolonialisme, antiracisme, anarchisme…Toutes ces pensées nourrissent ma réflexion au monde. »

« Quel est votre positionnement par rapport à la contestation du système ? La révolution ? La marge ? »

C. : « Nous vivons dans un système capitalisme, destructeur de liens et de territoires.Je préfère travailler à penser des solutions. »

« Vous pensez qu’on peut arriver à quelque chose qui fonctionne en terme d’horizontalité malgré des personnes leadeuses ? »

C. : « Oui j’y crois, ça existe, ça a existé, notamment des sociétés nomades, zapatistes. Je pense que les idées peuvent bouger, sont en mouvement. »

« On a trouvé de la littérature chez vous, notamment Kropotkine, qu’est ce qui vous intéresse chez lui ? Vous l’avez lu ? »

C. : « Sa vision du communisme libertaire, même si ça date un peu. »

« Quelle différence faites-vous entre équité et égalité ? »

C. : « On a une identité propre avec des besoins spécifiques et des fois à force de trop chercher l’égalité crée de l’injustice. » 

« Liberté, égalité, fraternité ? »

C. :« Ce slogan a été créé à une époque, dans un contexte précis. »

« Ce sont de beaux principes qui sont sur le fronton devant les écoles, ça vous dérange ? »

La présidente évoque ses lectures : elle cite Bonanno, qui a eu une vie tumultueuse de braquages, qui a fait de la prison en Italie et en Grèce et qui est lié à l’anarchisme insurrectionnel.

C. :« Je me sens moins proche de cette idéologie mais je m’y intéresse. »

« Il est assez peu traduit en français mais a beaucoup de succès auprès des insurrectionnistes anglais, américains, croates, plutôt que français, vous en pensez quoi ? »

« Je voulais soulever la dimension internationale. »

« Vous aimez les personnalités atypiques comme lui ? »

« On retrouve dans vos lectures une contribution des prisonniers d’Action Directe, pourquoi ? »

« On y lit : »Il n’y a pas de révolution sans violence. Alors si vous n’êtes pas prêts à la violence, rayez le mot Révolution de votre vocabulaire. », citation de Malxom X en préambule, qu’en pensez vous ? »

C. : « Je ne m’intéresse pas à Action Directe mais plutôt aux questions carcérales et à l’enfermement. Je ne me sens pas proche d’Action Directe. »

« Vous aimez travailler sur les systèmes oppressifs ? »

C. :« Oui dans le travail avec les enfants pour lutter contre la punition, l’âgisme et pour mettre en avant des méthodes éducatives d’apprentissage alternatives. »

« Quel a été votre vécu de votre interpellation et de l’ enfermement ? »

C. : « Je l’ai vécu très mal, j’ai été surprise par l’ampleur de cette histoire et par le chef d’inculpation, cela a généré un gros choc psychologique et moral, j’ai eu du mal à m’en remettre, j’ai souffert de pertes d’appétit et de poids et j’ai dû prendre des anxiolytiques.

« Votre frère a été entendu et semble très virulent auprès des enquêteurs, il parle de torture blanche concernant vos conditions de détention. » 

C. parle de sa détention, des deux semaines en isolement au quartier arrivante.

« Qu’est ce que vous pensez de la légitimité d’avoir une législation antiterroriste dans une démocratie ? On ne va pas se voiler la face, en marge du procès on voit des choses virulentes apparaître. »
 
  «  Je ne suis pas responsable de ces propos. »

La Juge parle du blog, des comités de soutien et des propos écrits contre l’anti-terrorisme.

« Vous en pensez quoi ? »

La présidente revient sur la citation de Malcom X.

C. : « A des moments la violence a permis des avancées politiques après je n’y adhère pas forcément. L’usage de la violence entre en contradiction avec mes projets. »

L’avocate générale prend la parole :

« Vous avez écopé d’une condamnation et avez été réhabilitée concernant la conduite sous stupéfiants. Vous aviez des dépendances ? » 

« Vous n’avez déclaré aucun emploi depuis décembre 2019, donc vous avez touché le RSA, les APL, qui sont des aides de l’Etat, vous vous dites anticapitaliste, que pensez-vous du fait de toucher ces aides ? »

« Si je résume vos propos vous n’êtes pas « anti système » mais « para système », c’est à dire à côté ? » 

C. : « Je trouve ça bizarre de classer de façon si binaire. »

L’avocate générale évoque des conversations de C. sur le sujet de l’ultra-droite, et aussi ses propos sur l’envie de « cramer des banques » car elle a été mal reçue la dernière fois qu’elle y est allée.

« Vous avez rigolé pendant toute la procédure, madame, c’est notifié à plusieurs reprises. »

Elle évoque la brochure « Brûle ton école », trouvée sur sa clef USB.

« C’est où dans le système, ça ? »

C. : « Je défends cette brochure au delà du titre et de la quatrième de couverture, car au travers de la brochure sont mis en lumière des problèmes liés à l’école, du point de vue des enfants. C’est assez poétique, à travers des contes. »

« Humour toujours alors,  »La joie Armée » de Bonano, qui appelle à détruire les institutions à travers les dégradations et la lutte armée ? » 

Elle lit un passage où il est question de tuer des flics, des juges et des journalistes.

« Ça vous va ? »

C. : « C’est sorti de son contexte. »

« S’agissant de votre relation avec F, vous avez déclaré que vous aviez votre propre façon de penser et d’aimer. Pourtant B. a affirmé en GAV que vous aviez de l’humour, que vous étiez ultra-féministe mais qu’il trouvait que vous étiez sous l’emprise de F. Qu’est-ce que ça vous fait ? »

«  Vous avez refusé l’expertise psychiatrique et l’enquête de personnalité, pourquoi ? ». 

Puis elle aborde le courrier que C. avait écrit au JI pour lui expliquer les raisons de ce refus.

« Vous avez également refusé de donner vos conventions de chiffrement. »

« Vous dites regrettez  »l’ambiance masculine du dossier », mais je constate que vos deux colocataires femmes ont refusé de répondre aux questions de la psychologue, une femme elle aussi. Que pensez-vous de ce manque de sororité ? »

C. : « C’est le plus beau geste de sororité ! »

L’avocate générale l’interrompt pour lui dire que cela va « à l’encontre de la manifestation de la vérité » !

La deuxième avocate générale prend la parole :

Elle revient sur les brochures.

« Ces documents convergent tous vers la même chose : la légitimation du recours à la violence, comment expliquez-vous cela ?

C. : « J’ai relu  »Brûle ton école » pour voir si cela me convenait toujours, et le début de conte explique que la maîtresse meurt subitement et que les élèves ne savent pas quoi faire car iels ont peur que les autres adultes ne les croient pas, les jugent et les punissent alors qu’iels n’ont rien fait voilà pourquoi la réflexion mène jusqu’à brûle ton école  »

« Pourquoi vos lectures renvoient toujours à des violences ? »

La présidente intervient :

« J’ai oublié tout à l’heure, il y a dans le dossier des fichiers audio dans lesquels on entend un morceau d’un groupe de punk-rap d’extrême-droite et un chant néo-nazi. »

C. :« Ce n’est pas du tout le genre de musique que j’écoute, cela a été mis par quelqu’un d’autre. »

Méchin, avocat F. :

« Beaucoup de questions ont été posées les derniers jours concernant les lectures. »

Il revient sur l’affaire Tarnac et rappelle qu’à l’époque aussi des brochures avaient été trouvées, qui pour autant ne pouvaient suffire à prouver des motivations terroristes.

« Est-ce que dans votre vie vous avez déjà brûlé une maîtresse ? »

Bonaglia, avocat de B. : lecture de la Bible, qui parle de brûler des enfants et des animaux.

« Est-ce que vous adhérez ? »

Chloé Chalot, avocate de C. : 

« L’avocate générale a dit que vous aviez rigolé en GAV tout à l’heure, est-ce que vous pouvez nous dire si vous avez beaucoup ri ces dernières années, au parloir, en prison, devant le juge d’instruction ? » 

« Est-ce que vos proches ont un jour douté de vous ? »

Arnaut, avocat de C. :

« 1848, vous connaissez ? La Révolution de Juin qui amène à quoi ? Liberté, Egalité, Fraternité ! »

Fin de l’audience à 19h41.