Émission enregistrée en direct des studios de Radio Canut le 20/01/2026. Cette semaine, on démarre un double programme sur l’affaire dite du « 8 décembre » en solidarité avec ses inculpé·es.
Le 8 décembre 2020 au petit matin, Klo et Svink, ainsi que 7 autres personnes se font interpeller simultanément aux quatre coins de la France et sont retenus 96h dans les locaux de la DGSI. 7 d’entre eux sont ensuite inculpé·es pour « association de malfaiteurs terroristes ».
Dans cette première partie, on écoute Klo et Svink raconter leur interpellation, leur garde à vue au 4ème sous-sol de la DGSI à Levallois-Perret et l’incarcération de Svink à Fleury-Mérogis pendant 11 mois en attendant le procès. Ce, alors qu’iels cherchent à comprendre tant bien que mal à l’époque les tournants et les aboutissants de ce dossier monté de toute pièce contre elleux.
Le 8 décembre 2020, neuf personnes sont arrêtées dans toute la France par la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI). À l’automne 2023, sept d’entre elles sont jugées etcondamnées pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Pourtant, malgré près de trois ans d’investigation, des mois d’écoutes et plus de trois semaines d’audiences, aucun passage à l’acte imminent n’a pu être établi. Si l’accusation elle-même a reconnu qu’il n’y avait pas « la preuve d’un projet abouti », la justice a condamné « une intention » de s’attaquer aux forces de l’ordre, déduite d’éléments matériels aussi divers que la détention d’armes – légales pour certaines –, l’utilisation de la messagerie Signal ou la lecture de brochures sur la justice antiterroriste.
Comment la justice prétend-elle prouver une intention ? Et surtout comment peut-on se défendre des intentions qu’elle nous prête ? Pour tenter de comprendre la mécanique infernale de la justice antiterroriste, Tapage s’est entretenu avec B., l’un des condamné⋅es de l’affaire du 8 décembre.
Flot a passé dix-sept mois en prison à l’isolement total. Pendant cette période, excepté un parloir par semaine, il n’a pu ni voir ni parler à personne.
« Je suis seul en cellule. Très vite, je comprends qu’en fait, je vais être seul tout le temps »
Flot est militant anarchiste. Après la destruction d’une partie de la jungle de Calais où il aidait en 2016, il décide de rejoindre le Rojava, la partie syrienne du Kurdistan. « J’y vais pour aider la révolution. À l’époque, le principal ennemi, c’est Daesh. Au moment où je rejoins mon bataillon, la grosse bataille qu’il y a, c’est Raqqa. C’est des combats urbains très tendus. Il faut accepter le fait que tu peux mourir toutes les secondes, que tu es en accord avec ce que tu fais et qu’importe ce qui va arriver. »
Une fois la zone libérée, Flot rentre en France. Un jour, il se fait réveiller par des membres du GAO (le groupe d’appui opérationnel de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI)). « Ils m’arrêtent en m’accusant de terroriste. Après, directement Levallois-Perret, quatrième sous-sol de la DGSI. Le 8 décembre, on est neuf arrêtés. Je suis le seul à avoir été au Rojava. On fait 96 heures de garde à vue antiterroriste. On sera cinq à aller en prison. »
Flot est envoyé au centre pénitentiaire de Bois d’Arcy, en isolement carcéral. « Je rentre dans la cellule d’isolement. Elle fait à peu près douze mètres cinquante au carré. Il y a un lit fixé au sol, un genre de tablette fixée au mur, une armoire fixée au mur, un WC fixé au mur avec des petites parois, un lavabo fixé au mur et une télé fixée au-dessus de la porte. »
Peu à peu, Flot comprend que sa solitude va être constante. Commence alors une descente aux enfers.
Un spectre hante aujourd’hui la République et la DGSI : « l’ultragauche ». En ce moment, au tribunal de Paris, se déroule le procès de l’affaire « du 8 décembre 2020 ». Sept personnes, qui ne se connaissent pas toutes, sont accusées de vouloir « déstabiliser les institutions républicaines par l’intimidation et la terreur » sans qu’il y ait pour autant de « projet terroriste ». Une affaire qui a nécessité tout l’arsenal anti-terroriste et les moyens les plus liberticides, sans jugement, sans défense.
On passe un enregistrement qui parle de l’affaire dite du 8 décembre dans laquelle 7 personnes seront jugées à Paris du 3 au 27 octobre 2023 pour « association de malfaiteurs terroristes ». Le 8 décembre 2020, 9 personnes étaient arrêtées un peu partout en France et passaient 96h en garde à vue. Plusieurs ont fait de la détention provisoire, notamment Libre Flot qui a été enfermé 16 mois à l’isolement et dont on peut retrouver les lettres dans les émissions et les journaux de l’Envolée. Le dossier monté par la DGSI sur la base d’écoutes fabrique un groupe rassemblé autour d’un présumé chef. Ils prétendent s’attaquer à « l’ultragauche » pour justifier la surveillance et la répression de groupes militants. Mais il vise aussi à criminaliser les personnes parties soutenir les Kurdes du Rojava face à Daech.
On revient encore sur le procès de l’affaire du 8 décembre dans laquelle 7 personnes sont jugées à Paris par le parquet national antiterroriste du 4 au 27 octobre (on avait longuement présenté l’affaire et le début du procès dans la première émission d’octobre). On parle des deux semaines écoulées, des interrogatoires à rallonge qui poussent à bout les inculpé.es, la salle qui parvient à faire entendre sa solidarité. Les personnes à la barre, malgré les pressions et le stress, répètent qu’elles contestent la retranscription des écoutes et les déclarations qu’elles ont pu faire lors de leur 96 heures de garde à vue dans les locaux de la DGSI.
On en profite pour revenir sur le travail qui a été fait cette semaine pour montrer comment ces GAV particulièrement éprouvantes constituent des moments de sidérations traumatiques au cours desquels les enquêteurs parviennent à imposer leurs mots et leur récit préétabli dans l’esprit des personnes.
On revient sur le procès qui a commencé cette semaine pour les 7 personnes inculpées dans l’histoire dite du 8 décembre. On revient un peu sur l’affaire, depuis les 96h de GAV dans les locaux de la DGSI et les périodes d’incarcération plus ou moins longue, les contrôles judiciaires qui courent toujours, la fabrication du dossier par les renseignements … L’audience pour association de malfaiteurs terroristes a commencé ce lundi et beaucoup de soutiens sont présents au TGI de Paris, hésitez pas à passer ! et on peut retrouver les comptes rendus détaillés des audiences sur le blog des soutiens des inculpés ici.