9H44
W est appelé à la barre.
Présidente : « Vous avez habité chez vos parents jusque quand ? A quelle adresse ? De quand à quand avez-vous vécu à Parcoul ? Et à Cubjac ? »
W galère à répondre. Maître Bonvarlet l’aide. [rires]
La présidente annonce les questions à venir, elle explique qu’on pourra revenir sur les sonorisations mais pas les relire. Elle ajoute qu’il sera question des armes, des entraînements, des projets, des précautions (hygiène numérique). Ce sera le même plan pour tout le monde.
« Vous avez été entendu sept fois en garde à vue en présence d’un avocat. Reprenons ce que vous avez dit. Telles que se présentent les auditions il y a certaines questions auxquelles vous répondez et d’autres pas. »
Sur les explosifs :
« Qui était présent.e à Parcoul avant l’arrivée de F. ? »
« B., S. et H., des ami.e.s à vous ? »
Des retranscriptions de GAV sont citées, sur le rôle présumé de F. dans la confection d’explosifs.
Présidente : « Qu’est ce que vous avez à dire ? Vous maintenez ? »
W. dit qu’au moment des gardes à vue tout tournait autour de F. et qu’il était dans un état de stress et de panique totale. Que son avocat n’était pas un bon soutien.
Il parle du fait que la cour a rappelé toutes les écoutes sur les explosifs et qu’on voit bien à quel point ils étaient inconscients à ce moment-là.
W. : « Si un chien avait été tué ou blessé on ne se le serait jamais pardonné. »
Le dernier essai qui a fonctionné a mis tout le monde très mal. C’était terrifiant comme résultat, ça a mis un arrêt total et personne ne voulait revivre ça, ce n’était pas du tout ce qu’iels voulaient faire.
Présidente : « Ces essais durent assez longtemps, ce qui trouble c’est que vous faites ça sérieusement. Il y a une constance troublante, si on veut faire sauter des pétards on peut les acheter facilement. Je veux bien entendre l’aspect ludique mais… »
W dit que pendant le confinement GIFI était fermé. Par ailleurs, ils ne restaient pas sept heures d’affilée à attendre le résultat de leurs expériences et qu’ils faisaient d’autres choses. Ce n’était pas le centre de leur vie à ce moment-là.
« En garde-à-vue, dès que vous ne voulez pas répondre, vous ne le faites pas. On trouve beaucoup de ‘’Je ne me souviens pas’’. »
En fin de PV la question porte sur un scellé concernant des factures d’armes.
W : « C’est un document relatif à l’acquisition de mon fusil, il s’agit de 2 lunettes. »
« Ils continuent à vous interroger, vous répondez. »
Écoute de retranscriptions de GAV où W. se désolidarise de F.
« Qu’est ce que vous avez à dire sur ces réponses ? »
W. répond qu’un agent lui a dit en off pendant l’interrogatoire que s’il ne chargeait pas F., il allait prendre 15 ans pour complicité. Il lui a dit que F. avait été pris le doigt sur la gâchette. A ce moment-là il a peur, il n’a pas assez mangé, il a froid… On lui dit qu’une perquisition a été menée chez sa mère, on lui dit de charger la barque, il l’a fait parce qu’il était terrifié.
« C’est une situation que je ne souhaite à personne car c’est terrorisant. »
W à propos de la GAV
« Vous n’êtes pas comme vous le décrivez dans un no man’s land, vous êtes devant un juge d’instruction. »
Elle lit une partie sur les essais d’explosifs à Parcoul. « Vous revenez sur la caractérisation de leader charismatique que vous avez attribuée à F »
W. dit qu’il veut qu’elle comprenne que si F. lui demandait de sauter dans le vide il ne le ferait pas.
W. décrit qu’ils sont partis avec cet engin en forêt, que lui est resté avec les chiens dans la maison. B. est revenu très pâle après l’explosion, qui a mis fin à leurs tests.
Il n’y a plus eu d’autres essais par la suite et ensuite iels se sont adonné.es à des activités plus intéressantes, et ont recueilli des chatons…
« Les conversations montrent que plusieurs personnes participaient et F dirigeait les opérations. »
W. dit que F. savait et que personne d’autre n’avait la recette.
« On vous demande si F avait presque tout apporté, ingrédients et matériel. »
W. : « Je ne me souviens pas. Concernant mes déclarations, on voit que tout le monde participait, donc je reviens sur ma déclaration que F. dirigeait tout. Il est venu pour se confiner, pas pour fabriquer des explosifs. »
« Comment expliquez-vous que B. a déclaré la même chose que vous concernant l’achat des ingrédients et le rôle de leader de F. ? »
W : « Je voulais juste sortir, j’ai continué à charger la mule. »
« Il y a eu de la transmission de pensées avec B. ? »
W. : « Parfois ça arrive. »
« Oui, on le voit parfois dans notre métier ! »
Lecture d’autres déclarations au sujet du TATP.
W. : « J’avais peut-être entendu ce terme (TATP), F. n’a pas dit ce que c’était. Je n’y ai vu ni malice ni plan terroriste. »
« Vos déclarations sont cohérentes entre les écoutes et les déclarations en GAV. »
W : « Quand je m’écoute là, je vois que je charge la barque. C’est vraiment une expérience que je ne conseille à personne. »
« Je vous rassure on n’a pas envie d’y aller non plus ! »

Concernant les perquisitions :
« Quand j’ai cité vos paroles, c’est intéressant de voir les questions avant les réponses… Tous ces éléments trouvés dans les scellés, c’était dans le séjour donc accessible à tout le monde ? »
W. : « Non c’était dans une cantine avec des affaires dessus, les cartouches étaient séparées. »
« Mais je ne comprends pas. Vous dites que vous ne faisiez que vous amuser, et là c’est caché dans une malle, pourquoi ? »
W. : « Lors de la perquisition j’étais en Bretagne, et je n’oublie pas que les armes peuvent être dangereuses, il y a une sécurité de base qui consiste à démonter les armes et les séparer des cartouches. »
« Il apparaît que vous êtes assez rigoureux sur la sécurité et les armes. Une seule perquisition chez l’amie où vous résidez. Vous habitiez sous les toits. Dans votre chambre on a trouvé un masque à gaz : pourquoi ? »
W. : « Pour les chantiers. »
« Pas pour les manifs ? »
W. : « Non pas du tout. »
« Dans la cuisine, on trouve des ouvrages et des armes. » Puis elle explique que la perquisition se poursuit dans sa voiture et chez ses parents. Dans leur maison, (elle liste toutes les pièces de la maison, où rien de spécial n’est trouvé), « on a trouvé dans votre chambre un pot rempli de 25 cartouches percutées, deux culasses d’arme à feu dans une chaussette, pourquoi ? »
W. : « Parce que ça fait un petit sac. »
La présidente l’interroge sur le sabre et la baïonnette, il explique qu’ils appartenaient à son grand-père, militaire de métier. Elle énumère des marques de fusil.
« Porso Wood alcool, c’est quoi ? »
W. : « Des réchauds pour la randonnée, très anciens. »
Elle explique que des armes ont été trouvées sous son lit, elle les décrit et lui demande pourquoi elles se trouvaient là. W. explique qu’il s’agissait d’un fusil scié et d’une roquette d’entraînement. Ce sont des objets de collection, neutralisés. Ils ne fonctionnent plus, c’est pour ça qu’ils sont visibles. Les autres sont rangés. »
La présidente explique ce qu’est une collection militaria, à savoir tout type de matériel militaire. « De quand date votre intérêt pour les armes ? »
W : « Depuis la primaire et le début de collège. J’avais aussi des médailles, des coupures de presse qui n’ont pas été saisies. Par exemple, un fusil anglais. »
« Vos parents vous ont initié aux armes ? »
W : « Les armes sont dangereuses mais il ne faut pas en avoir peur et surtout respecter les consignes de sécurité. Mes parents m’ont transmis ce rapport aux armes, que je crois sain. »
« Vous avez passé votre licence de tir quand ? »
W. : « Un ou deux mois après mon installation au moulin. » Il explique être affilié à un club de tir.
« C’est curieux que vous n’ayez pas eu de licence avant ça. »
W. : « N’étant pas sédentaire à l’époque, c’était compliqué d’accéder à un stand de tir. Mais j’en avais envie depuis longtemps. »
« Permis de chasse acquis en octobre 2019 ? »
W. : « Oui, en Ardèche. »
« Le tir, on comprend. Le permis de chasse, pourquoi ? »
W. : « Avec B. on voulait acheter une maison. On glandait, puis on a eu la possibilité de passer le permis de chasse facilement en Ardèche. L’intérêt était de protéger notre futur terrain, et aussi de pouvoir chasser notre propre viande. »
« Vous avez eu de bonnes relations ? »
W. : « Oui. »
« Plusieurs personnes du groupe ont aussi eu envie de passer le permis de chasse : comment l’expliquez-vous ? »
W. : « Toustes ne partageaient pas un attrait pour les armes. Seul F a passé son permis. »
La présidente : « Je m’intéresse aux faisceaux de choses… C’est ce qu’on retrouve avec l’ultra-droite : passer le permis ça permet de passer sous les radars. »
W. : « Non, il faut réviser pour le permis de chasse, ce n’est pas si accessible. Moins que le stand de tir, où il n’y a pas d’examen. »
« Ça ne donne pas accès aux mêmes armes. [W confirme] C’est donc plus facile d’accéder à des armes qui attirent moins l’attention. Quand vous allez dans une armurerie c’est plus facile avec un permis de chasse. »
W. : « Je ne m’intéresse pas aux armes de catégorie B. »
P : « Quand vous allez en armurerie c’est plus facile d’accéder aux armes grâce au permis de chasse ou la licence de tir ? »
W : « Les 2 »
« Et qu’en est-il des entraînements ? »
W. : « Vous parlez de l’après-midi d’air-soft ? »
« De plusieurs choses. [Elle semble confuse] Air-soft, entraînement tactique, stand de tir… »
W. : « B. et F. ont dû tirer quatre ou cinq cartouches dans le jardin, moi dix. Pour ce qui est de l’air-soft, ça a été qualifié d’entraînement mais les gens s’en foutaient. Si mon père ou mon grand-père avaient vu ça, ils auraient rigolé en sachant qu’on puisse qualifier ça ‘’d’entraînement para-militaire’’… »
La présidente lit une déclaration de S., une des colocs, qui affirme que « tout tournait autour de ça ».
« Elle décrit quelque chose d’assez soutenu ! »
W. : « Elle dit aussi que c’était comme un jeu, c’était le confinement, on voulait faire des activités… Mais c’était pas incroyable donc on ne l’a fait qu’une après-midi. »
« Vous êtes sur ludique et pieds nickelés ! » [W confirme]
W. : « Je me rappelle que la chienne de B avait peur, donc on a arrêté. »
« Oui, il y a plein de choses qui font peur aux chiens ! »
W. : « Oui, je culpabilise. »
7ème déposition de W. à la DGSI. Citations airsoft et ouverture maison montrée par F.
W. explique que ce n’était pas un entraînement et qu’iels s’amusaient. Il affirme qu’il n’est pas d’accord avec sa déclaration faite en GAV au sujet « d’entraînements », que ce n’est pas le bon terme. Avec B. ils rigolent et font n’importe quoi. F. s’amuse avec elleux.
La présidente cite ses déclarations et celles de S. la coloc. au sujet des parties d’airsoft. Elle précise qu’iels avaient constitué des binômes, et explique le déroulement.
« F. parle sérieusement de progression tactique, il relate un entraînement militaire visant à former des gens. C. prend ça comme une activité ludique. »
W. : « Le but de l’airsoft est de jouer à la guéguerre. Cette après-midi là personne n’écoutait rien, je n’ai pas l’impression que F. ait cherché à nous transmettre quoique ce soit. »
La présidente lit à nouveau des transcriptions dans lesquelles B. aborde de le sujet des armes comme étant un moyen de se défendre, dans un monde qui part en vrille.
W n’est pas d’accord.
« Il faut vivre isolé ? »
Il répond que c’était agréable d’être isolé et sans voisin mais que le but de posséder des armes n’était pas une préparation contre les fachos.
Elle lui demande si il a fait du drône avec B.
« Oui, j’en avais un mais il est tombé dans la rivière après avoir percuté une branche » rires salle
« Vous vous définissez comme survivaliste »
Visionnage de vidéos d’ED, citation de W. sur le fait qu’il n’y a pas de préparation contre l’ED mais plutôt pour avoir une autonomie sur le terrain, pas pour se défendre.
W. est d’accord avec le fait que ce soit vers une autonomie plutôt qu’une défense.
Lecture d’une cote évoquant un « projet » de F. d’attaquer des forces de l’ordre et des militaires.
« Vous avez dit clairement que F. vous avait évoqué un projet, vous ne l’avez pas remis dans son contexte. »
W. dit que la garde à vue était un moment horrible, qu’il se sentait dissocié de la réalité, il a dit ce qu’ils voulaient entendre, ses propos n’ont pas de valeur.
La présidente aborde le courrier destiné à la mère de W. dans lequel il évoque F. comme une mauvaise fréquentation.
W. demande la date, la juge ne s’en rappelle, plus l’avocate répond : 13 décembre 2020.
W. explique qu’il pense que sa mère est paniquée, il ne sait toujours pas ce que F. a fait et il veut rassurer sa mère qui a subi une perquisition.
W. est ému.
« C’est normal de vouloir rassurer sa mère. » Lecture de cette lettre. Tout le monde est ému et W. pleure. La lettre est de bonne volonté, rassurante et identifie une mauvaise fréquentation.
« Vous aviez la volonté de créer une juterie avec B., c’est ça ? »
W. répond que oui.

La conseillère prend la parole :
« Comment cela se passe avec votre père, avez-vous de bonnes relations avec vos parents ? Vous les voyez avec quelle régularité ? »
W. répond qu’il les voit 3 à 4 fois par an.
Il a souhaité passer son permis de chasse pour deux raisons : éviter les chasseurs sur le terrain et consommer de la viande.
Citation de l’interrogatoire de son père qui le décrit encore comme végétarien car il n’est pas au courant alors que leurs rapports sont réguliers.
« Vous êtes décrit comme pacifiste avec les animaux, pourquoi le permis de chasse alors ? C’est une incohérence. »
W. dit qu’il prend conscience de la mort de l’animal quand il chasse et non pas quand il l’achète dans un super marché sans s’en rendre compte. Il a rencontré des gens qu’ils l’ont fait évoluer, il critique la nourriture vegan industrielle qui vient des supermarchés et explique que parfois ce qu’il consomme n’est pas cohérent avec ses valeurs, comme l’achat de bananes qui viennent de loin par exemple…
Conseillère 2:
« Quel est l’objectif de confectionner des pétards ? »
W. dit que ce n’était pas possible de les acheter à ce moment-là.
« Et par internet ? »
W. dit qu’il n’a pas eu l’idée, qu’il n’avait pas conscience de ce qu’il faisait et de l’effet attendu.
La deuxième conseillère évoque le fait que W. était présent lors de tous les échecs, pourquoi ont-ils persévéré ?
W. dit que ça ne leur a pas pris beaucoup de temps. Il n’y a pas eu beaucoup d’insistance.
« Vous dites que ça faisait un bruit de pétards. Pourquoi n’avez-vous pas trouvé nécessaire de prétexter quelque chose pour ne pas participer aux autres essais ? »
W. répond qu’il ne sait pas, que les autres n’auraient pas compris, qu’il commençait à se lasser, qu’il pensait que ça n’allait pas fonctionner. C’était un prétexte pour ne pas avoir à se justifier.
« Le bateau, vous pouvez m’en parler ? »
W. dit que quand F. et C. sont arrivé.es, il a fait un petit spectacle pyrotechnique sur un petit bateau pour imiter un bûcher viking.
« Vous aviez des pétards ? »
W. explique qu’il lui en restait d’il y a longtemps, qu’il a tout mis dans la barque et qu’il n’y en avait plus ensuite.
Bonvarlet, avocate de W. :
« Les vidéos ont été transmisses et visionnées en première instance. Nous serions volontaires pour les visionner. » Elle les montre.
Conseillère : « Vous vouliez empêcher les chasseurs de passer, comment ? »
W. dit que s’il y a un panneau ça les empêche d’entrer, mais que si vous avez un terrain sans panneau les chasseurs ont le droit de passer sur votre terrain.
« Et si un chasseur vient quand même ? »
W. répond et explique que c’est chasse gardée et s’ils insistent il leur offre un verre. [Rires dans la salle]
L’avocate générale prend la parole :
« A Parcoul vous dormez ou ? Et F. ? B. ? et C. ? »
W. dit qu’il dort dans sa chambre ainsi que B. qui a une chambre et qu’il ne se souvient plus pour F. et C.
« S’agissant de ses essais d’explosifs vous auriez eu le temps de vous désolidariser au fur et à mesure des journées, qui a eu l’initiative ? »
W. répond que c’est F., mais qu’il a suivi.
« Vous dites qu’il a emmené la plupart des ingrédients et la recette. »
W. rétorque que non, juste l’engrais.
« Vous dites avoir chargé la barque mais B. dit pareil que vous. Je me questionne, est ce que vous assurez que c’est lui qui était à l’initiative ? »
W. ne comprend pas, il ne voit pas où elle veut en venir.
« La cour appréciera ».
« Vous dites la même chose plusieurs fois, en garde à vue et devant le magistrat inspecteur. Je ne comprends pas où est la pression ; il instruit à charge et à décharge. »
W. dit que c’est le magistrat inspecteur qui décide s’il va en prison ou pas. Voix émue.
« Ne vous offusquez pas mais vous ne pouvez pas comprendre. » W à l’avocate générale
« C’est bien vous qui avez eu l’idée de mettre de la matière explosive dans une douille, je m’étonne. »
W. dit qu’il ne comprend pas la question.
« Vous avez extrait un élément du stand de tir ? »
W. explique qu’au stand de tir les douilles sont mises à la poubelle, qu’il faisait de la fonderie et qu’il en récupérait énormément. Ensuite il en a envoyé chez le ferrailleur pour se faire un billet.
« Galette marron, étape de la chimie à la mise à feu, vous vouliez faire dégénérer la matière ?
W. dit qu’ils ont été très surpris du résultat.
« Elles étaient où vos précautions ? »
W. admet que là elles étaient au degré 0.
« Est-ce qu’il y a un moment où vous avez conscience qu’il y a quelque chose de dangereux ? Est-ce qu’on peut dire que vous avez été terrorisé par l’explosif ? »
W. : « Oui. »
« Une des colocs ne s’est pas du tout associé.e à l’activité, pourquoi avez-vous participé ? »
W. dit que c’était un bon moment passé ensemble, de jouer aux petits chimistes.
« Vous dites que vous imaginez qu’il y a eu des morts mais ça ne vous arrête pas. Puis le 3 novembre 2020, vous vous dites que vous avez envie de devenir artificier. »
« Avez vous la sensation que F. avait déjà pratiqué ces mélanges ? »
W. dit qu’il ne sait pas, peut être pour l’ammonitrate.
« Est ce que ça fait pas beaucoup d’armes, cinq ? »
W. répond que non, puis il décrit chaque arme, leur prix, leur usage, leur intérêt. Il ne trouve pas que ce soit tant que ça et explique qu’au stand de tir ça se passe comme ça, les gens achètent une première arme, puis une meilleure ensuite, etc.
« Malgré le fait que vous soyez confiné, l’envie d’armes existe toujours. »
W. dit qu’il aime beaucoup tirer et qu’il voulait s’acheter un fusil à poudre noire car il y a deux minutes de rechargement entre chaque tir « J’ai un amour des armes. »
« La chiapa vous l’avez décrite comme performante, vous l’avez vue dans des vidéos de survivalisme. »
W. dit qu’il voit le survivalisme comme de l’autonomie.
L’avocate générale parle de la conversation avec F. « Je veux tuer des sangliers, je veux tuer des poulets. Ça ne coûte pas cher de gratter les numéros d’armes. » On vous dépeint comme très rigoureux, que vous évoque cette conversation ?
W. dit qu’il ne comprend pas, qu’il ne pense pas que c’est possible d’enlever les numéros des armes avec des pièces en grattant.
L’avocate générale évoque le fait qu’ils parlent d’aller chercher les armes en Turquie, directement à l’usine.
W. répond que c’est une blague ! « A quel moment F peut-il rentrer en Turquie ? »
« Vous ne vous intéressez pas aux armes de catégorie B, vous voulez y aller quand même ? »
W. dit qu’il veut faire du lèche vitrine.
« Vous dites que vous n’avez pas tirer avec des armes de poings, à Parcoul vous avez tiré, pourquoi ? »
W. dit que la législation pour tirer chez soi c’est compliqué. Si ça avait été plus simple il aurait bien tiré un peu plus.
L’avocate générale demande : « Et si le facteur passait ? »
W. dit qu’il a conscience de la dangerosité d’une arme et qu’il ne va tirer n’importe où.
Elle lui rétorque que ça ne semble pas correspondre à l’image de son stand de tirs artisanal à deux tréteaux.
W. dit que le stand de tir artisanal était sécurisé mais que c’est B. qui l’a abîmé avec son drone.
« D. passe prendre l’apéro, vous l’invitez à tirer. »
W. répond que ça lui parait totalement anecdotique.
« Pas moi, vous manipulez des armes sous alcool, la présence des armes est partout à Parcoul. »
W. dit que pas du tout et qu’il a tiré seulement quatre fois.
L’AG reprend les propos de S. la coloc qui affirme que les armes étaient partout.
W. lui répond qu’en effet ils ont fait plus attention à elles après.
« Les répliques de fusils d’assauts que F. ramène, vous en aviez déjà vu ? »
W. : « Je ne crois pas. »
« Vous déclarez que F. vous a présenté les armes. »
Puis elle évoque des termes utilisés lors des parties d’airsoft ‘’commandement de la colonne de progression tactique’’, etc.
W. réplique qu’on peut mettre autant de vocabulaire militaire qu’on veut, mais que si c’est des guignols qui le font, ça ne vaut rien.
« Guignols ? C. a fini par en pleurer ! »
W. le reconnaît et explique que c’était à cause de leurs comportements masculinistes.
L’avocate générale évoque les vidéos d’extrême droite de Code Reno, une chaîne de vidéos virales qui parle de maniement des armes.
« Il n’y a pas un parallélisme ? Vous vous préparez par rapport à l’extrême droite ? »
W. : « Non. »
« Pourquoi Code Reno vous intéresse-t-il ? »
W. Répond que c ‘est parce que ces vidéos parlent d’armes.
« Vous avez dit : ‘’Malgré que F. parlait de tuer des policiers et des militaires’’. Est-ce que vous étiez au courant du positionnement de F. par rapport aux forces de l’ordre ? »
Vous dites (dans l’interrogatoire de première comparution) « Ces 72h de garde à vue m’ont permis de réfléchir, il y a quelque chose de salvateur qui va sortir de tout ça. »
W. dit qu’il ne s’en souvient pas.
« Vous êtes au courant d’un projet de F. ? »
W. . « Il n’y a pas de projet. »
« Il vous parle de tuer des poulets le 12 mai 2020. »
W. répond qu’il ne s’en souvient pas.
« Vous appelez une armurerie pour ‘’votre pote F.’’ pour savoir si ‘’ses conneries de jeunesse’’ l’empêcheraient d’acheter des armes. »
La deuxième avocate générale prend la parole.
AG2 : « Vous n’aimez pas être comparé à l’ultra droite, mais… Concernant un projet d’actions violentes : ce sont des propos tenus par F. ? Pas tenus par F., vous les avez inventés ? Des propos tenus par F. sous l’emprise de l’alcool ? »
« Vous n’aviez pas la pression de la DGSI à ce moment-là, alors quelle est la bonne réponse ? »
W. dit qu’il ne sait pas.
« C’est un moment de vérité ! Pas de réponse ? La cour appréciera. »
« Vous dites que c’est la police qui a du vocabulaire guerrier dans la bouche mais dans un disque dur on trouve des documents sur la guérilla, des ‘’ennemis’’, la guerre, et une brochure avec des signes pour communiquer en action avec le black bloc. »
Elle demande de projeter le document. « C’est quoi l’ennemi ? »
W. dit qu’il n’a jamais ouvert le document.
L’AG2 lui répond que c’est dans son disque dur.
« Vous avez connaissance d’une invitation de l’État à rendre les armes en circulation ? »
W. : « Oui ça arrive régulièrement, la dernière fois j’étais dans le Cantal. »
« Vous êtes bien plus terrifiante que la DGSI » W à l’avocate générale

La défense prend la parole et commence ses questions.
Guillaume Arnault, avocat de C. : « Est ce que C. vous a parlé de son intérêt pour les armes et de son envie de passer le permis de chasse ? »
W. : « Non »
Arnault fait remarquer qu’il n’entend parler que des atteintes aux FDO.
Alice Becker, avocate de S. :
« Trois armes ont été trouvées chez S., vous aviez une idée du nombre d’armes non déclarées en circulation ? »
W. : « Non »
« Vous aviez connaissance de l’invitation de l’État à déposer les armes ? »
W. répond que oui, que ça arrive régulièrement et que la dernière fois que c’est arrivé il était dans le Cantal. Il parle de la législation sur la poudre noire.
Bonaglia, Avocat de B. :
« Le faux est un ennemi du vrai ».
Il fait un retour sur Clément Méric, 2020, 2022, les attaques de bars, les Zouaves à Paris, les assassinats de l’extrême-droite. « Est ce que c’est la raison qui vous a poussé à passer votre permis de chasse ? »
« Est-ce que c’est interdit de tirer dans son jardin ? »
W. : « Non. »
L’avocat répond que la Cour appréciera et que ça a manqué au cours des questions.
Meyniard, avocate de W. :
« Connaissez vous le point commun entre les deux retranscriptions citées par le parquet ? Elles sont suivies de la mention « rires », pas lus par le parquet. »
« Le parquet ne comprend pas pourquoi vous n’avez pas lu les documents sur votre disque dur, quel en était votre usage ? »
W. répond que c’était un disque dur fourre-tout.
Meyniard prend pour exemple le fait qu’il y ait un document en anglais qui s’appelle ‘’James Bond du pauvre’’. « Quel est votre niveau en anglais ? »
W. répond qu’il est pas assez bon pour lire le document.
Puis l’avocate aborde une retranscription où il parle d’une bouteille de Fischer et demande s’il a été interrogé sur ça.
W. : « Non. »
M. dit que dans le document ‘’James Bond du pauvre’’ il est question d’une technique de coller deux bouteilles ensemble par leurs goulots, est ce que ce serait possible avec les bouteilles de Fischer ?
W. : « Non. »
La Juge demande si ce sont des questions.
L’avocate lui répond que oui et qu’elle n’a pas fait comme l’avocate générale, en prétendant que c’était uniquement des observations.
Elle demande à W. qui utilise le terme « mise à feu ».
W. : « Les artificiers. »
« Est-ce que vous pouvez dater votre projet de devenir artificier ? »
W. répond qu’en 2010 déjà il avait rencontré quelqu’un qui pratiquait.
Meyniard demande combien de recettes d’explosifs il y avait en sa possession.
W. : « Deux. »
« La première peut être du TATP ou du HNTD. Comment avez-vous fait pour obtenir la recette ? »
W. répond qu’il l’a trouvé sur internet.
La deuxième recette était certainement celle de l’ANSU (ammonitrate avec du sucre). W. explique qu’à partir de là il a arrêté de participer aux explosifs.
Bonvarlet, avocate de W. :
« On vous reproche des faits matériels, que vous vous armez en lien avec un projet que vous auriez prévu. »
Elle effectue un retour sur les faits : permis de chasse passé en 2019, stand de tir en 2019, achat d’armes en 2019 et vous retrouvez F. en 2020… Donc c’est déconnecté.
« Se soumettre à un contrôle total de l’État c’est anarchiste ? »
W. : « Non. »
« Avez-vous détenu une arme non déclarée un jour ? »
W. : « Oui, celle de mon Papi, puis je suis allé la déclarer. »
« Vous avez demandé de vous inscrire à un stand de tir à l’arc en 2024 ? »
W. dit qu’il a eu une réponse négative. A la question de savoir s’il a bien respecté l’interdiction, W. répond que oui.
« C’est le tir qui vous manque ? »
W. : « Oui. »
« Le 12 mai, à la sortie du confinement, vous allez à l’armurerie. »
W. décrit qu’après avoir été enfermé.es si longtemps, au moment du déconfinement l’ambiance était folle !
Bonvarlet cite des blagues comme « se prostituer pour un magnum ».
« Est ce que vous vous considérez comme quelqu’un de sérieux ? F. ? B. ? »
W. répond que non et que F. et B. non plus.
« Concernant les velléités d’aller chercher des armes en Turquie, votre ami ne peut pas y aller à cause de son lien avec le Rojava et des relations entre la Turquie et le Rojava. »
Le projet d’aller chercher des armes en Turquie est donc débile, le projet de tuer des poulets est une blague…
« Est ce qu’il y a des numéros d’armes qui ont été grattées ? »
W. : « Non. »
« Est-ce qu’il quelque chose à gratter sur les cartouches ? »
W. : « Non. »
« Les douilles ? »
W. : « Non. »
« La thèse de la DGSI est que F. est venu avec un projet terroriste. »
« Est-ce que vous pensez que vous avez été manipulé par la DGSI ? »
W. : « Oui. »
FIN 13H12
Reprise à 14h45
La présidente précise qu’il est interdit de manger dans l’enceinte du Tribunal. C’est interdit. Coline Bouillon lui demande depuis quand et qu’est-ce qui l’interdit ? Alice Becker demande des précisions, et lui dit que c’est habituel de manger dans la cour du palais de justice.
La juge se crispe, insiste, elle demande à consulter le règlement intérieur. Elle le dit, c’est comme ça c’est tout.
« Je ne suis pas garde-champêtre. » Présidente
Témoin cité par la défense de W. : Stephane Bortzmeyer
La présidente laisse la défense lui poser des questions.
Bonvarlet commence. Elle demande au témoin de se présenter.
Le témoin explique qu’il est ingénieur en informatique, et travaille pour une association qui a obtenu une délégation de service public.
Questionné sur les accusations de se concerter par des moyens de communication cryptés (Tor, Tails, Signal), le témoin répond qu’avant le numérique, il n’y avait aucune trace des actes. Depuis le numérique, on laisse des traces partout qui sont stockées dans des bases de données.
Les progrès en informatique permettent de retrouver des informations privées très facilement, il n’y a plus de place pour la confidentialité ou la vie privée. Toutes les techniques de sécurité informatique permettent de trouver des éléments de vie privée, de transformer une information en un texte illisible si l’on ne possède pas la clef de chiffrement : ce sont les messageries cryptées.
La cryptographie est largement recommandé à qui souhaite préserver la confidentialité de ses données.
Le 30 avril, le premier ministre lui-même a insisté sur l’intérêt de la cryptographie s’agissant du site ANTS qui avait été piraté.
Signal est une application banale, qui chiffre de bout en bout, comme WhatsApp, Telegram, qui sont plus utilisées.
Tor permet aux utilisateurs de dissimuler leur navigation sur internet, mais égalemeent de protéger les sites eux-mêmes sur lesquels iels naviguent lorsqu’ils se terminent par .onion, ce qui est le cas de la BBC par exemple. Les motivations à cela sont nombreuses et variées.
Tor et Signal sont accessibles avec des connaissances très basiques.
L’avocate demande d’expliquer la différence entre Signal, WhatsApp, et Telegram.
Le témoin résume : Signal est un logiciel libre, WhatsApp appartient à Méta, et Telegram ne chiffre pas par défaut et n’est pas conseillé en cas de volonté de discrétion.
L’avocate demande si ces outils permettent des discussions de groupe, contrairement au SMS. Elle cherche à illustrer son propos. Est-ce que si on prend une personne au hasard dans cette salle, comme Mme l’avocate générale par exemple, on peut imaginer qu’elle ait au moins une application cryptée sur son téléphone ?
Le témoin répond : « Internet c’est comme la vie, on peut choisir d’aller se promener dans un supermarché ou d’aller en balade en forêt. Comme sur internet on peut aller sur Tor pour ne pas consommer. »
Puis il file la métaphore : « Si vous voulez aller vous balader dans le Bois de Boulogne par exemple, rien ne dit que c’est pour faire quelque chose d’interdit comme d’aller voir des prostituées. »
Le parquet s’offusque de la comparaison.
L’avocate reprend : « Mais si on va au Bois de Boulogne, comment prouver que l’on n’y va pas pour commettre un délit ? »
Le témoin répond : « Si l’on clique droit sur ce doc par exemple, on verra que la dernière date est la date de consultation de la DGSI, sauf s’ils ont pris la peine d’effacer leurs traces. » ??

La conseillère de la juge prend la parole :
« Combien de pourcentage de la population utilise le cryptage dans son quotidien ? »
100% car tout le monde va sur des sites https( s = sécurité )
« Peut-on passer par des messageries non cryptées pour faire des conversations de groupe ? »
Témoin : « Oui, mais ce n’est pas conseillé. »
« Mais quand on n’a rien à cacher ? »
T. : « Lorsqu’on me donne cet exemple, je demande toujours le code de carte bleue. Là, d’un coup, tout le monde a quelque chose à cacher. »
Souleil-Balducci :
« A propos de la protection des données personnelles, que pensez-vous de la conversation entre S. Et F. qui comparent ça à un courrier muni d’une enveloppe versus une carte postale ? »
T. : « Oui, ne pas protéger ses données c’est comme envoyer systématiquement une carte postale. »
: « Dans le dossier une vidéo a été effacée, à cause de l’erreur d’un agent mais est-ce qu’on peut retrouver des traces de ce fichier ? »
T. : « L’effacement d’un fichier c’est le mettre à la corbeille, on peut récupérer les informations. Il y a des logiciels connus des inspecteurs de la DGSI qui existent pour le faire. »
Bonaglia, avocat de B. :
« Vous connaissez le taux de pénétration des smartphones ? »
Prtaiquement 100% c’est de plus en plus difficile de ne pas y échapper.
Pour les 25% d’utilisateurices français qui utilisent un appareil de la marque à la pomme, pensez-vous qu’iels le fassent toustes pour bénéficier de messageries cryptées ? »
T. : « Souvent elles ne savent même pas que c’est crypté. »
« La notion d’hygiène numérique a été popularisée par l’ancien directeur de l’ANSI, l’agence nationale de sécurité de systèmes informatiques. C’est une réflexion sur comment communiquer les infos sans se mettre en danger. Ne pas donner les infos de localisation à toutes les applis. »
T. : « Le terme « hygiène » correspond bien, c’est comme pour le lavage des mains, il faut des règles simples pour le grand public. Il y a un siècle et demi, les gens ne se lavaient pas les mains par méconnaissance du danger. Pour le numérique c’est vraiment pareil. »
« Beaucoup de gens ne se rendent pas compte de toutes les techniques de collecte et d’espionnage de leurs informations. » Témoin
Chloé Chalot, avocate de C. prend la parole :
« Pouvez-vous nous parler de Tails ? »
T. : « Tails est un système d’exploitation conçu pour ne pas laisser de traces. Si l’on doit utiliser un ordinateur dans lequel on n’a pas confiance, comme dans un cyber-café, cela permet de naviguer dans un environnement sécurisé. Par contre c’est assez contraignant à utiliser. C’est parfaitement légal, et ce n’est pas parce qu’on possède un logiciel qu’on l’utilise. »
« Est-ce que c’est compliqué ? »
T. : « Non ce n’est pas compliqué à utiliser, il faut juste se souvenir des adresses, ce n’est pas très amusant. »
Martin Méchin, avocat de F. : « Le sens de l’histoire, c’est toujours plus de cryptage ? »
T. : « Oui. »
« Si je veux utiliser WhatsApp sans cryptage parce que je n’ai rien à me reprocher, est-ce que je peux le faire ? »
T. : « Non. Sans même attendre de savoir si vous avez les mains sales, vous vous lavez les mains. C’est la base de l’hygiène numérique. »
« Est-ce de plus en plus banal, y a-t-il eu beaucoup d’évolution depuis 2020 ? »
T. : « Non pas tellement, en 2020 beaucoup de monde utilisait déjà Signal. »
« Vous avez des choses à cacher, vous ? »
T. : « Des tas ! Plein de choses légales que je fais chez moi, et je ferme la porte ! »
Fin d’audition 15h29
Bastien est appelé à la barre.
Il est interrogé sur les dates d’habitation de ses différents habitats.
Il a été entendu à 6 reprises en GAV, sans avocat.
B. a rencontré W. en 2014 à la ZAD de Sivens, puis rencontré F. en avril 2020 à Parcoul.
La présidente commence son interrogatoire.
« Votre hygiène numérique ? Vous utilisez Signal ? »
B. : « Je l’avais car des proches à moi l’avaient mais je ne l’utilisais pas. »
La présidente poursuit :
« Vous aviez un profil fb mais avez refusé de donner votre mot de passe. Que dites-vous de ce souci de protéger votre vie privée. C’est central pour vous ? »
B. : « Je pense que c’est important, que tout le monde devrait avoir une bonne hygiène numérique. Mais je ne suis pas très rigoureux là-dessus. »
« Mais vous avez fini par donner vos codes, et vous n’aviez pas de code de vérrouillage sur votre téléphone. »
Sur les explosifs à Parcoul.
B. : « C’est allé assez vite. »
« Pourquoi avez-vous accepté ? »
B. : « Je tiens à rappeler les conditions de ma garde à vue, et actuellement aussi je suis dans un état de stress énorme. J’ai du mal à m’exprimer. »
« Ça, en revanche, c’est normal dans une salle d’audience. »
B. : « J’ai dis énormément de choses en GAV sous la pression et je ne reconnais pas mes propos aujourd’hui. »
« Mais vous avez tenus des propos identiques à ceux de W. Vous avez dit que F. avait effectué des tests près d’une falaise. Qu’est-ce que c’est ? »
B. : « Je ne me souviens pas. »
« Vous souvenez-vous de la quantité d’explosif que vous avez fabriqué ? 1,5 kg. »
B. : « Ça doit être très exagéré. »
« Et les explosifs ? »
B. : « J’ai fait une recherche et j’ai trouvé la recette de l’ammonitrate sur internet. Je crois qu’on n’a pas bien réussi le mélange. »
On a l’impression d’un tâtonnement, de tentatives répétées. Ça a duré deux jours, pourquoi autant d’acharnement ? »
B. : « On n’était pas toustes là en même temps, on faisait plein d’autres choses, on y passait 10 minutes par ci, 10 minutes par là. »
« C’était quoi l’objectif ? »
B. : « C’était un spectacle de pyrotechnie pour l’arrivée de F. et de C. »
« Regardons les vidéos ! »
« Vous avez reconnu au bout de la 4ème audition la fabrication d’explosifs. »
B. : « J’étais dans un sale état en GAV »
« Vous aviez peur ? Vous faisiez de la tétanie ? »
B. : « Oui. »
Elle cite une déclaration de garde à vue. « Vous vous êtes amusé avec des choses dangereuses. »
B. : « Oui je pense qu’on ne se rendait pas compte du tout, on a pris des risques énormes sans s’en rendre compte. Je me suis excusé auprès de ma maman pour ça. »
« Mais vous êtes un adulte ! Et vous faites plusieurs essais, jusqu’à trouver quelque chose ! Vous pouvez faire un essai de couler le bateau, et ça s’arrête là ! »
B. : « Oui mais avec le confinement, on cherchait à faire des activités ! On a fait plein de choses : des jeux, du bricolage, un bar pour mon anniversaire… Je charge la mule sur mes auditions, mais en écoutant les retranscriptions, on voit bien qu’on avait toustes un rôle à chaque fois. »
« Vous dites que F. Est venu avec les mèches, les piles, et d’autres ingrédients. Alors c’était préparé ! Si c’était pour faire le bateau, pour sa fête d’accueil, alors pourquoi c’est lui qui prépare les ingrédients ? »
B. : « Ça n’était pas prémédité. Moi aussi j’avais des fils et des piles dans ma chambre ! »
« Mais elles étaient scotchées ensemble, il y a de quoi se poser des questions ! Vous avez eu peur de l’explosion ? »
La juge ajoute une petite couche de remontrances.
Sur la perquisition :
« Lors de la perquisition du 8/12 à Cubjac, on trouve parmi d’autres objets (clef USB, ordi, boitier Wifi) un revolver noir sans barillet ni munitions. »
B. : « C’est un revolver à poudre noire de catégorie D. On peut acheter ça sans permis. Je l’ai séparé des munitions par sécurité. »
« Le chien qui cherchait des explosifs a marqué une boîte en bois dans laquelle sa trouvaient des munitions et des billes. »
B. : « C’est faux, ces billes étaient dans le placard. Le chien a marqué sur un coffre vide, un coffre de rangement. La boîte, ce sont les ogives pour aller avec mon revolver. »
« On a trouvé de la graisse pour aller avec de la poudre noire, 330 grammes, pourquoi ? »
B. : « Pour la pratique de tir sportif avec des armes anciennes. »
« On a également retrouvé une enveloppe avec le nom de W. inscrit dessus. »
B. : « C’était l’argent des châtaignes qu’on a ramassées ensemble. »
«Lors de la perquisition on a trouvé un Little badger Chiapa, + un kit silence. »
B. : « Quand j’ai acheté cette arme sur internet, il y avait tous les accessoires, c’était un lot. »
« En quel année avez-vous obtenu votre permis de chasse ? »
B. : « En 2019 »
A-t-il été renouvelé ? »
B. : « Oui. »
« Quel est votre rapport aux armes ? Vous avez découvert ça comment ? »
B. : « Pas de rapport particulier avec les armes avant, la première fois que j’ai tiré, c’était pour le permis de chasse, ça m’a plu. Par la suite je suis allé au stand de tir. »
« Vous êtes allé à l’armurerie ? Pourquoi ? »
B. : « Pour y faire du lèche-vitrines. »
La présidente cite une déclaration en GAV lors de laquelle il charge F.
B. : « C’était pour charger F. pour me dédouaner. »
« Vous tirez régulièrement eu stand de tir de Parcoul, vous avez dit que c’était ludique et aussi pour pratiquer la chasse pour manger de la viande.Vous avez remis spontanément une arme à la DGSI le 15/12/2020, le chiapa. Le juge vous demande quel est l’usage de cette carabine, vous répondez : le tir sportif. Pourquoi autant d’armes ? »
B. : « La première était vraiment pas chère, la deuxième… »
La présidente le coupe pour dire ce qu’elle sait. Elle l’interroge sur les justificatifs de l’armurerie.

Sur les entraînements :
« Vous avez parlé de sport et de renforcement physiques. »
B. : « Oui, j’en faisais avant, j’en fais toujours c’est pas exceptionnel. »
Elle lit des retranscriptions sur un atelier « Boxe ta face ».
B. : « Ce n’était pas sérieux. »
Elle décrit les répliques d’airsoft.
B. : « Le but des répliques d’airsoft, c’est qu’elles soient les plus réalistes possibles. »
« Les drones vous servaient à quoi ? »
B. : « C’est un jeu, on mettait des lunettes , on faisait des courses avec des ami.es. et des figures aériennes»
« Vous auriez fait trois ou quatre entraînements. »
B. : « On a fait trois ou quatre parties. F. nous montrait comment faire, et ensuite on faisait n’importe quoi. »
« F. faisait un retour d’expérience de manière très sérieuse. »
B. : « Mais c’était décalé par rapport à ce qu’on faisait. »
Elle lit les déclarations de S. la coloc. : « Tout tournait autour des armes ». Elle reprend les déclarations déjà lues le matin. « Qu’avez-vous à dire ? »
B. : « Je ne comprends pas pourquoi elle dit tout ça. »
« L. aussi a fait des essais. » Elle parle de séances de tir dans le jardin. Puis elle cite les déclarations de S. la coloc qui décrit F. comme un leader.
« Vous parlez d’un problème de stress post-traumatique de F., de son rapport à l’alcool. »
B. : « Si vraiment on avait voulu s’entraîner, on l’aurait fait plusieurs fois et plus longtemps. »
« L. décrit des exercices à Pin-Justaret (ouvrir une porte, regarder les angles). Cette description ressemble à celles de S. »
B. : « Je n’étais pas présent à cette partie avec L. mais nous c’était différent, c’était un jeu de rôle, on n’était pas sérieux. »
« A un moment vous parlez d’une femme qui a pris le lead. »
B. : « C’est H., qui est très drôle. Quand elle a pris le commandement, elle nous a fait tourner autour du canapé, on s’est bien marrés.es. »
« Quand vous parliez de vous protéger de l’ED et de Code Réno… »
B. : « Je ne vois pas le rapport de cette question avec ma réponse. »
« Vous vous êtes intéressé à ces vidéos ? »
B. : « Oui, après mon permis de chasse, parce qu’ils parlent d’armes. »
« Y a-t-il d’autres vidéos que celles de l’ED qui pralent d’armes ? »
B. : « C’est pas les gauchistes qui parlent d’armes. »
« Vous n’êtes pas très proche de l’ultradroite ? »
« Pas vraiment… » -rires-
« Et le survivalisme ? »
B. explique que chercher une maison isolée n’est pas synonyme d’isolement social. Il dit ressentir un sentiment d’anxiété mais pas au point de s’armer, et pas avec ce type d’armes. B. : « Je ne voulais pas me couper du monde ni arrêter d’aller sur internet. »
La présidente reprend et aborde un « projet ».
«Vous dites qu’il faut ‘’prendre les armes où elles sont, chez les militaires’’. »
B. explique qu’à deux heures du matin il n’y a pas de limite à ce qu’on peut théoriser. Ce n’est pas une projet pour autant.
La présidente cite à nouveau un extrait de GAV à charge contre F.
B. : « Je lui charge la mule. A ce moment-là je rentre dans un scénario qu’on me rentre dans la tête. »
Elle le coupe pour reprendre la lecture de l’interrogatoire.
« Refaire le monde, ça passe nécessairement par viser les policiers et les militaires ? »
B. : « Non mais on parlait aussi des révolutions, ou historiquement. »
« Qu’est-ce que vous avez contre les policiers et les militaires ? »
B. : « Rien. »
« Dans les extraits vous chargez F. »
B. : « Les policiers m’ont dit que F. avait été retrouvé ‘’le doigt sur la gâchette’’. Ces aveux ont été obtenus dans de mauvaises conditions, ce sont de faux aveux, je les conteste. Ils m’ont bourré le crâne de ce récit. Ils m’ont réveillé la nuit pour me redonner leur récit. Ce qui est sûr c’est que F. n’a jamais essayé de nous recruter. »
16h55 : PAUSE.
L’audience reprend à 17h27
La conseillère commence à poser ses questions :
« Vous n’étiez pas assisté de votre avocat après les arrestations alors que la question vous a clairement été posée, pourquoi ? »
B. : « J’étais dans un état psychologique très compliqué et affaibli, j’étais détruit, je ne comprenais pas les chefs d’accusation. »
« C’est important pourtant un avocat. »
B : « Oui c’était une très mauvaise décision. Je n’avais pas moyen de réfléchir sereinement. »
La conseillère de droite prend la parole :
« Sur le fait de charger la barque, répondre n’importe quoi a aggravé la situation parce que vous disiez ce qu’ils avaient envie d’entendre. Elle cite une déclaration de GAV où B. affirme que F. était content de la grosse explosion qu’iels avaient réussi à obtenir. »
B. : « Je ne me souviens pas que j’ai dit que F. était content donc… »
« Qui transportait les produits (pour les explosifs) ? »
B. : « Tout le monde, sauf le « gros produit », c’était F. car c’était plus dangereux. Gros produit c’était le produit chimique le plus dangereux, ça nous faisait quand même un peu peur. »
La présidente cite un autre passage lors duquel la question portait sur les « projets » de F. de tuer des policiers ou des militaires et où B. l’accuse de les avoir traités de lâches.
B. : « Là c’est un exemple parfait où j’ai peur et je charge la mule. »
Cons. dr. : « Mais ça veut dire que vous mentiez ? »
B. : « Les agents me disent que si je ne charge pas F. je vais tomber avec lui et prendre 15 ans. La discussion sur tuer des flics a eu lieu mais ce n’était pas un projet. J’ai accrédité le discours de la DGSI. Le projet n’était pas réel. »
« Charger la mule c’est parce que les éléments sont vrais ? Je n’arrive pas à comprendre, aujourd’hui vous niez tout. »
B. : « Cette discussion sur tuer les flics, aller chercher les armes où elles sont, a eu lieu mais ce n’était pas un projet. A ce moment là, pendant la GAV, j’accrédite la parole des enquêteurs parce que j’avais peur c’est pour ça que je dis « charger la mule », mais je réfute le fait qu’il y ait un projet c’était juste de la théorisation. »
« Pourquoi avez-vous eu cette conversation ? »
B. : « On n’a pas eu que celle-là ! On a beaucoup parlé, beaucoup bu. »
« Vous dites que vous aviez bu, mais cette alcoolisation n’est pas mentionnée dans les auditions de GAV. Ca vient tardivement.
B. : « Au début j’étais trop choqué. Et l’alcool était omniprésent dans ma vie, j’avais un problème avec l’alcool. »
L’avocate générale demande de projeter quelque chose après ces questions avant de prendre la suite des questions :
« Le 11/04/20 vous avez fabriqué des pétards ou des explosifs ? »
B. : « C’est la même chose. »
« Mais vous avez fabriqué quoi des pétards ou des explosifs !!? »
B. : « J’ai fabriqué des explosifs. »
L’avocate générale débute son interrogatoire :
« Le mot pétard n’apparaît nulle part dans vos auditions. »
B. : « J’appellerais ça ‘’pétard’’ pour appuyer sur le côté ludique, mais techniquement ce sont des explosifs. »
« Quel type de matériel F. a-t-il amené ? »
B. : « De l’engrais et des mèches. »
« Ça ne vous a pas mis la puce à l’oreille ? Ca semble dangereux pourtant ? »
B. : « Ça ne m’a pas choqué. »
« Vous aviez connaissance du savoir-faire de F., comme déclaré en GAV ? »
B. : « C’est quelque chose qui a été amené par la DGSI. »
« C’est la même version apportée par W. Ce sont deux mensonges des deux côtés ? »
B. : « C’est logique si on nous a servi le même discours. »
« Est-ce que F. était attaché au fait que la recette se sache pas en France ?
B. : « Aucune idée. »
« Est-ce que vous confirmez qu’il y a eu une recherche sur internet ? »
B. : « Oui. »
« Racontez nous l’épisode du bateau. »
B. : « On a mis des fusées, des pétards dans une maquette de bateau en bois, on a tout allumé sur un lac avec de la musique, c’était très drôle, on a beaucoup ri. »
« Pourquoi et comment cette version du bateau est-elle arrivée en GAV, d’où vient-elle ? W. n’en a pas parlé en GAV. »
B. : « Ça m’est sorti de la tête à ce moment-là. »
« Est ce que F. avait évoqué avoir déjà fabriqué des tests d’explosifs ? »
B. : « Je ne me souviens plus, potentiellement. »
« Ça ce n’est pas la DGSI qui vous le souffle ! Ca vous en parlez au juge d’instruction Monsieur ! »
B. Demande la citation précise dont il est question.
Il s’agit de tests que F. aurait déjà faits au bord d’une falaise, faits confirmés par B. par la suite devant le magistrat instructeur.
B. répond mais difficilement, il est très ému.
B. : « C’était devant la DGSI, quand on se fait matrixer le cerveau à ce point là on ne s’en remet pas rapidement. En sortant de GAV j’étais persuadé que F. était l’ennemi public n°1, j’ai mis plus d’un an à comprendre ce qu’il s’était passé. »
AG : « Le 04 mars 2021 vous êtes libre, pourquoi ne dites-vous pas une seule fois que ces mots vous ont été soufflés par la DGSI ? »
Elle s’emporte, elle crie avec beaucoup d’agressivité.
« Par rapport à la fabrication d’explosifs, quels liens faites vous entre l’anarchisme et la fabrication d’explosifs ? »
« Vous poursuivez : ‘’Je ne le reproduirai jamais, ce n’est pas mon chemin’’. »
B. : « Je ne connais pas le chemin de F., je peux vous raconter le mien. »
« Par rapport aux exercices de progression tactiques, qu’est ce que vous avez fait ? »
B. : « On a fait des colonnes par binômes, on passait les un.es après les autres au commandement de la colonne, c’était drôle, on s’amusait. »
« Vous redites exactement la même chose que la DGSI, est-ce que le « commandement de colonne, c’est aguerrissant ? »
B. : « J’espère que les forces de l’ordre ont un autre entraînement que le nôtre ! »
« Sécuriser les angles, armes en mains, avec des meneurs, des suiveurs, ça me fait quand même penser à un entraînement paramilitaire. »
B. : « J’espère qu’ils ne tournent pas autour d’un canapé ! »
« Qu’est-ce que le tir de vitesse ? »
B. : « Je disais ça en rigolant parce que la Chiapa ne permet pas le tir de vitesse. »
« Vous dites partout qu’il y avait de l’alcool, là aussi ? »
B. : « Oui potentiellement quelques bières. »
« Combien y a-t-il eu d’exercices de progression tactique ? »
B. : « Trois ou quatre »
« En GAV vous parlez de deux après-midi, vous avez donc fait plusieurs sessions, si je peux me permettre le jeux de mot : c’était pas un »one shot ! » ? »
B. : « Je ne me souviens pas de deux après-midi. On a fait plusieurs parties mais c’était une activité mineure parmi d’autres. »
« Les armes utilisées à ce moment-là ? »
B. : « Des répliques d’airsoft. »
« Vous avez déclaré ‘’armes réelles et lourdes’’, ‘’Pica’’, il y a une similitude avancée avec des armes d’assaut ».
« Est ce que F. a essayé votre carabine ? »
B. : « Je ne crois pas. »
« Pourtant vous avez fait une déclaration différente. Et pourquoi vous aviez un silencieux ? »
B. : « Pour ne pas déranger les voisins. »
« Et le bruits des explosifs, vous n’y pensiez pas ? »
B. : « Non, à ce moment là on ne pensait pas à ça. »
« Est-ce que vous avez vu les armes de F. ?
B. : « J’ai vu les répliques »
« Le canon scié : vous les avez vus ? »
B. : « Il n’y en avait qu’un. »
« C’est vrai. Ça ne vous a pas choqué ? »
B. : « Non, on en voit partout à la campagne des armes, dans les brocantes… »
« On n’est pas dans une brocante de campagne là, c’est dans le coffre d’un camion. »
B. : « Ça ne m’a pas choqué on en voit beaucoup. »
« Vous avez vu la photo de F. au Rojava en martyr. Ça vous dit quelque chose ? »
B. : « Je ne sais pas. »
« Ça ne vous a pas choqué non plus de voir sa photo de potentiel martyr ? »
B. : « Ça peut étonner mais c’est un autre contexte donc ça ne m’a pas choqué. »
« Vous n’avez pas eu peur ? Cette photo alliée à l’armement et son projet de s’en prendre aux forces de l’ordre ? »
B. : « Non, car il n’y avait pas de projet. »
« Est ce que vous aviez visionné des vidéos d’extrême droite dans lesquelles ils montrent des progressions militaires ? (D509) »
B. : « On ne se préparait pas pour lutter contre les fachos. »
« Il ne s’agit pas de charger la mule, vous n’êtes pas à la DGSI. »
« Cinquième audition de GAV : vous confirmez que F. a d’avantage parlé de policiers que de militaires. »
« Si je fais le compte il y aurait eu une conversation aviné et une dans laquelle vous évoquez le fait de »tuer des poulets ». »
B. : « On rigolait pour la deuxième, après cette citation il y a des rires. »
« Oui enfin il peut y avoir différents types de rires, des rires nerveux, d’émotion, etc., la cour fera la part des choses tout comme sur l’influence de l’alcool. »
L’avocate générale égraine des dates : « 11 avril 2020, essai explosifs, 2 mai exercices de protection tactique, 12 mai vous parlez de ‘’tuer des poulets’’… Pourquoi après cela vous allez aider F. à acheter une arme ? »
B. : « Justement si j’avais cru qu’il avait un tel projet, je ne l’aurais pas aidé à acheter un fusil. Je ne l’ai pas acheté pour lui. »
« Dans une conversation du 8/06/20 on entend que vous allez à l’armurerie, que vous contactez le transporteur, vous demandez à H de réceptionner le colis, c’est donc vous qui gérez tout ça ? »
B. : « Oui c’est moi qui l’achetais. »
« Qui l’a acheté ? Je veux dire avec quel argent il a été acheté ? »
B. : « Avec l’argent de F. »
« Vous avez reconnu avoir effectué des recherches ensemble pour trouver un fusil à pompe. Pourquoi cette arme vous intéresse-t-elle tous les deux ? »
B. : « ‘’Fusil à pompe’’ ça peut faire peur mais c’est le calibre le plus utilisé pour la chasse en France et dans le monde. »
« L’expertise balistique sur votre fusil provenant de Turquie révèle que c’est un fusil avec un mécanisme à pompe. Donc il est à POMPE !!! » [Elle répète plusieurs fois pour insister sur la gravité présumée d’avoir un fusil A POMPE]
B. : « C’était un fusil de chasse, je l’ai acheté parce qu’il était en promo, c’était une très bonne affaire. On a convenu que si l’arme ne me plaisait pas, je lui revendrait après qu’il (F.) ait passé son permis de chasse, sinon je la gardais. »
« 07 octobre 2020 : F. et M. discutent de cette arme et F. se plaint que vous n’êtes pas trop ‘’chaud’’ pour qu’il le récupère. Pourquoi ? »
B. : « Je n’ai pas souvenir de cette conversation. J’ai acheté cette arme, je l’ai aimée, je voulais la garder. »
« Lorsqu’il a été interrogé votre père dit que vous lui aviez confié avoir rencontré un type avec qui vous aviez fabriqué des petits explosifs et que vous aviez coupé les ponts. Ca ne concorde pas avec les conversations que vous déclarez avoir eues avec F. par rapport au fait que vous vouliez garder l’arme. »
B. : « Je ne me souviens plus de cette conversation avec F. »
L’avocate générale demande à projeter le MMS en date du 13 juillet 2020, le fameux « plan de sécurité du 14 juillet ».Elle décrit le document.
« Qu’est-ce qui fait que vous en êtes venu à recevoir le plan de la sécurité du 14 juillet ? »
B. : « Je n’ai jamais reçu les plans de la sécurité du 14 juillet j’ai reçu un détournement, le dessin a été changé pour former un dessin phallique [il s’agissait d’un meme, NDLR]. J’ai découvert dans le dossier un plan que je n’ai jamais reçu, la DGSI a menti. Je voudrais pouvoir en apporter la preuve, mais mon téléphone est sous scellé et je ne peux pas y accéder. »
AG : « Je considère que ce PV est horodaté. Ces plans sont accessibles sur le site du ministère des armées. Je ne vois pas la dimension humoristique. »
« Vous avez parlé d’airsoft en disant que ça devait se rapprocher au plus de la réalité mais vous parlez aussi « d’airsoft canapé ». Expliquez. »
B. : « Les répliques sont des répliques d’airsoft mais dans la pratique ce qu’on faisait ce n’était pas vraiment de l’airsoft, d’où l’utilisation humoristique du terme »airsoft canapé ». »

La seconde avocate générale prend la parole : « Vous ne trouvez pas qu’il y a quelque chose de contradictoire entre insister sur la dimension ludique et le fait que vous vous exerciez à faire de la progression tactique ? ‘’Jouer à la guerre’’ vs ‘’les armes factices doivent être le plus réalistes possibles’’ ? »
« Cela fait partie de la prévention, dont la cour est saisie, de projet d’actions violentes. Vous insistez sur les pressions effectuées par la DGSI. » Elle cite encore des propos de GAV à charge contre F.
B. : « J’étais traumatisé par mon arrestation, je n’avais pas mangé depuis plus de 24 heures, j’ai adhéré au scénario de la DGSI. »
« D’autres camarades n’ont rien dit en GAV, vous aviez des manuels contre la justice antiterroriste et sur la GAV comment ça se fait ? »
B. : « Si je les avais lu j’aurais évidemment réagi comme ça ! », dit-il ironiquement.
« Devant le magistrat instructeur par la suite, vous aviez récupéré vos esprits puisque vous étiez en liberté… »
B. : « J’ai déjà répondu à cette question mais je vais y répondre à nouveau. Le scénario que la DGSI m’a mis dans la tête n’est pas sorti de ma tête en 24 heures. Je suis sorti médicamenté. »
L’avocate générale lui coupe la parole pour lire des extraits d’une audition chez le juge d’instruction.
« Par rapport à l’association, en audition on vous entend discuter avec L. et W. »
Elle lit des déclarations où ils parlent du public qu’ils visent avec leur association.
« De plus, vos amies déclarent avoir prêté leur noms pour une association d’airsoft ? »
« C’est ce qu’on retrouve fréquemment dans les dossiers terroristes, des structures-vitrine. On voit que ce qui est recherché ce sont des personnes politisées, motivées, est-ce qu’il s’agit de jeu ? »
B. : « J’ai découvert cette association pendant cette affaire. L. ne m’en a jamais parlé. Cela me surprend beaucoup car L. ne nous prenait pas pour des personnes motivées. »
Elle cite un propos : « Il faut des gens qui ont conscience du contexte géopolitique. »
L’avocate générale cite une déclaration dans laquelle L. dit : « J’ai juste proposé d’avoir un groupe, W. et B. sont les plus motivés, ça n’a pas de prix. »
B. : « On n’avait pas d’autres projets que la juterie. »
Les armes et la Turquie. Elle cite un extrait de GAV où il est fait mention d’aller « à la source » pour acheter une arme turque.
B. : « J’ai acheté un fusil turc, je ne suis pas allé en Turquie pour l’acheter. Je ne suis pas allé ‘’directement à l’usine’’, je vois mal une usine faire des portes ouvertes, c’est une blague.
Défense :
Citation de toutes les cotes où il question du bateau prouvant qu’il a bien existé et occupé les prévenus, qui voulaient le faire cramer.
Bouillon, avocate de F. :
« Si F. avait entrepris un projet, en auriez-vous parlé à la DGSI ? »
B. : « Oui. »
« Est-ce que vous auriez laissé traîner une dette avec F. si vous aviez eu connaissance d’un projet ? »
B. : « Non. »
Méchin, avocat de F. :
« Dans un courrier adressé à sa mère, W. dit qu’il ‘’veut donner à la justice tout ce qu’elle veut’’. Est-ce que c’est ce que vous avez tenté de faire ? »
B. : « Oui. »
Bonaglia, avocat de F. :
« C’est de l’affabulation policière ! Le lien avec l’association ‘’la passion des amis’’ est malhonnête. W. appelle L. et met sur haut-parleur, ils parlent du projet de s’installer en Ariège, de créer une SCI ou une association. Est-ce qu’il s’agit de la même association ? »
B. : « Non, je ne pense pas. Je ne sais pas, L. ne m’en avait pas parlé. »
Maître Bonaglia demande à B. de parler de son arrestation.
B. raconte les hommes cagoulés, la chienne qui aboie à 6 heures du matin, la cagoule sur la tête, la camisole pour l’entraver, le transport en train, son arrivée à Levallois-Perret à 19h. L’interrogatoire débute à 21h10 et s’achève à 23h15. Au total, B. a été auditionné douze heures et trente minutes, puis il a fait un malaise lors de la GAV. Les pompiers interviennent.
B. : « Je ne m’en souviens quasiment pas. Un médecin me prescrit un anxiolytique [alprazolam, NDLR] puis l’interrogatoire reprend. Puis je suis déferré. »
A ce moment B. est très ému.
« La première fois que vous rencontrez un avocat c’est une minute avant l’interrogatoire par le juge d’instruction. »Matteo
Bonaglia : « Sur l’explosion, vous notez qu’il n’y a pas de cratère »
« Vous évoquez des relations que vous avez avec des policiers, bonnes. Est-ce que vous avez une pensée critique sur les institutions policières et judiciaires ? »
B. : « Oui bien sûr, ce n’est pas pour ça que je veux mettre une balle dans la tête de quelqu’un ! »
« Venons-en à l’airsoft. Pourquoi ne pas avoir joué à l’airsoft ? »
B. : « Je trouve ça trop dangereux. »
« Vous n’étiez pas prêt à tirer des billes dans le cadre du jeu. Conditions de sécurité aussi dans le stand de tir qui est installé au fond du jardin (tréteaux). »
***
« Vous avez déclaré chacune de vos armes, vous aviez le permis de chasse, avant de rencontrer F. »
« A quel moment vous parler d’aller ‘’prendre les armes où elles sont’’ ? »
B. : « Au moment du départ de C. »
« Donc l’armurerie, les permis… Tout cela arrive après la discussion sur un soi-disant projet d’atteinte aux forces de l’ordre. »
Visionnage des vidéos du bateau. Il y en a trois. On voit une petite barque est posée sur une rivière, on voit W. et B., ils rigolent beaucoup. Une musique est diffusée en fond, il s’agit de musique classique mélodramatique. Puis une musique de type cartoon : reprise de la Marseillaise par Tchaïkovski. La barque est pleine de fumée. Quelques fusées s’élancent de temps en temps. Puis la barque prend feu.
La présidente demande qu’on interrompe le visionnage, jugeant que cela a très bien illustré.
