Reprise audience 9h41
F. est appelé à la barre
F. décline sa date de naissance, son lieu de naissance et le contexte familial dans lequel il a grandi. Se poursuivent des questions sur la scolarité, ses goûts musicaux : « Que trouviez-vous dans le punk ? », sur ses études au lycée et sa formation de technicien dans un laboratoire animalier, durant laquelle il fait un stage à Paris et découvert cette ville et le milieu punk. On lui demande à quel âge il a arrêté les études.
Commentaire du parquet : « Ça doit être dur humainement de travailler dans ces laboratoires et de voir les animaux souffrir.»
La présidente prend la parole et lui demande :
« Quand vous rejoignez les squats, est ce pour y retrouver des ami.es ? Des gens du milieu punk ? » en faisant allusion à une photo de 2010 sur laquelle il a une crête.
« Dans cette culture punk, la panoplie ça veut dire quoi ? »
F. : « Ce sont des signes de contestation, de provocation, de critique du système… »
« Au delà des fringues, cela se traduit aussi par un mode de vie ? »
F. : « Ça se traduit par la lutte dans les squats, pour le droit au logement, afin que tout le monde soit logé, c’est agir face aux critiques qu’on émet, faire des concerts à prix libre par exemple. Mais je reconnais des points négatifs comme les consommations abusives de drogues et d’alcool. »
F. est ému concernant l’évocation de l’alcool, la présidente s’adoucit. C. se met à pleurer et quitte la salle.
F. : « Puis il y a eu la CREA à Toulouse, c’était un collectif qui ouvrait des bâtiments pour loger des familles à la rue. C’est une procédure complexe d’ouvrir des squats. »
« Dans le Nord il y avait aussi la question des migrants, notamment à Calais, vous n’avez jamais fait ça là bas ? »
F. : « Pas à cette époque, la CREA m’a fait du bien, ça a remis du sens dans mes choix. »
« A l’époque vous aviez un camion? »
F. : « Oui, parce c’était trop précaire de n’être qu’en squat. Les squats tenaient en général 8 mois à 1 an, souvent on trouvait l’énergie d’en rouvrir mais c’était fatiguant. Des copains avaient commencé à acheter des camions, ça facilitait les choses, donc j’ai suivi le même modèle. On avait juste à trouver des bâtiments avec peu de chambres et de la place. »
« Vous aviez un chien ? »
F. : « J’en avais deux, T et… [F. se met à pleurer] et S décédée à l’age de 17 ans, quand j’étais à l’isolement. »

Suspension de l’audience 10h07.
Reprise 10h19.
Les questions reprennent au sujet de sa famille : « Êtes-vous toujours en lien ? Avez vous de bonnes relations avec vos parents ? »
F. : « Avec ma mère oui, avec mon père moins. Il m’a dénoncé aux flics quand j’ai voulu aller au Rojava. Même si j’ai gardé contact avec lui quand j’étais là bas, à mon retour on a eu un échange houleux qui nous a éloignés. »
F. commence à parler de la ZAD de Sivens en fin 2013.
F. : « Je suis passé à un rassemblement d’information, puis nous sommes allés construire des cabanes. »
La présidente interrompt :
« On ne va pas uniquement construire des cabanes sur une ZAD ! On va aussi militer ! Il y avait quelle genre de personne sur zone ? »
F. : « Des punks à chien, des hippies, il n’y avait pas de confrontations. J’étais surpris de voir des hippies, j’étais punk donc plutôt anti-hippies mais ça m’a fait du bien la perspective de construire quelque chose ensemble pour l’avenir. »
« Enfin des hippies… On va arriver à la violence. »
F. : « De janvier à septembre 2014 il n’y a eu aucune violence, aucune confrontation. »
« Mais le départ c’est de s’opposer à un projet donc on est prêt à tout faire ! »
F. :« Non, on n’est pas prêt à « tout faire », quand il y a eu des expulsions je me suis mis nu sur une caravane. »
« Vous étiez là en octobre 2014? »
F. : « Non, en septembre je suis reparti faire des vendanges, il y a eu des confrontations à ce moment-là. Des personnes sont venues exprès. Je suis revenu après, mi-septembre. On s’accrochait dans les arbres. Les policiers m’ont attrapé mais je n’ai pas été poursuivi. Les paysages étaient très beaux mais ils se faisaient détruire et il n’y avait plus rien à protéger, pour moi c’était perdu depuis la déforestation donc je suis parti. Je n’étais pas présent lors de la mort de Rémi Fraisse. »
« Vous êtes allé dans d’autres ZAD ? »
F. : « Oui à Notre Dames des Landes pendant un week-end. »
« Vous êtes allé à Calais ? »
F. : « Oui, je suis allé à la jungle de Calais parce que je voulais aider les migrant.es, je ne savais pas trop comment. Au début j’étais avec une association qui s’occupait de récupérer et trier les dons, c’était utile mais je me sentais loin des personnes que je voulais aider, j’avais envie d’être plus au contact donc je suis allé faire des distributions en essayant de faire en sorte que ce soit le plus adapté possible aux besoins. Avec ma compagne de l’époque on s’est posé.es en camion près d’une école. »
La Présidente l’interrompt et enchaîne :
« Ce sont des zones très conflictuelles donc vous allé à des endroits où vous savez qu’il y aura des évacuations et des confrontations ? Est-ce que tout cela rejoint une posture, une volonté de contestation politique ? »
F. : « A Sivens pendant la période où j’y étais il n’y avait pas de confrontations, quand il y en a eu je suis parti. Et à Calais je suis allé donner des cours de français après les distributions. J’y trouvais ma place quand j’arrivais à être vraiment utile. Par exemple quand on arrivait à faire des jeux de mots en français avec des personnes qui ne le parlaient pas du tout quelques semaines avant. C’était une mise en actes de mes convictions et ça permettait d’aider des gens. »
« Au delà de cette solidarité, est-ce que ça impliquait chez vous une contestation de la société ? De ce système ? Comment voulez-vous changer le système ? »
F. : « Cela commence par soi-même, et par une critique de la société capitaliste. Mais je fais partie de la société, et les personnes migrantes aussi, qu’on le veuille ou non, on fait partie du système.»
« Vous avez bien compris que ce qui m’intéresse ce sont les moyens que vous voulez mettre en œuvre ? »
F. : « A son échelle, une échelle réduite et locale, on peut essayer de s’inspirer du confédéralisme démocratique pour faire face au capitalisme qui détruit le vivant. »
La question suivante porte sur le Rojava.
F. : «Je suis très inspiré par le mouvement kurde, à l’échelle locale, communale, ça permet d’agir à son niveau, avec ses voisin.es, au delà des étiquettes politiques. J’ai connu ce mouvement en 2014, avec la bataille de Kobané où les Kurdes se défendaient contre DAESH, j’ai lu des ouvrages sur le confédéralisme démocratique. Au début c’était juste de l’information puis c’est devenu un fantasme. J’ai fait le parallèle avec Orwell, et son engagement dans la guerre d’Espagne qu’il décrit dans «Hommage à la Catalogne ». C’est une réalité qui fait réfléchir. Je m’étais dit que je ferais comme Orwell sauf que là c’était DAESH. C’est atroce, ça touche.Je me suis séparé de ma compagne et j’ai donc quitté Calais pour aller au Rojava. »
F. évoque les trois choses qui l’ont mené à agir en solidarité avec le Rojava. La conscience des atrocités perpétuées par DAESH, l’imaginaire révolutionnaire d’Orwell et les perspectives politiques kurdes.
F. est ému à ce moment-là.
« Quand on part là-bas on sait que c’est la guerre, les armes, vous y aviez réfléchi ? Vous étiez préparé à ça ? »
F. parle de séances de méditation où il se questionnait le matin, à savoir si il était sûr de vouloir partir. Il pensait être prêt mais il était sans doute à coté de la plaque. Il avait fait l’erreur de ne pas discuter avec des personnes qui étaient parties et il n’était donc pas assez préparé. Il ne savait pas quel serait son rôle sur place. Il explique avoir choisi le côté militaire au côté civil, car coté civil, iels recherchaient plutôt des ingénieur.es.
« Vous êtes allé dans des groupes militaires dans lesquels le risque de mort à la fois de soi-même, mais aussi de ses proches, était présent, vous étiez prêt ? »
F. est à nouveau très ému.
F. : « Je ne pense pas que j’étais vraiment prêt. »
« Vous avez fait quoi là-bas ? Qu’est ce qu’on apprend sur place ? »
F. explique être d’abord entréà l’académie, avoir pris des cours de Kurde. Qu’on leur présentait le projet politique du Rojava et qu’on leur avait montré le B.A.-BA du maniement des armes (Kalachnikov, Draguinov), à savoir les démonter et les remonter. « On tire quinze balles avec une arme, cinq avec une autre, on voit quelqu’un lancer une grenade. c’était très rudimentaire, et c’est léger comme mot. »
Il explique qu’à la suite de cette formation sommaire , iels étaient assigné.es à leur Tabor ( unités )
« Vous faites quoi avec votre unité ? »
F. explique avoir été dans une unité kurde avec des quadros (personnes qui se dévouent à la lutte et s’engagent à vie ) Il explique qu’il s’agit de personnes porté.es par le projet politique kurde et que ça lui correspondait. Qu’il souhaitait être avec des kurdes et non des internationalistes. Il ajoute avoir mis longtemps avant d’aller au front.
« Vous êtes allé au front directement ? Vous avez été confronté à quoi au front ? »
F. explique qu’il ne s’est rien passé. Il dit y être allé mais être resté en base arrière. Il précise avoir été envoyé au front en juin puis être reparti en arrière. Il mentionne la présence de deux lignes de front et explique être resté sur la seconde à 3 ou 4 km des combattants et de la première ligne. Il explique avoir fait trois opérations qui ont duré quatre ou cinq heures. La première fois il est arrivé de nuit, il a du suivre les indications à l’aveugle et ne comprenait pas forcément tout ce qu’il se passait.
« Vous aviez peur ? »
F. : « Oui mais une personne me disait ce que je devais faire et j’arrivais à le faire. A un moment il y a eu des tirs, je ne comprenais pas. Des personnes ont ouvert une maison et on est allé.es dedans. »
« Vous n’avez jamais été sniper, alors ? »
F. explique que les kurdes ont tendance à vouloir éviter au maximum la mort des internationalistes. A un moment ils lui ont donné un fusil à lunettes pour qu’il couvre des camarades kurdes mais ils se sont trompés de chemin et ils sont repartis, il explique qu’il s’agit de sa seule expérience avec un fusil à lunettes.
« Y avait-il un groupe de combattants spécialisés dans les explosifs ? »
F. : « Il y avait ceux qui les confectionnent et ceux qui déminent. C’est le sabotage tabor. »
« Vous en avez fait partie ? »
F. : « Non. » Il explique n’avoir jamais travaillé avec les démineurs et raconte l’histoire d’un internationaliste qui serait mort très rapidement en déminant.
« Vous êtes resté combien de temps ? »
F. : « Dix mois. »
F. explique une deuxième opération à laquelle il a participé où ils se sont fait tirer dessus. il s’occupait du GPS pour transmettre leur position, lors d’une demande de soutien aux armées française ou américaine. Ce qui était la stratégie à ce moment là.
Lors d’une troisième opération, son rôle était de tenir une position au front. Dans la nuit une roquette est arrivée. « J’étais persuadé qu’elle était pour moi. »
Il explique qu’après cette expérience, il a souhaité retourner à l’arrière.
« Vous pouviez retourner à l’arrière si vous le demandiez ? »
Il raconte qu’en tant qu’internationaliste il était possible de demander à partir même si c’était dur, parce que ça impliquait d’assumer d’avoir peur. Qu’il y avait parfois cette tendance à vouloir passer pour un homme fort qui n’a peur de rien.
Le ton de la présidente s’adoucit.
« Il vous reste quelque chose de cette expérience ? Souffrez-vous d’un stress post-traumatique ? »
F. est à nouveau très ému.
F. explique qu’il n’a pas toujours été à l’aise avec ce mot mais qu’il se sent marqué. « Je pense que je n’ai pas accepté tout de suite d’avoir été réellement impacté.»Il explique avoir voulu jouer le rôle d’un homme fort.
« Ça fait aussi parti des problèmes, il faut aussi réussir à sortir ce qui ne va pas. Vous êtes allé voir quelqu’un ? »
F. raconte en avoir beaucoup parlé à ses ami.es, notamment à L qui étudiait la PNL. Il pensait ne pas avoir besoin de psy puis avec la procédure il n’avait pas d’espace pour ça.
« On voit qu’après ce type d’expérience, revivre des faits est une manière de les dépasser ou travailler dessus. Ça fait partie des arguments dans la procédure : vous en pensez quoi ? »
F. rappelle qu’il a joué à l’Air Soft depuis tout petit et qu’il y a donc toujours joué mais que lapratique avait eu un rôle cathartique, qu’il avait eu besoin de faire quelque chose avec ça.
« On a retrouvé sur votre téléphone des chansons [cite plusieurs titres de chansons: « Balle dans la nuque », « Black Block terroristes » « Le sentier de la guerre » « Djihad de classe », NDLR], c’est quand même ciblé si je peux me permettre, mortifère !…On est dans le combat et la violence ! Quand on trouve des éléments comme ça, c’est toujours le même focus sur la violence. »
F. « Il y a des choses que j’écoutais à 16 ans ».
Il précise qu’on peut aussi retrouver des chansons anti-militaristes et que le panel de musique est très large. Qu’il s’agit d’éléments sélectionnés au sein d’un grand nombre de documents.
Il évoque une chanson sur le colibri.
« Vous pensez quoi de Pierre Rabhi ? »
F. a lu des choses sur Pierre Rabhi… à Sivens. Mais Il pose des critiques en évoquant les dossiers d’agressions sexuelles.
La juge revient sur les musiques présentes dans son téléphone.
F. défend son droit à écouter ce qu’il souhaite. Il précise qu’Il y avait aussi d’autres dossiers comme « gestion de conflits », « communauté », ou sur le projet des Kurdes au Rojava, le confédéralisme démocratique.
F. « c’est un projet démocratique qui a comme objectif que pleins de communautés puissent vivre ensemble, on y travaille la question de la justice restauratrice, transformatrice… »
Il revient sur les valeurs qui lui parlent et ce qui l’inspirent dans le projet kurde. Il explique que le conflit n’est qu’une nécessité mais n’est pas le but.
« On a retrouvé également des photos de randonnées, sur lesquelles des personnes brandissaient des drapeaux du PKK. et de groupe antifa basques.
La présidente revient sur les scellées et des fanions d’anarchistes et antifascistes basques, elle les compare à l’ETA. « Si on parle d’ETA, c’est du marxisme-léninisme, rien à voir avec l’anarchisme.»
« Les blacks bloc lors de manifestation, comment voyez-vous ça ? Y avez-vous déjà participé ? »
F. : « Je ne vais pas tellement en manif, je connais la stratégie du bloc mais je n’en fait pas partie. »
« Pourtant, chez votre mère, on retrouve toute la panoplie du black bloc, des protections pour les jambes, des boucliers… »
F. : « Il y avait des haches en mousse, des boucliers médiévaux… C’est du jeu de rôle. Je ne vais pas faire beaucoup d’émeutes chez ma mère ! »
« Bon … »

Conseillère 1 prend la parole
« Vous n’avez pas communiqué l’identité de personnes qui auraient pu témoigner en votre faveur, pourquoi ? »
F. : « Je n’avais pas envie de faire subir ce que j’ai subi à qui que ce soit. »
« Est-ce que vous avez accepté l’expertise psy ? »
F. : « Non, sur conseil de mes avocat.es. »
Il évoque sa SPIP et son suivi psy
« Vous avez été incarcéré où ? »
F. répond qu’il a été incarcéré A Bois-d’Arcy. A l’isolement.
« J’ai vraiment eu l’impression que j’allais disparaître.» [pleurs]
Les avocates générales
L’une d’elle s’offusque que la juge n’ai pas questionné sur certains points : ses autres voyages ainsi que ses relations avec C. et les autres prévenu.es.
La présidente intervient :
« Vous êtes allé trois fois en Grèce, pourquoi ?»
S’en suit un laïus de la présidente sur les mouvements anars violents sur place.
F. explique qu’il y a différents types de mouvements en Grèce, certains sont créatifs et d’autres violents mais ces derniers ne défendent pas grand chose.
Il raconte. : La première fois c’était pour des vacances, sur la route du Rojava. » Il s’est rendu dans des squats qui s’organisent autour de l’aide aux personnes exilé.es et n’a pas fait grand chose. « Je ne pensais qu’au Rojava. »
La deuxième fois, il a participé à une réunion pour des internationalistes qui se préparaient au voyage, avec d’autres internationalistes qui avaient été au Rojava. Ils étaient d’accord sur le fait que c’était très différent de l’image qu’ils avaient en amont « On avait envie que les personnes sachent mieux comment c’était, pour que les personnes y aillent le fassent en connaissance de cause. », sans être sous l’emprise d’un romantisme révolutionnaire aveugle.
Il explique être ensuite tombé amoureux d’une personne et a voulu rester en Grèce pour être avec elle, « jusqu’au moment des vendanges que je ne voulais pas louper ».
« Pouvez vous nous expliquer ce que représentait Exarchia pour vous ? »
F. : « Un quartier de tourisme militant. » Il explique qu’une grande partie de la lutte à Exarchia repose sur l’aide aux personnes exilé.es.
« Vous n’avez pas de contact avec des groupes radicaux grecs ? Les Cellules de Feu ? ».
F. précise que ce sont ses avocat.es qui lui ont présenté la brochure lorsqu’il était enfermé. A l’époque il n’avait pas lu la brochure. Il l’a lu par la suite.
Il explique n’être absolument pas en accord. « Je trouve ça abruti de déstabiliser un État sans prendre en compte ce que le peuple veut. » Il argumente sa critique de la pensée avant-gardiste des cellules de feu en prenant l’exemple syrien. Ce ne sont pas pour lui des modes d’actions valables et ne se sent en aucun cas lié à ces personnes.
La présidente rappelle des attaques à la grenade en 2016 avec des tags en mémoire de Rémi Fraisse, des incendies en 2017 sur des institutions françaises en Grèce : « Que pouvez-vous en dire ? »
F. : « Je désapprouve, ce n’est pas lié. »
« Vous êtes-vous déjà rendu en République Tchèque ? »
F. : « Oui, j’avais prévu d’aller en Belgique puis je suis allé en République Tchèque pour participer à des discussions autour de la question du Rojava, notamment avec des gens qui voulaient s’y rendre afin de les mettre en garde sur ce qu’iels allaient y trouver. »
«Comment c’était organisé ? Via des associations ? Le CCFR par exemple ? Comment vous financiez vos déplacements ? »
F. : « Avec le RSA et mes revenus liés aux travaux agricoles, j’avais peu de dépenses. »
L’avocate générale reprend la parole.
«Vous avez refusé l’expertise psychiatrique mais vous faites citer un témoin psychiatre pour le procès en appel ? J’ai du mal à comprendre votre logique.»
F. explique qu’il a refusé sur conseil de ses avocat.es et défend son droit à citer n’importe quel témoin. Il ajoute que la juge pourra lui poser n’importe quelle question.
Elle revient sur l’intérêt pour elle de l’expertise.
F. explique avoir été très choqué par l’arrestation et suivi les conseils des ses avocat.es
« Avez-vous fait citer un psy comme témoin en appel ? »
F. : « Oui. »
« Dans ce cas j’ai du mal à suivre votre raisonnement, puisque vous avez refusé l’expertise psy pendant l’instruction. Vous semblez marqué par le Rojava, la garde-à-vue, la prison, cela aurait été intéressant d’avoir un élément d’expertise. Vous avez bien sûr le droit de faire citer qui vous voulez, dans la limite du raisonnable ! »
« Vous choisissez d’aller faire la guerre en tant que Français contrairement aux Kurdes qui la subissent. Vous n’y allez pas pour faire la cueillette de champignons ! Pourtant, vous semblez émotif. Je ne comprends pas. »
F. explique qu’il y a un grand fossé entre les choix que l’on fait quand on est bien et ceux lorsque l’on est perdu.
L’avocate générale revient sur le voyage de M.
« Vous faites le trajet avec M., mais vous n’essayez pas de le dissuader ? Vous êtes politisé, vous n’auriez pas pu le convaincre ? »
F. explique que M. a décidé d’y aller seul et que 2 choix se présentaient à lui. Soit il ne lui parle plus pour avoir pris cette décision, soit il lui explique la réalité du terrain.
Il explique n’avoir jamais incité qui que ce soit à aller au Rojava.
Elle revient à la charge.
Il répète.
F. : « Je n’ai pas essayer à le convaincre de ne pas y aller. Je ne lui ai pas dit d’y aller. »
« Je reste sur le trauma. Vous êtes restés dix mois, on en a vu d’autres qui sont partis dès leur arrivée. » ( elle s’énerve sur l’avocat de F. lui reprochant de faire trop de gestes )
F. explique que l’on s’engage six mois minimum quand on y va. Il répète qu’il n’a effectué que trois missions et qu’il a passé le plus clair de son temps à l’arrière.
La situation politique était tendue au niveau de la frontière entre le Rojava et le Kurdistan irakien, tous les retours étaient interrompus. Il a dû attendre longtemps avant de pouvoir traverser, ce qui explique les mois supplémentaires.
« A la ZAD de Sivens il y a eu des affrontements importants avant septembre contrairement à ce que vous prétendez. Les ZAD, Calais, le Rojava : vous choisissez d’aller dans des endroits d’affrontements , ça ne colle pas avec votre critique des mouvements violents ! »
F. : « Je vais réexpliquer : Je suis allé à NDDL pour un week-end nature et calme. A Sivens avant septembre 2014 je n’ai pas vu d’affrontements. »
« Il y a eu des affrontements avant, je l’affirme !! »
F. : « Je n’ai pas participé à des affrontements. »
« Pourquoi partir en week-end nature là-bas ? »
F. explique que pour lui ce sont des zones où il y a des besoins de personnes à aider, il s’agit de zones de lien et pas de confrontation.
« Il y a des tas de gens qui font de l’aide dans des zones légales. »
F. : «Oui, heureusement que des associations sont là aussi. »
F. utilise le mot jungle et l’avocate générale reprend :
« Comme vous dites «la jungle » !
« Vous êtes très soucieux de votre hygiène numérique, pourtant il y avait des documents très ciblés sur votre ordinateur notamment la Conspiration des Cellules de Feu, comment pouvez-vous avoir sans le savoir des documents sur votre ordinateur ? Je suis étonnée que vous n’ayez pas lu ce document et qu’en Grèce après trois voyages vous n’ayez pas de contacts sur place. »
F. explique que son disque dur de sauvegarde n’était pas crypté. Que La Conspiration des Cellules de Feu vient du site infokiosques.net, où il va souvent. Il télécharge beaucoup de documents. Il explique avoir des centaines de documents qu’il les lit pour savoir si il est d’accord ou non.
« Au moment des faits vous étiez au RSA ? Vous n’avez pas parlé de votre relation sentimentale avec C. ? Depuis combien de temps étiez vous ensemble ? »
F. explique avoir rencontré C. pendant les vendanges en 2019 et que la relation a duré jusqu’à ce que cette procédure détruise les liens.
« Vous étiez donc en même temps avec votre copine grecque ? »
F. lui répond oui en lui expliquant ce qu’est l’amour libre. « Oui on peut s’aimer sans s’appartenir »
La seconde avocate générale prend la parole :
Elle lit une retranscription où F. dit à S. que la cause passera toujours avant C.
Puis enchaîne : « C’est la procédure qui a détruit la relation ou c’est vous ? »
« La procédure » émotion
F. « Il explique qu’il passait aussi derrière des choses de la vie de C.
« Bien engagé dans ce qu’il faut , ça veut dire quoi ? »
F. : « Je ne sais pas ce que je voulais dire. »
« La cause c’est quoi ? »
F. : « Le Rojava, les institutions mises en place. Je voulais comprendre ça, je voulais aller dans le civil. Mon souhait était de retourner au Rojava mais loin du front. »
« La ‘’cause’’, c’est le Rojava ? »
F. : « Oui. »
« On a bien compris que la question des chiens c’est important dans ce dossier. » Rires
« Un ami vous décrit comme voulant tout le temps être le chef, c’est en contradiction avec ce que vous portez. Avez-vous un comportement de leader ? »
F. : « Je ne peux pas répondre à sa place. » Il explique qu’il a plutôt l’impression de saouler les gens
« B. a dit en GAV, ‘’Il me fait peur dans sa manière d’interagir’ Il a expliqué ne pas avoir confiance en lui. et a parlé de personne égocentrée.
F. répond qu’il a dit ça en GAV et qu’il est revenu sur ses propos.
Coline Bouillon, avocate de F. :
« Je vous connais depuis le 9 décembre 2020. »
« Pouvez-vous nous dire ce que vous étiez prêt à faire pour pouvoir revoir C. pendant la détention ? »
F : « On avait évoqué le fait de se marier pour pouvoir se revoir. »
Bouillon évoque Sivens. « Il existe un site ‘’Tant qu’il y a aura des bouilles’’. Sur ce site il est écrit enfévrier : ‘’Nous envoyons une plantation d’arbres, d’arbustes pour sauvegarder le paysage’’. Elle liste beaucoup d’activités recensées sur le site à la période ou F. y vivait.
« Vous vous souvenez d’affrontements notables avec les forces de l’ordre à Sivens ? »
F. : « Non, juste des gaz lacrymo. »
« Vous pouvez expliquer le site infokiosques.net ? »
F. donne des explicationsur infokiosques.net : des brochures d’extrême-gauche y sont régulièrement ajoutées. On y va et on en télécharge plein. Elles portent sur les squats, des sujets militants, de la philosophie, un panel le plus large possible de sujets.
« Quelles sont les dynamiques mises en place pour l’entraide au sein des squats ? »
F. : « On y fait des cantines, des concerts de soutien, on organise des discutions, on met en place des freeshops, des ateliers pour apprendre la plomberie, ou à faire sa vidange soi-même… C’est la culture du DIY, pour être autonome. »
« Vous vous contentiez juste d’offrir un toit aux sans papiers ? »
F. : « Non, on donnait des cours de langue, on faisait du soutient administratif… »
« Le 29 avril 2021 nous avons écrit que vous refusiez l’expertise psychologique. » Elle explique son positionnement avecKempf.
« Comment étiez vous en détention ? Étiez-vous agressif ? »
F est ému. [pleurs]
Il revient sur la détention en expliquant qu’il était très calme et ne voulait pas rendre les choses plus difficiles.
« Vous avez fait une demande pour des soins psychologiques et des soins dentaires, quand avez-vous pu effectuer ces soins ? »
F. : « Jamais »
On lui avait proposé de voir une psy via le binôme de soutien.
« Elle ne pouvait pas garantir la confidentialité de mes échanges. » Mais il a quand même voulu la voir.
« Nous avons demandés cinq fois un suivi psychologique. Quels sont vos souvenirs de la détention ? »
F.: « C’était l’annihilation de moi-même. c’est comme si je n’existais plus. Mes capacités liées à ma mémoire disparaissaient, mon intellect, j’avais des maux de tête permanents, j’étais souvent en pleurs… »
« Les villes de Rojava et Kobané sont assiégées. Un convoi internationaliste s’y rend pour soutenir : est-ce que le groupe français était affilié à une association ?
F. : « Non les militants français restent anonymes car iels ont peur de la répression, ce qui est différent des militants allemands. »
Delorge, avocat de F. :
« Qu’est ce qui fait que aujourd’hui vous pouvez parler du Rojava ?
F. : « Du temps a passé, au début pour moi parler du Rojava ne venait que me charger dans la procédure, donc j’étais incapable de parler. Après l’incarcération il a fallu beaucoup de temps pour que je me reconstruise. »
« Vous en parliez à vos proches du Rojava ? »
F. : « J’en parlais pas comme il fallait. J’avais pas cette capacité d’accepter que c’était pas facile. » [pleurs]
Il explique qu’il ne parlait pas de l’impact car ne se l’avouait pas. Il en parlait « en faisant le bonhomme ».
« Est-ce que vos conversations étaient noyées dans l’alcool ? »
F. explique qu’àl’époque, dès qu’il buvait, il en parlait.
« Vous dites que vous avez eu peur mais c’est difficile de le dire. C’est paradoxal, ça a pu vous éloigner des gens. »
Il reprend la déclaration de son ami en indiquant qu’il le connaissait depuis très longtemps et donc beaucoup plus que B, qui ne l’a connu qu’un mois et demi.
Son ami dit qu’il pense que F. a eu un rôle minimum au Rojava, plus que ce qu’il prétendait.
F. : « Je ne sais pas à quel point les gens pouvaient se rendre compte que je pouvais exagérer. Je parlais trop du Rojava, ça saoulait trop les gens. »
« J. G. dit de vous que vous êtes « une grande gueule… Il y a une vraie différence entre causer et passer à l’acte ! »
F. : « C’était mon meilleur ami à l’époque. On s’est brouillé sûrement à cause de ça. »
L’avocat cite une sonorisation : « La société n’est pas prête pour une révolution et faire la révolution dans ces conditions, c’est bolchevik. »
Il le questionne sur le marxisme-léninisme, F. a toujours été contre.
Martin Mechin, avocat de F. :
« Que recouvre cette contre-culture punk ? »
F. explique : « Une musique, un style vestimentaire criard et extravagant, du politiquement incorrect à la base de l’humour, un comportement, l’entraide. Du machisme aussi avec le recul. Un sentiment de liberté, une forme d’extravagance. »
« Ça se dit « underground » mais vous êtes plus visibles que cachés.es dans une cave. »
« C’est donc un mouvement politique, artistique, qu’on remarque visuellement ? »Il le questionne sur la culture anti-flics.
F. : « Quasiment tout les groupes punks ont une chanson anti-flics, ça fait partie des codes de cette contre-culture. »
« Il y a une différence entre des paroles et les actes, Quand vous étiez dans le milieu punk, est-ce qu’après les concerts vous alliez dans la rue taper sur les flics ?
F. : « Jamais. »
« Est ce que vous avez éprouvé cette confrontation avec la police ? »
F. : « Non ni avec les surveillants de prison, ce discours je l’ai limité. »
« Est-ce que vous comprenez le lien que je fais moi aujourd’hui entre votre passé punk criard et le dossier qui nous amène aujourd’hui, lui aussi très criard et verbeux ? »
F. : « Oui il y a beaucoup de paroles qui ne sont pas suivies d’actes. »
[La juge reprend l’avocat en l’accusant de mettre les réponses dans la question, NDLR]
« Vos lectures, si elles fond écho à des choses illégales, est ce que vous adhérez dès que vous lisez ? »
F. : « Je ne sais plus ce que je dois à quelle auteur ou autrice. »
Suspension de séance 12h20
Reprise a 14H
La juge annonce la lecture des retranscriptions qui ont été soumises à l’expert. Elle souhaite connaître le degré d’expérience des personnes qu’on entend.
Écoute des retranscriptions : lecture par les juges et les conseillères.
Reprise 16h50
L’expert en explosif passe à la barre :
Présidente : « Vous avez été cité par le ministère public M. Barrot. Vous êtes ingénieur en chef du laboratoire central de la préfecture de police. »
L’expert prête serment de dire la vérité. Il lève la main droite.
« Avez-vous un lien de parenté ou de subordination avec les prévenu.es ? »
« Quelle est la raison de votre expertise ? Pouvez-vous nous dire quelle a été votre mission et quelles sont ses conclusions ? »
Ba. : « Depuis 2004 je suis à ce poste. Je travaille dans la fabrication artisanale d’explosifs. Les enquêtes post attentats sont traitées par mon labo. J’ai été missionné par le ministère public. J’ai un support visuel : est ce possible de projeter ? » Il a amené un Powerpoint.
Deux expertises ont été réalisées.
1ère Ordonnance d’expertise du 18/11/20 à partir des retranscriptions. Il doit fournir toute indication sur les compétences requises, les ingrédients et engrais nécessaires, ainsi que la dangerosité des produits.
Il explique la différence entre explosifs primaires et secondaires.
« J’ai isolé et identifié les produits suivants » (dans les retranscriptions):
1) « S’agissant du fulminate de mercure, rien ne dit qu’il a été fabriqué. C’est de la chimie de base mais les précurseurs sont très difficiles à se procurer.
Un simple mélange est une simple addition de produits, c’est très différent d’une synthèse, qui signifie qu’une nouvelle molécule apparaît. »
2 ) « C’est un explosif secondaire, s’agissant de faire fondre du nitrate d’ammonium,, c’est un savoir très confidentiel, jamais observé en France. Il y a un risque d’inflammation et donc de perte du produit. Le protocole doit être très précis. L’accès au précurseur par contre est simple, le nitrate d’ammonium se trouvant dans les engrais agricoles. »
3 ) « Même principe que le 2). Mélange simple , mais précurseurs pas tous faciles à trouver : poudre noire (détonnant mais pas déflagrant), nitrate d’ammonium contenu dans les engrais, la poudre d’aluminium, interdite en France. »
4 ) « S’agissant de la poudre noire : rien n’indique qu’elle ait été fabriquée : sa recette est assez simple : du souffre, du charbon de boit et du nitrate de potassium (dont l’acquisition est interdite en France). »
5 ) « Mélange chlorate de potassium + souffre + silicone : rien n’indique que cela ait été fabriqué. »
6) « Poudre d’étoiles : utilisée très couramment pour le loisir. »
7) TATP « Sur les retranscriptions, ce que l’on entend c’est que le savoir n’est pas du tout maîtrisé, le TATP finit par être réalisé pas à pas, accès aux précurseurs très simple, beaucoup de tutos. »
« Au sujet de la confection de tubes, s’agissait-il de « pipe bombs » ou de détonateurs ? On ne peut pas le dire, mais mon avis est qu’il s’agit plutôt de détonateurs. »
« On peut conclure qu’il y avait une volonté de fabriquer des explosifs avec une progression pas à pas, le mélange nitrate d’ammonium fondu + sucre nécessitant des compétences particulières. »
L’ordonnance d’expertise n°2 : il s’agit d’effectuer des prélèvements dans les scellés, de les analyser, de s’appuyer sur les documents à disposition, faire des rapprochements et d’évaluer la dangerosité des produits.
Un tableau s’affiche avec les scellés et les interprétations qui en ont été faites.
On distingue deux catégories : les précurseurs et les matières explosives.
Sept matières explosives ont été trouvées.
- Anfo : fuel + nitrate d’ammonium
- Poudre noire
- amorce à percussion centrale = cartouche
- Poudre industrielle pour petits calibres
- Encens : pas de rapport
- Précurseurs TATP
Concernant l’ammonitrate « Il semblerait que le taux d’azote était trop faible pour réaliser l’explosif »
Des prélèvements ont été effectués pour savoir s’il y avait eu contact avec de la matière explosive.
Sur la recherche de traces de matière explosive : il a été relevé quatre analyses positives. Sur la gazinière, du nitrate de potassium et du sucre. Sur deux spatules : du nitrate et du perchlorate ont été retrouvés.
Traces d’apatites retrouvées : c’est atypique par rapport au dossier et aux retranscriptions.
Liste d’objets pouvant servir aux mélanges et/ou synthèses : gazinière, spatules adaptées, poêles, seringues, contenant, entonnoirs adaptés.
Liste d’objets pyrotechniques : mèches de fabrication industrielle, inflammateurs, artifices de signalement, pétards classiques, amorces, airburst (éléments trop vieux pour fonctionner).
Liste d’autres objets pouvant servir à la fabrication : sources d’énergie, interrupteurs, fils électriques et connexions, éléments métalliques (billes, vis, clous).
Liste de documents trouvés en lien avec la fabrication d’explosifs : facture d’artifices pour divertissement datée de 2018, facture « mondroguiste.com » (nitrate de potassium et nitrate de sodium), des feuillets du site Wikihow sur la poudre noire et l’ANFO.
Dangerosité :
Simulation de l’expert : 12 kilos d’ammonitrate (engrais) ont été retrouvés.
« Dans le cas d’une charge de 20 kg d’un melange d’ANFO, d’ANSU, avec de l’aluminium, pour vous donner un ordre de grandeur, prenons une rue parisienne « type » . Les couleurs indiquent les dégâts mineurs, bris de vitre, dégâts majeurs sur les bâtiments
Sa préparation est simple.
Il y a une accumulation d’éléments qui peut nous amener à penser que peut-être quelque chose était en préparation.
Le savoir connu permet d’accorder du crédit à la volonté de fabriquer des matières explosives. »
La présidente l’interroge sur ce qui est trouvable ou non sur internet.
L’expert lui répond qu’en effet, il est facile de trouver des recettes d’explosifs sur des plate-formes vidéo non contrôlées.
A une exception près : la recette du mélange entre nitrate d’ammonium fondu et sucre. Les étapes semblent maîtrisées, les termes utilisés sont caractéristiques, c’est le seul explosif que l’on fabrique de cette manière.
Présidente : « Est-ce que pour commencer cette recette il suffit d’en avoir entendu parler ? « Avez-vous déduit une compétence certaine ? »
Ba : « Pas vraiment, pour la TATP ça tâtonne beaucoup. Par contre pour le nitrate d’ammonium fondu c’est un savoir maîtrisé bien que très confidentiel. »
Présidente : « Peut-on fabriquer ce genre de produits sur un coup de tête ? »
Ba. : « Non, il est nécessaire de détenir de l’engrais, comme trouvé dans le camion, pour en fabriquer. Lors de leurs essais, ils ont vu que l’engrais n’était pas bon. La gamme d’engrais est très large, la condition pour fabriquer un explosif est d’avoir un bon taux d’azote, donc obtenir le bon engrais. »
P. :« Ça il faut le savoir. Peut-on trouver ces informations sur internet ? »
Ba. : « Non. On peut trouver les engrais mais pas comment les manipuler. Ça peut se trouver en Irak, en Syrie, en Afghanistan. La quantité d’azote nécessaire est confidentielle. »
P. : « Est-ce que ça aide d’être artificier dans ce cadre ? »
Ba. : « Ça aide pour certaines choses, mais dans la formation d’artificier la fabrication d’explosifs artisanaux n’est pas étudiée. C’est proscrit. Aucune formation professionnelle n’aborde la fabrication d’explosifs artisanaux. »
P. : « Et dans les campagnes, est-ce que cela peut être utilisé pour les déssouchages d’arbres par exemple ? »
Ba. : « Oui, il y a une tradition française, cela a même été encouragé par l’État français à une époque, les gens utilisaient les restes des explosifs de la première guerre pour le dérochage, le dessouchage. Lorsqu’on a commencé à en manquer, ça a dérivé, ils ont commencé à en fabriquer eux-mêmes à base de chlorate. Mais les précurseurs sont très difficiles à trouver. On trouve en campagne des personnes âgées qui peuvent raconter et transmettre leur savoir, c’est une tradition rurale. Mais cela concerne les explosifs à base de potassium et d’ammonium. L’ANFO n’est normalement pas utilisé. Et jamais ne sont utilisés des explosifs à base de nitrate d’ammonium fondu ni de TATP. C’est trop compliqué. »
P. : « Ce sont-ils mis en danger ? »
Ba. : « Dans le camion, il n’y avait pas de matière active, il est difficile de s’en rendre compte, mais oui, ils se sont mis en danger par méconnaissance. »

Les avocates générales se mettent à poser des questions :
Avocate générale : Elle l’interroge sur son parcours professionnel, il répond que cela fait 20 ans qu’il fait ce métier.
« Vous travaillez sur des dossiers antiterroristes ?
Ba : « Oui, tout le temps. »
« Quels dossiers avez-vous étudiés ? »
Ba. : « Ultra-droite, djihadisme. »
« Ultra-gauche ? »
Ba. : « Ce dossier »
« Nous sommes d’accord qu’il faut prendre des précautions particulières pour manipuler des explosifs ? »
Ba. : « Un accident arrive très vite. Il faut être très sérieux, carré. »
« Qu’en est-il de manipuler ce type de produits lorsqu’on est alcoolisé ? »
Ba. : « Ce n’est pas conseillé. »
« Peut-on dire, au regard de ce que vous avez trouvé, qu’il est possible de fabriquer une mise à feu à distance ? »
Ba. : « C’est ce qui a été réalisé pour certains tests, c’est possible avec les objets saisis. »
« Est-ce compatible avec du jeu, du jeu de rôle, de l’airsoft ? »
Ba. : « Je ne vois pas d’éléments qui peuvent faire penser à ça. »
« Est-ce qu’on a déjà vu du TATP dans des jeux d’airsoft ? »
Ba. : « Oui, et ça s’est très mal terminé. Mais avec du nitrate fondu + sucre ce n’est jamais arrivé. »
« Ça s’observe en zone de guerre ? »
Ba. : « Oui. Mais il faut avoir le coup de main, il faut vraiment vraiment savoir comment faire. On n’a vu ça que chez DAESH et sur les zones de conflit. »
Avocate générale : « Est-ce qu’on est sur des choses offensives pour tuer, ou sur du ludique ? »
Ba. : « Le nitrate nécessite d’être à des doses importantes pour fonctionner : 5, 10, 20, 100 kilos. En Irak ça se comptait par tonnes, pour l’attentat d’Oslo on était à 900 kilos. Quand j’entends parler de ce mélange, je pense tout de suite ‘’grosses charges, gros attentat’’, après je suis certainement un peu ‘’déformé’’ par ma profession. A partir de 12 kg de nitrates, on peut confectionner un explosif de 20 kg. Si on relie l’intégralité des éléments qui ont été retrouvés, on peut faire 10 à 13 kg d’explosifs. »
« Et qu’en est-il des clous et des vis qui ont été retrouvées ? »
Ba. : « Ils peuvent servir à faire de la mitraille pour qu’elle soit propulsée lorsque l’objet explose, le but étant de faire un criblage. »
« Et donc faire un maximum de blessés graves ? »
Ba. : « Si la charge est au milieu d’une foule, les plus proches vont s’écrouler et la mitraille touchera les suivants. Sur de l’artisanal, il est difficile d’obtenir une mitraille maîtrisée. »
« Et les seringues c’est pour quoi faire ? »
Ba. : « Absorber le liquide en trop, faire des détonnateurs, il y a beaucoup d’usages possibles des seringues. »
« Est-ce qu’on peu disposer des pièges sur une barricade contre les forces de l’ordre ? »
Ba. : « Oui, en guérilla, on peut pratiquer ce genre de choses. Dans la réalisation d’explosifs, la seule limite est l’imagination des gens, et les informations dont on dispose. »
« Du côté des forces de l’ordre, y a-t-il moyen de détecter ce genre de piège ? »
Ba. : « Le dépiégeage est un métier, on peut toujours dissimuler un piège. »
« Nous sommes bien d’accord qu’ici il n’y a pas eu que de l’imagination, mais bien de la réalisation ? »
La seconde avocate générale prend la parole :
« Est-ce qu’on peut dire que c’est un succès ? »
Ba. : « Pour le TATP un peu, mais après cela tâtonne. Pour le nitrate fondu, oui, il y a une formation de base. »
« S’agissant de l’ANFO, est-ce que c’est stable ? »
Ba. : « Oui, c’est assez stable, c’est utilisé pour cela. C’est très peu sensible, moins de précautions sont nécessaires et on peut obtenir de très bons résultats. »
L’avocate générale 2 évoque l’utilisation d’ANFO en Suède (attentats d’Oslo et Utoya ) et donne le nombre de morts. Puis elle lui demande son expertise sur le mélange nitrate d’ammonium fondu + sucre.
Ba. : « Si le mélange est bien fait, il a un fort pouvoir détonnant, proche de l’ultra-fioul. On est au dessus de la dynamite au niveau de la puissance. Son potentiel est extrêmement intéressant. »
Puis elle lui demande s’il confirme toujours associer la fabrication de ce produit avec la zone irako-syrienne, ce à quoi il répond oui.
« Qu’en est-il des paillettes retrouvées chez B. ? Cela peut permettre de charger un engin explosif de type ‘’pipe-bomb’’. C’est fréquent ? »
B. : « C’est courant d’utiliser des précurseurs faciles à récupérer, donc oui, c’est comme une grenade. »
« Et avec les billes qui ont été retrouvées ? »
B. : « Oui, pour faire le fameux mitraillage. »

La défense prend la parole :
Bonaglia, avocat de B. :
« Je ne répéterai pas les questions que je vous ai posées en première instance, car vous avez ajusté vos réponses. Vous avez une imagination sans limites. Vous avez pris en compte la distance géographique entre tous les scellés ? Avez-vous conscience que vous avez regroupés l’intégralité des scellés pour votre expertise ? »
Ba : « Oui, c’est ce qui m’était demandé. »
La présidente intervient :
« Vous faites la différence entre tous les scellés ? Rien qu’avec ce qui était présent dans le camion de F., c’est suffisant ! »
Ba : « L’idée est de travailler avec l’ensemble des éléments, j’ai donc pris en compte l’ensemble des éléments. »
Bonaglia : « Il y a 800 km de distance entre certains éléments, vous ne l’avez pas pris en compte. Est-ce que c’est opportun, ça ? »
Ba. : « Ce n’est pas ma mission. »
« Vous n’avez jamais expertisé le mélange nitrate d’ammonium + sucre, vous en exagérez les effets. Il n’y a aucun élément dans les scellés qui prouvent la fabrication de ce mélange. Vous envisagez l’hypothèse la plus terrible. »
Ba. : « Ce sont les retranscriptions qui peuvent laisser penser au mélange nitrate d’ammonium + sucre, pas les expertises. On ne prenait plus au sérieux ce mélange-là depuis très longtemps. Ce qui nous a mis la puce à l’oreille ce sont les retranscriptions, et pour moi il n’y a eu aucun doute. »
« Et la qualité ? »
Ba : « Dans les retranscriptions, oui, on n’aboutit pas à un produit de qualité. Mais par contre s’il y avait eu l’engrais du camion cela aurait pu marcher. »
Bonaglia :« Quel est l’usage premier des éléments qui ont été retrouvés dans le camion de B. ? »
Barrot cite la poudre noire utilisée en pyrotechnie, les amorces pour faire du rechargement, les billes de plomb.
« Et si l’on considère qu’il fait du tir sportif, comme mon client, qui est en possession d’une collection de plusieurs armes anciennes ? »
Ba. : « Tous les éléments pris séparément sont anodins. C’est l’accumulation qui peut nous permettre de dire qu’il est possible de créer des bombes artisanales. Oui, tout le monde a de quoi faire du TATP chez soi. »
Bonaglia : « Heureusement que nous n’avons pas trouvé d’uranium… »
Barrot : « J’ai fait avec les retranscriptions qui m’ont été données. Certains passages étaient soulignés en jaune. »
« On ne vous a pas dit où se trouvaient les scellés, et on a orienté votre travail en surlignant certains éléments. »
Bonvarlet, avocate de W. :
Elle pose des questions techniques sur la composition des engrais. L’expert lui répond que les dosages en azote sont différents.
« C’est le taux d’azote qui fait l’élément détonateur ? »
Barrot : « Oui, même si ce n’est pas le terme exact. »
« Y a-t-il confusion entre deux produits dans les retranscriptions des écoutes ? Entre le nitrate d’ammonium et le nitrate de potassium ? »
Ba. : « J’ai dit qu’il peut y avoir confusion mais je ne suis pas sûr. »
« Y a-t-il des recettes qui existent avec du nitrate de potassium que l’on fait chauffer ? »
Ba. : « Oui pour la fabrication de fumigènes. Ou de petites fusées. Mais il n’y aura pas d’auto-inflammage comme dit dans les retranscriptions. »
« W. a pourtant retrouvé des vidéos expliquant comment fabriquer de petites fusées à partir de nitrate d’ammonium. Le mélange est fait, cela évoque du caramel. »
Ba. : « Oui mais il y a auto-échauffement dans les écoutes, or pour ce mélange il n’y en a pas. »
« Vous avez admis qu’il y a pu y avoir confusion entre ces deux nitrates. Le nitrate-sucre qui caramélise c’est commun. »
Ba. : « Commun, non. Je ne préconiserais pas ça pour une fusée. Mais oui. »
La présidente : « Il n’y a plus de doute ? »
Ba. : « Non, après il n’y en a plus. La confusion s’arrête lorsqu’on parle d’azote car il n’y a pas d’azote dans l’autre. »
Meyniard, la deuxième avocate de W., entame ses questions :
« C’est la première foi que vous travaillez avec des retranscriptions. Est-ce que l’ambiance vous paraît détendue ou guerrière ? »
Ba. : « Je ne sais pas mais il n’y a pas les bons ingrédients pour la préparation du TATP, néanmoins il y a une réelle démarche pour progresser, en se posant les bonnes questions. »
« Je vous pose la question car dans les retranscriptions il est fait mention de blagues, de rires. Il y a des retranscriptions qui ne vous ont pas été données, dans lesquelles on entend des bruits de roulettes de briquet. »
La juge demande à la lire.
Ba. : « Ma première interprétation, c’est qu’ils font un test au briquet pour tester la réactivité de la matière. Ce n’est pas forcément débile de faire un test à la flamme. »
Elle parle d’une autre retranscription, elles la lisent.
« Vous avez dit que la démarche empirique a été une réussite. Peut-on parler d’un succès ? Ça n’a pas l’air de fonctionner. »
Barrot : « C’est compliqué interpréter ce type d’échanges, mais ça n’a pas l’air d’avoir fonctionné. »
« Dans votre rapport, vous mentionnez le HMDT. Vous hésitez entre ça et le TATP. »
Ba. : « C’est le petit frère du TATP. »
« Pourquoi vous n’hésitez plus désormais ? »
Ba. : « C’est la supposition la plus crédible. »
Alice Becker, avocate de S. :
Elle revient sur le nitrate.
« Vous dites que c’est la première fois que vous avez affaire avec cette substance, pourtant vous dites que vous ne l’avez pas rencontrée depuis plusieurs années ? »
Ba. :« On m’en avait parlé de façon théorique. »
« Qui vous en a parlé de façon théorique ? »
Ba. : « Nous travaillons avec les services de renseignement. »
« Je ne comprends pas. »
Ba. : « On a la connaissance de ça. Quand je dis la première fois, c’est la première fois dans une affaire judiciaire, mais je ne peux pas révéler où nous avons eu l’information. Ce sont les services de renseignements français. »
La juge pose la question de savoir si des bases de données sont constituées dans son laboratoire pour enrichir les connaissances.
« Votre sphère de compétences c’est les explosifs ? Donc ce n’est pas théorique ? ».
Ba. : « Oui, on va avoir des contextes particuliers. »
Camille Souleil-Balducci, avocate de S. :
« Combien de fois avez-vous été cité pour des expertises en correctionnel ?
Ba. : « Deux fois, la première fois en première instance de ce procès et la deuxième fois aujourd’hui. »
« Pourquoi le parquet a-t-il estimé qu’il fallait vous réentendre, peut-être car vous n’étiez pas assez clair la première fois ? »
La procureure répond.
L’avocate reprend.
« Vous souvenez-vous de ce que vous demande de faire le juge d’instruction ? Quelle est votre mission exactement ?
Ba. : « Donner mon avis sur le potentiel pyrotechnique des retranscriptions. »
« Vous n’avez jamais demandé les audios ? »
Barrot : « Non, jamais. »
« Votre rigueur intellectuelle ne vous a pas dicté de demander ces éléments ? »
Ba. : « Je n’ai pas pris en compte les bruits, je me suis arrêté à ma mission. »
« Je trouve que vous êtes allé bien au delà de votre mission. Vous avez dit avoir fait votre expertise à partir des produits cités. La question est ‘’qu’est-ce qu’ils sont en train de fabriquer’’ ? Vous allez au delà et dites ce que cela vous évoque. »
Ba. : « Oui, ça outrepasse la mission mais on me demande de donner toute information utile. »
« Vous dites que vous ne connaissez pas le mélange et pourtant vous êtes très précis concernant le dosage d’azote nécessaire pour que cela fonctionne. Comment avez-vous connaissance d’éléments aussi précis ? »
Ba : « On acquiert les connaissances dans une démarche scientifique. Je connais cette distinction d’un point de vue théorique. Je suis capable de dire qu’un taux d’azote à 16% c’est pas terrible, et qu’à 27% c’est mieux. Dans les retranscriptions on voit que le taux d’azote n’est pas suffisant pour fabriquer un explosif. »
« Exemple, pour nos protagonistes ? »
Ba : Il y a une réflexion mais il y a un taux d’azote insuffisant.
« Donc on n’aboutit pas à une matière explosive ? »
Ba. : « Non, c’est en termes d’efficacité. On va avoir quelque chose de dégradé. »
« Est-ce que c’est normal de frapper avec un marteau ? »
Ba. : « Oui, c’est normal dans le cadre d’une recherche de la sensibilité du produit : chocs, friction, flammes, électricité statique. »
« Au vu du nombre de coups de marteau entendus, on peut se douter que cela ne fonctionne pas. »
Ba. : « Oui. »
« La quantité d’ANFO trouvé chez S. était annoncée à 2 kilos, alors qu’en réalité on a retrouvé 284 grammes… Ce n’est pas la même que celle préalablement notée, avez-vous effectué le changement de dosage sur le Powerpoint ?
Ba. : « Non. »
« Est-ce que l’ammonitrate en tant que tel est dangereux et est-il dangereux de dormir à côté ? »
Ba. : « Non, il n’y a aucun problème. »
« Vous avez fait un choix pour déterminer la charge, vous aviez plusieurs hypothèses, pourquoi avoir choisi celle de la charge la plus haute ? »
Ba. : « J’ai voulu évaluer la dangerosité, donc j’ai opté pour la plus grosse charge que l’on pouvait faire. J’ai décidé de tabler sur 20 kilos, en fonction de la plus grosse quantité de précurseur retrouvée. J’ai fait ce choix en toute indépendance. J’aurais pu prendre d’autres éléments des retranscriptions, j’aurais pu penser à d’autres mélanges. Je pense même que mon expertise est minorante, par rapport à si j’avais utilisé des outils actualisés. Je ne pense pas avoir eu de biais. »
Souleil-Balducci : « C’est un choix, vous décidez d’opter pour l’hypothèse de l’ANFO alors qu’il n’a pas été fabriqué dans ce dossier. »
Ba. : « Le logiciel a pris en compte tous les précurseurs. C’est de l’ANFO mais ça aurait pu être d’autres produits qui ont les mêmes propriétés détoniques. C’est juste un exemple. »
« C’est un choix ! Vous comprenez que de fait un choix est nécessairement orienté ? »
« Vous avez participé à la perquisition du camion de F. Votre rôle dans cette affaire est hybride. »
Ba. : « Oui ça fait partie de mon rôle, ce sont des choses qui arrivent régulièrement. C’est pratique, on a déjà les éléments, on n’est pas obligé de réinventer la poudre. »
La juge intervient :
« Est-ce que cela vous retire votre indépendance de pensée sur vos analyses ? Parce que c’est ça… »
Souleil-Balducci reprend :
« Non ce n’est pas le sens de ma question. Le 19 novembre 2020, on vous demande votre expertise sur les retranscriptions, alors que c’est le jour même où ont été décidées les arrestations. On vous demande de rendre vos conclusions pour le 07 décembre 2020, vous le rendez le 10 décembre. Lorsque vous participez à la perquisition, vos conclusions ne sont pas encore rendues. »
Ba. : « Effectivement, il y a eu un caractère d’urgence. »
La juge l’interrompt : « Quel est le sens de votre question ? Je ne vois pas où vous voulez en arriver. »
« Je me demande pourquoi on demande en urgence un travail sur des retranscriptions, alors que rien n’avait été demandé avant. Est-il habituel de faire travailler un expert dans une telle urgence ? »
La juge répond que les avocat.es n’avaient qu’à demander au juge d’instruction.
Delorge, avocat de F. :
« Vous avez mis en lumière qu’on a retrouvé des vis et des écrous chez F. Je me demande si vos hypothèses ne viennent pas orienter vos conclusions. Où les avez-vous trouvés ? »
Ba. : « Il s’agissait d’une sorte de caisse remplie d’objets mécaniques et d’outils à l’arrière du camion de F. »
« On y voit une équerre, un cadenas, il s’agit… d’une boîte à outils. »
Barrot répète qu’il a suivi les consignes, qui étaient de prendre en compte tout ce qui était retrouvé pour faire son expertise.
Méchin, avocat de F :
« C’est assez inhabituel l’expertise qui vous a été confiée. ‘’Le potentiel pyrotechnique des retranscriptions’’. Votre expertise est scientifique, la seule limite, c’est l’imagination. Que pourrait-on éventuellement faire avec l’ensemble de ce qu’il y a devant vous. Est-ce que c’est habituel ? »
Ba. : « C’est inhabituel de travailler à partir de retranscriptions. »
« Avez-vous déjà travaillé sur la base d’écoutes ? Combien de retranscriptions vous ont déjà été confiées ? »
Ba. : « Non, ça ne m’est jamais arrivé. J’aurais certainement pu entendre des choses que je n’ai pas entendues si j’avais eu accès directement aux écoutes. »
La présidente s’agace et demande si ces questions sont vraiment utiles.
Le ton monte entre elle et Méchin qui lui rappelle qu’elle n’a pas à juger de la validité de ses questions. Elle demande à l’avocat de faire vite.
« Avez-vous lu des éléments concernant un projet ? Pourquoi avoir choisi une rue pour illustrer votre propos sur la puissance des explosifs ? »
Ba. : « Aucun élément ne permet de penser à un lieu. J’ai pris l’exemple d’une rue à visée pédagogique. »
Fin de l’audience : 20h02.